

QUELQUES DATES INEDITES
DE LA JEUNESSE
DE TALLEYRAND
Talleyrand avait seize ans lorsqu’il entra, en 1770, au séminaire de Saint-Sulpice, sous le nom d’abbé de Périgord. Il s’y fit remarqué par son intelligence et par son talent pour la dissertation. Nous avons retrouvé dans les comptes de la Faculté de théologie de Paris les dates de la plupart de ses examens, dont quelques-uns furent célèbres et restèrent longtemps dans la mémoire des contemporains.
C’est ainsi qu’il figure parmi les candidats du cours d’écriture sainte et du cours de théologie qui subirent avec succès, pendant l’année 1774, les épreuves de philosophie et de théologie préparatoires à la tentative de baccalauréat, puis cette tentative elle-même. La tentative était d’après le dictionnaire de Trévoux, une thèse, un premier acte ou essai qu’on faisait dans l’école de théologie pour éprouver la capacité d’un répondant, et qui servait de premier examen pour obtenir le degré de bachelier. Elle était précédée d’un rigoureux examen sur la philosophie et la théologie. Devenu bachelier, l’abbé de Périgord passe successivement, en 1775 et 1776, les deux examens de philosophie et de théologie qui précédaient la tentative de licence. C’est aussi en cette dernière année qu’il reçoit les ordres mineurs, dont il acquitte les frais, soit cinquante-quatre livres, le 3 août. Nous le retrouvons payant au caissier de la Faculté, le 4 avril 1777, cent deux livres de droits pour sa tentative de licence, et le 2 août, quatre-vingt-une livres pour ses ordres majeurs.
Bien qu’ayant atteint l’âge exigé pour être diacre, il faut croire que cette dignité ne lui avait pas encore été conférée en juillet 1777, car, le 19 de ce mois, le ministre transmet au syndic de la Faculté de théologie une lettre du roi portant dispense « de l’ordre du diaconat en faveur de M. l’abbé de Périgord ». La raison de cette dispense n’est pas indiquée. Il s’agit sans doute d’un bénéfice ecclésiastique à la nomination du roi, et pour l’obtention duquel il fallait être diacre. Cependant l’abbé de Talleyrand n’est porté sur l’almanach royal de 1778 que comme abbé commendataire de l’abbaye de Saint-Denis de Reims qu’il avait obtenu dès 1775, et jusqu’à présent on croyait que c’était le seul bénéfice qu’il eût eu jusqu’à sa promotion en 1789 à l’évêché d’Autun. Cette dispense du diaconat n’est-elle qu’une formalité tardivement remplie pour régulariser sa nomination à l’abbaye de Saint-Denis, ou doit-elle se rapporter à quelque prébende restée ignorée ? C’est là une petite énigme que nous avons vainement cherché à déchiffrer.
Eugène-Nicolas Welvert.





