

NOTE
DU
PRINCE DE TALLEYRAND
AU
VICOMTE CASTLEREAGH
A VIENNE
EN DATE DU
5 BNOVEMVRE 1814
Le soussigné ministre de S. M. T. Ch., et son secrétaire d’état au département des affaires étrangères, a reçu la note que S. E. Lord vicomte Castlereagh lui a fait l’honneur de lui adresser, et par laquelle il propose de s’entendre pour une abolition actuelle et immédiate de la traite de la part de la France.
Les sentiments du Roi, par rapport à ce trafic, lui font sincèrement désirer que son abolition immédiate puisse être trouvée compatible avec un intérêt auquel il doit subordonner ses déterminations, avec l’intérêt de son royaume et de ses colonies. Mais l’état de celles-ci ne lui est point encore connu. Il y en a même une partie dans la possession desquelles la France n’est point encore rentrée. Ainsi des éléments sans lesquels il est impossible de se former une opinion dans une matière aussi grave, les uns manquant totalement, les autres doivent être recueillis dans les ports et les villes de commerce où un nombre d’expéditions ont déjà été faites ou préparées sur la foi du traité du 30 mai. Il faut avant tout pouvoir les réunir tous, ensuite les comparer et les discuter, ce qui exige nécessairement du temps. Il en faut d’ailleurs pour préparer l’opinion, et surmonter les préjugés contre lesquels on n’a point en France, comme en Angleterre, le secours de l’expérience.
C’est pourquoi S. M. T. C., qui s’est engagée, et qui est prête à unir tous ses efforts à ceux de S. M. Britannique pour faire prononcer l’abolition générale de la traite par toutes les puissances de la chrétienté, pense qu’il est nécessaire de se borner pour le moment à cet objet, en se réservant de s’entendre sur la proposition contenue dans la note de S. E. Lord Castlereagh, lorsque les opérations du congrès étant terminées, et la France ayant obtenus les renseignements qui lui manquent, la question pourra être traitée avec toute la maturité qu’elle requière.
Le soussigné se plait à espérer qu’elle pourra l’être alors à la satisfaction réciproque des deux puissances.
Le soussigné, etc., etc.
Signé le Prince de TALLEYRAND.





