

LETTRE
DU PRINCE DE TALLEYRAND
A
MONSIEUR LE COMTE DE LA MOUSSAYE
AMBASSADEUR DE FRANCE EN RUSSIE
EN DATE DU
21 SEPTEMBRE 1815
Paris, le 21 septembre 1815.
J’ai reçu, Monsieur le Comte, la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser sous le N° 1. Je ne puis que vous inviter à me transmettre régulièrement les informations qui vous paraîtront de nature à intéresser le service du Roi.
Le gouvernement de Sa Majesté poursuit la marche que lui indique naturellement la situation de la France, et s’occupe sans relâche du soin de réparer quelques-uns des innombrables maux que les trois mois de la nouvelle usurpation ont attirés sur elle.
Le Roi a réglé par plusieurs ordonnances le licenciement et la réorganisation des différentes parties de l’armée, la formation de la garde royale, le mode et le classement des retraites militaires. Il a également fixé la composition de son Conseil d’Etat, celle de la Cour royale de Paris, etc.
Il s’était manifesté, dans plusieurs villes du Midi, une agitation dont le mobile paraissait être un désir exagéré d’appeler la vengeance des lois sur les partisans de l’usurpateur. Cette agitation ayant eu pour résultat des scènes de trouble et des actes de violence que le gouvernement ne saurait assez déplorer, le Roi n’a pas cru devoir s’en tenir aux ordres déjà donnés pour les réprimer ; il a rendu une ordonnance dans laquelle, en rappelant à la fois les principes d’une juste fermeté et ceux d’une sage clémence, il proclame l’intention solennelle de faire respecter les lois et de poursuivre sans exception toute personne qui tenterait de troubler l’ordre public. Les numéros ci-joints de la Gazette officielle contiennent cette ordonnance et celles dont je viens de vous faire connaître les dispositions.
Le licenciement de l’armée de la Loire se fait avec ordre et facilité. Déjà un grand nombre de soldats sont rentrés dans leurs départements, et l’on attend un heureux résultat des mesures ordonnées pour la formation des légions nouvelles.
Les membres de la Chambre des députés sont en grande partie arrivés à Paris. L’ouverture des deux Chambres aura lieu le 25 de ce mois.
L’Empereur Alexandre a passé, dans la plaine de Vertus, près Châlons, la revue de son armée ; une partie des corps qui la composent s’est déjà mise en marche vers le Rhin.
Il paraît que les souverains se disposent à quitter Paris avant l’ouverture des Chambres.
P. S. – Je reçois à l’instant votre dépêche N° 2. Celle que j’ai l’honneur de vous adresser porte le N° 12, comme faisant suite à la correspondance du ministère avec M. le comte de Noailles.
Je joins ici un exemplaire du règlement sur le rang des agents diplomatiques adopté par acte du Congrès de Vienne.
in CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE DES AMBASSADEURS ET MINISTRES DE RUSSIE EN FRANCE ET DE FRANCE EN RUSSIE
AVEC LEURS GOUVERNEMENTS DE 1814 A 1830 - TOME I 1814-1816 - PUBLIEE PAR ALEXANDRE POLOVTSOFF - SAINT-PETERSBOURG
EDITIONS DE LA SOCIETE IMPERIALE D’HISTOIRE DE RUSSIE





