

LETTRE
DE M. L'EVEQUE D'AUTUN
AUX ECCLESIASTIQUES FONCTIONNAIRES
DU DEPARTEMENT
DE SAONE ET LOIRE
29 DECEMBRE 1790
29 décembre 1790.
Mes chers collègues,
L’ASSEMBLEE NATIONALE ayant jugé nécessaire d’imposer aux Fonctionnaires Ecclésiastiques le serment de maintenir de tout leur pouvoir la Constitution civile du Clergé, j’ai prêté ce serment aussitôt que le Décret qui l’ordonne a été accepté par le Roi, et je m’empresse de vous l’apprendre. Ce devoir que j’ai rempli, Messieurs, dans toute la sincérité de mon âme, vous le remplirez sûrement aussi dans les mêmes sentiments qui m’ont animé. Non seulement vous verrez qu’il importe essentiellement au maintien, ou plutôt au retour de cette paix si désirable, dont nous ne devons jamais perdre de vue que nous sommes les ministres ; mais vous verrez aussi qu’il ne renferme rien qui doive alarmer la conscience la plus craintive ; que les Décrets qui règlent cette Constitution ont séparé avec un soin religieux ce qui appartient au dogme, de ce qui lui est entièrement étranger ; qu’ils ne sont, sur presque tous les points, qu’un retour respectable aux Lois les plus purs de l’Eglise que le temps ou les passions humaines avaient si étrangement altérées ; qu’ils ont rendu plutôt que donné au Peuple le droit naturel de désigner ses Pasteurs ; et qu’en réduisant le nombre des Evêques par une nouvelle circonscription territoriale, ils n’offrent à l’esprit que l’exercice le plus légitime et le plus incontestable du pouvoir civil de toutes les Nations, et non un empiètement sur l’autorité spirituelle. Vous observerez à ce sujet que, même sous l’ancien ordre des choses, la puissance civile, toute incomplète qu’elle était, aurait pu incontestablement, pour des motifs d’une grande utilité publique, appeler les Habitants d’un Diocèse dans un autre ; que cependant il serait résulté de là, qu’un plus grand nombre de Fidèles auraient été placés sous la juridiction d’un des deux Evêques, tandis que l’autre n’aurait plus eu de juridiction à exercer ; et que c’est précisément et uniquement ce qui a été décrété par l’Assemblée nationale, mais sans déplacement des personnes. Ce rapprochement bien simple vous paraîtra, j’espère, ainsi qu’à moi, tout à fait décisif. Enfin, Messieurs, en improuvant, et toutefois en cherchant à excuser, autant qu’il sera en vous, l’erreur ou l’illusion momentanée de ceux de nos Collègues qui, jusqu’à ce jour ont méconnu ces vérités, vous ferez avec moi les vœux les plus ardents pour que tous les esprits se réunissent promptement dans la profession des mêmes principes, et vous montrerez par votre exemple que le civisme des Pasteurs rend encore plus respectable aux yeux des Peuples la Religion qu’ils enseignent.
La nouvelle circonscription des Diocèses va m’unir aux travaux de plusieurs d’entre vous que je n’ai point encore l’occasion de connaître : je les conjure d’être bien convaincus que ce sera toujours un bonheur pour moi de concourir avec eux à tout ce que la Religion, la charité et le patriotisme leur inspireront pour le plus grand bien des Peuples dont les intérêts nous sont confiés en commun.
J’ai l’honneur d’être avec des sentiments respectueux, MES CHERS COLLEGUES, votre très humble et très obéissant serviteur.
L’EV. D’AUTUN





