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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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L. S. DE TALLEYRAND

A LORD CASTLEREAGH

DU 6 DECEMBRE 1816

SUR L'INCIDENT DU DINER A L'AMBASSADE D'ANGLETERRE





My Lord

Un article inséré dans le Courrier du 26 novembre me fait tenir chez Sir Charles Stuart, en sa présence et à table, un langage que je n’ai tenu nulle part, et que je n’aurais pu tenir chez l’ambassadeur d’Angleterre sans oublier deux choses qu’il ne serait pas en mon pouvoir d’oublier, et une troisième que je tâcherai de n’oublier jamais. La première, est le respect que je dois et que je porte au Roi ; la seconde, ce qui est du au caractère public et au caractère personnel de Sir Charles Stuart ; et la troisième, ce que je me dois à moi-même.

Si les auteurs de cet article l’eussent signé, l’antidote se serait trouvé à côté du venin. Mais, d’une part, ils ont, en gardant l’anonyme, donné à la calomnie le crédit que leurs noms lui auraient ôté. De l’autre, ils ont, en gens exercés, rattaché leurs mensonges à quelques circonstances qui sont vraies. Et, pour accroître l’illusion, c’est au loin et dans les journaux étrangers qu’ils les ont mis en circulation.

Voila, my lord, ce qui me fait croire à la nécessité de rétablir les faits qu’ils ont dénaturés, et de répondre par une dénégation péremptoire à leurs assertions et à leurs insinuations également mensongères. J’ai encore un autre motif, c’est le prix que j’attache à l’opinion d’un homme tel que vous, et à celle du peuple anglais.

S’il me fut jamais arrivé de parler des pertes que la révolution a fait essuyer à l’un des ministres du Roi, je n’en aurais parlé que comme d’un malheur que la plupart des membres de ma famille ont éprouvé comme lui ; et j’aurais vraisemblablement ajouté, comme je le pense, que ce malheur, d’ailleurs irréparable, n’est pas moins grand pour l’état lui-même que pour les particuliers qui l’ont éprouvé.

Il est très vrai que j’ai reçu le Diplôme dont parle l’article. Il est très vrai que j’en fais gloire. Il est très vrai que je le considère comme l’un des plus beaux titres que je puisse léguer à ma famille. Mais je n’en ai point fait parade, je n’en ai point fait confidence au public ; je ne l’ai montré qu’à très peu de personnes et qu’à des français, si j’en excepte M. Pozzo di Borgo. Trouver là un prétexte pour insinuer que je veux ravir soit aux Souverains alliés, soit surtout au peuple français, la gloire qui leur appartient pour la part qu’ils ont prise respectivement à l’œuvre de la restauration, et m’approprier à moi-même cette gloire, c’est sans doute une grande méchanceté, mais c’est en même temps une grande maladresse. Il ne faut supposer à ceux que l’on veut calomnier que des torts qui paraissent croyables : or, j’ai l’orgueil de penser qu’il ne paraîtra croyable à personne, que je sois capable d’une vanité si bête. Avec toutes leurs insinuations sur ma prétendue ambition, ils ne font que trahir la leur. Quand j’ai désiré le pouvoir, c’était pour un but qui a été atteint en 1814 et 1815. Depuis lors, me restait-il à désirer pour moi-même autre chose que le repos ? C’est un bien que je crois avoir mérité. Je souhaite que ces Messieurs le méritent à leur tour ! Je viens d’en jouir durant sept mois à la campagne où je ne tarderai pas à retourner pour en jouir encore.

Après un dîner chez Sir Charles Stuart la plupart des personnes qui s’y trouvaient étant parties, l’Ambassadeur étant dans une pièce près du salon, l’Ambassadrice dans le billard avec l’Ambassadrice de Naples, il ne restait que six personnes qui avaient demandé leurs voitures. Nous les attendions près d’une console, à côté de la porte ; c’est là que s’est engagée une conversation qui a duré quatre minutes tout au plus, et dans le cours de laquelle je fus naturellement conduit à observer que la différence d’attributions en produisait une de rang entre les ministères ; que l’ordre suivant lequel chacun d’eux était plus ou moins propre à former un centre principal et habituel de relations entre les ministères, collectivement pris, et les membres des deux chambres, pris individuellement, n’était nullement arbitraire ; qu’il était déterminé par les attributions respectives, et que, pour l’utilité comme pour la bienséance, il était grandement à désirer que l’ordre naturel ne fut point interverti. J’exprimai cette idée de différentes manières, en ne nommant que les ministères et point les ministres : le nom d’aucun ne fut prononcé. C’est à cela que se réduit exactement ce que j’ai mis du mien dans une conversation qui, comme tant d’autres aurait été oubliée l’intant d’après, si les fonctions que mon interlocuteur avait précédemment remplies, eussent été aussi loin de sa mémoire qu’elles l’étaient de la mienne au moment où je lui parlais. Des cinq personnes qui se trouvaient avec nous, il y en a quatre qui me sont attachées par les liens du sang et d’une ancienne amitié, et dont, par cette raison, je n’invoquerai point le témoignage. J’invoque celui de M. Tierney, il doit suffire ; son caractère personnel et son retour en Angleterre m’y engagent. Je suis sûr qu’il attestera que dans cette conversation de peu de moments, je n’ai rien dit de plus, et rien qui eut un autre sens que ce que je viens de rapporter. Il ajoutera seulement que tout s’est passé dans le ton de la conversation la plus ordinaire, et, du moins de ma part, avec l’indifférence d’un homme qui attend sa voiture.

Telle est, my Lord, la vérité, qu’il m’importe de vous faire connaître.

Agréez, my Lord, la nouvelle assurance de ma haute considération.

(signé) Le Prince de TALLEYRAND.

Paris, ce 6 décembre 1816.



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TIMES DU 22 JANVIER 1817







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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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