

DISCOURS D'INSTALLATION
DE M. DE TALLEYRAND
EN QUALITE DE
PRESIDENT DE
L'ASSEMBLEE NATIONALE
16 FEVRIER 1790
M. Bureaux de Puzy, président, annonce le résultat du scrutin pour la nomination de son successeur. Sur 603 votants, M. de Talleyrand, évêque d'Autun, a réuni 373 voix ; M. l'abbé Sieyès 125 ; il y a eu 165 voix perdues.
M. de Talleyrand, évêque d'Autun, est proclamé président.
Le scrutin pour la nomination des secrétaires a donné la majorité des suffrages à MM. le comte de Castellane, Nompère de Champagny, et Gaultier de Biauzat. Ils remplacent MM. le vicomte de Noailles, l'abbé Expilly et Laborde de Méréville, secrétaires sortants.
M. Bureaux de Puzy, en quittant le fauteuil dit :
« Messieurs, je ne m'étais point dissimulé les difficultés, les épines de la carrière que je viens de parcourir ; mais vos bontés ont aplani ma route et j'emporte, en quittant le poste honorable que vous m'avez confié, la pensée consolante que le mérite et les talents connus de mon successeur auront bientôt fait oublier les fautes involontaires qui ont échappé à l'inexpérience de mon zèle. »
M. de Talleyrand, évêque d'Autun, nouveau président, a prononcé le discours suivant :
« Messieurs, vos bontés m'appellent à une place que vos suffrages rendent dans tous les temps si honorable, et dont vos travaux rehaussent tous les jours la dignité. Dans cet instant, qui déjà m'atteste toute votre indulgence, j'ose vous en demander une nouvelle preuve : c'est de permettre à mon zèle de solliciter l'emploi de tous vos moments, de vous présenter sans relâche vos grands travaux, et d'implorer votre secours contre tous les objets secondaires qui chercheraient à retarder votre marche, à usurper votre attention.
Je me trouve heureux que ma première fonction soit d'être l'organe de l'Assemblée dans l'expression des sentiments qu'elle conserve pour mon prédécesseur. Vos suffrages lui ont renouvelé chaque jour l'honneur d'un premier choix, et la France entière y a applaudi avec transport à l'époque à jamais mémorable où il a si dignement exprimé l'émotion universelle qu'a fait naître la présence du Roi dans cette Assemblée. »





