

LETTRE
DE
TALLEYRAND,
A
M. ROYER-COLLARD
EN DATE DU
29 AOUT [1832]
Paris, 29 août [1832].
Je vous remercie de tout mon cœur de vous occuper de nous.
Voici d’abord ce que nous faisons, et ensuite ce que nous avons le projet de faire.
Mde de Dino arrive aujourd’hui 29 à Rochecotte. Mon projet est d’aller la rejoindre dans les premiers jours de la semaine prochaine. J’ai besoin d’air ; les eaux ont perdu mon estomac ; et à mon âge on en a bien besoin pour se défendre contre ce que je voudrais ne pas appeler les infirmités. L’air de Rochecotte est si bon qu’il est presque un remède.
Je reviendrai ici entre le 25 et le 28 septembre, j’y passerai quelques jours et je retournerai en Angleterre. Mde de Dino restera quelques jours de plus que moi à Rochecotte et elle arrivera à Londres une semaine après moi.
Autant que l’on peut faire des projets, voilà les nôtres.
J’ai trouvé ici les affaires de Belgique et de Hollande beaucoup moins bien placées qu’elles ne l’étaient il y a deux mois. Le mariage s’est fait deux mois trop tôt ; et aujourd’hui il est exploité par les révolutionnaires qui gouvernent la Belgique, de manière à embarrasser le roi sur qui seul repose la responsabilité de cet acte.
Je me permettrai de vous dire pour votre gouverne que ce qu’on appelle ici la révolution en Allemagne n’a pas de racine, et que les 5/6e du peuple allemand n’en veulent pas.
Le gouvernement français a de l’autre côté du Rhin quelques agents qui font des rapports infidèles.
Il faut que l’opposition apprécie la conservation de la paix et sache qu’un coup de canon perd la liberté. L’alliance des trois cours, Vienne, Berlin et Pétersbourg, dispose en 20 jours de 400 000 hommes prêts à marcher dès que l’ordre leur en sera donné, et de plus ils ont organisé une réserve de deux cent mille hommes.
Les commandants de tous les corps et les états-majors sont désignés.
Les gros approvisionnements sont complets pour deux campagnes.
Pardon de tout ce que j’écris là, mais ma plume l’a voulu.
Je vois qu’ici on se demande beaucoup depuis quelques jours si le ministère pourra se présenter aux chambres tel qu’il est ; il me paraît que chacun ajourne la réponse. Les ambitions d’il y a deux mois se montrent de nouveau.
Il faut que je finisse ici pour ne pas vous faire lire encore quatre pages de ma mauvaise écriture.
Adieu.
Mille amitiés.
Talleyrand.
Veuillez offrir tous mes hommages à madame Royer.





