

2 LETTRES
DE TALLEYRAND,
D'AMIENS
SUR LA REPUBLIQUE DU VALAIS
EN DATE DU
28 JUIN 1803
Accompagné de Joséphine, de Chaptal, Ministre de l’Intérieur, et de toute une suite, le Premier Consul effectua dans le Nord de la France, en Messidor An XI, le grand voyage que l’on sait. Arrivé à Amiens le 6 Messidor An XI (25 juin 1803), il en repartira le 9 (28 juin 1803) pour Abbeville et Saint-Valéry-sur-Somme, avant de poursuivre sa route vers Boulogne-sur-Mer, le 10 (29 juin 1803). Joséphine ne l’accompagnera, ni à Abbeville, ni à Saint-Valéry-sur-Somme, ni à Boulogne-sur-Mer, contrairement à ce que l’on a trop souvent écrit : elle partira d’Amiens pour Dunkerque, par Arras et Saint-Omer, et y retrouvera Napoléon le 13 Messidor (2 juillet 1803) (1).
Le 7 Messidor (26 juin 1803), Talleyrand, Ministre des Relations Extérieures du Premier Consul, n’était pas encore arrivé à Amiens ; il y rejoindra Napoléon pour travailler avec lui et arrivera à Amiens dans la nuit du 8 (27 juin), à 2 heures du matin. Ce seront les Cantons suisses qui constitueront l’objet principal des travaux que soumettra ce Ministre au Premier Consul, dans la capitale picarde.
Une ère nouvelle s’était, en effet, ouverte pour la Suisse avec l’apparition de Bonaparte qui avait bouleversé, par sa campagne et ses victoires de 1796 et de 1797, la situation politique de l’Italie à l’avantage de la France. La Suisse entière formait un véritable bastion qui couvrait nos frontières. Le Premier Consul portait un vif intérêt aux affaires de ce pays car l’Autriche, l’Angleterre et les émigrés voulaient le tenir sous leur influence ; ces préoccupations avaient conduit à l’Acte de Médiation organisant le Pacte fédéral que les Cantons suisses avaient reçu, du Premier Consul, le 19 février 1803, à Paris.
Dès la première campagne d’Italie, Bonaparte s’était rendu compte de l’extrême importance qu’il y avait de posséder une communication rapide et sûre entre la France et l’Italie, où avait été créée la République Cisalpine, avec Milan pour capitale, et qui était ensuite devenue la République Italienne, au début de 1803, en même temps que le Premier Consul en recevait la Présidence. Par la Suisse, la voie de communication permettant de relier directement la France et l’Italie, Paris et Milan, et d’apparaître rapidement en Lombardie, était ce long boyau que formait la vallée du Rhône et qui, du lac de Genève, conduit à la Haute Italie et constitue le Valais (2).
C’est par le Valais, en y franchissant le Col du Grand Saint Bernard, le 20 mai 1800, que Bonaparte avait surpris les Autrichiens en Italie, lors de sa seconde campagne. Il était également important de pouvoir effectuer la traversée des Alpes, par cet autre col, plus éloigné : le Simplon, et Napoléon avait, très rapidement, décidé d’y faire construire une route. L’importance de cette voie était telle qu’elle avait conduit à séparer, le 8 juillet 1802, le Valais de la Suisse : la proclamation de la République indépendante du Valais avait eu lieu le 5 septembre suivant à Sion, la capitale (3).
A Amiens, le 8 Messidor An XI (27 juin 1803), Napoléon adresse, à plusieurs cantons suisses, ceux d’Argoire, de Berne, de Fribourg, de Glaris, des Grisons, de Lucerne, de Schaffouse et de Zurich des lettres, contresignées par Talleyrand, que nous avons publiées et qui répondaient à leurs remerciements sur le nouvel état des choses.
Une autre lettre du Premier Consul, que nous présumions avoir été, elle aussi, adressée d’Amiens, le 27 juin 1803, au Grand Baillif et aux Membres du Conseil d’Etat de la République du Valais (4), répondait à celle que lui avait adressée, le 26 mai 1803, Augustini, le Grand Baillif (5). La création de l’Etat du Valais avait conduit, notamment, à la réduction des troupes françaises stationnées dans ce pays et le Grand Baillif avait exprimé la gratitude de la population dans cette lettre.
Talleyrand, Ministre des Relations Extérieures, eut la charge de faire parvenir au Grand Baillif du Valais cette lettre du Premier Consul, en l’accompagnant d’une lettre de lui-même, dont nous avons retrouvé la minute, ce qui confirme que celle de Bonaparte est bien, comme nous le présumions, l’une de celles qu’il signa à Amiens, très probablement également le 8 Thermidor An XI (27 juin 1803), comme les huit autres que nous avons publiées, ou à la rigueur du 9 (28 juin).
Voici cette lettre de Talleyrand, d’après sa minute (6) :
Valais
Amiens 9 Messidor an II.
Au Grand Bailli de la République du Valais
Cen Grand Bailli,
J’ai l’honneur de vous adresser la lettre que le Premier Consul écrit au Gouvernement du Valais et dont la copie est également ci-jointe.
Le Premier Consul voit avec une vive satisfaction la prospérité de votre pays. L’intérêt que la France prit constamment au Valais n’a pu que s’accroître depuis sa nouvelle organisation et depuis les liaisons de préférence qui se sont établies entre lui et les Républiques française et italienne.
Persuadé de la disposition où vous êtes de maintenir ces rapports intimes, je me trouve heureux d’avoir à vous transmettre le témoignage de la bienveillance du Premier Consul.
Je vais lui présenter la lettre du 20 juin que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser pour lui et qui est relative à l’entretien d’un corps de troupes valaisanes au service de France.
Agréez, Cen, l’assurance de ma plus haute considération.
(TALLEYRAND)
Parmi les désirs exprimés par Napoléon aux députés du Valais, que conduisait Augustini et qu’il avait reçus le 12 décembre 1802, au Palais de Saint Cloud, il y en avait, en effet, un qui était celui de lever un corps de troupe valaisane au service de la France (7). Ce projet avait été discuté par la Diète du Valais et, le 20 juin 1803, le Grand Baillif en avait rendu compte au Premier Consul, par cette lettre dont parle Talleyrand, et dans laquelle Augustini soulignait que son pays entretenait depuis huit ans, un Régiment au service d’Espagne et que de ce fait, il serait difficile à sa population peu nombreuse de former un nouveau corps de troupe (8). Pour y parvenir, néanmoins, il proposait de mettre des étrangers dans un tel corps et demandait au gouvernement français s’il en accepterait le principe. Evoquant cette question dans le dernier paragraphe de sa lettre à Augustini du 9 Messidor An XI qui précède, Talleyrand fit, le même jour, ainsi qu’il le déclarait, un rapport au Premier Consul pour la lui exposer ; voici ce rapport (9) :
Rapport au Premier Consul
Valais
Amiens,
9 Messidor An XI
Le Valais entretenait au service de France un Régiment qui fut licencié en 1792. Depuis, il a cherché quelqu’autre service étranger et a conclu avec l’Espagne une Capitulation ; aujourd’hui, il voudrait pour tenir ses engagements avec cette Puissance, n’avoir au service de France qu’un bataillon de six cents hommes, dont une partie seraient étrangers.
Il est de l’intérêt de la France que le Valais ne prenne pas avec d’autres Etats des engagements plus étendus qu’avec elle, puisqu’il en résulterait des relations plus intimes et quelque diversité d’intérêt ; mais on ne peut annuler une capitulation déjà faite et il ne reste qu’à se réserver que les troupes valaisanes seront portées au nombre de mille hommes, lorsque la Capitulation avec l’Espagne sera expirée.
Ces sortes d’engagements se prenaient d’ordinaire pour 25 ans et il y en a 8 que celui du Valais avec la Cour de Madrid est conclu.
Au lieu d’admettre les étrangers dans les six cents hommes que propose le Valais, le Premier Consul pourrait n’en demander que cinq cents, tous nationaux.
Ce corps formerait un demi-bataillon dont l’organisation se règlerait sur celle des bataillons suisses ; il se partagerait en cinq compagnies et chaque moitié de la compagnie de grenadiers pourrait être admise, tour à tour, dans la Garde des Consuls.
(TALLEYRAND)
Tels avaient été les travaux de Talleyrand pendant les journées des 8 et 9 Messidor An XI qu’il passa à Amiens, auprès du Premier Consul : ils concernaient la nouvelle organisation des Cantons Suisses et, notamment, la jeune République du Valais, formant le passage indispensable aux communications entre la France et l’Italie et dont la sûreté devait être constamment garantie.
Ce sera le 30 Messidor An XI (19 juillet 1803), à Anvers, alors que le Premier Consul poursuivait son voyage dans les départements de Belgique que Talleyrand, que l’on vient de voir formuler des suggestions dans le domaine militaire, aura la possibilité de demander à Berthier, Ministre de la Guerre, de faire un rapport au Premier Consul sur les propositions du Grand Baillif pour prévoir l’organisation de ce corps de Valaisans au service de France ; Bonaparte estimait qu’il devait être exclusivement composé d’hommes nés dans le Valais (10).
Le Premier Consul deviendra, un an plus tard, l’Empereur des Français, le 18 mai 1804 ; le 31 mai, Augustini, le Grand Baillif, lui écrira pour le complimenter, par l’intermédiaire de Talleyrand (11) ; Napoléon le remerciera le 27 juin (12). La même année, le 2 décembre 1804, « la République du Valais reconnaissante » fera placer à l’Hospice du Grand Saint Bernard, où Bonaparte s’était arrêté, le 20 mai 1800, une table de marbre à la gloire de « Napoléon 1er, Empereur des Français toujours auguste » ; le texte est en latin. Eblouis par la fortune de Napoléon, les religieux rappelèrent, eux aussi, son passage par une plaque commémorative portant un texte également en latin (13).
Un peu plus tard, le 12 Vendémiaire An XIV (4 octobre 1805), Napoléon signera à Louisbourg, en Wurtemberg, au début de la campagne d’Allemagne, le décret de création du bataillon de Valaisans (14) ; ce sera le seul décret qu’il signera ce jour-là. Voici l’essentiel de son premier article :
Art. 1 : Il sera formé un Bataillon de Valaisans qui sera composé d’un Etat-major et de cinq Compagnies… la force de ce Bataillon sera de 431 hommes, Officiers compris.
Leur uniforme sera le suivant : habit de drap rouge foncé, collet, revers et parements blancs, doublure, veste et culotte blanche, boutons jaunes avec ces mots sur le pourtour : « EMPIRE FRANÇAIS » et au milieu, ceux-ci : « BATAILLON VALAISAN ». L’équipement et l’armement devaient être les mêmes que ceux de l’infanterie de ligne française. Ce bataillon ne devait être composé que de Valaisans, de 18 à 40 ans, d’une taille de 5 pieds 2 pouces, ou 1m 678, et ne présentant aucune infirmité. La formation de ce bataillon devait se faire à Turin et les hommes contractaient l’engagement de servir fidèlement l’Empereur pendant 4 ans.
Eschassériaux, chargé d’Affaires de l’Empereur en Valais, et Augustini, Grand Baillif, inaugureront avec Houdouart, Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées commandant les ingénieurs attachés aux travaux du Simplon, la route dont la construction ordonnée par Napoléon venait de s’achever, le 9 octobre 1805 ; Eschassériaux en adressera le rapport à Talleyrand, après l’avoir parcourue de Brig à Domodossola, par un temps rigoureux et malgré la chute de la neige pendant la nuit : elle était, dès lors, ouverte à tous les transports (15).
En 1810, la République du Valais deviendra le département français du Simplon qui, dans la liste des départements de l’Empire Français, précèdera celui de la Somme dans l’ordre alphabétique ; Sion, la capitale de la République, sera le chef-lieu de ce département qui aura pour sous-préfectures : Brig et Saint-Maurice. Au bas du Grand Saint-Bernard, Martigny sera chef-lieu de justice de paix, dans l’arrondissement de Saint-Maurice (16).
Gravés dans la paroi du rocher, en Suisse, sur le versant tourné vers l’Italie, peu après Gondo, où se trouve la douane, on lit toujours ces mots, en grandes lettres, évoquant la construction par Napoléon de la route du Simplon :
Et, près de Brig même, à Glis, le voyageur peut suivre encore la Napoléon Strasse qui le conduira au Napoléon Brücke ; celui-ci, sur ses hautes piles de pierres, enjambe la Saltine (17) qui, à cet endroit, se jette dans le Rhône et d’où Eschassériaux s’en alla, le 9 octobre 1805, inaugurer, au nom de l’Empereur, la Route du Simplon.
Napoléon écrivit partout l’Histoire et, sur son passage de fin juin 1803, à Amiens, il n’est pas sans intérêt de savoir qu’avec Talleyrand il y écrivit quelques pages de l’histoire de la Suisse et, notamment, de celle du Valais.
Notes
(1) F-E. BEAUCOUR, Lettres, Décisions et Actes de Napoléon à Pont de Briques et au camps de Boulogne, (Levallois, 1979), p. 47 à 81.
(2) F-E. BEAUCOUR, Quelques aspects d’un enjeu militaire et politique : le Simplon et le Valais sous Napoléon, (Grenoble, 108e Congrès national des Sociétés Savantes, Avril 1983).
(3) Paris, Archives Diplomatiques, Correspondance Politique. VALAIS, Vol. 7 fol. 257 : Instructions du 22 Ventôse An XII (13 mars 1804), de Talleyrand à Chateaubriand qui venait d’être nommé Chargé d’Affaires de la République Française en Valais : « les principales communications des deux Républiques (française et italienne) se sont ouvertes dans le pays où vous allez résider (Le Valais). La route du Simplon devient praticable : des hospices chargés d’assurer des secours aux voyageurs qui traversent le Simplon et le Saint-Bernard ont reçu de nouvelles dotations. »
Le Valais avait reçu sa Constitution vers la fin de l’An X, sous les auspices de la France, de la Suisse et de la République Italienne. « L’indépendance du Valais, poursuivaient ces instructions, a été le vœu de la majorité : la réunion à la France avait des partisans, surtout dans le Bas-Vallais : un plus petit nombre demandait la réunion à la Suisse. Entre ces opinions, le Premier Consul a choisi celle qui convenait le mieux à la position et aux intérêts du pays. »
Chateaubriand, qui avait sollicité le premier Consul pour qu’il acceptât la dédicace de sa seconde édition du Génie du Christianisme, avait été nommé par Bonaparte Secrétaire de la Légation de France à Rome : quelques mois après, le 7 Frimaire An XII (29 novembre 1803), Bonaparte l’avait promu Chargé d’Affaires de la République Française en Valais et il se rendit à Paris pour y prendre les ordres du Gouvernement. On voit, dans sa correspondance, toute sa répugnance à se rendre dans « un trou horrible », ainsi qu’il qualifiait Sion et le Valais en écrivant à son ami Chênedollé, en même temps que son profond désir de pouvoir en revenir rapidement à Paris. A la mi-mars 1804, alors qu’il était encore à Paris, il considérait que « la bonté du Premier Consul » lui permettrait un tel retour, dès… l’automne. Il se présenta, le 18 mars 1804, à l’audience du Premier Consul mais le 22 mars, prétextant de la santé de Mme de Chateaubriand, dont il déclarait que l’état alarmant faisait craindre pour sa vie en la contraignant à ne pouvoir absolument pas la quitter en de telles circonstances, ni l’exposer aux dangers d’un voyage, il écrira à Talleyrand pour l’informer qu’il renonçait au poste du Valais. Vivre avec sa femme était au contraire, bien loin de lui sourire comme perspective mais cependant, c’est d’elle qu’il se servira en cette circonstance. La mort du duc d’Enghien survenant favorisera sa décision. (CHATEAUBRIAND, Correspondance générale, Paris, Gallimard, 1988, t. I).
Sur proposition de Talleyrand, du 28 mai 1804, Napoléon devenu le 18 mai Empereur des Français nommera le 8 juin Eschassériaux, gendre de Monge, pour être son Chargé d’Affaires en Valais.
M. SALAMIN, La République indépendante du Valais – 1802-1810, (Sierre / Valais, Ed. du Manoir, 1971).
(4) F-E. BEAUCOUR, Lettres, Décisions et Actes de Napoléon à Pont de Briques… op. cit. n° 22 p. 66 et 67.
(5) Archives Diplomatiques. Correspondance Politique VALAIS, Vol. 7 fol. 41. Voici le texte de cette lettre :
République du Valais.
Le Conseil d’Etat.
A Bonaparte, Premier Consul de la République française et Président de la République italienne.
Citoyen Premier Consul et Président.
Le départ de la 87e demi-Brigade, qui n’a été remplacée que par un demi-Bataillon de la 73e, a fait dans la République la sensation la plus vive. Cette dernière troupe n’est arrivée qu’avec des ordres précis de ne rien exiger de l’habitant que le lit. Le Premier Consul et Président ne pouvait pas donner aux Valaisans une marque de bienveillance à laquelle ils fussent plus sensibles. Ils voient ainsi s’accomplir les promesses que leur a faites le restaurateur de leur République, au moment de son rétablissement. Veuillez en recevoir nos remerciements particuliers, comme d’un nouveau bienfait, Citoyen premier Consul et Président. Il ajoute et à notre reconnaissance et à notre confiance dans l’état paisible que vous avez assuré et nous saisissons avec empressement cette occasion de vous renouveler l’hommage de notre dévouement pour la République française et de notre attachement respectueux pour son Auguste Chef.
Nous sommes avec un profond respect.
Sion le 26 mai 1803.
Le grand Baillif de la République, Augustini.
Par le Conseil d’Etat,
Le Secrétaire d’Etat,
Tousard d’Olbec.
(6) Archives Diplomatiques. Correspondance politique. VALAIS, Vol. 7, fol. 48.
(7) M. SALAMIN, op. cit. p. 71.
(8) Archives Diplomatiques. Correspondance politique, VALAIS, Vol. 7, fol. 45 et 46. Copie.
République du Valais.
Le Grand Baillif de la République.
A Bonaparte, Premier Consul de la République Française et Président de la République italienne.
Citoyen Premier Consul et Président.
Le silence qu’a gardé le Gouvernement du Valais sur l’offre précieuse que vous avez eu la bonté de faire à ses Députés d’accepter un Corps des Troupes Vallaisannes à votre service pourrait avoir l’apparence de l’indifférence s’il n’eut pas été l’effet nécessaire des formes constitutionnelles. Le Conseil d’Etat s’est empressé de communiquer à la Diète dès sa première session cette marque de confiance et d’intérêt que le Premier Consul et Président a bien voulu donner au Valais et elle a été reçue par elle avec la plus vive sensibilité. La Diète a bien senti, ainsi que sa Députation avait eu l’honneur de l’exposer au Premier Consul et Président, que les bornes de la population du Valais et l’existence du Régiment qu’il entretient depuis huit ans au service de l’Espagne, rendaient très difficile la formation complète d’un nouveau Corps de Troupes. Cependant, elle n’a point désespéré de lever ces obstacles et le désir de prouver au Premier Consul et Président sa reconnaissance et son inclination pour son service lui ont fait chercher les moyens de suppléer aux forces limitées de son Pays. Le premier qu’elle ait prévu est la faculté d’admettre des étrangers dans ce nouveau corps et elle a autorisé le Conseil d’Etat à s’assurer auprès du Gouvernement Français s’il en accepterait dans un Bataillon de 600 hommes que le Valais lèverait pour son service.
Ce n’est qu’au moyen de cette faculté, Citoyen Premier Consul et Président, que la République du Valais, aux époques les plus florissantes et avec des conditions d’engagement avantageuses pour le temps, avait réussi à entretenir un Régiment au service de France et, quoique le penchant naturel des Valaisans pour un service auquel ils sont affectionnés depuis si longtemps, donne lieu d’espérer de les voir accourir en nombre sous les drapeaux de la République Française au premier signal, il est cependant vraisemblable que les plus zélés même seront retenus par la crainte de ne voir jamais leurs corps se compléter et acquérir une connaissance solide s’il doit être réduit aux indigences du Pays.
Le Gouvernement valaisan vous prie, Citoyen Premier Consul et Président, de vouloir bien lui faire connaître vos intentions sur ce point et d’être persuadé que s’il ne paraît pas mettre tout l’empressement qu’il semblerait devoir à saisir les avantages que vous avez la bonté de lui offrir pour son Pays, ce n’est point qu’il ne sache les apprécier, mais uniquement parce qu’il craint de se trouver dans l’impossibilité d’accomplir des engagements qu’il aurait pris d’après son inclination.
En présentant au Premier Consul et Président l’expression des sentiments du Gouvernement Valaisan, j’ose y joindre et le prier d’agréer l’hommage particulier de mon profond respect.
Sion, le 20 juin 1803.
Le Grand Baillif de la République.
Signé : AUGUSTINI.
(9) Archives Diplomatiques. Correspondance politique. VALAIS. Vol. 7, fol. 47.
(10) Archives Diplomatiques. Correspondance politique, VALAIS, Vol. 7, fol. 50, 52 et 53.
(11) Archives Diplomatiques. Correspondance politique, VALAIS, fol. 291 (Lettre de Sion le 31 mai 1804, d’Augustini à Talleyrand) et fol. 292 (Copie de la lettre de Sion le 31 mai 1804 également, d’Augustini à l’Empereur). Dans sa lettre du 31 mai 1804 à Napoléon, Augustini évoque, au dernier paragraphe, son « hommage verbal du zone Décembre de Mille huit cent deux », datant ainsi de ce jour la réception des députés du Valais par le Premier Consul, tandis que la Relation de P.J. de Riedmatten, qui était aussi l’un d’eux, conduit à la date du 12 décembre 1802, d’après M. SALAMIN qui écrit (op. cit. p. 68) : « leur audience est fixée à Saint Cloud le 12 décembre » (1802), puis donne le récit de cette journée d’après Riedmatten.
(12) Bulletin Historique de la Société de Sauvegarde du Château Impérial de Pont de Briques, n° 16, 16, 17 et 18/1981 ; Lettres et Décisions inédites de Napoléon, n° 36, p. 251 et 252.
(13) Visite du 23 août 1958.
Madeleine TARTARY, Sur les traces de Napoléon, (Paris, J. Peyronnet Ed, 1956), p. 259 à 261 (Texte de la plaque de la République du Valais, avec sa traduction en français).
Chanoine L. QUAGLIA, La Maison du Grand Saint-Bernard, des origines aux temps actuels, (Aoste/Italie, impr. ITLA, 1955), p. 549, note 38 (Texte de la plaque des religieux).
M. SALAMIN, op. cit., p. 99 (Texte de la plaque de la République du Valais).
(14) Archives Nationales ; AFIV 180, pl. 1142.
Archives Diplomatiques. Correspondance politique, VALAIS, Vol. 7, fol. 414 et 415.
L’Empereur avait adressé, le 29 Fructidor An XIII (16 septembre 1805), ses pleins pouvoirs à Eschassériaux, Chargé d’Affaires de France en Valais, pour conclure et signer avec le plénipotentiaire de cette République, la Capitulation militaire concernant la formation du bataillon de Valaisans (fol. 410 et 412). Conclue le 16 Vendémiaire An XIV (8 octobre 1805), cette Capitulation signée avec le Grand Baillif sera reçue par Talleyrand, à Strasbourg, le 28 Vendémiaire (20 octobre 1805) pour être présentée à la ratification de l’Empereur alors en campagne. (F. BEAUCOUR, Lettres de Maret à Napoléon et à Talleyrand pendant la campagne d'Allemagne de 1805, dans le Bulletin Historique… de Pont de Briques, n° 12, 13 et 14/1979, p. 127) l’échange des ratifications aura lieu à Sion, le 6 janvier 1806, entre Eschassériaux et Augustini (fol. 439 et 425).
(15) Archives Diplomatiques. Correspondance politique. VALAIS/Vol. 7 fol. 430 et 431.
(16) Almanach National de l’An X, p. 61 ; Almanach Impérial de 1810, p. 57 ; de 1811, p. 466.
(17) Visite des 3 et 4 août 1962.
A Gabi, à peu de distance de l’inscription commémorative de la construction de la route du Simplon par Napoléon, on remarque un hôtel (l’Hôtel Weissmies) qui présente sur sa façade une plaque indiquant, en anglais, ceci : « C’est ici que Napoléon 1er, le 27 mai 1807, reçut un verre de lait qu’il paya d’une pièce de 5 francs ».
Ce jour-là, Napoléon était à Finckenstein, en Pologne, occupé à préparer sa campagne contre les Russes !
Nous savons, par contre, et l’avons montré qu’un fait semblable s’est produit près d’Abbeville, à Buigny Saint-Maclou, le 19 juillet 1804. (F. BEAUCOUR, Sur le chemin du camp de Boulogne : l’arrêt de Napoléon 1er à Buigny Saint-Maclou, le 30 Messidor An XII (19 juillet 1804), dans le Bulletin de la Société d’Emulation d’Abbeville, T. XXIV (1977, p. 223 à 233).
Fernand Beaucour.





