

LETTRE
DE TALLEYRAND
MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES
AU BARON THUGUT
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
A VIENNE
EN DATE DU
26 SEPTEMBRE 1800
Paris, 26 septembre 1800
Le ministre des relations extérieures au baron de Thugut, ministre des affaires étrangères, à Vienne
L'armistice qui vient d'avoir lieu sur le Mein nécessite quelques mesures particulières pour l'Italie, et Votre Excellence reconnaîtra dans cette manière franche de m'adresser directement à elle pour tous ces objets, la volonté da Premier Consul de lever tous obstacles qui pourraient s'opposer à nos arrangements réciproques.
1° M. le général Melas s'était engagé à faire mettre en liberté tous les patriotes italiens enfermés dans les prisons d'Autriche. Non seulement aucun d'eux n'a été remis en liberté, mais même les citoyens Caprara et Moscati, recommandables dans tous les pays par leurs talents et leur rang, ne l'ont pas même été.
2° M. le général Zach a été renvoyé sur la parole de M. de Saint-Julien que l'on renverrait Colli. Cependant ce général est toujours détenu. I1 ne peut pas entrer dans les vues de Sa Majesté Impériale de désavouer encore en cela le comte de Saint-Julien, et, dans ce cas, le Premier Consul demande que le général Zach revienne à Paris.
3° Par la convention de Marengo, les troupes de Sa Majesté Impériale ne devraient occuper que la citadelle et la ville de Ferrare, sar la rive droite du Pô; il est donc indispensable que les troupes impériales évacuent toute la rive droite, excepté cette place.
4° Pour que la Toscane continue à jouir du bénéfice de l'armistice, elle doit rentrer dans son état naturel. La levée en masse doit être dissoute et les habitants doivent reprendre leurs occupations. Ce ramassis de paysans ne peut être bon qu'à assassiner quelques soldats isolés.
5° Dans le midi de l'Italie, la convention de Marengo ne fixe aucune limite. Le Gouvernement français pourrait donc, sans la violer, envoyer un corps de troupes à Rome et à Naples. Cependant il ne le fera pas, si les troupes de Sa Majesté Impériale évacuent Ancône et restituent au Pape cette ville.
6° Quant an roi de Naples, que les troupes napolitaines évacuent entièrement les États du Pape, et que les Français faisant partie de l'armée d'Égypte, naufragés et échappés aux massacres de Sicile, soient renvoyés par la Romagne, et spécialement les généraux Dumas et Manscourt et le citoyen Dolomieu.
Moyennant ces conditions, les armées françaises, pendant tout le cours de la suspension d'armes, ne dépasseront pas les limites de la République cisalpine.
Ch. Mau. Talleyrand.





