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LETTRE

DE M. DE TALLEYRAND

A

LOUIS-GUILLAUME OTTO

MINISTRE PLENIPOTENTIAIRE DE LA REPUBLIQUE

A LONDRES

21 JUIN 1801






Paris, le 2 Messidor de l'an 9 de la République française, une et indivisible. [21 juin 1801]

Le Ministre des Relations extérieures,

Au Citoyen Otto, à Londres,

Citoyen, j'ai reçu vos numéros 72 & 73.

On ne peut pas croire que des lettres évidemment fabriquées par le journaliste qui les publie et qui prodigue depuis six ans les plus absurdes calomnies, produisent quelque effet, soit à Londres soit à Paris.

Jamais la Capitale n'a été plus tranquille, jamais il n'a régné plus d'accord entre les membres du Gouvernement et toutes les autorités de la République, jamais il n'en est résulté plus de force.

Ce qu'on lit dans la Gazette manque sans cesse d'exactitude, quelquefois de vraisemblance. Les Généraux ne songent qu'à s'établir et à faire un emploi utile des avantages que la Guerre leur a procurés. Carnot n'est ni employé, ni consulté ; il est venu à Paris et est retourné presque aussitôt dans son Département. Dans les fêtes, aux spectacles partout l'esprit public se montre excellent, partout sont accueillies avec enthousiasme les allusions favorables à l'ordre actuel des choses.

Le Cardinal Consalvi vient d'arriver, toutes les affaires qui se suivaient avec la Cour de Rome sont mûres pour une conclusion. Elle aura lieu incessamment.

Quant à ce qui vous concerne, Citoyen, de nouvelles réflexions vous auront convaincu qu'il n'y a aucun désaccord entre la note du 26 et celle du 27, eu égard à la Proposition du Status ante Bellum. Nous venons de faire un grand pas ; c'est aux Anglais maintenant d'avancer. Dans la proximité où vous êtes, les ordres du Gouvernement ne peuvent jamais être en retard. Aussi ne prenez sur vous de rien interpréter, de rien signer avant d'avoir reçu les explications ou les ordres du Gouvernement. Pour tout prévoir, il faudrait vous écrire des volumes.

Ce que vous devez toujours dire c'est que dans aucun cas Malthe ne peut rester aux Anglais. Aussitôt que nous aurons la réponse de Lord Hawkesbury, vous recevrez de nouvelles Directions.

Je vous Salue

ch. mau. talleyrand




REPONSE

DE

LOUIS-GUILLAUME OTTO

A

TALLEYRAND

03 AOUT 1801



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Londres, le 15 Thermidor an 9 [3août 1801]

à C. Talleyrand.

Cit. Min.

D'après les assurances de L.H. que j'ai eu l'honneur de vous transmettre dans ma dernière dépêche, vous vous êtes attendus sans doute journellement à recevoir la réponse du Gouvernement Brit. à votre dernière note. Cette réponse ne m'a pas encore été remise, mais ce long intervalle n'en a pas moins été rempli de la manière la plus pénible pour moi.

Pendant cinq jours consécutifs, tous les journalistes paraissaient s'être donné le mot pour m'accabler des calomnies les plus absurdes et les plus indignes de moi et du Gouvernement que je sers. Les uns me reprochaient d'avoir fait ici le métier d'espion, pour donner au Premier Consul des renseignements militaires ; les autres me supposaient des intelligences avec je ne sais quels mécontents qui devaient se lever en masse, au moment d'une invasion française ; un d'entre eux, sous prétexte de me justifier, disait que je n'étais pas plus attaché à la Révolution française qu'il ne convenait de le dire dans un papier public. Tous avaient l'air de solliciter le Gouvernement de me renvoyer et même de me constituer prisonnier.

C'est par de pareils moyens qu'une poignée d'intrigants espérait ternir la réputation de droiture que j'avais justement acquise dans la position la plus délicate où un agent public puisse se trouver.

Un démenti froid a fusé enfin, dans tous les papiers, à ces inculpations, mais une preuve que cette tourmente n'est pas le simple effet d'un rapport mensonger, mais le plan perfide d'une clique qui voudrait faire rompre les négociations, c'est que j'ai reçu hier matin une lettre anonyme qui en renfermait une adressée au Premier Consul pour l'inciter à consommer une invasion afin de délivrer les pauvres de la tyrannie des riches.

Ce piège grossier tendu à l'agent d'un Gouvernement qui a terrassé avec tant de peines les Monstres de l'anarchie, est lui même une insulte que dans tout autre moment j'aurais méprisé, mais que j'ai cru devoir faire remarquer à Lord Hawkesbury en lui envoyant la lettre en original.

Je n'avais pas attendu ce moment pour me plaindre avec amertume des insultes auxquelles j'avais été en butte. Dans sa réponse le Ministre s'était rejeté sur la liberté de la presse, que le Gouvernement n'avait aucun droit de contrôler et il m'avait assuré que jamais le Ministre n'avait partagé les soupçons que quelques journalistes avaient répandus contre moi, et qu'il était convaincu au contraire que personne ne désirait plus sincèrement que moi de mettre un terme aux calamités de la guerre.

Ma seconde communication et la lettre anonyme ont produit un meilleur effet. Le Cabinet a été indigné de l'effronterie du gazetier et de son accord avec la lettre anonyme. Il m'a témoigné toute sa sensibilité et m'a proposé de faire poursuivre le gazetier, au nom du Gouvernement, si j'y consentais.

Le résultat de ces sortes de poursuites étant toujours extrêmement précaires, j'ai trouvé déplacée la condition de mon consentement et j'ai répondu que je laissais à la sagesse et à la dignité du Ministre le soin de ressentir un affront qui le touchait autant que moi, puisque je n'existais ici que sous la protection immédiate du Roi. Au reste tous mes amis m'ont conseillé de ne pas me jeter dans le dédale d'une poursuite judiciaire, qui suivant les passions du Jury eut peut-être tourné contre moi, d'autant que l'ambiguïté ironique de ces sortes de libelles donne à un avocat habile le moyen de justifier le gazetier.

Lord Hawkesbury m'a cité à cette occasion non seulement l'exemple du Ministre mais même de la famille royale qui ayant été gravement insultés par les gazetiers n'ont pu se faire rendre justice par les tribunaux, eu égard à plusieurs clauses évasives qui se trouvent dans les Lois.

Au reste cette persécution passagère n'a servi qu'à m'attirer de nouveaux témoignages d'intérêt et de satisfaction de la part du Gouvernement.






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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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