

LES OBSEQUES
DU
PRINCE DE TALLEYRAND
A VALENCAY
LE 5 SEPTEMBRE 1838
Le 5 septembre, on a célébré à Valençay les obsèques du prince de Talleyrand. Ses restes avaient été retirés, le 31 août, du caveau de l’église de l’Assomption, où ils étaient déposés depuis trois mois. On les a transportés à Valençay avec ceux du duc Archambault, frère du prince, mort peu auparavant à Saint-Germain-en-Laye, et avec ceux d’une petite nièce, fille du duc de Valençay, morte en 1836.
Le prince avait fondé, il y a quelques années, à Valençay, un établissement de Sœurs de la Croix pour l’instruction des enfants et pour la distribution de secours à domicile aux pauvres malades. Il avait bâti et meublé une maison à ses frais, et avait affecté une rente considérable pour l’entretien des Sœurs. De plus, il a, par son testament, assigné 50,000 fr. pour cette œuvre. Il a demandé à être enterré dans la chapelle de l’établissement, qu’il avait fait construire et orner ; un caveau souterrain devait recevoir sa dépouille et celles des membres de sa famille. Ce caveau est vaste ; on y descend par un bel escalier ; le prince y avait marqué lui-même sa place.
Les trois corps, transportés de Paris sur un corbillard construit à cet effet, arrivèrent le 4 septembre à Valençay, et furent déposés dans le chœur de l’église de Valençay, qui est un peu éloigné du château et de la ville, et qui doit aussi au prince un clocher, élevé il y a deux ans. Cette église avait été transformée en chapelle ardente ; elle était tendue de noir de haut en bas, et un grand catafalque était dressé dans le chœur. A onze heures, les parents et les amis du prince sont arrivés dans l’église. La garde nationale et la compagnie des pompiers occupaient le milieu de la nef. Une partie de l’église avait été laissée au public, qui l’occupait dès le matin. Les curés des paroisses voisines étaient venus avec empressement joindre leurs prières à celles de M. le curé de Valençay. Des musiciens venus de Paris exécutèrent la messe des morts de Plantade. M. le curé de Valençay rappela, dans une courte allocution, le bien que M. de Talleyrand avait fait dans le pays, et cita entre autres la fondation des filles de la Croix.
Après le service et l’absoute, les trois cercueils furent placés sur le char funèbre, et l’on s’achemina vers la chapelle des Sœurs, au milieu d’une foule toujours croissante. Le clergé précédait le char traîné par les quatre chevaux du prince. Derrière marchaient la famille, les autorités et les amis. Le service a été célébré avec pompe par un nombreux clergé. Après l’absoute, les cercueils ont été tirés du catafalque, et on s’est rendu à la chapelle des Sœurs. Le duc de Valençay conduisait le deuil, suivi du duc de Mouchy, du prince de Chalais, du comte Antoine de Noailles, du comte Alexandre de Périgord et du baron de Talleyrand. Des personnages de distinction, des amis du prince, les fonctionnaires des environs faisaient parti du convoi. On est arrivé ainsi à la chapelle de Sœurs, où le De profundis a été chanté et l’eau bénite jetée sur les trois corps. Les cercueils ont été ensuite descendus dans le caveau au bruit d’une triple salve de mousqueterie. Ainsi la tombe se ferma à jamais sur celui qui avait joué si longtemps un grand rôle dans les affaires de ce monde, et dont la fin, que nous avons racontée, doit laisser un long souvenir.





