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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRES

DE

NAPOLEON BONAPARTE

A

TALLEYRAND

PENDANT L'ANNEE 1805





543 – Paris, 14 nivôse an XIII [4 janvier 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, ministre des Relations extérieures, voici deux lettres, une pour le roi d'Angleterre et l'autre pour le contre-amiral Lacrosse. Mon intention est que vous n'écriviez que trois lignes à lord Harrowby. Le courrier ne pourra être porteur d'aucune autre dépêche que de la vôtre. Il s'arrêtera à Boulogne près le contre-amiral Lacrosse, que je charge d'expédier sa dépêche par un officier de son état-major.

Napoléon.

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544 – Paris, 22 nivôse an XIII [12 janvier 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

L'Empereur me charge de renvoyer à Votre Excellence la convention que vous avez négociée avec M. Gravina, et d'y joindre une autre copie qu'il m'avait renvoyée pour en faire les rectifications. Sa Majesté désire que, si M. Gravina est encore ici, vous signiez et vous fassiez signer cette copie, à laquelle on n'a rien ajouté, si ce n'est un préambule explicatif du but des puissances contractantes.

Sa Majesté désire aussi que vous engagiez M. Gravina à arrêter un article dont le sens serait que les deux puissances s'engagent à prendre les mesures nécessaires pour que le Portugal fasse cause commune avec elles et pour qu'au 1er germinal prochain tous ses ports soient fermés aux Anglais.

Dans le cas où M. Gravina serait parti, je vous prie de me renvoyer sur-le-champ les pièces que j'ai l'honneur de vous transmettre, afin que je puisse me conformer aussitôt aux ordres que Sa Majesté m'a donnés pour cette occurrence.

P. O. Napoléon.

Le secrétaire d’Etat :

Hugues B. Maret.

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545 – Paris, 22 nivôse an XIII [12 janvier 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, mon ministre des Relations extérieures, j’ai approuvé votre compte des dépenses secrètes de l’an XII. Vous remettrez les 217 705 francs qui restent au maréchal Bessières.

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546 – Paris, 2 pluviôse an XIII [22 janvier 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur de Talleyrand, mon intention est que vous passiez dans la journée une note à M. de Lima pour lui faire connaître que le subside que devait payer le Portugal devait l’être à cette époque ; que cette inexactitude dans l’exécution des traités n’est honorable pour aucune puissance et qu’on désire savoir catégoriquement quelle est l’intention du Portugal sur cet objet.

P.S. Venez ce soir à huit heures pour connaître l’envoi d’un ministre et faire les démarches nécessaires pour faire décider cette puissance.

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547 – Paris, 9 pluviôse an XIII [29 janvier 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, mon ministre des Relations extérieures, vous donnerez ordre à M. Jaubert de partir sur-le-champ pour Constantinople. Il remettra la lettre ci-jointe en main propre au Grand Seigneur. Il est nécessaire que son voyage soit dans le plus secret possible et que ce soit que bien après avoir passé Vienne qu’on puisse avoir avis de sa mission.

Napoléon.

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548 – Paris, 10 pluviôse an XIII [30 janvier 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, mon ministre des Relations extérieures, j'ai signé le décret relatif à la grande décoration de la Légion, d'honneur, qui consistera en une plaque et un cordon rouge. Je désire que vous vous entendiez avec M. Lacépède pour la faire faire et l'expédier sans délai au roi de Prusse. Faites-moi demain matin un rapport sur cet objet, et apportez avec vous toutes les pièces originales qui me fassent connaître comment tout doit se faire. Je pense aussi qu'il serait convenable de faire la même chose vis-à-vis de l'Espagne pour la Toison d'or. On pourrait suivre le même système pour Munich. Ces idées me viennent naturellement, au moment où je serai obligé de désigner sept ou huit personnes pour les cordons du roi de Prusse, qui, étant d'une nature toute différente, formeront ici une grande disparate ; il faudrait en donner une trentaine, soit de ceux du roi de Prusse, soit de l'Espagne, des électeurs d'Allemagne, ou du Portugal.

Napoléon.

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549 – Paris, 12 ventôse an XIII [3 mars 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, le titre du général Victor doit être celui de mon envoyé extraordinaire et mon ministre plénipotentiaire au Danemark.

Napol.

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550 – Paris, 13 ventôse an XIII [4 mars 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, vous expédierez à M. Beurnonville, à Madrid, un courrier qui sera porteur du paquet ci-joint pour M. Le Roy, commissaire général des relations commerciales à Cadix. Vous ordonnerez à M. Beurnonville de l'expédier ce paquet à Cadix que quarante-huit heures après l'arrivée du courrier à Madrid, et avec le moins de bruit et d'éclat possible, par un de ses courriers les plus sûrs. Il écrira à M. Le Roy de ne remettre les lettres contenues dans son paquet que trois jours après l'arrivée de ce courrier, afin que la raison de son expédition reste inconnue. Il est nécessaire d'éloigner le plus possible l'attention de cette correspondance de Paris à Cadix. Je désire que ce courrier parte aujourd'hui ; il portera la lettre ci- jointe au général Junot et la lui remettra en main propre.

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551 – Paris, 15 ventôse an XIII [6 mars 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur de Talleyrand, mon intention est que M. François Beauharnais, mon ministre à Florence, parte pour s’y rendre avant lundi prochain.

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552 – Paris, 21 ventôse an XIII [12 mars 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, vous ferez connaître à M. Laforest, à Berlin, qu'indépendamment des 76e et 103e régiments que j'ai déjà retirés du Hanovre, je fais repasser en France le 100e régiment d’infanterie de ligne, qui fait partie de cette armée et qui est fort de 2 400 hommes. Il est remplacé par le 19e régiment de ligne, qui n'est fort que de 1 600 hommes. Ce mouvement tient à des mesures de pure discipline militaire.

Napoléon.

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553 – La Malmaison, 28 ventôse an XIII [19 mars 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, la lettre de M. Corancez, du 28 frimaire, m'a beaucoup intéressé. Elle me paraît assez importante pour me décider à envoyer un courrier à Constantinople, avec des lettres chiffrées pour M. Corancez, et d'autres pour M. Jaubert. Vous ferez connaître à M. Corancez l'objet de la mission de M. Jaubert, pour qu'il l'annonce sans délai au pacha de Tauris ; et, comme il est dans la nature des choses possibles que M. Jaubert ne pût parvenir en Perse, vous préviendrez M. Corancez de mon intention de suivre de la manière la plus efficace une liaison avec la Perse et du désir que j'aurais qu'il envoyât ici un agent instruit de l'état du pays. Il pourrait très bien expédier un Arménien, qui s'embarquerait à Smyrne pour un des ports de l'Europe. Écrivez aussi à M. Rousseau pour qu'il suive sa correspondance avec le vizir avec lequel il est en relation.

Napolé.

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554 – La Malmaison, 28 ventôse an XIII [19 mars 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, mon intention est que M. François Beauharnais ne mène pas sa femme à Florence. S’il avait de la répugnance à cette séparation, je cesserai de le croire propre à la mission que je lui ai donnée.

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555 – La Malmaison, 29 ventôse an XIII [20 mars 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je désire que vous fassiez réunir toutes les dépêches de M. Rousseau et celles que vous avez relatives à la Perse, et que vous fassiez faire la recherche de tout ce que les Anglais pourraient avoir écrit sur ce pays, afin que je puisse me former une idée de sa situation. Je désire aussi que vous fassiez rechercher dans les gazettes de Saint-Pétersbourg tout ce qu'il peut y avoir de relatif à ce pays. Faites-moi connaître quels sont les drogmans que nous avons ici qui savent le persan.

Napol.

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556 – La Malmaison, 2 germinal an XIII [23 mars 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Je désire que vous fassiez faire sur le droit d'épave un mémoire détaillé, et que l'on imprime une brochure qui récapitulera tout ce qui a été fait sur cet objet et les principes qui m'ont dirigé. On pourrait aussi traiter la question de l'Ordre équestre : ce sont, je crois, les deux principaux points qui divisent actuellement l'empire germanique.

Napoléon.

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557 – Saint-Cloud, 6 germinal an XIII [27 mars 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, ministre des Relations extérieures, faites donner cent mille francs à mon ambassadeur à Rome pour toutes les dépenses qu’il a dû faire dans les circonstances actuelles.

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558 - Troyes, 4 avril 1805

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

DÉCISION

Mesabki, ancien interprète à l'armée d'Egypte, fait connaître à l'Empereur qu'il est dans la misère, et le prie de lui accorder les cinquante sous par jour dont jouissent les Égyptiens réfugiés.

Renvoyé à M. Talleyrand. Cet homme sait l'arabe ; lui faire une pension de 600 francs ; savoir toujours où il est pour en disposer dans les circonstances ; il peut accompagner des individus dans quelques missions.

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559 – Chalon-sur-Saône, 17 germinal an XIII [7 avril 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, la personne que j'ai l'intention d'envoyer en Perse est l'adjudant commandant Romieu. Faites-lui donner les mêmes instructions qu'à M. Jaubert, et faites-le partir sous le plus court délai. S'il arrivait que M. Jaubert ne fût point parti de Constantinople quand il y arrivera, ils se concerteraient ensemble et partiraient à une grande distance l'un de l'autre et par des chemins différents. M. Romieu pourrait très bien passer par Trébisonde ; mais, s'il devait passer aussi par Bagdad, il ne doit pas se mettre en route en même temps que M. Jaubert, afin que, s'il arrivait des accidents à l'un, l'autre les surmontât. Vous ne manquerez point de lui faire connaître que le principal but de son voyage est de s'instruire de la situation de la Perse et de la marche des gouverneurs qui y existent, province par province, et de reconnaître à combien se montent ses forces. Il doit, s'il lui est possible, parcourir les bords de l'Araxe et pousser jusqu'aux frontières russes. Il prendra des renseignements sur les événements passés, et enfin sur tout ce qui peut me mettre à même de connaître bien le pays. Il sera très réservé ; cependant, en causant avec les ministres et l'Empereur, il dira que je veux entrer en alliance avec lui et lui offrir des secours.

Napoléon.

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560 – Chalon-sur-Saône, 17 germinal an XIII [7 avril 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, ministre des Relations extérieures, je vous renvoie votre portefeuille. Les lettres de Vienne me paraissent ne rien conclure ; celles de Berlin ne me paraissent demander aucune décision. Cette cour est plus mal avec les Russes que nous, avec cette différence qu'elle les craint et que nous ne les craignons pas.

Vous auriez bien dû m'envoyer la note sur le deuil ; je voudrais avoir un travail complet là-dessus. Mon intention est de prendre deuil au moment où je passerai à Lyon.

Rédigez-moi un projet de décret relatif à la princesse Ferdinand.

J'attendrai la réponse du roi de Prusse sur les affaires d'Italie. J'ai reçu une lettre de l'électeur archichancelier qui me complimente sur les changements arrivés en Italie.

J'ai demandé au ministre de la police un rapport sur la lettre M. de Cobenzl, relative à un officier du Limbourg.

Je désire que tous ceux qui ont à me porter des cordons, tels Lucchesini, Lima, ou qui auraient des lettres de leur souverain à me remettre, me les portent où je serai. Cela peut s'appliquer à M. de Cobenzl. Vous ferez dire à Paris que, si quelque ambassadeur a des communications directes à me faire, il lui sera expédié des passeports, pour l'endroit où je me trouverai. Je n'ai point reçu de cordons du Portugal, parce que j'étais sur mon départ et que j'aurai voulu recevoir ceux de Prusse auparavant.

Je désire que vous fassiez connaître à M. de Moustier que je conçois pas qu'un homme qui a tant de jugement puisse s'alarmer pour la Prusse de 30 000 Russes ; qu'elle a 200 000 hommes, que l'artillerie, la cavalerie et les officiers de l'armée prussienne valent trente fois la cavalerie et l'artillerie russes. Il s'en expliquera ainsi toutes les fois qu'il en sera question, en dépréciant les Russes et élevant les forces et la valeur des troupes de la Prusse.

Faites passer à la police les noms des Français au service l'Angleterre qui se trouvent être actuellement à Dresde.

Faites connaître à Jollivet que mon intention n'est pas qu'il sorte de Mayence ; que ce n'est point en parcourant les cours qu'il fera mes affaires, et que je ne m'attends point à la courtoisie et à la déférence dans les affaires d'intérêt et d'argent, où j'ai déjà trop perdu.

Donnez ordre à Portalis fils de se rendre à son poste.

Écrivez à mon commissaire à Bucarest qu'il a tort d'attacher tant d'importance à tous les faux bruits et sottises qu'on fait courir ; qu'il suffit que lui et les Français qui sont dans le pays ne soient pas trompés. Si quelqu'un porte la croix de Saint-Louis, qu'il fasse une note au prince pour dire qu'il va partir s'il n'empêche pas que cet affront me soit fait.

Je vous envoie la lettre du roi de Prusse et celle de l'archichancelier ; remettez-moi promptement les projets de réponse. Quant aux négociations de Munich et de Bade, tant pour la politique que pour les affaires particulières, il faut laisser faire le destin ; je ne veux conclure rien de définitif. Je resterai donc dans la même position. Dites-en seulement assez à Otto pour qu'il soit persuadé que je suis dans la même intention.

Je vous fais connaître, par une lettre particulière, que j'ai destiné Romieu à aller en Perse. Le port dont je vous ai parlé est effectivement le port de Gombroun, mais je voudrais avoir des renseignements certains ; on dit qu'il n'est pas sous la domination du roi de Perse actuel ; faites-moi connaître si vos renseignements sont certains.

Napoléon.

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561 – Lyon, 23 germinal an XIII [13 avril 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, j'ai reçu un courrier de Madrid. Le général Junot paraît content du prince de la Paix. Le roi d'Espagne m'a écrit une lettre pour m'offrir, et aux princes de ma Maison, l'ordre de la Toison d'or ; comme cela ne presse pas beaucoup à présent, j'attendrai pour avoir des explications plus amples sur cela. Par toutes les nouvelles de Cadix, il paraît que j'y ai 6 vaisseaux prêts. Au reste, je compte actuellement que mon escadre de Toulon est arrivée devant cette baie.

L'escadre de Rochefort est arrivée en trente-huit jours devant la Dominique, a débarqué le jour même et s'est emparée de toute l'île. Le général anglais Prevost s'était retiré avec 400 hommes dans un petit fort situé au nord de l'île, près l'anse Rupert. Sainte-Lucie parait aussi être prise. On avait à Londres de vives alarmes pour un gros convoi destiné pour la Barbade. Toutes ces nouvelles, je ne les ai apprises que par les journaux anglais.

Je suis satisfait des Lyonnais, comme de tous les pays que j'ai traversés. J'imagine que vous avez mandé à Trieste, à Livourne, à Gênes, en Sicile, à Raguse, à Venise, ainsi qu'à Munich, à Vienne et à Salzburg, de vous écrire directement à Milan. Je n'ai pas encore lu toutes les dépêches de votre dernier portefeuille ; je n'y vois, rien, du reste, de très important.

Napoléon.

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562 – Lyon, 26 germinal an XIII [16 avril 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Un baron de Moll, espèce d'agent secret de l'Autriche à Milan, commissaire pour la suite de l'affaire de la falsification des billets de la banque de Vienne, a répandu beaucoup de mauvais propos et a demandé ses passeports à la chancellerie de Milan ; on les lui a refusés, et on l'a renvoyé à la police, qui peut seule les lui donner. Écrivez-en à M. de la Rochefoucauld par un courrier extraordinaire, et dites-lui de porter plainte sur la conduite de ce commissaire et de presser pour qu'on donne des explications. Il peut même parler haut et faire comprendre que, si la cour de Vienne reste incertaine sur ces événements et veut nous laisser croire qu'elle veut la guerre, soit par l'absence de son ambassadeur près de moi, soit par les propos et les confidences du baron de Moll aux membres de la Consulte, il faudra bien que je ne donne pas le temps aux troupes autrichiennes de se réunir aux Russes et de marcher. Il dira à M. de Cobenzl qu'il est essentiel pour son cabinet de se prononcer et de faire disparaître tous les doutes ; que, quant à moi, je ne veux pas la guerre, mais que j'aime mieux la faire plus tôt que plus tard ; qu'il doit donc s'expliquer. M. de la Rochefoucauld ne passera aucune note, ne tiendra d'abord aucun discours, mais se bornera à dire que l'échange journalier des courriers avec Pétersbourg et l'absence de M. Philippe de Cobenzl, qui s'en va en Hollande, en font trop entendre. Il attendra deux jours, après lesquels il demandera une conférence, dira qu'il a ordre de renvoyer son courrier, qu'il veut savoir ce qu'il doit répondre, et que le canal de l'ambassadeur est un moyen fort long, puisqu'il est en Hollande.

Napoléon.

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563 – Stupinigi, 3 floréal an XIII [23 avril 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, ministre des Relations extérieures, un courrier d'Espagne m'apprend la nouvelle que Villeneuve a joint Gravina devant Cadix le 20 germinal. Mon intention est que vous écriviez à Beurnonville que j'avais espéré 8 vaisseaux ; il n'y en avait que 5, et on m'en avait promis 6 ; que je désire qu'on active les armements du Ferrol, afin que, si l'escadre de Brest tardait à sortir, elle pût y trouver 8 vaisseaux au lieu de 6 qu'on m'avait promis. Ce n'est pas tout aujourd'hui que d'avoir des escadres à la mer, il faut les soutenir. Il faut avoir à Cadix des escadres considérables qui obligent les Anglais à en tenir une pour les bloquer. L'escadre de Carthagène, isolée, ne peut rien. Proposez au prince de la Paix d'envoyer ces 6 vaisseaux à Toulon, ce qui, avec les 2 vaisseaux que j'y ai, obligera l'ennemi à craindre pour la Sicile et la Sardaigne et à tenir une escadre dans la Méditerranée. Si le prince de la Paix y consent, je prendrai l'obligation de nourrir et d'entretenir les équipages. Il faudra que l'escadre espagnole reçoive l'ordre exprès d'agir selon mes instructions, sans être assujettie aux différents généraux de la marine espagnole. Mon intention ne serait pas de faire sortir cette escadre, mais d'en faire la menace ; et, comme j'aurai là un camp de 4 à 5 000 hommes, je donnerai une grande inquiétude aux Anglais. Si le prince de la Paix ne prend pas ce parti, je pense que l'escadre de Carthagène doit se rendre à Cadix, où on activerait les armements de manière à avoir là une escadre de 12 vaisseaux ; cela obligera les Anglais d'en avoir 12 dans le détroit, ou de s'exposer à voir tous leurs convois interceptés. Recommandez donc à Beurnonville de faire sentir au prince de la Paix l'importance d'avoir une escadre considérable à Cadix.

Napoléon.

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564 – Stupinigi, 4 floréal an XIII [24 avril 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Je pense qu'il faudrait faire sentir à la reine d'Étrurie qu'il serait plus convenable qu'elle vînt elle-même à Milan que d'y envoyer quelqu'un de sa part. Cependant, comme je n'attache à cela que très peu d'importance, il faudrait que cette observation fût faite légèrement.

Napoléon.

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565 – Stupinigi, 6 floréal an XIII [26 avril 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

L'État de Gênes a toujours été un refuge pour les brigands. La tranquillité des départements des Alpes-Maritimes, de la Stura et de Marengo, et des États de Parme et de Plaisance, ne sera pas assurée tant qu'il n'y aura point une gendarmerie organisée comme dans le reste de mes Etats. Mon intention est donc de charger le maréchal Moncey d'organiser, pour les États de Gênes, deux compagnies de gendarmerie, une pour chaque Rivière. Elles seront sous les ordres d'un chef d'escadron, qui correspondra avec le colonel de la gendarmerie des six départements du Piémont. Je donne, en conséquence, l'ordre au premier inspecteur général de la gendarmerie d'envoyer directement à mon ministre, à Gênes, l'état de ce que coûteraient ces deux compagnies. Il est nécessaire que ce ministre obtienne du sénat les fonds et les ordres nécessaires pour leur organisation. Je désire que les deux tiers des officiers en soient Français et le reste Liguriens. Cette mesure est indispensable pour la tranquillité de mes États ; et ce n'est qu'autant que le voisinage de la République de Gênes n'en trouble point l'équilibre, que je puis lui laisser son indépendance.

Napoléon.

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566 – Stupinigi, 6 floréal an XIII [26 avril 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Je désire que vous écriviez en Espagne pour que désormais, lorsqu'il y aura des nouvelles d'événements majeurs, on défende aux postes de donner des chevaux, d'au moins cinq jours, parce que, par cette voie, l'Angleterre se trouve prévenue trop promptement. Cela gagne sur-le-champ la Hollande et Hambourg, et, d'ailleurs, les espions que les Anglais ont à Paris les instruisent bien vite ; au lieu qu'avec cinq jours de retard ils ne sont instruits que par le cours naturel des choses.

Napoléon.

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567 – Alexandrie, 12 floréal an XIII [2 mai 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, comme les phrases des lettres que je signe, quand ce n'est pas moi qui les ai rédigées, sont souvent composées par Durand et compagnie, il n'est pas extraordinaire qu'après la lettre qu'on m'a fait écrire à l'Ordre équestre, l'empereur d'Allemagne se soit enhardi à attaquer les princes. On me fait faire dans cette lettre, qu'on a imprimée, l'éloge de Wachter ; c'est mettre ma patience à l'épreuve ; vous m'avez dit cent fois que cet homme était un coquin. Il y a des gens qui me croient sans bile et sans griffes. Écrivez-leur, pardieu ! qu'ils ne s'y fient pas. Le métier des Relations extérieures était toujours de faire ces lettres de protocole ; il faut en charger un bureau à part ; je joue un trop sot rôle en signant ainsi.

Napoléon.

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568 – Alexandrie, 13 floréal an XIII [3 mai 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je suis satisfait de la lettre de l'empereur. Je désire que vous écriviez à Berlin, à Naples et à Madrid, pour connaître ce nouvel état de choses. Il est bon aussi de le répandre à Milan, mais sans affectation. Dites-en même un mot à Marescalchi et rédigez un petit article pour les journaux de Milan, que vous ferez mettre aussi dans ceux de Gènes, et dans lequel vous direz que les cours de Madrid, Berlin, Vienne, Naples, Lisbonne, Toscane, Ratisbonne, Bade, et tous les petits princes d'Allemagne, ont reconnu les nouveaux arrangements en Italie.

Napoléon.

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569 – Milan, 20 floréal an XIII [10 mai 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, expédiez par un courrier extraordinaire la lettre ci-jointe adressée au roi de Prusse ; elle sera remise par M. La Forest. Vous enverrez également les passeports. Vous répondrez au ministre, en lui envoyant ma lettre, que je vous ai donné l'ordre exprès d'expédier les passeports qu'il demande, et que je vous ai chargé d'assurer que mes dispositions pour la paix et le repos du monde sont constantes toutes les fois que l'on n'exige rien d'incompatible avec l'honneur de ma couronne et le bonheur de mes peuples.

Napoléon.

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570 – Milan, 30 floréal an XIII [20 mai 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, écrivez à M. Schimmelpenninck que je ne puis qu'être mécontent de voir que la contrebande se fait à Anvers, parce que, à six lieues, les granges et les écuries des Hollandais sont remplies de marchandises anglaises ; que mon intention est que, pendant la guerre, on fasse des patrouilles pour enlever, jusqu'à six lieues à la ronde, les marchandises anglaises qui s'y trouvent ; c'est une violation de territoire, mais aussi c'est le seul moyen de s'opposer à une contrebande aussi scandaleuse.

Napoléon.

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571 – Milan, 30 floréal an XIII [20 mai 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, autorisez mon ministre à Hambourg à demander officiellement le renvoi des Français émigrés, et qu'il leur soit interdit le passage et le séjour dans cette ville, surtout à ceux qui sont supposés munis de pouvoirs du comte de Lille. Comme j'attache une grande importance à purger Hambourg, Brème, Lubeck et Francfort des agents du comte de Lille, vous en préviendrez les députés de ces villes à Paris. Vous ferez connaître à mon ministre que je jugerai de son zèle pour mon service par l'activité avec laquelle il exécutera ces ordres.

Napoléon.

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572 – Milan, 3 prairial an XIII [23 mai 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je désire que vous expédiez un courrier à M. Beurnonville, pour lui faire connaître que mon intention est que l'on dirige tous les efforts de l'Espagne sur le Ferrol, de manière que, du 10 au 15 thermidor, on ait au Ferrol 10 vaisseaux armés et ayant des vivres au moins pour deux mois. Avec 4 ou 5 vaisseaux français, cela fera une escadre de 14 ou 15 vaisseaux, sur laquelle je compte dans mon plan général. Si l'on est en force à Cadix, je désire qu'on occupe le détroit et qu'on bloque Gibraltar.

Napoléon.

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573 – Milan, 3 prairial an XIII [23 mai 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur de Talleyrand fera connaître à S. M. le roi d’Etrurie et aux ambassadeurs de ce prince qui sont à Milan que mon intention est de rectifier les limites de la principauté de Piombino, qui m’est importante à cause de la Corse et de l’île d’Elbe ; que la protection que je dois à ma sœur me fait loi d’intervenir dans les affaires, et de les terminer d’une manière nette, telle enfin que les usurpations de la Toscane en divers lieux soient restituées à la principauté de Piombino. Mon but est de mettre en même temps la Toscane hors d’inquiétude pour l’avenir et d’éloigner toute guerre de défiance. Sur l’extension que je voudrai donner à la principauté de Piombino, jugeant convenable que les limites doivent être fixées comme ci-dessous et ne jamais dépasser les bornes indiquées par cette fixation. M. de Talleyrand fera connaître à Sa Majesté Etrurienne et à ses ambassadeurs que toute prétention ou privilèges de haut domaine que la Toscane pourrait vouloir s’arroger à l’avenir sur la principauté de Piombino doivent cesser, ce qui, pour l’avantage des deux Etats au traité de commerce qui sera négocié ultérieurement, fixera les rapports commerciaux et de douane entre eux sur des bases d’égalité et de justice.

S. M. le roi d’Etrurie sentira sans doute l’importance pour elle d’être juste et équitable dans cette occasion et ne point m’obliger en ma qualité d’Empereur des Français, roi d’Italie, à agir d’une manière contraire au commerce de Livourne en accordant toute espèce de faveur à celui de Gênes.

Limites de la principauté de Piombino : Elles partent de l’embouchure de l’Ombrone dans la mer. Comprennent Castiglione della Pescaia, le pont et le lac de ce nom ainsi que Grosseto. Suivant le milieu du cours de l’Ombrone, jusqu’à l’embouchure du ruisseau ou torrent qui prend son origine vers Luriano ; elles suivent le milieu du cours de ce ruisseau et passent ensuite sur la cime des montagnes, qu’elles suivent de manière à envelopper la totalité du versant des eaux qui coulent vers la Méditerranée. Elles comprennent ainsi Roccatederighi, la ville de Masse et Prata, se dirigeant vers Crecina Taverna qu’elles renferment s’il est du côté du versant des eaux vers la Méditerranée, reviennent toujours en suivant le sommet des montagnes sur Badiola, après avoir enveloppé Monterotondo et les sources de la Cornia. Elles descendent ensuite en ligne droite sur Pietra Rossa et vont droit à la mer où elles se terminent (voyez la carte de d’Albe) au moyen de la condition ci-dessus mentionnée et de la limite qui vient d’être tracée. Je consentirais volontiers à céder les Présides et tous mes droits sur ce pays d’une manière absolue et irrévocable à S. M. le roi d’Etrurie. Je ne refuserais pas même à rectifier une partie des frontières de mon royaume d’Italie vers la Toscane si cela convient au roi d’Etrurie, pour quelque échange et à l’avantage des deux pays.

Napoléon.

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574 – Milan, 14 prairial an XIII [3 juin 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je pense qu'il est convenable que vous adressiez une circulaire à mes différents ambassadeurs, pour leur faire connaître que les propos indécents que ne cesse de tenir publiquement la reine de Naples contre les Français m'ont porté à user de représailles envers son envoyé extraordinaire, son confident intime, auquel j'ai déclaré que si la reine, après tant d'années de règne, ne savait pas mettre du calme et de la modération dans sa conduite et dans ses discours, le vaisseau anglais qu'elle tient dans la rade de Naples ne la sauvera pas. Vous ajouterez que je n'ai cependant aucune volonté de marcher sur le royaume de Naples ; mais que ceci est un avertissement pour contenir cette furie, qui a laissé tomber dans mes mains des lettres où elle dit que, pour 17 000 Français, elle saurait bien renouveler les Vêpres siciliennes, mais qu'elle craint ceux qui viendraient après. Ceci devra servir aux différents ambassadeurs pour leur conversation.

Napoléon.

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575 – Milan, 17 prairial an XIII [6 juin 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, ministre des Relations extérieures, comme rien ne serait plus propre à me donner la mesure exacte des dispositions de la cour de Vienne que d'entamer une négociation dont l'objet serait d'échanger un certain nombre de grands cordons de Légion d'honneur contre des cordons des ordres d'Autriche, écrivez à M. de la Rochefoucauld de dire à M. de Cobenzl que, pendant mon séjour à Milan, j'ai reçu les cordons des ordres de Prusse, de Bavière et de Portugal ; que je vais recevoir incessamment les ordres d'Espagne ; qu'ainsi l'Autriche se trouve presque la seule des grand puissances du continent qui n'ait point fait un échange des cordons de ses ordres ; et que, ne voyant aucune raison à une exception qui semblerait marquer de l'éloignement, je suis disposé à proposer quelques grands cordons de la Légion d'honneur en échange d'un pareil nombre de cordons des ordres d'Autriche. M. de la Rochefoucauld demandera à M. de Cobenzl de lui faire connaître les personnes auxquelles l'empereur d'Autriche désirerait que ces grands cordons fussent conférés, et je vous instruirai, de mon côté, du nom des personnes à qui je voudrais que fussent donnés les ordres d'Autriche. Le nombre pourrait en être fixé à cinq ou six, non compris les deux cordons que l'empereur et moi nous nous enverrons réciproquement. Vous ordonnerez à M. de la Rochefoucauld de vous informer promptement du résultat de son entretien avec M. de Cobenzl, de ne rien négliger de ce qui pourrait me donner une connaissance positive des dispositions de la cour de Vienne, et de vous faire connaître, par la voie la plus prompte et la plus sûre, les mouvements extraordinaires qui s'opéreraient dans les armées autrichiennes.

Napoléon.

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576 – Montirone, 25 prairial an XIII [14 juin 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, ministre des Relations extérieures, écrivez à M. Siméon de demander que le nommé Espagnoli qui est à Florence, qui est allé l’année dernière à Gênes, et qui se mêle de complots en Piémont, soit chassé de Toscane. Ordonnez-lui de demander également le renvoi d’un nommé Massonan qui se qualifie : avocat général des sujets du roi de Sardaigne.

Napoléon.

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577 – Mantoue, 30 prairial an XIII [19 juin 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, ministre des Relations extérieures, je vous renvoie vos deux portefeuilles ; je n'ai aucun ordre à vous donner sur leur contenu. Écrivez à M. de la Rochefoucauld que le camp de Castiglione est dissous ; que le nombre des troupes qui le composaient a été beaucoup exagéré ; que si, depuis un an, j'ai augmenté le nombre des troupes en Italie, c'est qu'on a aussi un peu augmenté les troupes dans le Tyrol, l'Istrie et la Carniole ; que, des deux côtés, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de ne faire aucune augmentation, et que, pour quiconque a des yeux, mon système continental est bien déterminé : que je ne veux passer l'Adige ni le Rhin ; que je veux vivre tranquille, mais que je ne souffrirai point de mauvaise querelles.

Napoléon.

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578 – Saint-Cloud, 4 thermidor an XIII [23 juillet 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Faites mettre dans le Moniteur la lettre de M. Rastagny sur l’arrestation de M. Prony. J’ai donné ordre à la police d’arrêter les comtes Delta, Brawn et Spork, et de saisir en même temps leurs papiers. Vous avez dû parler à M. de Cobenzl, et j’imagine que je vous verrai dans la journée.

Napoléon.

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579 – Saint-Cloud, 5 thermidor an XIII [24 juillet 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, l’ambassadeur d’Espagne m’a remis l’ordre de la Toison d’or et cinq autres décorations que le roi d’Espagne met à ma disposition pour les donner à ceux à qui il me conviendra. J’ai donné ordre à M. Auguste Talleyrand de les porter à cet ambassadeur, parce que je désire qu’il les remette lui-même au prince Joseph, au prince Louis, au cardinal de Lyon, au prince de Lucques et au prince Borghèse. Vous ferez à M. de Masserano le présent d’usage et vous préviendrez les princes auxquels il les remettra qu’il est d’usage qu’ils lui fassent un présent. Vous préviendrez M. Beurnonville que j’ai chargé M. de Lacépède de lui envoyer six cordons de la Légion d’honneur dont il remettra l’un au Roi dans une audience spéciale, et l’autre au prince de la Paix. Pour les quatre autres, je les laisse au roi d’Espagne pour qu’il les donne à qui il lui plaira.

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580 – Saint-Cloud, 7 thermidor an XIII [26 juillet 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je désire que vous communiquiez cette lettre à M. de Gallo ; que vous lui fassiez sentir que ces levées de milices ne doivent pas avoir lieu, et que vous lui demandiez enfin si l'on veut m'obliger à détrôner le roi de Naples.

Napolé.

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581 – Saint-Cloud, 12 thermidor an XIII [31 juillet 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, les renseignements que je reçois d'Italie sont tous à la guerre, et véritablement l'Autriche ne garde plus aucun ménagement. Mon intention est que vous prépariez une note à M. de Cobenzl, pour lui être envoyée en temps opportun ; cette note sera longue, doucereuse et raisonnée, à peu près dans les termes de celle ci-jointe.

Napoléon.

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582 – Saint-Cloud, 12 thermidor an XIII [31 juillet 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, la République du Valais a proposé de former un corps auxiliaire au service de la France ; ce bataillon serait composé de cinq compagnies, commandé par un chef de bataillon, et de la même force que les bataillons suisses. Je vous autorise à faire sur cet objet une convention avec la République du Valais.

Napoléon.

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583 – Pont-de-Briques, 15 thermidor an XIII [3 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je vous renvoie vos différentes dépêches. Faites insérer dans le Moniteur un article de Raguse, dans lequel vous mettrez les noms cités dans le bulletin de Raguse ; cet article aura pour but de faire connaître que l'Autriche est instruite des menées des Russes. Ne négligez aucune occasion d'éclairer l'Europe sur les vues de la Russie. Faites mettre dans l'Abeille du Nord et dans les journaux de Francfort et de l'Allemagne des observations sur la note de M. Novosiltsov ; faites-les rédiger dans un grand esprit de modération, pour qu'ils puissent les imprimer. Il me semble que la dépêche de M. Otto, du 5 thermidor, peut servir de base pour rédiger cet article.

La note à envoyer aux différents ministres dit tout, excepté le motif pour lequel elle est faite. Il parait que vous ne vous êtes pas donné la peine de lire la note de M. Novosiltsov ; vous y verrez que ce négociateur prétend que je consentais à traiter directement avec lui, et qu'il ne me reconnaîtrait pas comme empereur : ce sont ces deux allégations que je veux démentir, et non déclarer que mon caractère répugne à l'idée d'un intermédiaire dans la paix avec l'Angleterre. Ce n'est pas parce que je le considère comme une insulte faite à mon caractère, mais parce que par politique je ne veux point d'intermédiaire. Substituez à cela la dénégation pure et formelle que la négociation ait été ouverte en demandant des passeports, et que j'aie pu rien concéder à la Russie qui fût contraire à mon caractère et à mon honneur. Ceci demande à être remanié.

Napoléon.

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584 – Pont-de-Briques, 15 thermidor an XIII [3 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je trouve très bien la note à M. de Cobenzl : faites-la partir demain par un courrier extraordinaire, avant de vous coucher.

Écrivez à M. de la Rochefoucauld qu'il peut dire à M. de Cobenzl que je suis à Boulogne ; que mes armées, depuis la Hollande jusqu'à Brest, occupent toute mon attention ; que je n'ai pas en Italie 50 000 hommes ; qu'avant de partir de Paris j'ai été obligé de faire un fonds de six millions pour l'approvisionnement de Peschiera, de Mantoue, de Legnago, de Vérone, de la Rocca d'Anfo et de la citadelle de Ferrare ; que, certainement, faisant des dépenses aussi considérables que le sont mes dépenses maritimes, la puissance qui m'oblige, par ses dispositions, à ces dépenses, fait une véritable diversion en faveur de l'Angleterre, et me met dans une situation telle que je ne puis la soutenir ; que je n'ai plus aujourd'hui, dans l'intérieur de la France, que les corps nécessaires pour la garde de mes côtes de la Méditerranée et de mes places fortes ; que tout le reste est sur les côtes de l'Océan, en Hollande et en Hanovre ; que les choses sont aujourd'hui à un point, que des protestations amicales ne peuvent rien signifier ; qu'on se souvient de la conduite de Marie-Thérèse envers la cour de France à l'époque du partage de la Pologne ; que je ne puis soutenir la guerre active avec l'Angleterre et la guerre tacite avec l'Autriche ; qu'il est impossible que j'obtienne la paix avec l'Angleterre si l'Autriche n'est pas véritablement pacifiée ; que, si M. de la Rochefoucauld reçoit l'assurance secrète que les troupes retourneront dans leurs garnisons de Hongrie et de Bohême, l'Empereur se croira en paix avec l'Autriche ; que si, au contraire, les troupes continuent à filer, les magasins à se former, l'Empereur considérera l'Autriche comme voulant la guerre, et, dans l'impossibilité de soutenir sa guerre maritime, il marchera pour pacifier entièrement l'Autriche ; que, si, après quatre ou cinq campagnes, il est vaincu, il sera forcé d'accepter les conditions humiliantes de l'Angleterre, comme la France les a reçues souvent ; que, si l'Autriche ne veut pas la guerre, elle trouvera ce langage raisonnable et elle fera une chose agréable à la France de faire dire publiquement (et il ne manque pas aux puissances de moyens de le faire) qu'elle est résolue à rester neutre et à s'en tenir au traité actuel; que, si le cabinet se laisse conduire par des militaires tels que Mack, Zach, etc., il se trouvera entraîné dans de mauvaises affaires ; que, dans sa position, une guerre n'a pas le sens commun, et qu'on ne peut plus se battre, raisonnablement , que pour l'empire de Constantinople; que c'est une pomme de discorde où il est très probable que la France et l'Autriche marcheront réunies.

Quant aux appels de conscrits, il n'en a été fait aucun ; que, depuis la paix de Lunéville, il n'a pas été levé plus de 40 000 conscrits, parce qu'on donne aux anciens soldats un nombre de congé proportionné ; que c'est là la marche et le but de la conscription; qu'on n'a porté des régiments au pied de guerre qu'en prenant sur les troisièmes bataillons ; qu'il est impossible aux militaires autrichiens, s'ils ont voulu l'observer, de ne pas voir l'intention de l'Empereur de conserver la paix ; qu'il vient de faire approvisionner les places ; qu'il sera obligé de lever 200 000 conscrits pour mettre son armée sur le pied de guerre, et de faire faire une contremarche à son armée des côtes, parce que son système de guerre se trouve entièrement désorganisé ; que, ce pas une fois fait, il faudra se battre ou l'indemniser de ce que cela lui aura coûté ; qu'en tout pays au monde, un armement non motivé sur les frontières de son voisin équivaut à une déclaration de guerre, et qu'il n'y a aucune espèce de doute que l'Autriche arme aujourd'hui.

Napoléon.

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585 – Pont-de-Briques, 16 thermidor an XIII [4 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je vous envoie une lettre de l'ordonnateur de l'armée de Naples ; envoyez-la à Alquier, par un courrier extraordinaire, pour qu'il fasse les représentations les plus vives contre ces enrôlements, et qu’il demande que ces enrôlements cessent. Si, véritablement, ces armements continuent, et que cette lettre ne soit pas exagérée, il fera connaître par une note qu'il ne peut rester à Naples spectateur des dispositions hostiles qu'on fait contre la division française, et qu'il se retire, son ministère de paix étant inutile dans un pays où déjà on paraît être résolu à la guerre, et près d'un souverain qui parait décidé à ne rien ménager. Avant de s'en aller, cependant, M. Alquier vérifiera par tous les moyens si ces faits sont réels ; il aura s’il le faut des conférences avec le ministre et avec la Reine ; à laquelle il fera entendre qu’on sait ce qu’elle fait et que le premier résultat de ses menées serait l'entrée de 20 000 hommes de troupes italiennes dans le royaume de Naples.

Que M. Alquier réponde par le retour du courrier, pour me faire connaître au vrai et en détail la situation des affaires de Naples.

Napoléon.

P. S. Il faut aussi qu'il vous informe, par le même courrier, des mouvements de la rade de Naples depuis le mois de prairial, et qu'il vous envoie, tracée sur une carte, la position exacte des vaisseaux anglais devant ce port.

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586 – Pont-de-Briques, 16 thermidor an XIII [4 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je désire que vous notifiez à la Diète suisse que le premier régiment suisse est organisé conformément au traité ; qu’il n’est point complet en soldats ; que je demande que les cantons le complètent. Vous lui direz également que dans le reste de l’armée, j’organiserai le deuxième régiment.

Napoléon.

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587 – Pont-de-Briques, 18 thermidor an XIII [6 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur de Talleyrand, cette lettre ainsi corrigée est bonne ; expédiez-la sur-le-champ.

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588 – Pont-de-Briques, 18 thermidor an XIII [6 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je reçois votre lettre du 18. Voici des idées qui vous feront connaître dans quel sens j'entends que la réponse soit faite. Je désire que vous me renvoyiez la note toute rédigée avant que vous la présentiez. Je veux mettre fin sans délai à cette médiation. L'Autriche craint pour elle ; je pense que cette note est une protestation pacifique, et qui veut dire qu'elle ne partage pas la folie de la Russie. Ce qu'il faut que l'Autriche apprenne par ma réponse, c'est que cette déclaration n'est pas suffisante ; qu'il faut des actions ; que la route des préparatifs est la route de la guerre ; qu'il n'y a que l'exacte neutralité pour la paix.

Napoléon.

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589 – Pont-de-Briques, 22 thermidor an XIII [10 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je vous renvoie votre portefeuille d’aujourd’hui. L'engagement du 3 thermidor n'a pas été avantageuse aux Anglais : si nous avons eu deux vaisseaux espagnols de perdus, ils en ont eu aussi deux de dégréés, dont un hors d’état de servir. Les deux espagnols n'ont été pris que parce qu'ils sont tombés sous le vent.

La dépêche de Washington a fixé mon attention. Je désire que vous passiez une note au ministre américain près de moi, que vous y joigniez une copie du jugement, et que vous lui déclariez qu'il est temps que cela finisse ; qu'il est indigne des Américains de laisser approvisionner des brigands et de tolérer un commerce aussi scandaleux ; que je déclarerai de bonne prise tout ce qui entrera ou sortira de la partie française de Saint-Domingue, et que je ne pourrai plus longtemps voir avec indifférence les armements, évidemment dirigés contre la France, que le gouvernement d'Amérique laisse faire dans ses ports.

La dépêche de Vienne, du 8 thermidor, a également fixé mon attention. Il est temps, enfin, que la cour de Vienne exécute les traités et que j'accorde une protection efficace aux établissements publics et à ceux de mes sujets qui ont des créances sur la banque de Vienne. Je désire avoir un rapport détaillé que j’enverrai à mon Conseil d'État et de faire après les instances les plus fortes pour obtenir satisfaction. Ne perdez point cela de vue ; les établissements publics de la Belgique souffrent extrêmement de ce manquement de foi de la cour de Vienne.

Napoléon.

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590 – La Tour d’Ordre, 24 thermidor an XIII [12 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur de Talleyrand, vous communiquerez à M. de Cobenzl la lettre de M. Otto et vous la lui laisserez lire tout entière. Vous lui direz que vous ne pouvez que vous en référer aux notes que vous lui avez remises ; qu'on ne peut plus aller plus loin ; que j'attends sa réponse, sans quoi je ferai entrer des troupes en Suisse, et je lèverai mes camps de l'Océan ; que je ne puis plus m'accommoder de paroles ; que je ne veux pas de camp dans le Tyrol ; qu'il faut que les troupes autrichiennes rentrent dans leurs garnisons ; sans quoi je commence la guerre. Vous lui ferez voir également les deux lettres de Venise, de Trieste, et une du maréchal Jourdan que je vous envoie. Dites à M. de Cobenzl que, si l'on veut la guerre, ce qui se fait est bien et convenable ; si on ne la veut pas, c'est un piège qu'on tend à l'empereur pour le porter à la commencer le plus tôt possible.

M. Taylor est hors des États de Hesse-Cassel ; c'est tout ce que j'ai le droit de demander. Il s'est retiré chez un petit prince voisin ; faites-le poursuivre là, et faites présenter par mon ministre des notes pour demander son éloignement, se fondant sur la déclaration de lord Hawkesbury et sur les complots et les intrigues tramés par cet agent anglais. Faites connaître, par mon ministre à Hesse-Cassel, que j'ai appris avec plaisir la retraite du sieur Taylor de l'électorat ; que j'espère qu'il n'y rentrera plus ; que je ne puis reconnaître qu'une sorte de neutralité, mais une neutralité bonne et franche : qu’il il n'y a pas de neutralité dans un pays où l’on tolère un individu qui fabrique des armes, trame des intrigues et des complots et s'y trouve autorisé par son gouvernement.

Vous direz à M. de Lucchesini en deux mots que le post-scriptum qu'il vous a communiqué m'a fort déplu ; qu'il ne faudrait pas que le roi de Prusse et moi nous nous méprenions ; que je serai toujours disposé à faire tout ce qu'il désirera, mais que je ne sais point ce que c'est que des menaces, et qu'il y en a dans ce post-scriptum ; que j'ai des embarras avec la Russie, peut-être même avec l'Autriche, mais qu’il ne faudrait point penser que ma position à l'égard de ces deux puissances pût autoriser même mon meilleur ami à me faire faire une chose honteuse ; que cela est ridicule ; à penser que je puisse faire, même pour mon meilleur ami, une chose honteuse ; qu'il était plus simple de laisser chasser M. Taylor, comme on l’a fait en Hesse-Cassel, et de ne plus parler d'une sottise comme celle-là. Vous ferez connaître à M. Bignon que je suis content des démarches qu’il a faites ; qu'il faut qu'il doit reprendre son ton ordinaire ; mais que si le sieur Taylor retourne à Kassel, il doit en partir sur-le-champ.

Je vous renvoie la note à remettre à M. de Cobenzl ; j'y ai ajouté quelques mots de ma main

Napoléon.

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591 – Pont-de-Briques, 25 thermidor an XIII [13 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je reçois la lettre de M. de la Rochefoucauld ; M. de Cobenzl aura probablement reçu de son côté la réponse à la grande note précédemment remise. Cette réponse est facile à deviner ; elle contiendra sans doute des dénégations, des protestations, en un mot, des phrases dilatoires. Ce n'est pas là mon affaire. Mon parti est pris : je veux attaquer l'Autriche et être à Vienne avant le mois de novembre prochain, pour faire face aux Russes, s'ils se présentent ; ou bien je veux, et c'est là le mot, qu'il n'y ait qu'un régiment autrichien dans le Tyrol et huit régiments dans la Styrie, la Carinthie, la Carniole, le Frioul et le Tyrol italien. Quand je dis huit régiments, j'entends parler d'infanterie seulement, car quelques régiments de cavalerie ne pourraient m'inspirer de défiance. Je veux que les travaux de fortifications qui se font à Venise cessent, parce que ce sont des ouvrages de campagne ; je veux que les troupes de la Maison d'Autriche se rendent en Bohême ou en Hongrie, et qu'on me laisse faire tranquillement la guerre avec l'Angleterre.

L'explication qu'a eue M. de la Rochefoucauld et la première note ont commencé la question. La note que je vous ai envoyée a continué cette question ; celle que je vous envoie doit la terminer. Vous savez qu'il est assez dans mes principes de suivre la marche que tiennent les poètes pour arriver au développement d'une action dramatique, car ce qui est brusque ne porte pas à vrai. Si la note que j'envoie eût d'abord été remise à l'Autriche, elle penserait que je veux la guerre, tandis que je ne la veux que dans une seule alternative. Je préfère à tout que l'Autriche se place réellement dans une situation pacifique.

Vous enverrez chercher M Philippe de Cobenzl ; vous lui montrerez la lettre de M. Alquier, quoique cela puisse un peu compromettre M. de Kaunitz.

Vous lui montrerez ensuite la lettre de M. de la Rochefoucauld, puis celle de M. Otto, puis celles de Salzburg et de Ratisbonne ; enfin, vous rassemblerez avec affectation toutes les pièces que vous pouvez avoir et qui parlent du mouvement et du rassemblement des troupes autrichiennes, et vous les lui remettrez pour qu'il les copie. S'il fait quelque difficulté de le faire, passez une heure avec lui et faites en sorte qu'il lise tout, et, quand il aura tout lu, vous lui direz : « Actuellement, Monsieur, vous venez de lire un grand nombre de lettres ; je ne sais quelle peut être la véritable impression qu'elles ont faite sur vous ; mais quelle impression pensez-vous qu'elles ont faite sur S. M. l'Empereur des Français, lorsqu'il les a lues à Boulogne, au milieu de son camp et tout occupé de ses opérations d'outre-mer ? Déjà il a suspendu l'exécution de ses projets d'hostilité, et il a compris qu'il ne pouvait se porter en Angleterre, avec 150 000 hommes, lorsque ses frontières du midi étaient menacées. Ainsi donc l'empereur d'Allemagne a déjà opéré une diversion en faveur des Anglais ! Eh bien ! vous aurez la guerre dans un mois oui, dans un mois, je vous le dis avec douleur. Il faut que tout en Autriche rentre dans l'ordre où l'on se trouvait il y a trois mois, ou vous aurez la guerre dans un mois. L'Empereur n'est pas assez insensé pour donner le temps aux Russes d'arriver à votre secours Vous direz peut-être que vous ne craignez pas la guerre : en ce cas je ne vois plus de remède pour la tranquillité du continent. De deux choses l'une : ou il fallait que l'Autriche s'alliât avec nous, ou elle devait ne nous donner aucune espèce d'ombrage. Si vous trouvez l'alliance impossible, pourquoi ne pas agir comme font d'autres puissances ? La France n'a trouvé en Prusse et en Bavière que prévenance et amitié ; à Vienne, elle ne rencontre que morgue et obstacles. Peut-être, après une guerre telle que la dernière, l'amitié est-elle difficile ; mais, depuis deux ans, voilà la troisième levée de bouclier que vous faites, et vos conseils semblent plutôt dirigés par de jeunes officiers d'état-major qui s'avisent aujourd'hui de calculer ce qu'il aurait jadis fallu faire. En vous parlant ainsi, je vous dis les propres sentiments de l'Empereur des Français, et vous aurez la guerre précisément dans l'endroit où vous n'avez pas de troupes, dans celui où elles ne sont pas rassemblées ; vous serez obligé de les y faire accourir aussi rapidement que vous les avez portées dans les lieux qu'elles occupent en ce moment. Voici la note que je suis chargé vous remettre. L'Empereur conserve le seul espoir, qu'on trompe votre cour, et que les partisans des Anglais, voyant qu'on ne peut décider autrement l'empereur d'Allemagne à la guerre, l'y entraînent malgré lui, parce qu'ils sentent bien que l'Empereur des Français est prêt à courir les hasards d'une grande expédition maritime, ne souffrira pas de rassemblements de troupes autrichiennes dans le Tyrol ni sur l'Adige. Si jamais homme eut envers sa patrie et envers son souverain une grande responsabilité, c'est vous : seul de votre pays, vous connaissez la France ; seul de votre pays, vous savez que l'Empereur des Français veut la paix ; vous savez que dans les départements du Rhin il n'y a pas un soldat ; seul de votre pays, vous savez qu'on n'a pas fait l'appel d'un seul homme de la réserve et qu'on n'a complété les premiers bataillons de guerre des corps qu'aux dépens des 3e bataillons ; seul, vous voyez Vienne à une distance convenable pour apercevoir sous son véritable point de vue les opérations et les apprécier dans tous leurs détails. Vous voyez enfin, sur votre gauche, toutes les troupes de terre de la France aux extrémités de la Bretagne et de la Picardie, s'instruisant aux opérations maritimes ; et, en même temps, vous voyez, sur votre droite, un nombreux rassemblement de troupes dans le Tyrol, et, de votre propre aveu, 72 000 hommes dans l'État vénitien. Vous ne pouvez donc méconnaître quel est l'agresseur, ou de celui qui déclarera la guerre, ou de celui qui vient au secours de l'Angleterre en rassemblant ses troupes sur les frontières pour menacer la France. Si vous présentez ces vérités dans toute leur force à votre maître, et si véritablement il n'est qu'entraîné, il est impossible qu'il ne voie pas qu'on le conduit malgré lui à la guerre, et alors tout sera calmé. Si, au contraire, votre maître veut la guerre, eh bien ! vous aurez fait votre devoir ; il n'y sera pas entraîné. Mais dites-lui qu'il ne fera pas les fêtes de Noël dans Vienne ; non que vous n'ayez une armée nombreuse et formidable : mais un mouvement rapide à donner à 300 000 hommes peut partir d'une seule tête ; un cabinet n'en fait exécuter que lentement de semblables ; et quand la nation française verra que l'Autriche nous attaque par l'impulsion de l'Angleterre, l'Empereur des Français trouvera 600000 hommes qui vaudront bien les 80000 Hongrois qu'on fait parler dans les gazettes comme s'offrant à la cour de Vienne pour combattre la France. Dans quinze jours, au retour de mon courrier, il faut que l'Empereur des Français ait non seulement toutes ses sûretés, mais qu'il voie que l'empereur d'Allemagne veut réellement vivre en paix avec la France ; sinon, il lèvera tous ses camps, appellera son armée de réserve, et dès lors le continent sera en feu. Je ne mets pas dans une note ce que je vais vous dire, parce qu'il y a des choses dures qu'on est forcé de dire, en ce qu'elles importent à la tranquillité et au salut des États, et qu'on ne peut les écrire. Pendant toute la durée de la guerre entre la France et l'Angleterre, S.M. l'Empereur des Français entend qu'il n'y aura en Souabe, comme on l'avait promis, qu'un un régiment ; dans le Tyrol un régiment ; dans le Tyrol italien un régiment ; dans l'État vénitien deux régiments d'infanterie ; en Styrie, en Carinthie, en Carniole, les garnisons qui y étaient il y a trois mois. Sans cela, l'Empereur des Français ne peut être tranquille. Mais si l'on persiste à laisser huit régiments dans le Tyrol et 72 000 hommes dans l'État vénitien il est du devoir de tout prince d'opposer armée à armée, et il est impossible à l'Empereur des Français d'opposer armée à armée sans commencer les hostilités. Si la France était en paix avec l'Angleterre y eût-il 25000 hommes dans le Tyrol, à peine s'en apercevrait-elle ou bien, sans faire semblant de s'en apercevoir, elle se contenterait d'envoyer 100 000 hommes en Alsace. Mais, encore une fois, l'Empereur Napoléon ne peut envoyer aujourd'hui 100 000 hommes, en Alsace qu'en faisant la guerre. »

Vous enverrez en même temps copie de la note à M. de la Rochefoucauld, et vous joindrez le récit détaillé de la conversation que vous aurez avec M. Philippe de Cobenzl. Vous lui prescrirez de la montrer à M. Louis de Cobenzl, mais après beaucoup de réticences et en ayant l'air de se faire prier, sous prétexte que les explications qu'elle contient sont trop fortes de style pour être communiquées. Ce ne sont pas des paroles que je veux en retour : je veux qu'il n'y ait plus de troupes dans le Tyrol, puisque je n'en ai pas en Suisse ; et je veux qu'il ne reste de troupes dans l'État vénitien que ce que j'ai indiqué, et que l'Autriche enfin se place dans une situation tout à fait pacifique. Vous ajouterez que je suis décidé à la guerre, si on ne me fait pas raison, parce que tout ceci suspend mes opérations. Vous enjoindrez à M. de la Rochefoucauld de presser beaucoup M. Louis de Cobenzl, et m'envoyer courrier sur courrier afin que nous soyons au courant de tout.

Vous ferez venir M. Maillardoz ; vous lui direz qu'il paraît qu'on est sur le point de se brouiller avec l'Autriche ; qu'elle a rassemblé un corps considérable dans le Tyrol ; qu'il faut connaître ce que fera la Suisse ; que l'Autriche y peut entrer ; qu'il est convenable que le landamman demande par un courrier extraordinaire à la cour de Vienne si la Suisse peut être sûre de sa neutralité, et quelle peut être la raison de ce rassemblement de troupes dans le Tyrol. Vous écrirez dans le même sens à M. Vial. Vous écrirez également à M. Otto qu'il faut que la Bavière se décide, et que je ne souffrirai pas qu'elle reste neutre. Vous écrirez dans le même sens à mes ministres près l'archichancelier de l'empire d'Allemagne et les électeurs de Bade et de Wurtemberg. Cela pleuvra vite à Vienne. Il faut que les déclarations de mes ministres aient lieu au moment où la cour de Vienne sera dans le cas de prendre un parti. Vous leur écrirez donc une circulaire ; elle parlera des inquiétudes que donnent les mouvements des troupes autrichiennes ; que, quand des rassemblements de ces troupes ont lieu au moment où la France n'a pas de troupes sur le Rhin, ni dans son intérieur, ces rassemblements font voir que l'Autriche a un projet d'agression imminente ; et que, dans cette situation, l'Empereur des Français vent connaître le parti que chacune des cours ci-dessus compte prendre ; que la France, menacée du côté de l'Italie, ne peut guère arriver à temps pour prévenir l'ennemi ; mais qu'elle fera passer le Rhin à ses troupes pour chercher l'ennemi au cœur de ses propres États ; que l'Empereur des Français est disposé à garantir l'intégrité des États qui se mettront avec lui. Après avoir communiqué cette lettre, mes ministres causeront, écouteront et s'attacheront à faire sentir que la France va se voir forcée de traverser l'Allemagne pour se garantir elle-même de ses ennemis, et que ce que ces diverses puissances ont de mieux à faire, c'est de se réunir à l'Empereur des Français, dont l'intention formelle est de ne rien conserver au delà du Rhin. Vous instruirez M. de la Rochefoucauld de tout ceci, afin qu'il le puisse avouer à M. Louis de Cobenzl, si celui-ci en parle, et vous lui direz qu'il ajoute que l'Empereur ne peut pas concevoir qu'on réunisse une grande armée dans un pays comme le Tyrol, qui est ingrat et difficile pour les troupes, et 72 000 hommes dans l'État vénitien, ainsi que l'a avoué l'ambassadeur autrichien, sans vouloir faire la guerre. Vous donnerez des instructions analogues à M. Bacher, afin qu'il cause avec les ministres étrangers qui sont à Ratisbonne et qu'il ne manque pas de faire sentir qu'on entraîne l'empereur d'Allemagne à la guerre. Enfin vous écrirez aussi à ce sujet, et dans cette nuance, à tous mes ministres en Europe, et que la France se voit forcée à la guerre par la réunion des troupes de l'empereur d'Allemagne dans le Tyrol et dans le pays vénitien ; que cette conduite de la part de la cour de Vienne équivaut à une véritable déclaration de guerre. De votre côté, et dans votre parlage avec les membres du corps diplomatique à Paris, et surtout avec ceux des princes d'Allemagne, vous vous expliquerez de la même manière, afin que l'inquiétude générale du danger saisisse ce squelette de François II, que le mérite de ses ancêtres a placé sur le trône.

Napoléon.

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592 – Pont-de-Briques, 26 thermidor an XIII [14 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, ministre des Relations extérieures, je ne puis approuver que vous me proposiez M. Lespérut pour mon ministre à Lucques. Je veux un homme de poids, investi de toute ma confiance, et je n’ai pas besoin d’un homme du prince. Présentez-moi donc une personne que je puisse choisir. Informez-vous et dites-moi si j’ai rempli ce que je dois pour la Toison d’or.

Napoléon.

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593 – Pont-de-Briques, 28 thermidor an XIII [16 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, expédiez un courrier à M. Otto pour lui faire connaître que j'approuve le traité d'alliance. J'approuve même que, si l'Électeur perdait ses États momentanément, il reçût des subsides pour l'entretien et la solde des Bavarois. Je suppose donc ce traité conclu. Vous écrirez à M. Otto d’en hâter la signature, en disant qu'il a des communications importantes à faire après. En effet, il communiquera les notes que j'ai fait remettre à la cour de Vienne, et l'état des choses ; il dira que mon intention est, si elle n'évacue pas le Tyrol et si elle ne désarme pas, de lever mes camps de l'Océan et de marcher sur l'Autriche ; que, cependant , je pense que l'Électeur doit lui-même faire des représentations à l'Autriche et demander pourquoi elle lève tant de troupes en Tyrol, étant en paix avec ses voisins ; qu'il ne faut point se laisser prévenir ; que je ferai descendre la plus grande partie de l'armée de Hanovre, et que trois semaines après la réponse de Vienne, si l'Autriche ne désarme pas, je serai moi-même avec 200 000 hommes en Bavière.

Vous montrerez à M. de Cobenzl le paragraphe de la lettre de M. Otto où il est question des préparatifs de guerre, et vous lui direz : « Eh bien, M. de Cobenzl, vous voulez donc la guerre ! En ce cas vous l'aurez, et ce n'est pas l'Empereur qui l'aura commencée. » Vous engagerez Cobenzl à envoyer un courrier extraordinaire, même après ces communications, parce que, dans cet état de choses, tous les instants sont urgents, et qu'il faut que sa cour prenne un parti décisif. Mais qu'elle parte bien du principe que je fais la guerre malgré moi, qu'elle m'y contraint.

Vous expédierez un courrier à M. de la Rochefoucauld pour lui donner l'extrait des dépêches de M. Otto. Vous lui prescrirez de faire de nouvelles instances, de ne point épargner les courriers, et de se rendre tous les jours chez M. de Cobenzl pour demander une décision. J'ai peine à croire, cependant, que les choses soient poussées aussi loin que le dit M. Otto. Je serai porté à croire que M. de Montgelas, qui croit que la guerre n'aura pas lieu, exagère pour se faire un plus grand mérite ; et ce qui me le fait penser, c'est qu'il signe le traité. Avec un caractère aussi hésitant que celui de l'électeur de Bavière, s'il y avait des dispositions aussi fortes, il ne le ferait pas.

Vous montrerez également la réponse verbale de M. de Cobenzl à l'ambassadeur Cobenzl ici, en lui répétant que c'est une mauvaise plaisanterie; qu'il est impossible qu'on croie que je veux faire la guerre à l'Autriche, étant aussi occupé avec l'Angleterre ; qu’il faut que le cabinet de Vienne soit séduit par les intrigues de l'Angleterre, ou égaré par des plans de polissons qui répètent des leçons de marches et de campements, qui seront également déjoués ; et qu'il est ridicule que ce cabinet se laisse amuser par de pareilles bêtises.

Napoléon.

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594 – Pont-de-Briques, 30 thermidor an XIII [18 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, ministre des Relations extérieures, j’ai donné l’ordre au 18è régiment et au 1er de hussards, l’un à Paris, l’autre à Versailles, de se rendre à Strasbourg. Ce mouvement de troupes, quoique peu considérable, ne laissera pas de faire beaucoup de bruit. Je désire qu’en causant, vous fassiez connaître que je n’ai ordonné aucun mouvement des corps ; que ce qu’on pourra dire là-dessus est faux ; que j’attends une explication claire et nette de la cour de Vienne sur cet objet. Il me tarde beaucoup de recevoir ladite déclaration et de savoir positivement à quoi m’en tenir. Je verrai avec plaisir la copie de la circulaire que vous avez écrite à mes ministres en Allemagne. Il est convenable de savoir sur quels princes on doit compter, et les troupes qu’ils veulent me fournir. Il faudrait que le prince de Bade me fournît 3 000 hommes. En Wurtemberg, si le père prend une mauvaise direction contre nous, il semble que le parti le plus simple serait de le chasser et de le remplacer par son fils. Il faudrait sonder celui-ci et savoir s’il voudrait prendre parti avec nous, on pourrait lui donner un régiment. Il faudrait savoir s’il serait assez animé contre son père pour le détrôner ; cela serait le plus sûr, car il n’y a pas de doute qu’en entrant à Stuttgart, toutes les troupes ne désertassent.

Enfin, il faut faire une nomenclature des princes qui se trouvent depuis le Danube jusqu’au Tyrol, afin de savoir ceux que nous pouvons considérer comme amis ou comme ennemis.

Dans ce moment, j’ai besoin d’un ambassadeur en Suisse. Si M. Vial peut y aller en vingt-quatre heures, à la bonne heure ; sans cela j’en nommerai un autre, et je nommerai M. Vial à une des places que j’aurai disponibles. Dans ce moment, il me faut là un homme sûr.

Mon intention est, en cas de guerre, de fournir l’argent et l’armement nécessaires pour le recrutement, et de charger ces régiments de garder la Suisse, sous les ordres d’un général en chef qui sera celui auquel je confierai l’inspection des Suisses.

Dans cette situation des choses, ce corps d’abord garderait la Suisse, et viendrait ensuite me joindre en Allemagne.

Par là je décide les Suisses pour nous par leur intérêt, et j’en fais un foyer de recrutement pour nous qui s’opposera à celui des Anglais. J’ai pour cela besoin d’un homme habile à Berne.

Napoléon.

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595 – Pont-de-Briques, 30 thermidor an XIII [18 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je vous ai écrit pour que vous fassiez dire aux Valaisans de lever un bataillon que je prendrai à mon service. Je désire qu’un traité soit promptement conclu à ce sujet, mon intention étant d’envoyer le nouveau bataillon à Gênes pour la police de la ville.

Napoléon.

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596 – Pont-de-Briques, 1er fructidor an XIII [19 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, faites connaître à M. Alquier que 4 000 hommes de troupes italiennes se rendent à Pescara, pour y être sous les ordres du général de division Reynier ; que ce mouvement doit rester ignoré le plus de temps possible ; qu'en effet ce corps se dirige d’abord sur Ferrare, ensuite Rimini et Ancône. M. Alquier rassurera la Cour en disant que ces troupes sont destinées à en remplacer d’autres, et à soutenir le corps du général Saint-Cyr contre les rassemblements des Anglais à Malte et des Russes à Corfou, et les mouvements des Napolitains.

Napoléon.

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597 – Pont-de-Briques, 1er fructidor an XIII [19 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je ne vois pas de difficulté à ce que ceux qui ont fait le traité de navigation du Rhin soient chargés de négocier le traité supplémentaire.

Faites donner quelque chose aux missionnaires d'Alep.

Faites faire pour le moniteur une note sur les affaires d'Égypte et une sur l’article de la Valachie.

Il parait, par les nouvelles de Constantinople, que le traité de 1778 sera renouvelé ; la Porte avait, cependant, toujours promis qu'il ne le serait point. Il faudrait être attentif à cette affaire et me tenir au courant. Il me semble que les journaux l'annoncent déjà comme renouvelé.

Il y a parmi vos dépêches une lettre de Salzburg ; il y en a une de Dresde ; quand il en arrivera deux autres, il sera bon de les montrer à M. de Cobenzl.

Napoléon.

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598 – Pont-de-Briques, 4 fructidor an XIII [22 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je reçois votre courrier porteur de votre lettre du 2 fructidor. Je ne perds pas une minute pour y répondre. La situation de mes armées et la position de mes forces ne me permettent aucune transaction de faiblesse. En donnant le Hanovre à la Prusse, je lui donne un bien qui, sans exagération, augmente ses forces de 40,000 hommes et améliore la situation de ses Etats, de la même manière que Gênes améliore le Piémont. J'entends que je donnerai le Hanovre à la Prusse, et que je lui garantirai l'intégrité de ses États ; et que la Prusse me garantira l'intégrité de mes États actuels, sans que je veuille m'engager avec elle pour la Suisse, la Hollande ou les États de Naples. Si l'on demande quelles sont mes frontières actuelles, on dira : le Rhin du côté l'Allemagne ; du côté de l'Italie, mes limites actuelles, celles qui confinent avec mon royaume d'Italie et la Toscane. Le roi de Prusse me garantira à moi et à mes descendants mon royaume d'Italie conformément aux déclarations que j'ai faites. Voilà ma résolution prise. Je ne veux pas entendre parler du roi de Sardaigne, je tranche le mot, pas plus que des Bourbons ; c'est la faiblesse de ce partage qui me vaut toutes mes querelles actuelles ; je ne consentirai pas même à lui donner Corfou. Son frère a renoncé ; son alliance avec l'Angleterre l'a précipité du trône ; sa conduite actuelle en Sardaigne ne m'engagera pas à donner des secours à un ennemi. Quant à la Hollande, je ne veux donner aucune garantie. Si la guerre avec l'Angleterre continuait longtemps, et que ce peuple sans colonies ni continent cessât de vouloir vivre séparé, je ne veux pas que rien me lie sous ce point de vue. Il en est de même de la Suisse : je considérerai l'acte de médiation, tant que la Suisse le conservera ; si jamais elle le violait, je ne reconnaîtrais plus son indépendance.

Le langage de M. Laforest doit être simple et fier. C'est une offre que je fais à la Prusse ; mais il faut nous entendre : c'est une offre que je ne referai point dans quinze jours. Si le cadeau du Hanovre à la Prusse, portant cette puissance à se déclarer pour moi, fait trembler la Russie et l'Autriche, et me laisse librement et sans inquiétude le maître de me livrer à ma guerre maritime, je croirai être indemnisé de ce grand accroissement de puissance que va prendre la Prusse. Mais une fois que j'aurai levé mon camp de l'Océan, je ne puis plus m'arrêter ; mon projet de guerre maritime est tout à fait manqué ; alors je ne gagnerai plus rien à donner le Hanovre à la Prusse. Il faut donc qu'elle se décide sur-le-champ.

Expédiez un courrier à M. Laforest ; écrivez-lui que, si l'on s'est décidé, il n’y a plus rien à dire ; sinon, qu'il fasse connaître qu'il faut une réponse prompte ; que je ne puis être rassuré sur le continent que par une coopération ferme et vigoureuse de la Prusse, ou par une armée de 200 000 hommes sur le Rhin ; que j'attends le retour du courrier que vous avez expédié, et que je l'attends à Boulogne. Il faut même que, pendant la négociation du traité, la Prusse fasse connaître à l'Autriche que, si elle passe l'Inn, elle entrera en Bohême. Si la Prusse se refuse à cette démarche, je retire ma proposition : car, du 20 au 25 fructidor, je suis obligé de faire une contremarche pour m'opposer aux progrès des armements de l'Autriche, pour l’empêcher d’entrer en Bavière , et pour défendre une maison que j'aime et qu'il est dans mon intérêt de protéger. Vous vous expliquerez dans ce sens avec M. de Lucchesini, et vous lui ferez bien comprendre l'état de la question. Vous lui direz que, si, au 25 fructidor, la Prusse ne s'est pas décidée et n'a pas fait une démarche ostensible et connue, la proposition se trouve tomber d'elle-même.

Vous ferez venir M. de Cetto. Vous lui direz que j'apprends par différentes voies que l'Électeur a peur ; que, si cela est , il donne simplement un billet à M. Otto ; que je fais descendre aussitôt dans ses États mon armée de Hanovre, que je ferai remplacer par celle que j'ai en Hollande ; qu'en même temps je dirigerai sur-le-champ un corps de 20 000 hommes sur Munich ; que j'attends des réponses de la cour de Vienne pour savoir si ses armements sont sérieux ; que, si elle persiste à les maintenir, je fais marcher contre elle toute mon armée des côtes, et que moi-même avec 100 000 hommes, je serai avant six semaines à Munich.

Faites appeler M. de Cobenzl ; faites-lui connaître la partie de la lettre de M. Otto où il dit que l'Électeur fait sortir les papiers de sa chancellerie ; vous lui montrerez également les lettres d’Italie, de Dresde, de Salzburg, que vous m'avez envoyées dernièrement, et vous lui direz : « Monsieur de Cobenzl , si tout cela ne finit bientôt, l'empereur d'Allemagne sera précipité dans des événements qu'il aura mérités, puisque l’expérience de deux guerres dont les résultats ont dû être si funestes pour lui ne l'auraient pas ramené à des idées plus raisonnables. » Écrivez à M. de la Rochefoucauld que, si un corps quelconque autrichien entrait en Bavière, il demande ses passeports et quitte Vienne sur-le-champ.

Je désire faire présenter en même temps une note à la diète de Ratisbonne ; envoyez-m'en le projet. Je veux y relever tout ce que la conduite de l'Autriche a d'offensant et d'hostile ; dire que j'ai évacué la Suisse et qu'il n'y a pas un homme de troupes françaises ; que les maux de la guerre retomberont sur ceux qui la provoquent ; que je ne l'ai provoquée d'aucune manière ; que je fais cette déclaration au peuple allemand, et auquel je voudrais épargner les calamités dont il est menacé par la conduite d’un prince que j'aime et auquel je désire épargner les malheurs que lui prépare un prince que deux guerres malheureuses n'ont pas corriger ; que l'électeur de Bavière et les princes de Souabe sont épouvantés de ses armements ; que j'engage la Diète à prier l'Empereur, au nom de toute l'Europe, de cesser des mouvements qui sont des actes d'hostilité réels contre la France occupée dans une guerre maritime qui est la cause de toute la nation ; de songer aux maux de la guerre et aux conséquences terribles qu'elle aura pour ceux qui recommenceront les troubles du continent ; que remplir le Tyrol de troupes quand j'évacue la Suisse, c'est me déclarer la guerre.

Vous m'enverrez, par un courrier extraordinaire, cette note, qui doit être soignée et écrite dans un grand esprit de modération. Vous ferez connaître à M. Laforest ma situation vis-à-vis de l'Autriche. Vous ferez connaître à M. Otto cette note que je dois présenter ; je désire qu'elle le soit avant la réponse de Vienne. Occupez-vous-en sans délai, et mettez-y toute la modération possible ; qu'on y voie, si l'on peut s'exprimer ainsi , la crainte de la guerre et d'être détourné de mon système de guerre maritime ; parlez de l'acquisition de Lindau , la non-exécution de quelques articles du traité de Lunéville, de ce qui est relatif aux droits d'épave, etc. ; ajoutez-y que, si c'est pour appuyer sa prétention que l'Autriche arme, elle a tort, puisque je n'ai fait entendre aucune réclamation contre ces usurpations, quelque réelles qu'elles aient pu être.

Napoléon.

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599 – Pont-de-Briques, 4 fructidor an XIII [22 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur de Talleyrand, il est convenable de faire à M. l’ambassadeur d’Espagne près ma personne le présent d’usage, tel que celui que j’ai fait à l’ambassadeur de Prusse pour la remise des cordons.

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600 – Pont-de-Briques, 5 fructidor an XIII [23 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, plus je réfléchis sur la situation de l'Europe, plus je vois qu'il est urgent de prendre un parti décisif. Je n'ai, en réalité, rien à attendre de l'explication de l'Autriche. Elle répondra par de belles phrases et gagnera du temps, afin que je ne puisse rien faire cet hiver ; son traité de subsides et son acte de coalition seront signés cet hiver, sous le prétexte d'une neutralité armée; et, en avril, je trouverai 100 000 Russes en Pologne, nourris par l'Angleterre, avec les équipages de chevaux, d'artillerie, etc., 15 à 20 000 Anglais à Malte, et 15 000 Russes à Corfou. Je me trouverai alors dans une situation critique. Mon parti est pris.

Mon escadre est sortie le 26 thermidor du Ferrol forte de 34 vaisseaux ; elle était en route le 26 thermidor, et n'avait point d'ennemis en vue. Si elle suit ses instructions, elle se réunira à l'escadre de Brest et arrivera dans la Manche, il est encore temps : je suis le maître de l'Angleterre. Si, au contraire, mes amiraux hésitent, manœuvrent mal et ne remplissent pas leur but, je n'ai d'autre ressource que d'attendre l'hiver pour faire passer la flottille. L'opération est hasardeuse ; elle le serait plus encore si, pressé par le temps, les événements politiques me mettaient dans l'obligation de la faire passer d'ici au mois d'avril. Dans cet état de choses, je cours au plus pressé : je lève mes camps et je fais remplacer mes bataillons de guerre par mes 3e bataillons, ce qui m'offre toujours une armée assez redoutable à Boulogne ; et, au 1er vendémiaire, j’entre avec 200 000 hommes en Allemagne et 25 000 hommes à Naples. Je marche sur Vienne, et ne pose les armes que je n'aie Naples et Venise, et que je n’aie augmenté tellement la Bavière, que je n'aie plus rien à craindre de l'Autriche. L'Autriche sera certainement pacifiée, de cette manière, pendant l'hiver. Je ne reviens point à Paris que je n'aie touché barre.

Dans cette situation des choses, j'ai cru devoir vous informer de ces résolutions pour que vous me prépariez mon manifeste, qui consiste dans les pièces officielles qui m’ont instruits des mouvements de l'Autriche, et qui fasse connaître la nécessité impérieuse où je me trouve de prendre parti, sous peine de commettre la plus grande faute militaire qu'on puisse commettre. Il faut que votre langage roule toujours avec les ambassadeurs dans ce sens, et que vous fassiez à mes différents ministres une circulaire dans le même esprit. Vous prendrez pour transaction l'embarquement de mon armée et de mes chevaux ; que c'est pendant ce temps que l'Autriche appelle des armées en Tyrol et en Italie.

Je vous mets au fait de mes projets, afin que vous puissiez donner à votre département cette direction, non que vous deviez dire que je réponds à la guerre par la guerre ; mais que de fait la guerre est commencée ; qu'actuellement, c'est un raccommodement qu'il faut; que, si l'Autriche ne me répond pas, non par des protestations, mais en renvoyant des troupes dans leurs garnisons de Hongrie et de Bohême, il ne me reste plus qu'à repousser la force par la force. Cependant, comme mon intention est de gagner quinze jours, mettez M. Otto dans la confidence ; et prévenez-le que d’ici peu de jours, j’enverrai un de mes aides de camp voir Passau, et porter une lettre de moi à l'Électeur, dans laquelle je lui dirai que, si l'Autriche n'évacue pas le Tyrol, je suis résolu à me mettre à la tête de l’élite de mes forces, et que l'Allemagne verra plus de soldats qu'elle n'en a jamais vus. Que l'électeur de Bavière, cependant, reste tranquille.

Napoléon.

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601 – Pont-de-Briques, 5 fructidor an XIII [23 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je vous ai fait connaître hier mes intentions sur des objets de la plus haute importance. Je réexpédie aujourd'hui votre portefeuille d'avant-hier. Écrivez à mon chargé d'affaires à Francfort de faire en sorte de faire de faire chasser de cette ville Suzannet et d'Andigné. Je verrais avec plaisir qu'il obtint que d'Andigné fût amené en France et remis au commandant de la place de Mayence. Mon intention n'est pas qu'on arrête Suzannet ; il suffit qu'on lui intime l'ordre de s'écarter au moins de cinquante lieues des frontières de mon empire. Quant au prince Charles de Hesse, il est assez indifférent qu'il soit à Francfort ou ailleurs ; c'est un individu qui mérite peu qu'on fasse attention à lui.

Vous recommanderez à mes ministres en Batavie et en Suisse de faire connaître aux gouvernements de ces deux pays qu'on doit y être sans aucune inquiétude ; que je ne veux aucun projet de réunion ; et, quant à la Suisse, que j'aime l'état dans lequel se trouve ce pays depuis l'Acte de médiation, que je suis déterminé à maintenir ; que les Suisses doivent compter que je serai bon et fidèle allié, tout aussi longtemps qu'ils adhéreront eux-mêmes à l'Acte de médiation et qu'ils exécuteront dans son véritable esprit.

Vous direz à M. Serurier que j'ai vu avec plaisir sa conduite à la Haye, que je l'approuve, et qu'à la première circonstance que je trouverai favorable je le mettrai à même de suivre sa carrière dans un poste plus élevé.

Vous aurez un entretien avec le marquis de Gallo. Vous lui direz que j'ai été touché des malheurs de Naples ; et, cependant, vous lui ferez part de l'étonnement que j'éprouve de trouver, dans la note où on annonce que 6 000 hommes sont arrivés d'Angleterre à Malte, la proposition de faire retirer mes troupes du royaume de Naples. Cette arrivée des Anglais à Malte n'est-elle pas une raison très forte d'augmenter plutôt le nombre de mes troupes dans l'État napolitain, afin de mettre celles qui s'y trouvent en ce moment à l'abri de cette menace tacite de mes ennemis ? Vous ajouterez que je n'ai, toutefois, aucun intérêt bien majeur à établir la guerre sur le territoire de Naples, et que, si elle doit avoir lieu bientôt, je veux savoir quelle sera ma garantie que la reine de Naples et Acton ne recevront pas, dans l'État de Naples, les Russes ou les Anglais, et ne m'obligeront pas à y envoyer, dès à présent, des forces plus considérables que celles que j'y tiens ; que, si je ne le faisais pas, ce serait une faute militaire qui sauterait aux yeux de tout le monde ; qu'il n'y a d'autre manière de l'empêcher qu'en me présentant la garantie qui m'est nécessaire ; qu'il n'en peut exister de réelle sans que, au préalable, Acton et Damas soient chassés de la Sicile, et sans que le commandement des troupes soit confié, non d'une manière illusoire, mais vraie, à un officier qui puisse posséder la confiance de la reine de Naples et m'en inspirer à moi-même, et dont l'attachement à l'État ne soit point équivoque ; c'est assez dire qu'il ne peut être question pour un tel poste, ni d'un émigré français, ni d'aucun autre étranger quelconque ; que, pour donner à la garantie que je demande la stabilité convenable, il serait indispensable qu'on établit à Naples un ministère dont tout l'intérêt et dont le cœur seraient vraiment napolitains, et dont l'attachement à son pays me donnerait la certitude que Naples ne se précipiterait plus dans de nouveaux malheurs, pour l'intérêt de l'Autriche ou de l'Angleterre ; qu'Acton peut très-bien être envoyé en Angleterre, sa patrie originaire, et qu'il y sera plus près de ses revenus et de ses vrais moyens d'existence.

Il parait, au premier coup d'œil, absurde ou inexécutable de donner le commandement des troupes napolitaines à un officier général français ; cependant, en y réfléchissant bien, ce projet est plus exécutable qu'on ne pense, en ce qu'il satisfait à tout. Il est dans l'armée française une foule d'officiers généraux qui serviraient avec honneur la reine de Naples, si elle ne voulait qu'une bonne administration, une bonne discipline et tout ce qui contribue à la tranquillité et à la bonne tenue des troupes.

Si M. de Gallo demande les noms de ces officiers, on sent qu'il ne peut être question, dans les circonstances actuelles, d'hommes marquants ; mais on pourrait nommer, par exemple, le général de division Pully ; c'est un homme de cœur dont vous connaissez la naissance; cet officier servirait loyalement la reine de Naples et ne tramerait pas contre moi.

Si M. de Pully ne convient pas à M. de Gallo, eh bien ! qu'il choisisse un autre officier général, de concert avec vous ; il est dans toutes les coteries de Paris ; il connaît la différence d'individu à individu, et peut l'apprécier.

Si, aux moyens que je viens d'indiquer, on joint la condition qu'aucun émigré, français ou étranger ne sera admis dans les troupes napolitaines ; que le système de l'organisation militaire napolitaine élèvera le nombre de ces troupes de 12 à 14 000 hommes tout au plus ; que les milices seront, dès à présent, licenciées, et qu'on en effacera même jusqu'à la trace ; si je vois, en un mot, à la tête des divers départements du ministère des hommes, non pas dont je serai sûr, mais connus pour leur modération, tenant aux meilleures familles napolitaines, et surtout aux intérêts de leur pays, alors je conclurai un traité de neutralité avec la reine de Naples, qui assurera sa tranquillité.

Vous laisserez entrevoir à M. de Gallo que j'espère que la cour de Naples sera assez sage pour adopter ce que je propose ; mais que, craignant qu'on y appelle les troupes anglaises et russes, je vais augmenter les troupes que j'ai dans ce pays ; que je n'en puis être empêché qu'autant que M. de Gallo recevrait des pouvoirs en forme, qui le mettraient à même de faire sur-le-champ un traité ou une convention qu'on considérerait comme des articles secrets additionnels au traité de Florence ; si cela a lieu, alors je laisserai Naples dans sa tranquillité et dans sa neutralité.

Il y a dans la dépêche de Cadix, no 199, une réponse de l'amiral Collingwood aux consuls neutres, dans laquelle la convention de la Russie joue un très mauvais rôle; faites un article très-détaillé là-dessus, que vous ferez insérer au Moniteur.

Je pense que mon ministre à Kassel doit se mettre bien avec l'Électeur et avec la cour. M. Taylor est chassé, je suis satisfait ; je n'entre pas dans des discussions secrètes et métaphysiques pour savoir si l'Électeur le reconnaît on non pour ministre d'Angleterre.

Napoléon.

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602 – Pont-de-Briques, 6 fructidor an XIII [24 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, la lettre de M. de la Rochefoucauld n'a pas le sens commun ; faites-lui connaître mon mécontentement ; il doit mûrir ses dépêches et ne pas se mêler de vouloir mener le cabinet. Il n'est pas question que l'Autriche puisse rester sur le pied de guerre. Il faut qu'il ne reste qu'un régiment dans le Tyrol et huit dans le pays vénitien ; que toutes les troupes rentrent dans leurs garnisons habituelles ; que les semestriers aient la permission de se rendre chez eux ; que les chevaux d'artillerie soient vendus : ou je veux la guerre. Dites-lui bien que ce ne sera pas la guerre continentale qui pourra éloigner la paix générale, parce que je saurai la terminer promptement ; mais les mouvements militaires et les espèces de menaces de l'Autriche, ainsi que le soin qu'on a pris de les faire retentir dans toute l'Europe, soutiennent en Angleterre les partisans de la guerre, les encouragent et détournent la nation anglaise de la paix. Ne manquez pas de lui dire que, si l'empereur d'Allemagne commande en personne son armée, nous aurons vraisemblablement l'honneur de nous voir. Qu'il laisse tomber ce propos et même assez pour qu'il soit redit.

Montrez la lettre de M. de la Rochefoucauld à M. de Cobenzl ; qu'il en prenne copie s'il le veut. Montrez-lui également la lettre n° 94 de Salzburg.

J'approuve les deux projets de circulaires.

Je ne conçois pas comment mon ministre à Kassel ne s'est pas retiré dès l'instant que M. Taylor est revenu ; mais puisqu'il est parti, c'est là l'essentiel.

Témoignez mon mécontentement à M. Lesay de ce qu'il date sa lettre du 12 août, et de ce qu'il ne se sert pas du calendrier français; tant qu'une loi existe, elle doit être exécutée, et c'est à mes ministres à donner l'exemple du respect pour les lois. Bientôt il m'écrirait en allemand. J'aurais préféré des faits à tout ce bavardage insignifiant. Il ne me rapporte que les bruits que l'Autriche fait courir, sans distinguer le vrai du faux. Il ne sait ce qu'il dit, quand il annonce 100 000 Russes en Galicie. Pourquoi ajouter une si pompeuse croyance à cette habileté qu'il attribue aux princes Charles et Jean ? Pourquoi vanter si singulièrement cette si belle armée autrichienne ? S'est-il donc imaginé que nous étions sans généraux et sans soldats ? il ferait mieux de dire que, si l'Autriche ne se tient pas tranquille, il lui arrivera bien pis que ce qui lui est déjà arrivé et qu'elle fera bien d'y prendre garde. Quant à l'émeute de Vienne il est extraordinaire que ce ministre m'y mette pour quelque chose ; il est le seul auquel une pareille pensée soit venue dans la tête. S'il se laisse dire de pareils propos, il se laisse manquer bien gratuitement.

Faites insérer dans le Moniteur un article, sous la rubrique de Munich, qui fasse connaître les craintes qu'a l'électeur de Bavière d'une invasion de la part de l'Autriche. Faites-en insérer d'autres de Salzburg et du Tyrol qui fassent aussi connaître les mouvements de troupes autrichiennes dans toute leur exagération.

Napoléon.

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603 – Pont-de-Briques, 6 fructidor an XIII [24 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, immédiatement après avoir reçu votre dépêche, j'ai fait partir très secrètement M. Duroc, grand maréchal de mon palais, pour Berlin, avec tous les pouvoirs nécessaires pour conclure et signer le traité ; vous trouverez ci-joint la copie de ses instructions, ainsi que le projet de traité. J'ai cru devoir lui adjoindre M. Laforest. Vous écrirez le plus tôt possible à celui-ci que mon intention est que M. Duroc joue dans la négociation le principal rôle ; qu'il ne se traite absolument rien qu'en sa présence ; que, pendant la négociation, j'entends qu'il porte seul la parole et, en un mot, que M. Laforest ne prenne part à la discussion que lorsque M. Duroc l'y engagera.

Vous verrez que j'ai jugé nécessaire de prendre pour moi la partie du duché de Clèves qui se trouve sur la rive droite du Rhin. En agissant ainsi, j'ai eu deux buts : le premier d'éloigner de mes frontières la Prusse, qui va devenir bien plus redoutable, puis d'être toujours maître de Wesel, qui est d'une grande importance. Cependant, pour ne pas alarmer l'Europe, je donnerai ce duché à un prince de l'Empire.

Tout ceci change la nature des choses, mais ne change rien à ma résolution. Vous verrez que déjà je fais descendre mon armée du Hanovre en Bavière. Si cela est nécessaire, je la renforcerai d'autant de troupes que pourra le désirer l'électeur de Bavière.

Je pense qu'il est utile que vous vous rendiez à Boulogne. Cette manière de travailler me devient trop fatigante, et les démarches de toute espèce à faire en ce moment sont trop compliquées.

Napoléon.

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604 – Pont-de-Briques, 7 fructidor an XIII [25 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, M. Thiard doit à l'heure qu'il est, être arrivé à Bade. Mon intention est que vous lui donniez les instructions et pouvoirs nécessaires pour un traité d’alliance défensive avec l’électeur de Bade. Je garantirai à l'Électeur le Recès de l'Empire, un accroissement dans ses États à la paix, et il mettra 3 000 hommes avec mon armée. Si M. Thiard n'est pas à Bade, et que le ministre de l’Electeur se trouve à Paris, vous pouvez charger ce ministre de cette négociation.

Napoléon.

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605 – Pont-de-Briques, 7 fructidor an XIII [25 août 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, j'accorderai volontiers le grade de général de brigade au prince électoral de Wurtemberg, et le grand cordon de la Légion d'honneur ; mais il faut qu'on s'entende entre nous. Les grands événements approchent, et je ne puis rien faire tant que son père sera à la tête de l'électorat. L'opinion du pays est contre lui, la mienne ne saurait lui être plus défavorable. Le prince a lui-même à s'en plaindre ; son père a même, je crois, un grade dans l'armée autrichienne. Dans cet état de choses, je puis traiter avec lui, mais non avec son père. Arrivé à Stuttgart, je mets tout entre ses mains ; je lui donne ce que l'Autriche a en Souabe, et je l'agrandirai autant que me le permettront les circonstances. Faites-lui connaître que je ne dors pas ; que les préparatifs de l'Autriche ont suspendu mon embarquement, et que, dans cette circonstance, il me faut une décision franche et prompte de sa part.

Je vous renvoie la note au Corps Germanique que j’ai corrigée. Mon intention est que vous l’envoyez sans retard ; elle sera présentée le 18 fructidor. Mon parti est pris ; mon mouvement est commencé ; je serai le 30 avec 200 000 hommes en Allemane. Tout ceci est pour vous seul. Attendez qu'on en parle. Quand on en parlera vous direz que, mes frontières étant dégarnies, je fais marcher 25 000 hommes pour les garnir.

Je ne puis que vous répéter ce que je vous ai dit ; préparez mon manifeste. La manière anglaise n'est pas si mauvaise, surtout lorsqu'il y a des faits connus. Réunissez les dépêches de mes ministres où il est question des mouvements de l'Autriche. Dès ce moment je change de batteries : il ne faut plus d'audace, il faut de la pusillanimité, afin que j'aie le temps de me préparer. Montrez à M. de Cobenzl les deux dépêches de Salzburg et les extraits des journaux anglais, et voyez les moyens d'accommodement qu'il vous propose. Il s'agit de me gagner vingt jours, et d'empêcher les Autrichiens de passer l'Inn pendant que je me porterai sur le Rhin.

J'ai expédié mon aide de camp, le général Bertrand, en Bavière, avec une lettre pour l'Électeur, dans laquelle je lui fais part de mes projets.

La nouvelle de M. de Lucchesini n'a pas de bon sens. Elle veut dire que la Prusse a peur que je me repente et qu'elle dévore déjà sa proie.

Je n'aurais pas cru les Autrichiens si décidés ; mais je me suis tant trompé en ma vie, que je ne dois pas en rougir. Soit qu'ils craignent que je ne débarque effectivement en Angleterre, soit que, comme il arrive toujours en de pareils événements, ils ne s'attendent pas à ce que je ferai, et avec quelle rapidité je ferai pirouetter mes 200 000 hommes et entrerai cet hiver en Allemagne, le fait est que ces mouvements de l'Autriche sont fort extraordinaires.

Continuez à faire mettre dans le Moniteur les paragraphes des lettres de Salzburg, de Trieste, d'Innsbruck, etc., sur ces armements. Entretenez l'opinion à la guerre, mais assurez que je ne fais aucun préparatif, que je garantis seulement mes frontières.

Je vous envoie une pièce qui figurera bien dans le manifeste avec la lettre de M. Lebrun .

Je vous renvoie votre portefeuille. Il n'y a rien, à ce qu'il paraît, d'important de Munich.

Les affaires de Toscane ne méritent aucune considération.

Écrivez au cardinal Fesch que je ne veux point du baron de Caraccioli pour grand maître de Malte.

Je ne puis comprendre la dépêche de Trieste, où il est dit que 16 000 hommes s'y embarquent pour Venise ; il n’y a que très peu de jours de marche par terre, et il y a plus de cent lieues par mer, ce qui entraîne des frais et des lenteurs ; joignez à cela qu'on n'est pas sûr d’arriver. J'ai donc peine à croire à cette nouvelle.

Napoléon.

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606 – Pont-de-Briques, 7 fructidor an XIII [25 août 1805], minuit

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je vous ai envoyé cette après-midi la note de Ratisbonne. Il me semble, en y pensant mieux, que rien ne presse tant pour cette démarche. Il ne faut pas se dissimuler qu'il ne peut y avoir là rien de pacifique; c'est une espèce de premier manifeste. L'opinion de l'Europe est pour nous. Il est évident que l'Autriche a attaqué. Je considère que c'est le 15 thermidor que je vous ai envoyé la grande note, qui est la seule qui doive faire effet, si quelque chose doit faire effet. Il me semble donc qu'il est préférable à tout d'attendre la réponse à cette note. On verra comment elle pourra se couvrir ; la note de Ratisbonne viendra alors plus à propos. Je ne vois pas qu'avant le 1er vendémiaire je puisse me trouver en force sur le Rhin. Jusqu'à ce temps rien ne presse, et quand ma note ne serait remise à Ratisbonne que le 24 ou le 25, l'Europe saura que j'ai marché, et le ton modéré en sera plus raisonnable. Dès lors des notes envoyées au cabinet de Vienne, nous pouvions espérer des résultats, mais des notes présentées à Ratisbonne, rien. Il faut donc attendre la réponse de la cour de Vienne. Faîtes-moi connaître le jour où mes notes arriveront à Vienne, et le jour où il est présumable que je recevrai une réponse.

Il paraît que Cetto est inquiet que nous ayons un traité conclu avec l'Autriche pour céder la Bavière ; rassurez-le sur ce point. D'ailleurs, pourquoi ne feriez-vous point dire à Bacher, en conversation, que le premier pas de l'Autriche sur la Bavière serait un signal de guerre imminente et sans réplique ? J'imagine que M. Otto devrait, à l'heure qu'il est, avoir reçu le traité. Faîtes-moi connaître quand vous croyez en avoir la réponse.

Renvoyez moi la note en la radoucissant le plus possible. La guerre est une grande affaire ; il ne faut pas que l’on pense que j’ai aimé à la faire, sur du succès.

Napoléon.

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607 – Pont-de-Briques, 9 fructidor an XIII [27 août 1805], minuit

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, le travail qu'on fait aux Relations extérieures sur le mouvement des vaisseaux ennemis est très utile, mais il pourrait être plus complet. Mon intention est qu'on fasse un pareil travail sur les forces anglaises de terre. La même personne chargée du mouvement des flottes devra être chargée par vous de faire les mêmes états pour moi sur cet objet, et de tenir une boîte à compartiments pour tous les mouvements de l'armée anglaise de terre, y compris l'artillerie, et en réservant des places pour les mouvements des généraux et officiers d'état-major. Vous aurez soin, en un mot, que rien ne soit oublié dans ce travail ; et, dès qu'il sera prêt, vous m'adresserez la boîte portative qui me sera destinée.

Napoléon.

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608 – Pont-de-Briques, 11 fructidor an XIII [29 août 1805], minuit

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, il est probable que les Suisses devront prendre les armes pour garantir leur territoire. La nomination du chef de l'état-major général est un objet de haute importance. Il faut faire nommer M. d'Affry, le désigner d'avance, et écrire au général Vial que, s'il y a une masse pour défendre le territoire, nous désirons que M. d'Affry en ait le commandement.

Napoléon.

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609 – Pont-de-Briques, 11 fructidor an XIII [29 août 1805], minuit

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, le prince de Hesse-Darmstadt pourrait nous donner 4 000 hommes ; il ne faut pas le laisser neutre. Expédiez un courrier à mon chargé d'affaires près de lui, pour négocier un traité d'alliance, et qu'il soit tenu à nous donner une petite division selon ses forces.

Napoléon.

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610 – Saint-Cloud, 18 fructidor an XIII [5 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, vous expédierez avant de vous coucher un courrier extraordinaire à Kassel, qui de là continuera sa route pour Berlin. Vous recommanderez à ce courrier de faire la plus grande diligence pour arriver à Kassel promptement, vu que cela est très urgent. Vous écrirez à mon ministre, à Kassel, que, dès le moment où il recevra une lettre du général Bernadotte, qui lui écrira de faire des instances pour que le passage lui soit accordé, afin de se rendre en France, il ait sur-le-champ à passer tous les offices nécessaires pour que ledit passage soit accordé. Mais, quelle que soit la volonté de la cour de Kassel, mon intention n'est pas que le général Bernadotte soit retardé d'un jour. M. Bignon y mettra toutes les formes possibles, et fera connaître que le général Bernadotte se rend en France par Würzburg. Il fera entendre qu'il est tout simple que, dans le moment où l'Autriche réunit tant de troupes dans le Tyrol, toutes les forces françaises se concentrent et se réunissent sur le haut Rhin. Si l'Électeur faisait des difficultés, il fera comprendre verbalement, et en termes extrêmement modérés et très sages, que le général Bernadotte, ne pouvant être retardé dans ses mouvements, sera tel jour en tel endroit, tel jour en tel autre; qu'on n'exigera rien des habitants et que tout sera bien payé ; et il instruira le général Bernadotte de cette notification, pour qu'il passe outre.

Vous enverrez la copie de la lettre adressée à M. Bignon, à M. Laforest, à Berlin. Ce ministre se conduira selon les circonstances. Si le traité était signé, il ne ferait mystère de rien au cabinet de Berlin ; il dirait que mon intention est de concentrer mes troupes sur le Rhin ; que, ne voulant pas, cependant, renoncer à mon système de guerre maritime, cela m'a porté à rappeler le général Bernadotte dans mon centre d'opérations, et que ce général doit se rendre, selon les circonstances, en France. Si, au contraire, la cour de Prusse avait changé de dispositions, il attendra qu'il apprenne que le général Bernadotte est parti de Göttingen, et fera alors connaître que ce corps se rend en France pour garnir le Haut-Rhin et la Suisse, et que mon intention est de garder le Hanovre avec la seule place de Hameln, où j'ai laissé les garnisons suffisantes.

Vous expédierez demain des courriers à Ratisbonne et à Vienne. Le courrier de Ratisbonne portera l'ordre à mon ministre à la Diète de déclarer, du moment où l'on saura que le général Bernadotte est parti de Göttingen, que ce corps se rend en France pour garder le Haut-Rhin et la Suisse, que l'Autriche paraît menacer. Il aura soin de faire cette déclaration un jour plus tard que plus tôt. Il donnera verbalement l'assurance que ce corps ne séjournera pas dans les États d'Allemagne et ne fera que passer. Envoyez la même instruction, à Vienne, à M. de la Rochefoucauld, qui la signifiera par écrit, s'il le faut. Il dira à la cour de Vienne qu'instruit des mouvements qui se font dans le Tyrol, j'ai cru devoir appeler ce corps sur le Haut-Rhin, et que, se trouvant au centre de l'Allemagne, je n'ai pu faire autrement que de lui faire traverser l'Allemagne pour entrer en France. Il est même convenable de donner aux déclarations, tant à la Diète qu'à Vienne, une tournure pacifique ; car, en effet, évacuer un électorat est une décision pacifique. Mais surtout, et sous sa plus grande responsabilité, instruisez M. de la Rochefoucauld qu'il ne doit pas faire cette déclaration que la marche du général Bernadotte ne soit bien connue, et plutôt un jour trop tard qu'un jour trop tôt. On suppose qu'il ne doit pas être dans le cas de la faire avant le premier jour complémentaire. Il faudra également prévenir de cela M. Otto, pour qu'il se trouve toujours au courant de tout.

Napoléon.

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611 – Saint-Cloud, 18 fructidor an XIII [5 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je désirerais que vous chargeassiez MM. Forest, Durand, le général Victor, et Ruffin, qui est à Constantinople, de se procurer le nom de tous les régiments qui se trouvent, soit en Pologne, soit sur les bords de la mer Noire, soit dans l'intérieur de la Russie, afin qu'il soit possible de suivre leurs mouvements à mesure qu'ils en feraient.

MM. Alquier et Rostagny pourront, de leur côté, envoyer le nom de tous les régiments qui sont à Corfou.

Je désire que vous me fassiez remettre le plus tôt possible un almanach et un état militaire russes.

Napoléon.

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612 – Saint-Cloud, 23 fructidor an XIII [10 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, écrivez à mon ministre en Toscane que j'ai retiré mes troupes de Livourne ; que, si la Reine en a besoin, j'en ferai passer d'autres ; mais que mon intention est que les troupes de Toscane fassent le service à Livourne et y maintiennent une sévère police. Il fera connaître que, si la ville de Livourne se permet quelque chose en faveur des Anglais, j'enverrai les en faire repentir.

Napoléon.

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613 – Saint-Cloud, 25 fructidor an XIII [12 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, il faut prévoir le cas où la cour de Prusse n'aurait point le courage de persister dans sa première opinion. Dans ce cas, je désirerais que vous me présentiez un projet de traité avec la Prusse, fait sur les anciens errements, par lequel je mettrais l’électorat de Hanovre à sa disposition pendant la présente guerre, à condition qu'elle me paierait six millions par an pour me tenir lieu des contributions ; et, au moment de la paix, elle tiendrait cet électorat à ma disposition, pour entrer en compensation pour lesquelles les Anglais pourraient avoir à stipuler.

Napoléon.

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614 – Saint-Cloud, 25 fructidor an XIII [12 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je prendrai à ma solde un corps de 600 hommes du Valais, composé de quatre compagnies de 150 hommes et qui sera commandé par un chef de bataillon. Autorisez mon chargé d'affaires à Sion à conclure sur-le-champ ce traité. Je désire que ce corps se réunisse à Gênes sans délai. Concertez-vous-en avec le ministre de la Guerre. Il y a longtemps que cela traîne. Ce corps peut m'être très utile pour la défense de cette place.

Je vous recommande le recrutement des Suisses. Veulent-ils entrer au service français ? Il faut donc qu’ils commencent à recruter.

Napoléon.

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615 – Saint-Cloud, 2ème jour complémentaire an XIII [19 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, envoyez un courrier extraordinaire à Berlin On fera de nouveaux efforts pour engager la Prusse à conclure le traité d'alliance. S’il n’est plus possible d’y compter, quand Duroc sera prêt à prendre congé et qu'on le laissera partir, alors il dira qu'il vient de recevoir de nouveaux ordres pour négocier un traité de neutralité.

Les articles que vous proposez sont bons. Je voudrais y ajouter que je pourrai laisser en Hanovre des munitions de guerre, et les retirer quand je voudrai ; par ce moyen, toute l'artillerie m'appartiendra. Il faut convenir, mais cela peut se faire verbalement, que le prince de Hohenlohe ne sera pas employé pour garder la ligne de neutralité, l'ayant laissé violer dans la guerre passée. Quant aux époques d'évacuation du Hanovre, c’est tout de suite.

Une autre condition que je désirerai stipuler c’est que la Prusse garantit la Hollande contre une invasion de l'Angleterre ou des puissances belligérantes. Vous sentez, cependant, qu'il ne faut pas être trop exigeant sur cela.

Une troisième condition serait que le roi de Prusse envoyât des lettres de créance à M. Lucchesini pour l'accréditer près de moi, comme roi d'Italie.

Napoléon.

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616 – Saint-Cloud, 2ème jour complémentaire an XIII [19 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, indépendamment du manifeste, dans ces circonstances, je désirerais qu'on imprimât ma correspondance diplomatique, depuis ma lettre au prince Charles jusqu'à la paix de Lunéville. Je vous prie de ne pas perdre un moment à en faire recueillir toutes les pièces. Ce travail a dû être déjà fait en l'an IX.

Je désirerais aussi, en envoyant mon manifeste à la Diète de Ratisbonne, y faire présenter une note ; venez demain matin, nous en établirons les bases. Je vous envoie la plus grande partie des pièces de cette correspondance ; faites-la compléter.

Napolé.

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617 – Saint-Cloud, 5ème jour complémentaire an XIII [22 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, donnez ordre au général Junot de se rendre en toute diligence à Paris. Il fera connaître qu'il a un congé. Il laissera son secrétaire de légation ou M. Sérurier. Madame Junot pourra rester à Lisbonne ou revenir à petites journées, selon son désir.

Nap.

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618 – La Ferté- sous- Jouarre, 2 vendémiaire an XIV [24 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, faites mettre dans le Moniteur ce qui est relatif au passage dans la Hesse de l'armée du général Bernadotte et à la conduite de l'Électeur. Écrivez-lui une lettre pour lui témoigner ma satisfaction.

Nap.

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619 – Epernay, 2 vendémiaire an XIV [24 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je rencontre en route un courrier de M. La Rochefoucauld avec un courrier allemand qui ne m’apprend rien, sinon que les Autrichiens ne sont pas encore à Ulm. Il me semble que M. La Rochefoucauld, puisqu’il envoyait un courrier, aurait pu entrer dans plus de détails.

Il me semble que si M. de Cobenzl a l’ordre de demander ses passeports, il faut seulement, en les lui donnant, s’entendre pour l’échange aux avant-postes ; il faut donc que M. de Cobenzl ne quitte Strasbourg que M. La Rochefoucauld n’ait passé les avant-postes ennemis.

Napoléon.

P. S. Vous pouvez signer une convention avec M. de Cobenzl par laquelle tous les papiers de chancellerie et autres seraient renvoyés de part et d’autre en règle.

Nap.

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620 – Strasbourg, 5 vendémiaire an XIV [27 septembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je vous envoie des dépêches de M. Otto. On peut faire de toutes les dépêches de ce ministre de très bons articles de journaux.

Je vous renvoie aussi vos dépêches de Berlin, qui commencent à devenir fort intéressantes.

Le mouvement des armées, les détails de la séance de Paris contribueront, je crois, à donner du mouvement à tout ceci.

Ici, tout marche à grand train. Les Autrichiens sont sur les débouchés de la Forêt Noire ; Dieu veuille qu'ils y restent. Ma seule crainte est que nous leur fassions trop peur. Avant quinze jours, nous aurons beaucoup de choses.

Nap.

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621 – Ettlingen, 10 vendémiaire an XIV [2 octobre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je vous envoie la lettre de M. Helflinger. J'ai reçu un aide de camp du landgrave de Hesse-Darmstadt ; je lui ai fait connaître qu'il me fallait 3 000 hommes ; je lui en ai démontré la nécessité pour le landgrave même ; je crois l'avoir persuadé, et j'espère qu'à son tour il persuadera à son maître de ne pas trahir les intérêts de sa Maison et démentir tout d'un coup une amitié de plus de deux cents ans. Son pays ne peut être garanti par la Prusse, qui n'a pu garantir la Bavière.

Mon intention est de comprendre Darmstadt dans ma fédération germanique, composée de la Bavière, de Darmstadt, de Wurtemberg et de Bade. En un mot, il me faut 3 000 hommes de Darmstadt, ou le landgrave renoncera pour toujours à ma protection et rompra brusquement ce qu'il a droit d'attendre de deux cents ans de liaisons. C'est dans ce sens que vous devez écrire à mon ministre à Darmstadt.

Napoléon.

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622 – Ludwigsburg, 11 vendémiaire an XIV [3 octobre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur de Talleyrand, je vous envoie ci-joint une lettre de M. Otto. Je lui ai fait répondre par le ministre de la Guerre qu’il eût à annoncer au maréchal Bernadotte que je me suis proposé d’agir comme si la dernière ligne de neutralité existait ; d’ailleurs les troupes bavaroises ont déjà, pour exécuter leur retraite, traversé les possessions prussiennes en Franconie et un corps d’Autrichiens qui s’est montré sur la Rednitz en a usé de la même manière. Le maréchal Bernadotte les traversera à son tour le plus rapidement possible, sans y séjourner.

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623 – Ludwigsburg, 11 vendémiaire an XIV [3 octobre 1805], 4 heures du soir

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je suis à Ludwigsburg. Il y a eu quelques difficultés pour l'entrée des troupes à Stuttgart ; cela s'est heureusement terminé.

J'ai été reçu ici grandement ; je suis logé dans le palais de l'Électeur; toutes ses troupes étaient sous les armes ; les clefs de la ville m'ont été présentées. J'ai vu l'Électeur aujourd'hui ; j'ai été fort content de son esprit ; c'est un homme qui en a beaucoup.

Nous avons eu aussi quelques difficultés, de la part de la Prusse, pour le passage d'un des corps d'armée par Ansbach. Cependant j'espère que la marche de ma colonne n'en sera pas arrêtée. Écrivez-en néanmoins au général Duroc et à M. Laforest : qu'ils fassent comprendre que j'ai dû partir de ce qui a été pratiqué dans la dernière guerre. Il y a des conventions par lesquelles le passage des troupes est permis par le territoire d'Ansbach ; si la Prusse persiste à établir un autre système, il faut qu'il soit connu. La Prusse dit qu'il a été connu de M. Mack ; il fallait donc aussi qu'il nous fût communiqué.

Napoléon.

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624 – Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV [4 octobre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

NOTE DICTÉE PAR L'EMPEREUR AU MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES

La rapidité de la marche de l'Empereur n'a pas permis d'écrire, ces deux jours passés.

Le 12, dans l'après-midi, l'Empereur est allé à Stuttgart avec le prince Paul, second fils de l'Électeur de Wurtemberg, dans les voitures de la cour. Il a assisté, au retour, à l'opéra allemand de Don Juan ; après le spectacle, il a soupé en présence de toute la cour, avec l'Électeur et sa famille.

La cour de Wurtemberg paraît être noble et grande. L'Électrice est aimable et n'est pas bien traitée, à ce que l'on assure, par l'Électeur auquel elle paraît cependant fort attachée. Les deux plus belles princesses sont la fille du prince Eugène de Wurtemberg, frère de l'Electeur et l'épouse du prince Paul, née princesse de Saxe-Hildburghausen et nièce de la reine de Prusse, mariée depuis trois jours.

Le 13, au matin, l'Empereur est allé voir la forteresse d'Asperg, à une lieue de Luidsburg, accompagné du prince Paul ; au retour il a conféré pendant deux heures avec l'Electeur ; il est ensuite remonté en voiture pour se rendre à Gmünden où il a couché. L'Électeur et toute sa suite l'ont reconduit jusqu'à la porte.

Le 14, il est parti de Gmunden, à 6 heures du matin, s'est rendu à Alen où il a déjeuné ; il a donné là quelques ordres et est parti pour Nordlingen, à cheval, y a couché et en est reparti, le 15, pour Donauwerth, à 8 heures du matin, accompagné seulement du ministre de la Guerre et de deux ou trois de ses officiers; il doit revenir à Nordlingen.

L'armée est en pleine marche sur le Danube, et, depuis Alen, nous soupons et couchons dans les maisons où l'ennemi était la veille. Il n'y a pas encore eu un coup de canon de tiré. L'Empereur se porte très bien et paraît fort content de son armée et de l'ennemi.

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625 – Ludwigsburg, 12 vendémiaire an XIV [4 octobre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je monte en voiture pour me rendre à Nördlingen et me trouver au centre de mon armée. L'ennemi parait excessivement déconcerté. Cependant il paraît que 22 000 Russes sont arrivés à Vienne.

Je viens d'approuver le traité conclu avec l'électeur de Wurtemberg. Faites-le ratifier en règle et expédiez-le pour les échanges. M. Didelot vous aura écrit en détail tout ce qui s'est passé ici ; vous pourrez en tirer quelques articles pour les journaux.

Napoléon.

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626 – Abbaye d’Elchingen, 25 vendémiaire an XIV [17 octobre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, mon plan s'est exécuté tel que je l'avais conçu. J'ai trompé parfaitement l'ennemi, et de cette armée de 100 000 hommes plus de la moitié est prise, tuée, blessée ou désertée. Le découragement de l'ennemi est extrême, et encore n'est-il pas sûr qu'il se sauve. Le maréchal Soult occupe Biberach, et le prince Ferdinand, avec ses régents, a fait sa retraite sur ce point. Les combats de Wertingen, Günzburg, d'Albeck et les journées d'Ulm et de Memmingen n'ont point été meurtriers ; j'ai pris l'ennemi en détail ; ses dispositions ont été constamment fausses, et jamais il n'a deviné mes projets.

Je marcherai dans peu de jours à l'armée russe. Le prince de Liechtenstein capitule pour la place d'Ulm. J'ai fait occuper toutes les hauteurs ; la ville est cernée ; je prendrai là 15 000 hommes. Demain je vous écrirai pour savoir si vous pouvez venir à Augsbourg. Vous savez que nous sommes à Munich ; mais l'ennemi a, dans son désespoir, détaché plusieurs partis sur toutes les routes ; il faut être sûr avant tout qu'elles sont nettoyées.

Napoléon.

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627 – Augsbourg, 1er brumaire an XIV [23 octobre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, rendez-vous à Stuttgart. Passez-y une demi-journée pour y voir l’Electeur. De là rendez-vous en droite ligne à Augsbourg, en passant par Heilbronn. MM. Talleyrand et Brigode peuvent également partir pour venir pour me joindre.

Napol.

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628 – Braunau, 8 brumaire an XIV [30 octobre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je suis enchanté de la prise de Braunau, qui est une place forte que j'ai trouvée remplie de magasins, de poudre et de munitions de toute espèce. Ces gens-ci n'ont plus de chef ; la peur panique s'est emparée d'eux. Je pense qu'il ne faut envoyer mes bulletins de l'armée qu'en Italie, à l'Impératrice et au prince Joseph, et non à Berlin. Il ne faut pas qu'on y connaisse ma position. L'empereur Alexandre y est, et peut très bien en profiter pour envoyer des ordres à son armée. Tout bien pensé, il ne faut pas envoyer de bulletin à Berlin. Écrivez à mon ministre, à la Haye, de voir le Grand Pensionnaire pour l'engager à faire tous ses efforts pour mettre la Hollande dans un bon état de défense et armer les places ; pour lui faire connaître que je saurai, en temps et lieu, envoyer à son secours une colonne de mon armée ; qu'il ne doit rien épargner pour avoir des chevaux d'artillerie, des magasins, et pour que les places soient parfaitement approvisionnées et armées ; et que l'activité et l'éclat qu'on y mettra en imposeront beaucoup à l'ennemi.

Napoléon.

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629 – Hagg près Wels, 11 brumaire an XIV [2 novembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je pense qu'il est nécessaire de rappeler tous mes commissaires des relations commerciales en Russie, en Suède et en Autriche, et que M. de Cobenzl vienne à Strasbourg pour être échangé contre M. de la Rochefoucauld.

J'ai ordonné qu'on coure sur les pavillons suédois, autrichiens et russes.

Faites mettre dans le Moniteur les articles patents du traité fait avec le roi de Naples ; faites-les précéder d'un petit article qui portera que l'Empereur, considérant que la conquête du royaume de Naples ne ferait que mettre de nouveaux obstacles à la paix générale, a pris le parti de conclure le traité suivant, donnant en cela une nouvelle preuve è sa modération, etc.

Napol.

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630 – Linz, 15 brumaire an XIV [6 novembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je pense qu'il faut écrire à M. Vial pour qu'il tienne la main à ce que les officiers qui seront mis à la tête des cercles et des contingents des cantons soient des hommes sages et attachés à la France, et que ceux qui seraient connus pour avoir des dispositions contraires ne soient pas employés.

Napol.

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631 – Linz, 18 brumaire an XIV [9 novembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je pense qu'il n'y a pas d'inconvénient à ce que vous veniez me trouver à l'abbaye de Melk. Vous passerez par Braunau, où vous verrez le général Lauriston, qui vous apprendra tout ce qu'il y a de nouveau.

L'empereur d'Allemagne est encore à Vienne. Il m'a écrit plusieurs lettres ; il voudrait s'arranger. Il m'a envoyé un général qui est un fort brave homme que j'ai vu à Ulm. Je présume que je le reverrai après-demain à l'abbaye de Melk.

Nap.

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632 – Brünn, 1er frimaire an XIV [22 novembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je reçois votre dépêche du 29 brumaire. Je crois que je ne tarderai pas moi-même à me rendre à Vienne. Toutefois, si M. Haugwitz passe à Vienne avant que j'y sois, il me semble qu'il se trouvera là plus à même de faire des affaires que près de moi, qu'il pourra à peine voir. Vous pouvez donc entamer la question avec lui et chercher à savoir ce qu'il veut. Parlez-lui de l'occupation du Hanovre (je vous envoie différentes petites pièces qui vous feront connaître comment on s'y comporte), du passage des Suédois et des Russes par le nord pour entrer en Hanovre et en Hollande ; non que je les craigne, puisque j'ai fait réunir dans le nord une armée assez puissante pour leur en imposer : mais enfin j'avais lieu de croire que les Prussiens entraient en Hanovre pour empêcher les Russes et les Suédois d'y pénétrer.

Touchez quelques mots du mauvais accueil et de l'insulte faite au général Duroc et à M. Laforest. Quels que soient les sujets de refroidissement, ce n'est pas toutefois une raison pour qu'on ne reçoive pas des ambassadeurs et qu'on n'écoute pas ce qu'ils ont à dire. Demandez pourquoi l'on forme des armées contre moi : l'on me menace donc ? La Prusse veut donc m'imposer des conditions ? Et, si les trois puissances qui ont partagé la Pologne sont tellement d'accord pour faire la guerre contre moi, qu'y puis-je faire ? Quelle garantie aurai-je qu'une première condescendance ne m'obligera pas à une seconde ? Au milieu de tout cela, dites que vous ne m'avez pas vu depuis longtemps.

Enfin essayez de toutes les manières à pénétrer ce que veut M. Haugwitz. Parlez d'une convention qui aurait été signée le 3 novembre, à ce que disent les Autrichiens, et qui serait pareille en tout à celle du partage de la Pologne ; mais la France n'est pas la Pologne ; cela mettra le continent en feu pour plusieurs années ; mais personne n'a le droit de calculer pour qui sera le succès. Bref, tâchez de démêler ce qu'il veut. Pour être médiateur, il faut être impartial : le roi de Prusse l'est, si, laissant traverser ses États par les Russes, j'ai aussi la même faculté ; il l'est, si, laissant traverser le nord à une armée suédoise, je puis aussi traverser le nord pour aller à sa rencontre. Faites-lui bien connaître que, s'il veut sincèrement la paix, la conduite de la Prusse l'éloigne. Enfin tâchez de vous mettre au fait et de pénétrer, s'il est possible, le système de la Prusse. Les nouvelles sont ici que l'empereur de Russie était à Olmutz il y a trois jours, et qu'il est parti pour la Russie.

Napoléon.

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633 – Brünn, 2 frimaire an XIV [23 novembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je crois que les Autrichiens ont quelque chose de plus sérieux à penser qu'à enlever l'Électrice. Quand ils l'enlèveraient, que diable voulez-vous qu'ils en fassent ?

Je ne vais pas tarder à me rendre à Vienne, ayant pris le parti de donner du repos à mes troupes, qui en ont un excessif besoin.

J'imagine que vos courriers vous arrivent de Paris et vous tiennent au courant de ce qui se passe en Europe. Vous trouverez ci-joint une proclamation assez ridicule de l'empereur d'Allemagne. Nous nous écrivons, de part et d'autre, beaucoup de lettres sans en venir à grand-chose. Cobenzl, qui les fait, croyait me duper ; mais il n'y réussit pas. Il paraît qu'ils continuent à se jeter dans les bras des Russes. Les Parques filent la vie des hommes ; les destins ont assigné à chaque État leur durée. Une aveugle fatalité pousse la Maison d'Autriche.

Je vous prie d'étudier le système de la banque et des finances de ce pays, afin de me mettre au fait à ma prochaine arrivée à Vienne.

Nap.

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634 – Brünn, 4 frimaire an XIV [25 novembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, l'empereur d'Allemagne vient de m'envoyer M. de Stadion et M. de Gyulai, avec des pleins pouvoirs en règle pour négocier, conclure et signer une paix définitive. Comme j'ai fait connaître à l'empereur, par une lettre, et une conférence avec M. de Gyulai, que la première condition de la paix était la réunion de l'État de Venise au royaume d'Italie, j'ai tout lieu de penser que la cour de Vienne a pris son parti là-dessus.

Ces messieurs sont autorisés à vous voir, et vous êtes autorisés à traiter avec eux. Ils savent l'état de la question par ce que je le ai dit en peu de mots ; mais vous devez la traiter doucement et longuement. Mon intention est absolument d'avoir l'État de Venise et de le réunir au royaume d'Italie.

Vous ne manquerez pas de leur parler de l'impossibilité de leur laisser le Tyrol, la Souabe, ce qu'il convient de garder pour la Bavière, etc. Vous tâcherez aussi de les deviner, si cela vous est possible. Mon intention est que, si les négociations doivent durer, elles s'établissent à Linz, pour être un peu éloignées du théâtre de guerre.

M. Haugwitz arrive demain à Iglau ; j'ai ordonné qu'on l'y retînt toute la journée ; après-demain il sera ici. J'ai voulu éviter qu'il se rencontrât avec MM. de Stadion et Gyulai, qui partent demain matin pour Vienne. Dites à M. Maret de rédiger vos pleins pouvoirs.

Napoléon.

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635 – Brünn, 5 frimaire an XIV [26 novembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, après toutes les conversations particulières que j'ai eues avec le général Gyulai, il me paraît que la Maison d'Autriche, perdant Venise, voudrait incorporer Salzburg à ses États, sauf à indemniser l'Électeur dans quelque partie de l'Allemagne. Il me parle de l'Ordre teutonique, de la Diète de Ratisbonne, et de ne je sais quoi encore.

Il me paraît que Haugwitz est arrivé aujourd'hui à Iglau ; il sera demain ici.

Vous ne me parlez point des nouvelles qui doivent vous arriver de mes différents ministres.

Napoléon.

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636 – Au bivouac à deux lieues en avant de Brünn, 9 frimaire an XIV [30 novembre 1805], 4 heures du soir

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je désire faire la paix promptement. Je ne serais pas éloigné de laisser Venise à l'électeur de Salzburg, et Salzburg à la Maison d'Autriche. Je prendrai tout Vérone, tout Legnano avec 5 000 toises autour, et le fort de la Chiusa, pour le royaume d'Italie. Les troupes autrichiennes ne pourraient pas entrer dans le pays de Venise, et l'Électeur serait dans la plus grande dépendance ; cela pourrait s'appeler, si l'on veut, royaume de Venise. Parme et Plaisance et Gênes resteraient à la France. Point de difficultés pour la séparation des couronnes de France et d'Italie, mais après l'arrangement général des affaires d'Europe, ou plus tard, mais pas plus tard qu'à ma mort. L'électorat de Bavière serait érigé en royaume de Bavière; on lui donnerait Augsbourg et Eichstätt, le Brisgau et l’Ortenau, la noblesse immédiate et le reste aux deux autres électeurs .Il y aurait une manière adroite de faire entrer dans la rédaction du traité la notification de cet acte. Je restituerai toute l'artillerie, tous les magasins, toutes les places fortes. Je ne lèverai plus aucune contribution, ni n'exigerai le payement de celles que j'ai imposées. On me donnera cinq millions payables de différentes manières.

Vous aurez vu M. Haugwitz. Il a mis dans sa conversation avec moi beaucoup de finesse, je dirai même beaucoup de talent ; j'ai conservé cependant l'idée, tant de la lettre que de son discours, qu'on était à Berlin incertain sur le parti à prendre. Vous lui demanderez des explications sur l'entrée des troupes prussiennes à Hanovre. Il est convenu qu'il répondrait que ces troupes y sont entrées conformément aux principes du Roi, qu'il m'a manifestés plusieurs fois qu’il ne voulait pas que la guerre s'établît dans le Nord, et que conséquemment à ces principes il empêchera l'armée russo-suédoise-anglaise de passer par le nord et de se porter par le nord sur la Hollande.

Il y aura probablement demain une bataille fort sérieuse avec les Russes ; j'ai beaucoup fait pour l'éviter, car c'est du sang de répandu inutilement. J'ai eu une correspondance avec l'empereur de Russie, Savary a causé longuement avec lui : tout ce qui m'en est resté, c'est que c'est un véritablement brave et digne homme mais dont les entours sont vendus aux Anglais, mais tellement vendus qu'ils veulent m'obliger à donner Gènes au roi de Sardaigne et à restituer la Belgique. Vous allez tomber à la renverse quand vous apprendrez que le fameux chambellan Novosiltsov a proposé de réunir la Belgique à la Hollande. Aussi tous les gens raisonnables les ont jugés fous et ont dit : « Tout ce qui entoure l'empereur en est encore aux mêmes idées ! »

Donnez des nouvelles à Maret. Écrivez à Paris; ne parlez pas de la bataille, car ce serait trop inquiéter ma femme. Ne vous alarmez pas; je suis dans une très bonne et très forte position ; je regrette ce qu'il en coûtera, et presque sans but.

Ecrivez au prince Joseph que, bivouaquant depuis quatre jours au milieu de mes grenadiers, je n'écris que sur mes genoux, et qu’ainsi je ne puis rien écrire à Paris, que du reste, je me porte très bien.

Napoléon.

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637 – Austerlitz, 12 frimaire an XIV [3 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Je ne puis vous écrire que deux mots: une armée de 100 000 hommes, commandée par les deux empereurs, est entièrement détruite. Tout protocole devient inutile. Les négociations deviennent nulles, puisqu'il est évident qu'elles étaient une ruse de guerre pour m'endormir. Le général Gyulai a écrit au prince Charles qu'il y aurait bataille ; il fait alors le métier d'espion. Dites à Monsieur de Stadion que je n'ai pas été dupe de leur ruse ; que c'est pour cela que je les ai renvoyés de Brünn ; que, la bataille étant perdue, les conditions ne peuvent plus être les mêmes.

Napoléon.

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638 – Austerlitz, 13 frimaire an XIV [4 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, l'empereur d'Allemagne m'a demandé une entrevue ; je la lui ai accordée; elle a duré depuis deux heures jusqu'à quatre. Je vous dirai de vive voix ce que je pense de lui. Il aurait voulu conclure la paix sur-le-champ ; il m'a pris par les beaux sentiments ; je me suis défendu, genre de guerre qui ne m'était pas, je vous assure, difficile. Il m'a demandé un armistice que je lui ai accordé ; cette nuit on doit venir en régler les conditions.

Il m'a demandé un armistice pour les Russes ; je l'ai accordé, à condition que, par journées d'étapes, les Russes évacueront l'Allemagne et la Galicie et retourneront chez eux ; ce qu'il m'a dit être dans les intentions de l'empereur de Russie. Cette nuit je dois avoir sa réponse; mais on m'assure qu'il veut faire la paix sans les Anglais. De ses 80 000 hommes, 40 000 n'existent plus. Ses amis sont tués ; il est au désespoir. Ma générosité le tire encore d'embarras ; car je l'avais cerné, et il s'en serait tiré difficilement. Il est sans artillerie ni bagages.

Rendez-vous en toute diligence à Brünn ; dites aux négociateurs autrichiens que je suis convenu avec l'empereur que le centre des négociations serait établi à Nikolsburg.

Vous direz à M. de Haugwitz de m'attendre à Vienne. Je vous dirai à Brünn ce que je veux faire ; ne préjugez rien.

Dites aux Autrichiens que la bataille a changé la face des choses ; que, puisqu'on a voulu hasarder et tout perdre, il fallait s'attendre à des conditions plus dures ; que je me plains surtout de ce procédé de m'envoyer des négociateurs le jour où l'on veut m'attaquer, pour m'endormir.

Faites faire pour le Moniteur une note sur l'armistice, sur la mauvaise position des Russes et sur l'ouverture des négociations réelles ; car les premières n'étaient que factices.

Napoléon.

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639 – Schönbrunn, 22 frimaire an XIV [13 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, j'arrive à Vienne. J'imagine que vous signerez dans la journée de demain. Les cent millions de contributions sont déjà répartis et commencent à se payer ; une grande partie de l'artillerie est déjà déménagée ; dans votre rédaction, s'il en encore temps, laissez du vague, afin que je ne perde ni de l'une, ni de l'autre.

L'électeur de Wurtemberg est un peu alarmé des bruits de Ratisbonne; il m'en écrit en date du 4 décembre. Je lui réponds de se tranquilliser.

Tâchez de faire donner à la Bavière, si vous pouvez, la partie de l'électorat de Salzburg, sur la rive gauche de l'Inn, dont il a été question.

Les conscrits arrivent ; il y en a déjà un très grand nombre à Strasbourg. Toutes mes affaires sont dans la situation la plus satisfaisante. Il n'y a pas jusqu'à l'Italie qui s'est levée en masse contre les Napolitains, et ce petit Eugène est déjà à Bologne avec une force considérable de garde nationale, à laquelle j'ai joint environ 18 000 hommes de troupes ; de sorte que l'esprit est changé à Rome, et que les Napolitains sont au désespoir de leurs sottises.

Si vous pouvez ne point parler de Naples, cela sera bien fait ; sans quoi, rédigez l'article de manière que le renvoi d'Acton et de Damas soit une condition sine qua non. Parlez aussi vaguement de ma renonciation à la couronne d'Italie ; faites remarquer que ces mots à la paix générale m'empêchent de faire ma paix avec l'Angleterre ; mais en disant, lorsque l'Angleterre rétablira l'équilibre des mers, ou que les conditions dont j'ai parlé pour ma renonciation seront remplies, cela me donne du vague et des facilités pour faire ma paix avec l'Angleterre. Quant à la Prusse, que veut-elle ? Je n'en sais rien. Il paraît qu'elle envoie une armée en Silésie. Je n'ai pas encore vu M. de Haugwitz.

On m'écrit de Paris une chose extravagante : que l'Angleterre a déclaré la guerre à la Prusse et lui a pris treize bâtiments.

Je veux la paix, mais arrangez tous ces articles du mieux que vous pourrez.

Napoléon.

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640 – Schönbrunn, 23 frimaire an XIV [14 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je reçois votre lettre du 22 frimaire. Je vois que la paix ne sera pas encore signée la semaine prochaine ; je n'en suis point fâché ; la question se complique, comme vous allez l'apprendre par ma conférence d'aujourd'hui avec M. de Haugwitz. Ce Ministre m'a déclaré qu'il était prêt à signer avec moi un traité par lequel la Prusse consentirait à ne se mêler point des affaires d'Italie, reconnaîtrait le Tyrol à la Bavière, donnerait Ansbach à la Bavière ou à tout autre, si on voulait lui donner le Hanovre, et contracterait avec la France telle espèce d'alliance que je jugerais convenable. Votre lettre reçue, je vais charger Duroc de conférer avec lui ; je ferai signer dans la nuit, si je m'arrange. Sûr de la Prusse, l'Autriche en passera par où je voudrai. Je ferai également prononcer la Prusse contre l'Angleterre.

Quant à vous, continuez à beaucoup parler et ne concluez rien sans mon ordre. Dites que je ne fais aucun cas de Venise sans la Dalmatie ; qu'ils font rétrograder la négociation en refusant des choses déjà accordées ; que je ne me désisterai point des contributions, et que partout elles sont en recouvrement. Préparez seulement le changement en disant à M. de Liechtenstein qu'il est bien fâcheux qu'on n'ait pas signé ; que ces retardements leur seront probablement funestes. Au reste, une fois tranquille sur la Prusse, il n'est plus question de Naples ; je ne veux point que l'empereur s'en mêle, et je veux enfin châtier cette coquine.

Je dois aussi vous prévenir qu’en cas que je finisse avec Haugwitz, mon intention est de prolonger les négociations jusqu'à ce que les ratifications soient arrivées de Berlin, c'est-à-dire encore douze ou quatorze jours.

Napoléon.

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641 – Schönbrunn, 24 frimaire an XIV [15 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, vous trouverez ci-joint copie du traité que j'ai conclu avec M. de Haugwitz. Mon intention est de régler en conséquence les conditions de l'Autriche. Rédigez un projet de traité qui donne à la Bavière tout ce que nous lui garantissons par le traité avec la Prusse. Laissez-moi la latitude de deux mois pour évacuer. Je tiens aux contributions, qui sont partout en recouvrement. Ce traité rédigé, vous me l’enverrez pour que je l'approuve, et ensuite vous le communiquerez aux ministres autrichiens, en les assurant que je n'y changerai pas un mot ; qu'ils peuvent prendre leur parti, faire la paix ou la guerre ; que je sais qu'ils font des démarches pour remuer la Prusse ; que par ces démarches je me trouve dégagé. C'est la seule manière de traiter avec ces gens-là.

Napoléon.

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642 – Schönbrunn, 25 frimaire an XIV [16 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je vous renvoie d'anciennes dépêches et de nouvelles que j'ai décachetées. Il n'y a rien à répondre à la demande de la Suisse ; il n'y a plus de raisons qui rendent nécessaire le détachement de l'armée fédérale ; ils peuvent, s'ils veulent, le licencier.

Je vous ai envoyé le traité fait avec la Prusse ; je vous enverrai demain les ratifications que M. Maret fait dresser ; il est convenable de préparer votre dépêche à M. Laforest, à qui vous devez l'envoyer. Voici ce que je pense :

1° Le premier effet de l'échange des ratifications doit être d'arrêter sur-le-champ la marche des armées combinées sur la Hollande et devant Hameln ; de faire rentrer immédiatement les Suédois, les Russes, les Anglais, chacun chez eux, et d'occuper le Hanovre. Alors j'enverrai des ordres au général Barbou pour remettre la place de Hameln aux Prussiens. Mais avant tout il faut qu'aucun Russe, Suédois ni Anglais, ni aucune armée n'existe de ce côté.

2° Les articles de la Gazette de Berlin annonçant le retour de M. de Haugwitz, les circulaires du cabinet aux ministres prussiens dans les cours étrangères, et le langage de Berlin, doivent faire connaître que les relations d'amitié sont rétablies entre les deux puissances, et que l'intimité est entière et absolue.

3° il est convenable qu'en Hanovre il ne reste aucune trace d'administration anglaise ; l'administration doit être sur-le-champ toute prussienne. M. Laforest peut dire, si les circonstances veulent qu'il le dise, que j'ai fait un grand sacrifice en cédant le Hanovre à la Prusse. Dans l'article du traité qui concerne l'Italie, il est question de toute l'Italie ; ainsi la Prusse ne doit s'y ingérer en rien. La principauté de Neufchâtel doit être remise sur-le-champ en ma possession, et en même temps que la Prusse prendra possession de Hameln. Je n'ai point besoin de dire que je prétends emporter de Hameln l'artillerie, les munitions, le mobilier et tout ce qui m'appartient ; ce sont des détails militaires.

Si, pour tous ces objets et pour expédier ledit courrier, qui devra seulement partir dans trois jours, parce que M. de Haugwitz mettra dix jours en route, vous croyez votre présence nécessaire à Vienne, je vous autorise à vous y rendre ; aussi bien je crois le séjour de Brünn très malsain. Alors mon intention n'est point que les plénipotentiaires autrichiens vous suivent ; mais vous pourrez établir les négociations dans un lieu plus rapproché de Vienne, par exemple, à Presbourg, où vous serez plus commodément et où vous serez à portée du séjour de l'empereur d'Allemagne et du mien. Il est bon de vous dire, quant à la raison de votre voyage à Vienne, qu'elle ne se réduit pas à la seule affaire de Prusse : les affaires d'Amérique, d'Angleterre, etc., peuvent rendre nécessaire votre rappel près de moi. Il est inutile de confier au papier mes idées sur tout ce qui a été fait ; je vous le dirai à ma première entrevue.

Napoléon.

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643 – Schönbrunn, 29 frimaire an XIV [20 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Les réclamations de M. de Talleyrand, dès son arrivée, seront :

1° Que la communication soit rétablie entre la Hongrie pour l'approvisionnement de la capitale ; sans quoi les négociations seront rompues. Il motivera cette demande sur l'impossibilité de laisser mourir de faim la ville de Vienne. Il dira qu'au même moment l'Empereur fera arborer ses armes et prendra le gouvernement de la ville. Là-dessus M. de Talleyrand doit témoigner l'indignation de l'Empereur de toutes les mesures que prend le prince Charles depuis son arrivée ; que ce n'est point après que l'Empereur a eu tant de ménagements pour le pays d'Autriche, que l'empereur d'Allemagne doit en avoir si peu pour ses sujets.

2° La seconde réclamation sera pour les levées en masse de Hongrie : que l'Archiduc palatin organise une levée en masse, plus bas que Bude, cela est contre l'armistice en général. Il se présentera comme portant peu d'intérêt que l'armistice dure ; en leur montrant le danger prochain, c'est le seul moyen de le leur faire voir dans toute son étendue.

3° Il faudrait convenir, pour Presbourg, de ne point mettre de sentinelles aux portes de la ville ; que je n'avais pas compris dans l'armistice le comitat de Presbourg ; que la demande du maréchal Davout n'est pas fondée, mais que j'avais entendu la banlieue, c'est-à-dire une demi-lieue ou trois quarts de lieue autour de la ville ; que je désire que cette demi-lieue ou ces trois quarts de lieue soient accordés ; qu'il n'y aura pas de poste français, mais qu'il ne doit point y avoir de poste autrichien, et que je préférerais évacuer Presbourg, si, de leur côté, les armées autrichiennes veulent s'éloigner de plusieurs journées dans l'intérieur de la Hongrie.

M. de Talleyrand doit faire sentir que mon armée est toute réunie sous Vienne, et qu'elle s'y concentre tous les jours davantage ; que cela porte préjudice à la capitale, et que ce préjudice est le résultat de la grande extension que le prince Charles donne à ses quartiers ; et que je ne suis pas assez nigaud pour donner la même extension à mes cantonnements ; que de tout cela c'est la capitale qui souffre.

M. de Talleyrand doit s'attacher à ne pas leur laisser lever le ton, de quelque manière que ce soit ; rien ne serait plus contraire à des négociations. Il doit dire ce que j'ai dit plusieurs fois : Si vous avez des moyens de chasser l'Empereur des Français de Vienne, vous avez tort de ne pas le faire ; car je ne prétends pas vous dissimuler que, le lendemain d'une victoire que vous auriez remportée, votre traité de paix serait meilleur.

Napoléon.

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644 – Schönbrunn, 2 nivôse an XIV [23 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, j'ai reçu votre lettre d'aujourd'hui. Je vois avec plaisir que vous finirez ; mais je vous recommande expressément de ne point parler de Naples. Les outrages de cette misérable reine redoublent à tous les courriers. Vous savez comment je me suis conduit avec elle, et je serais trop lâche si je pardonnais des excès aussi infâmes envers mon peuple. Il faut qu'elle ait cessé de régner. Que je n'en entende donc point parler absolument. Quoi qu'il arrive, mon ordre est précis, n'en parlez pas. Quant aux contributions, je vous ai dit mon mot : la moitié, c'est-à-dire cinquante millions.

Napoléon.

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645 – Schönbrunn, 4 nivôse an XIV [25 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, je reçois votre lettre du 3 nivôse. Je regrette beaucoup que la paix ne soit point signée. L'empereur et le prince Charles m'ont écrit, en m'envoyant le général-major comte de Grünne. La lettre était du 23 décembre ; j'ai répondu aujourd'hui 25; j'aurai une entrevue avec le prince Charles le 27, à deux heures après midi, dans une maison de chasse de l'empereur, à trois lieues de Vienne ; l'empereur n'en saura l'issue que le 28, et ses plénipotentiaires ne pourront recevoir de nouveaux ordres que le 30.

Vous trouverez ci-joint copie de ma lettre à l'empereur, qui m'en a écrit une d'un style tout à fait aimable. Vous verrez tout de suite la position que j'ai prise. Sans faire connaître ma lettre aux plénipotentiaires, dites-leur-en la substance. J'ai félicité l'empereur sur la conclusion de la paix; je n'y ferai aucun changement; en signant sans délai, ils gagneront cinq ou six jours.

Je n'ai point voulu donner de rendez-vous au prince Charles ici, parce que je ne veux point beaucoup parler d'affaires avec lui. Au rendez-vous que j'ai choisi je passerai deux heures; une sera employée à dîner, l'autre à parler guerre et en protestations réciproques.

Du reste, tout est ici évacué ou vendu, hormis cinq ou six cents pièces de canon, que je puis d'autant plus aisément leur laisser que j'en trouverai à peu près l'équivalent à Venise.

En homme de la paix, faites donc sentir aux plénipotentiaires combien les délais qu'ils apportent à la signature sont imprudents avec un prince qui, chaque jour, reçoit 10 000 hommes de renfort dans son armée, qui se trouve avoir 40 000 hommes disponibles dans le Nord, depuis que la nouvelle de la bataille d'Austerlitz a frappé de terreur les Anglais et les Russes et les a engagés à rétrograder, et que la Prusse ne laisse plus de doute sur ses sentiments.

Enfin, s'il n'y a pas moyen de signer sur-le-champ, attendez et signez au nouvel an ; car j'ai un peu de préjugés, et je suis bien aise que la paix date du renouvellement du calendrier grégorien, qui présage, j'espère, autant de bonheur à mon règne que l'ancien. Il n'y a qu'un inconvénient, c'est que cela retarde de quelques jours mon arrivée à Paris ; mais cela a aussi de l'avantage, c'est de nous faire rester de plus cinq ou six jours dans Vienne et de nous donner le temps d’évacuer encore beaucoup de choses ; ce sont des jours qui valent beaucoup pour l'armée. En dernière analyse, signez demain, si vous pouvez, ou bien le premier de l'An.

Du reste, vous pourrez assurer ces messieurs qu'il ne tiendra qu'à leur maître que je sois bien avec lui ; que je n'ai d'autre intérêt que celui de faire fleurir mon commerce et de réorganiser ma marine, et, après avoir été général de terre, d'être amiral ; que, cela dépend d'eux. Cependant, si je suis obligé de traiter d'affaires avec le prince Charles, pour assurer mon langage, envoyez-moi tous les articles dont on est convenu.

Napolé.

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646 – Schönbrunn, 4 nivôse an XIV [25 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, faites connaître à M. Laforest que je ne suis pas trop content de sa lettre du 22 frimaire. Il se donne beaucoup trop de mouvement ; il fait des propositions sans savoir si elles me conviennent ; il propose, par exemple, de masquer la forteresse de Hameln ; c'est une proposition ridicule ; j'aime beaucoup mieux qu'elle soit démasquée.

Nap.

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647 – Schönbrunn, 6 nivôse an XIV [27 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, dans la journée, je vais avoir mon entrevue avec le prince Charles ; ainsi, il est probable que dans la nuit il fera connaître à ces messieurs que je ne lui ai rien accordé. A l’article 3, je ne voudrais point de ces mots : « S. M. l’empereur d’Allemagne et d’Autriche reconnaît S. M. l’Empereur des Français comme roi d’Italie » ; mais je voudrais que cet article fût ainsi rédigé : « S. M. l’Empereur des Français, roi d’Italie, convient que, conformément à la déclaration qu’il a faite au moment où il a accepté la couronne d’Italie, etc. » Vous sentez aisément qu’en faisant ce changement je veux n’avoir pas besoin qu’on reconnaisse ce que j’ai fait ; comme dans le traité que j’aurai à faire avec la Russie, je n’accepterai point la reconnaissance qu’elle voudrait me faire.

Napoléon.

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648 – Schönbrunn, 6 nivôse an XIV [27 décembre 1805]

A Talleyrand, ministre des relations extérieures :

Monsieur Talleyrand, j'ai reçu votre lettre et le traité.

J'ai vu ce soir le prince Charles. Nous avons causé, deux heures, militaire; après quoi il s'en est allé. Il n'a refusé qu'indirectement deux ou trois articles sur lesquels je n'ai fait que plaisanter.

La Styrie est bien grande ; vous me la faites évacuer bien vite, en dix jours.

J'ai laissé tous mes pouvoirs au maréchal Berthier. Vous recevrez demain mes ratifications. Je pars dans la journée de demain. J'attendrai à Munich de savoir l'échange des ratifications. Adressez-y votre courrier. Demandez quelqu'un pour concerter avec le maréchal Berthier les détails de l'évacuation du pays.

J'ai nommé Lauriston commissaire pour l'évacuation de Venise et de la Dalmatie. Restez à Vienne jusqu'à ce que le commissaire de l'empereur soit arrivé. J'ai laissé l'instruction au maréchal Berthier de ne point laisser évacuer Presbourg que les huit premiers millions ne soient payés, et la ville de Vienne que les quarante millions ne soient acquittés, soit en lettres de change, soit en bons.

Napoléon.

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Lettres en provenance des Archives du MAE sauf :

546 / 548 / 539 / 552 / 557 / 574 / 581 / 587 / 599 / 638 / 643 / 648 – Archives Nationales.

547 - Musée Royal de Mariemont. Belgique.

585 – Archives de Vienne.

598 / 601 / 636 / 637 – The Pierpont Morgan Library.





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Remerciements à Hélène NUE




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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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