

NOTE
DE TALLEYRAND
A LORD WITHWORTH
AMBASSADEUR DE GRANDE-BRETAGNE EN FRANCE
EN DATE DU
14 FLOREAL AN XI
[4 MAI 1803]
SUR L'ÎLE DE MALTE
Paris, le 14 floreal an XI [4 mai 1803]
Son Excellence a dû comprendre que la double nécessité de s’entendre avec les puissances garantes du traité d’Amiens et de ne pas violer un pacte dont l’exécution intéresse aussi essentiellement l’honneur de la France, la sûreté de l’avenir et la loyauté des relations diplomatiques entre les nations européennes, avait fait une loi au Gouvernement français d’éloigner toute proposition diamétralement contraire au traité d’Amiens.
Cependant le Premier Consul, accoutumé depuis deux mois à faire des sacrifices de toute espèce pour le maintien de la pacification, ne repousserait pas un terme moyen qui serait de nature à concilier les intérêts et la dignité des deux pays.
Sa Majesté Britannique a paru croire que la garnison napolitaine qui devait être établie à Malte ne présenterait pas une force suffisante pour assurer véritablement l’indépendance de cette île.
Ce motif étant le seul qui puisse au moins expliquer le refus qu’elle fait d’évacuer l’île, le Premier Consul est prêt à consentir que l’île de Malte soit remise aux mains d’une des trois principales puissances qui ont garanti son indépendance, soit l’Autriche, la Russie ou la Prusse ; bien entendu qu’aussitôt que la France et l’Angleterre seront d’accord sur cet article, elles réuniront leur demandes pour y porter pareillement les différentes puissances, soit contractantes, soit adhérentes au traité d’Amiens.
S’il était possible que cette proposition ne fût pas adoptée, il serait manifeste que non seulement l’Angleterre n’a jamais voulu exécuter le traité d’Amiens, mais qu’elle n’a même été de bonne foi dans aucune des demandes qu’elle a faite, et qu’à mesure que la France eût cédé sur un point, les prétentions du Gouvernement britannique se fussent portées sur un autre ; et, si une pareille démonstration devait être acquise, le Premier Consul aura du moins donné encore un gage de sincérité de son application à méditer sur les moyens d’éviter la guerre, de son empressement à les saisir, et du prix qu’il mettait à les faire prévaloir.
Ch. Mau. TALLEYRAND.
in SUPPLEMENT DU MONITEUR N° 241 DU 1er PRAIRIAL AN XI [21 MAI 1803]





