
" Fouché et Talleyrand, ces deux ministres de Napoléon les plus capables de tout, sont les figures les plus psychologiquement intéressantes de cette époque. Tous deux sont des cerveaux clairs, positifs, réalistes. Tous deux sont passés par l'école de l'Eglise et par la brûlante école supérieure de la Révolution. Tous deux ont le même sang-froid dénué de toute conscience pour ce qui est de l'argent et de l'honneur. Tous deux servent avec la même infidélité, la même absence de scrupules, la République, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la monarchie ".
Stefan Zweig
Le 18 juin 1815, l'armée française est vaincue à Waterloo.
Le 20 juin, l'empereur rentre à Paris. Deux jours plus tard, il abdique en faveur de son fils. La Chambre et les Pairs nomment Fouché, président du gouvernement provisoire.
Le 24 juin, Louis XVIII rentre en France. Talleyrand est à ses côtés.
Le 29 juin, Napoléon quitte Paris. Les vainqueurs de Waterloo occupent la capitale.
Qui va gouverner la France ? La République de Fouché, la monarchie de Louis XVIII ou l'empire de Napoléon II ?
Le 5 juillet, en présence de Wellington, Talleyrand et Fouché sont en conférence à Neuilly.
Le 6 juillet, la France est à qui la voudra.
Le 7 juillet au soir, à Saint-Denis, Joseph Fouché prête serment au roi, sous la Bénédiction de Talleyrand.
Le 8 juillet, Louis XVIII redevient roi de France.
QUE S'EST-IL PASSE DANS LA NUIT DU 6 AU 7 JUILLET 1815 ?
Jean-Claude Brisville a imaginé que cette nuit-là, Talleyrand invita Fouché dans son hôtel de la rue Saint-Florentin pour décider du sort de la France.
C'est peut-être ce qui s'est passé... après tout !

Le Bec Fin, un lieu atypique pour un théâtre, mais plein de charme, tenu par des passionnés.
Au rez-de-chaussée, une salle où l'on peut manger grâce à une carte succulente et imaginative ou, simplement, boire un verre avant ou après le spectacle dans une ambiance chaleureuse.

L'accès au théâtre proprement dit se fait par un escalier en colimaçon qui débouche sur la salle qui contient une cinquantaine de spectateurs. Particularité de cette salle, la scène est toute proche du public. Pour une pièce comme le souper, c'est un avantage, car cette disposition nous donne l'impression d'être à table avec Talleyrand et Fouché et ainsi de participer comme témoins à ce repas.

Cette pièce de Jean-Claude Brisville, écrite en 1989, n'a pas pris une ride. C'est la lutte pour le pouvoir et les honneurs de deux hommes, issus de milieux différents ayant des caractères opposés, qui se détestent et qui dans des circonstances exceptionnelles, que, parfois, l'Histoire nous réserve, sont condamnés à s'entendre sous peine de disparaître.
Son grand succès, à sa sortie, eut pour principales raisons, d'une part le réalisme de la situation du à une recherche historique approfondie et d'autre part une très grande justesse des dialogues. Tout sonne vrai dans cet âpre combat où les répliques font mouche à tous coups.


Parfaitement servis par la mise en scène de Diane DELMONT, qui tire partie de la configuration de la salle, Pierre HENTZ et Yvan LAMBERT nous offrent une excellente prestation grâce à leur jeu laissant transparaître la férocité des personnages sous des dehors mondains.
C'est un vrai combat d'escrime où les coups les plus vicieux sont de mise dans une intensité allant crescendo pour aboutir finalement à un armistice face à une situation où les deux protagonistes ne pouvaient que se perdre s'ils continuaient à se déchirer.






















En conclusion, une excellente soirée que je recommande chaudement à tous ceux qui aiment le vrai théâtre et à tous ceux qui aiment l'Histoire et qui veulent avoir une vision réaliste de deux personnages essentiels de cette période mouvementée.
Pierre Combaluzier




