

NOTE
DE M. DE TALLEYRAND-PERIGORD
MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES
A
M. DE WINTZINGERODE
MINISTRE DU WURTEMBERG
EN DATE DU
23 JUIN 1806
Monsieur, j'ai mis sous les yeux de Sa Majesté la note relative à la protection spéciale que le général Gauthier a accordée à la principauté de Hohenlohe. Sa Majesté a vu avec peine la marche qu'ont prise depuis quelque temps les affaires en Allemagne. Des discussions et des voies de fait ont eu lieu entre les agents du roi de Wurtemberg et ceux du roi de Bavière et de l'électeur de Bade ; des contestations ont eu lieu entre les agents du roi de Wurtemberg et des officiers français, entre les officiers du roi de Wurtemberg et ceux de Fürstenberg et de Hohenlohe. Avec une marche plus lente et plus légale, ces inconvénients eussent été évités. Le traité de Presbourg donne au roi de Wurtemberg une portion des possessions de la Maison d'Autriche en Souabe ; mais ces possessions étant entre les mains des Français, c'était aux agents français à les remettre à la Maison de Wurtemberg. Si l'on avait attendu cela, il n'y aurait eu aucun sujet de difficulté et aucune voie de fait.
Le traité de Presbourg et les différentes conventions qui ont eu lieu entre S. M. l'empereur Napoléon et le roi de Wurtemberg ont donné à celui-ci l'occupation d'une partie des biens de la noblesse immédiate et de l'ordre Teutonique, mais non ceux de Fürstenberg et de Hohenlohe ni de tout autre prince souverain. Dans cet état de choses, si la cour de Wurtemberg a donné des ordres pour la prise de possession de ces biens, les princes de Fürstenberg et de Hohenlohe étaient autorisés à s'y opposer, et les généraux français, pour éviter toute voie de fait, ont dû maintenir le statu quo jusqu'à ce qu'ils aient reçu des ordres de leur cour. Il y a dans cette marche un peu trop de précipitation, pas assez de maturité, et un peu trop de promptitude à finir les arrangements relatifs à ces affaires. Les mêmes discussions n'ont pas eu lieu entre la Bavière et Bade, qui ont gardé plus de ménagement et marché avec plus de précaution à l'exécution de leur convention. Quoi qu'il en soit de ces petits inconvénients, que la cour de Stuttgart doit s'attribuer à elle-même, les sentiments de Sa Majesté pour le roi de Wurtemberg sont toujours les mêmes, et elle me charge spécialement de vous en transmettre l'assurance.
Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Ch. Mau. TALLEYRAND.
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