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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRES

DE

TALLEYRAND

A

NAPOLEON

1800-1809





I



9 thermidor an VIII (28 juillet 1800).

Général,

J'ai l'honneur de vous adresser les préliminaires qu'à sept heures du soir M. de Saint-Julien (1) a signés ; vous voudrez bien me les rendre demain. Il a absolument tenu au 15 août au lieu du 12, j'ai cédé. — M. de Saint-Julien m'a paru craindre que le général Kray (2) ne fit quelques difficultés pour les passeports du citoyen Duroc (3), j'ai repoussé cela avec mépris : si demain, avant son départ, M. de Saint-Julien (4) va à la Malmaison, il me semble qu'il serait bien de ne pas supposer possible qu'il y eût quelques retards occasionnés par quelques règlements de passeports.

Salut et respect.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

Je n'ai point fait de présents à M. de Saint-Julien, parce que tous les bijoux du Directoire sont tels que l’on ne porte plus rien de pareil depuis cent ans.

(1). Envoyé de l'Empereur d'Allemagne & Paris, où il était arrivé le 2 thermidor.

(2). Qui commandait l'armée autrichienne en Allemagne.

(3). Duroc devait aller à Vienne en compagnie de M. de Saint-Julien.

(4). Il porta lui-même à Vienne les articles préliminaires et partit avec Duroc. Le texte des articles préliminaires fut publié par le Moniteur.



II



21 fructidor an VIII (8 septembre 1800).

Général,

Je viens de revoir M. le comte de Cobenzl (1) avec qui j'avais passé hier une grande partie de la soirée.

Ses prétentions sont toujours aussi hautes. Seulement il quitte l’Inn et la Souabe pour se porter en Franconie ou sur les limites de la Bohême.

Voici ses propositions d'aujourd'hui :

1° II demande l'évêché de Bamberg avec la partie du haut Palatinat qui va de Furth à Sulzbach.

L'évêché de Bamberg est porté dans les tableaux statistiques à 62 milles carrés, 204,000 habitants, 700,000 florins de revenu. En ajoutant cette partie du Palatinat, qui vaut au moins le quart de Bamberg, vous aurez d'une manière très approximative cette proposition nouvelle ;

2° II demande, au défaut de l'arrangement qui précède, toute la partie du haut Palatinat comprise entre la Bohême, la Nab et le Danube, depuis Ottengrien jusqu'à l'évêché de Passau, la ville non comprise. Je ne puis pas évaluer rigoureusement cette portion du territoire palatin, mais je ne croîs pas sa valeur de beaucoup inférieure à celle du lot précédent.

Les autres arrangements dont il parle ont tous pour base la droite de l'Inn, ou des abbayes et villes de Souabe. Si vous acceptiez une des deux propositions qu’il fait, il signerait toutes les conventions qu’on voudrait.

M. de Cobenzl rejette toujours bien loin la proposition d’Eichstätt, qu’il appelle une misère.

Je joins ici un projet de réponse à M. Stapfer (2) ; si vous l’approuvez je vous prie d’ordonner qu’il me soit renvoyé.

Dois-je dire à M. de Cobenzl que Eichstätt est notre dernier mot ?

(1) Louis de Cobenzl, négociateur autrichien au congrès de Lunéville ; le même qui avait arrêté avec Bonaparte les conditions du traité de Campo-Formio.

(2) Ministre plénipotentiaire de la république helvétique.



III (1)



Paris, 24 brumaire an IX (15 novembre 1800).

Général,

J’ai l’honneur de vous adresser les copies que vous avez désirées de toutes les pièces de la négociation avec l’Autriche, depuis le n° 17 jusqu’au 32 inclusivement.

(1). Cette lettre, de la main d’un secrétaire, est seulement signée de Talleyrand.



IV



8 ventôse an IX (27 février 1801).

Citoyen Consul,

Le courrier pour le général Moreau est parti ce matin avec ma lettre pour M. de Thugut(1).

J’ai l’honneur de vous adresser la liste des femmes non dansantes qui étaient chez moi avant-hier.

(1). Ministre des affaires étrangères autrichien.



V(1)



Liste des personnes non dansantes qui se sont trouvées chez le ministre des relations extérieures à la soirée du 6 ventôse :

Mmes d’Aiguillon, Benezech, Bourgoing, Bruix, Canteleu, Castellane (née Chabot), Crillon (famille de), Custine, de Dreux, du Clusel, Flahaut, de Fleurieu, de Jaucourt, de Jumilhac, de Lameth, La Rochefoucault (née Rohan-Chabot), de Noailles 2, Reichtrein, de Ségur, de Vaines, de Vergennes, de Witt (née Pelletier-Saint-Fargeau).

(1). Cette pièce, qui accompagne la précédente, est de la main d’un secrétaire.



VI



9 messidor an IX (28 juin 1801).

Général,

Je pars avec le seul, mais bien vif regret de m’éloigner de vous.

Le sentiment qui m’attache à vous, ma conviction que le dévouement de ma vie à votre destinée, aux grandes vues qui vous animent n’est pas inutile à leur accomplissement, m’ont fait mettre au soin de ma santé un intérêt que je n’avais jamais senti. Sans cette intime persuasion, je renoncerais certainement à tout le bien qu’on me fait espérer du voyage que vous me permettez de faire(1).

Je vous laisse souffrant aussi, et toujours rempli de cette noble passion qui ne permet aucun repos au corps et aucun loisir à l’âme. Je crains, je vous l’avoue, qu’il ne soit donné à aucune organisation humaine de se prêter aux impulsions de cette infatigable et vraiment sublime activité dont la nature vous a doué.

Quand ce que vous pensez, ce que vous dites et tout ce que je vous vois faire ne serait qu’un simple spectacle, je sens que l’absence que je vais faire serait pour moi la plus sensible des privations.

Permettez-moi de vous répéter que je vous aime, que je suis affligé de partir, que j’ai la plus vive impatience de revenir près de vous et que mon dévouement ne finira qu’avec ma vie.

(1). Il allait aux eaux de Bourbon-l’Archambault.



VII(1)



20 messidor an IX (9 juillet 1801).

Général,

Je viens de lire avec toute l’attention dont je suis capable les lettres d’Espagne. Si l’on veut faire une réponse de controverse, il nous est facile d’avoir raison et d’être parfaitement d’accord, même avec la lettre des trois ou quatre traités que nous avons faits cette année avec cette puissance : mais ce sont là des pages de factum il faut voir si ce ne serait pas le moment d’adopter un plan définitif de conduite avec ce triste allié.

Je pars des données suivantes : l’Espagne a fait, pour me servir d’une de ses expressions, avec hypocrisie, la guerre avec le Portugal ; elle veut définitivement faire la paix, - le prince de la Paix est, à ce que l’on nous mande et à ce que je crois aisément, en pourparlers avec l’Angleterre : le Directoire le croyait acheté par cette puissance, - le roi et la reine dépendent du prince ; il n’était pas favori, le voilà pour eux établi homme d’Etat et grand homme de guerre. – Lucien (2) est dans une position embarrassante dont il faut absolument le tirer. Le prince emploie assez habilement dans ses notes cette phrase : Le roi s’est décidé à faire la guerre à ses enfants : ce mot sera quelque chose pour l’opinion. – Une rupture avec l’Espagne est une menace risible, quand nous avons ses vaisseaux à Brest et que nos troupes sont dans le cœur du royaume. – Il me semble que voilà notre position tout entière avec l’Espagne. Cela posé qu’avons-nous à faire ?

Voilà le moment où je m’aperçois bien que depuis deux ans je ne suis plus accoutumé à penser seul : ne pas vous voir laisse mon imagination et mon esprit sans guide : aussi vais-je probablement écrire de bien pauvres choses, mais ce n’est pas ma faute, je ne suis pas complet quand je suis loin de vous.

Il me semble que l’Espagne, qui à toutes les paix a gêné le cabinet de Versailles par ses énormes prétentions, nous a extrêmement dégagés dans cette circonstance. Elle nous a tracé elle-même la conduite que nous avons à tenir. Nous pouvons faire avec l’Angleterre ce qu’elle fait avec le Portugal ; elle sacrifie les intérêts de son allié, c’est mettre à notre disposition l’île de la Trinité dans les stipulations avec l’Angleterre. Si vous adoptiez cette opinion, il faudrait alors presser un peu la négociation à Londres et s’en tenir à faire de la diplomatie ou plutôt de l’ergoterie à Madrid, en restant toujours dans des discussions douces, dans des explications amicales, en rassurant sur le sort du roi de Toscane, en ne parlant que des intérêts de l’alliance, etc. etc. etc., en tout prendre du temps à Madrid et précipiter à Londres.

Changer d’ambassadeur dans ces circonstances serait donner de l’éclat, et il faut l’éviter, si vous adoptez, comme je le propose, la temporisation. Pourquoi ne permettriez-vous pas à Lucien d’aller à Cadix voir les armements, de voyager dans les ports ? Pendant cette course, les affaires avec l’Angleterre marcheraient ; vous ne laisseriez pas l’Angleterre stipuler pour le Portugal, et il reviendrait à Madrid pour traiter définitivement de cette paix.

Je crains bien, général, que vous ne trouviez que mon opinion ne se sente un peu des douches et des bains que je prends bien exactement. Dans dix-sept jours je vaudrai mieux : je serai bien heureux de vous renouveler l’assurance de mon dévouement et de mon respect.

(1). Cette lettre a été publiée pour la première fois par M. Thiers : Hist. du Consulat, liv. XI.

(2). Lucien Bonaparte, alors ambassadeur en Espagne.



VIII



Bourbon-l’Archambault, 20 messidor an IX (9 juillet 1801).

Général,

Il n’y a point eu de parade, vous n’avez pas reçu les ambassadeurs ; il faut que vous soyez véritablement souffrant ; cela me consterne. Je ne peux pas me faire à l’idée de voir la douleur approcher de vous, premièrement parce que je vous aime, et ensuite parce qu’étant l’être le mieux organisé pour tous les bonheurs, vous seriez de tous le plus à plaindre si vous voyiez en face de vous une perspective de souffrances contre lesquelles la force du caractère ne peut presque rien, et la philosophie encore moins. Je vous voudrais pour quinze jours dans une position où vous seriez forcé de faire du soin de votre santé l’affaire principale de vos journées, car je vous assure que vous ne vous en occuperez pas assez. Je n’aime point votre bibliothèque, vous y êtes trop longtemps, je la crois humide ; les rez-de-chaussée ne vous valent rien, vous êtes fait pour les hauteurs. Adieu, Général, dans dix-sept jours j’aurai un grand plaisir à vous voir et à prendre vos ordres. Mes eaux me font du bien d’une manière assez sensible ; je n’ai cependant pas encore retrouvé le sommeil. Quelque bien que j’espère de mes douches et de tout mon régime, si vous jugiez mon retour bon à quelque chose, surtout à vous éviter du travail, faites-moi écrire et je partirai sur-le-champ.

Je vous renouvelle, Général, l’assurance de mon bien tendre et bien entier dévouement.



IX



Bourbon, 30 messidor an IX (19 juillet 1801).

Général,

J’ai l’honneur de vous adresser aujourd’hui une lettre qui n’est que pour vous. Je ne sais pas si elle vaut quelque chose, parce que je suis à 78 lieues de ce qui se passe, et que toute ma journée est employée à m’affaiblir et à me guérir dans l’eau ; mais, bonne ou mauvaise, je vous la dois, comme je vous dois toutes mes pensées. Vous y verrez que le résultat blesse les intérêts de touts les gens d’affaires nouveaux qui, de rien, veulent faire quelque chose, et ceux-là sont si nombreux, que je vous demande instamment que ma lettre soit uniquement pour vous. Je sais enfin de vos nouvelles, on m’écrit que vous êtes sensiblement mieux ; j’avais bien besoin de le savoir, car dans l’éloignement on se tourmente horriblement.

Les mauvais météores ont passé à côté de la fête du 14 juillet : on dirait qu’ils ont été conjurés par la belle proclamation que vous aviez faite la veille (1). – 23 jours de bains, je me mettrai en route, et j’arriverai à Paris le 7 de la décade : je serai bien heureux de vous revoir et de vous renouveler l’assurance du tendre et immuable dévouement qui m’attache à vous pour la vie. Recevez avec bonté, Général, l’assurance de mon respect.

(1). On trouvera le texte de cette proclamation dans la Correspondance de Napoléon, VII, p. 193. Le Premier Consul y rappelle sommairement l’œuvre libératrice de 89, se félicite de l’apaisement des discordes civiles et de la conclusion de la paix avec l’Empire d’Allemagne ; il y fait pressentir le Concordat et annonce le Code civil.



X



12 thermidor an IX (31 juillet 1801).

Général,

Je reçois à l’instant une lettre du citoyen Hirsinger, résident à Francfort, qui m’annonce la mort de l’électeur de Mayence(1), décédé le 6 thermidor, à quatre heures et demie du soir, des suites d’une attaque de gravelle.

Le baron d’Albini, les autres ministres et les premiers officiers qui se trouvaient à Aschaffenbourg ont immédiatement prêté serment au baron Dalberg, coadjuteur de Mayence, et M. de Vadenhausen, aide de camp général du feu électeur, est parti aussi en courrier pour porter cette nouvelle au baron Dalberg, qui est maintenant près de Constance.

Voilà tout ce que présente de nouveau la correspondance de ce jour.

(1). Le traité de Lunéville, signé le 9 février précédent, avait donné Mayence à la France et dépossédé l’Electeur.



XI(1)



Paris, le 16 thermidor an IX (4 août 1801).

Général,

J’ai l’honneur de vous adresser le projet de traité avec le Portugal ; il n’est, comme vous avez autorisé votre ambassadeur à le dire à la cour d’Espagne, que le traité même de Badajoz modifié dans quelques articles et débarrassé de ceux que vous avez résolu de ne jamais admettre.

Les formes en sont rectifiées, les omissions indispensables, telles que celle de la restitution des prises à des époques différentes (2), celle de la réparation exigée pour le blocus d’Alexandrie, et celle de l’occupation d’une province portugaise, sont rétablies. Faites-moi connaître, je vous prie, si votre intention sur cette dernière clause est irrévocable (3).

J’ai vérifié que la fixation consentie pour nos limites de la Guyane, nous donne une certaine étendue de territoire et un cap qui touche aux eaux d’une des embouchures des Amazones : c’est un progrès vers la navigation de ce fleuve qu’il faudra bien que nous ayons un jour.

Je recommanderai à l’ambassadeur de la République de faire ses efforts pour faire insérer dans le traité patent les deux articles relatifs à la concession des vaisseaux et à celle des indemnités particulières ; et, s’il ne peut l’obtenir, de les faire insérer dans le traité secret.

Je lui transmettrai immédiatement les ordres que vous me donnerez sur tous ces points.

(1). Cette lettre est de la main d’un secrétaire, mais elle est signée par Talleyrand.

(2). A des époques différentes selon les lieux : quinze jours après l’échange des ratifications pour l’Europe ; quarante jours pour l’Atlantique au-delà de l’équateur, etc.

(3). Ces deux dernières clauses ne furent pas maintenues au traité du 29 septembre 1801.



XII



26 fructidor an IX (13 septembre 1801).

Général,

Je suis pénétré de ce que vous venez de faire pour mes parents. La lettre que vous avez la bonté de m’écrire est à mes yeux au-dessus de tous les biens que vous m’avez faits et qu’il est en votre pouvoir de me faire. Je ne vous dis rien de ma reconnaissance, aucune expression ne pourrait la rendre. Permettez-moi d’emprunter à l’histoire d’une amitié très célèbre ce qu’un ministre d’Henri IV disait à son maître : Depuis que je suis attaché à votre sort, je suis à vous, à la vie et à la mort.



XIII



29 fructidor an IX (16 septembre 1801).

Général,

j’ai l’honneur de vous adresser le projet de lettre au roi d’Espagne : demain, à midi, je porterai à la Malmaison toutes les autres lettres qui accompagnent cette démarche.



XIV



12 brumaire an X (3 novembre 1801).

Général,

M. d’Azara (1) sort de chez moi l’esprit plein des plus vives inquiétudes. Il ne doute pas qu’il ne soit destitué. Un des principaux commis de la secrétairerie d’Etat a écrit à un de ses secrétaires qu’il venait d’être expédié un courrier à M. del Campo Allange, ambassadeur d’Espagne, à Vienne, actuellement à Pise, portant à ce ministre l’ordre de se rendre à Paris. M. d’Azara demande que cela soit secret jusqu’à ce qu’il ait une nouvelle officielle. Il ne se voit d’autre asile dans sa disgrâce que votre bienveillance, et il la réclame avec la plus entière confiance. Il ne sait pas ce qu’il faudra faire pour le sauver du coup qu’on lui porte ; il est sûr que vous ferez le possible, il vous demande en grâce de rendre sa chute honorable, il m’a dit ces derniers mots en pleurant (2).

(1). Le chevalier d’Azara était ambassadeur d’Espagne à Paris.

(2). D’Azara resta à Paris et on verra dans la lettre LXV qu’il mourut dans cette ville en novembre 1803.



XV (1)



Lyon, 7 nivôse an X (23 décembre 1801).

Général,

Je suis arrivé hier à Lyon (2), à une heure du matin. La route de Bourgogne par Autun, à six ou huit lieues près, n’est pas très mauvaise ; et les préfets placés sur cette ligne de communication ont profité du mouvement d’enthousiasme que répand l’espérance de votre passage pour faire suivre avec activité les travaux. Partout où j’ai trouvé quelques communes, quelques habitations, j’ai entendu des Vive Bonaparte ! Pendant les dix dernières lieues que j’ai faites au milieu de la nuit, chacun venait sur mon passage une lumière à la main, pour crier à la portière de ma voiture : Vive, Vive Bonaparte ! C’est une expression que vous êtes constamment destiné à entendre.

L’histoire du général Lannes est répandue et paraît occuper beaucoup (3). Le sous-préfet d’Autun et un aubergiste d’Avallon m’en ont parlé, mais avec des circonstances diverses.

J’ai vu depuis mon arrivée le cit. Petiet (4) et je me suis convaincu, et par son opinion et par ce que m’ont dit quelques Italiens que je connais, que les membres de la Consulte (5) sont dans la meilleure disposition. Le cit. Petiet ne voit pas que les notables aiment à se partager en cinq assemblées différentes calquées sur chacune des divisions géographiques de la rép. Cisalpine. Mais les citoyens Marescalchi et Melzi ne partagent point cette opinion. Pour mieux essayer leurs dispositions à cet égard, je recevrai successivement demain leurs visites dans l’ordre que vous avez déterminé. Les députés sont aujourd’hui au nombre de quatre cent cinquante-deux ; j’ai l’honneur de vous en envoyer la liste.

Il résulte de mes conversations avec le cit. Petiet que la Cisalpine pourra aisément conserver vingt-quatre mille hommes et fournir deux millions par mois pour leur entretien.

On vous prépare à Lyon la réception la plus convenable. Cent cinquante jeunes gens en uniforme bleu, se forment en corps de cavalerie ; ils iront au devant de vous, ils espèrent que vous leur permettrez de ne pas quitter votre voiture et de partager ici l’honneur de composer votre garde. La ville se propose de donner un grand dîner ou seront invités tous les députés cisalpins et qui sera suivi d’un bal. Vous trouverez en arrivant dans la ville un arc de triomphe d’une grande élégance.

Lyon qui avait autrefois quinze mille ateliers en avait perdu treize mille ; depuis deux ans elle en a vu sept mille se reformer. Le beau pain coûte quatre sols un liard (la livre n’est que de quatorze onces). J’ai fait connaître au préfet vos intentions sur la manière de classer les dépenses relatives à la Consulte.

Je reçois à l’instant des lettres du cit. Verninac (6), je les transmets au cit. Hauterive (7) pour les mettre sous vos yeux. Je n’ai pas cru devoir répondre avant que vous ayez pris une décision relativement aux affaires de l’Helvétie. Verninac demande un congé pour venir à Lyon, permettez-vous qu’on le lui donne ?

(1). M. Thiers a publié le commencement de cette lettre dans son Histoire du Consulat (Liv. XIII), mais il en a donné un texte qui s’éloigne sensiblement du texte original reproduit ici.

(2). Il était parti de Paris le 2 nivôse.

(3). Le général Lannes, commandant en chef de la garde consulaire, avait encouru la disgrâce du Premier Consul en raison des dépenses exagérées qu’il faisait. Cette histoire est racontée par Thiers (Liv. XIII) à la date de novembre 1801.

(4). Ministre de France à Milan.

(5). Réunie à Lyon, sur l’avis du Premier Consul, pour organiser l’administration de la république cisalpine.

(6). Ministre de la République française à Berne.

(7). Chef de la deuxième division au ministère des relations extérieures.



XVI



Lyon, 10 nivôse an X (31 décembre 1801).

Général,

J’ai l’honneur de vous annoncer la nomination des cinq membres du bureau de délibération chargée de diriger les opérations de la Consulte extraordinaire. Trois membres ont été choisis par la Consulte ordinaire : Ce sont les citoyens Bernardi, Melzi et Fenaroli ; Marescalchi et Paradisi tirés de la commission du gouvernement sont les deux autres membres ; ainsi il y en a un de chaque division.

L’opinion des Cisalpins ne paraît point arrêtée sur le choix qu’ils ont à faire : ils recevront volontiers celui que vous nommerez : un président en France et un vice-président à Milan n’est pas éloigné des combinaisons d’un très grand nombre. – Ce que l’on m’avait dit de ce qui revient de l’armée d’Egypte n’était que du bavardage. – J’ai invité le préfet du Rhône à faire rendre d’une manière convenable les derniers devoirs à l’archevêque de Milan ; et je l’ai prévenu qu’il était sûr d’obtenir votre approbation en honorant la mémoire d’un vieillard si recommandable et en donnant une nouvelle preuve d’intérêt d’égards aux notables cisalpins : s’il y a un service j’irai. Les grands vicaires et autres prélats qui avaient accompagné l’archevêque se proposent de faire embaumer son corps et de le transporter à Milan. Ils m’ont écrit qu’ils n’avaient aucun fonds pour ce genre de dépenses, je leur ai offert tout ce dont ils pourraient avoir besoin. – J’ai écrit suivant vos ordres au général Saint-Cyr (1). – Le Rhône a monté cette nuit de 8 pieds, ce qui a inondé un quartier de la ville. – Le dernier courrier qui m’est venu m’a dit que dans la route d’ici à Moulins, il avait été longtemps arrêté par la Loire.

(1). Avait succédé à Lucien Bonaparte comme ambassadeur à Madrid.



XVII



Lyon, 13 nivôse an X (3 janvier 1802).

Général,

Le bureau de délibération a commencé ses séances : je lui ai lu la constitution signée de tous les membres de la Consulte ordinaire, et j’ai éloigné l’idée qu’elle pût devenir l’objet d’une nouvelle discussion. Les présidents réunis avec moi ont pour instruction d’établir que la Constitution est acceptée, et que les observations qui pourraient être faites par les différentes sections ne peuvent porter que sur les lois organiques propres à faciliter la mise à exécution de la Constitution.

Les présidents sont : Aldini, Melzi, Berganni, Paradisi et Bernardi.

Les secrétaires sont Belmonte, Strigelli, Carissimi, Candrini et Guiscardi Diego.

Vous remarquerez qu’il y a un président et un secrétaire de chaque division territoriale.

La Consulte ordinaire a cru un moment que ses pouvoirs devaient se perdre dans ceux de la Consulte extraordinaire ; mais afin de pouvoir diriger par elle les cinq autres assemblées, j’ai eu soin, conformément à mes instructions, de la traiter comme une autorité encore subsistante et de lui faire sentir que la loi du 21 brumaire sur la convocation des notables à Lyon étant émanée d’elle, il est naturel qu’elle concourre aujourd’hui à assurer l’effet de cette loi. – Je crois, Général, que dans le cas où vous arriveriez le 8 (1), vous trouveriez toutes les dispositions qui doivent précéder la convocation de la Consulte extraordinaire en assemblée générale absolument terminées.

Le résultat de mes observations sur ce que je vois ici : c’est que vous êtes personnellement fort aimé à Lyon ; la confiance en vous est entière. On aime tout en vous et peut-être l’unité plus que toute autre chose ; vous serez reçu de la manière la plus convenable. Le préfet se donne des peines infinies, mais la place est bien forte, surtout dans le moment actuel. Les autorités sont bien composées : la ville est attristée par les décombres qu’on devrait bien ôter, dut-on ne pas rebâtir. – Les Cisalpins valaient mieux en arrivant qu’ils ne valent aujourd’hui ; ils ont eu trop de jours pour divaguer. Je croyais à Petiet plus d’influence qu’il n’en a. Ils feront ce que vous voudrez sans que vous ayez besoin de leur montrer même une volonté. Ce que l’on croira que vous désirez deviendra sur-le-champ une loi. Rien n’est arrêté dans leur esprit sur le choix du président. Vous à la tête du pays avec un délégué italien choisi par vous en flatterait un grand nombre, et je crois, la majorité. Joseph serait reçu avec plaisir. Melzi a un parti, mais ce n’est qu’un parti ; il est composé des riches propriétaires. – Tout est faisable en vingt-quatre heures. – Les troupes qui sont ici ne sont point mauvaises, mais elles sont un peu bavardes. Dans un mois elles seront mieux. Les soldats qui viennent d’Egypte sont mal habillés. – Le général Duhesme (2) m’a dit que l’on pouvait regarder comme attaché ce qui était ici. – J’ai prié deux aides de camp de Murat qui sont ici de beaucoup circuler avec les troupes pour bien les connaître.

(1). Bonaparte arriva à Lyon le 11 janvier.

(2). Il commandait à Lyon et dans le département du Rhône.



XVIII



3 prairial an X (23 mai 1802).

Général,

Le protocole à suivre vis-à-vis du prince d’Orange est le même que celui qui serait employé vis-à-vis de tous les princes d’Allemagne. – Si vous répondiez à la lettre que vous me faites l’honneur de m’envoyer, il me semble que vous ne pouvez employer que la forme qui serait suivie vis-à-vis d’un autre prince de la maison de Nassau, en observant de l’appeler Monsieur le prince de Nassau-Dillembourg. Du reste, Général, j’aurai l’honneur de vous observer que la lettre que vous m’envoyez est du 1er février.



XIX



9 thermidor an X ( 28 juillet 1802).

Général,

J’aurais voulu exécuter sur-le-champ vos ordres par rapport à l’affaire d’Alger (1), et dès hier, à six heures du soir, j’avais envoyé un des drogmans chez le ministre de la Porte Ottomane. Mais il me paraît par le compte qu’il m’a rendu ce matin qu’il est impossible d’obtenir de Ghaleb-Effendi (2) d’envoyer un homme à lui, à Alger. Il a protesté qu’il ne pouvait se porter à une démarche qui le compromettrai auprès de sa cour, il a juré par tout ce qu’il a de plus sacré qu’il perdrait sa tête ; enfin il a opposé une résistance qu’il a été impossible de vaincre ; et tout ce qu’on a pu faire, ça été de le décider à écrire au dey d’Alger une lettre qu’il est impossible d’envoyer : elle est trop peu signifiante, et je n’y vois pas autre chose, sinon que la paix est rétablie entre la France et la Porte, et que la Régence doit remplir ses propres engagements.

Je n’ai donc pu faire remettre au capitaine Berge (3) qu’une dépêche pour le citoyen Thainville (4), la lettre que vous adressez au dey, laquelle j’ai fait traduire en turc, mais qu’il faut encore transcrire sur parchemin et que j’envoye à cet effet au citoyen Maret (5) avec le drogman qui pourra présider à cette transcription.

J’ai l’honneur de vous observer que le ministre ottoman a proposé de faire écrire au dey, de Constantinople, en envoyant à cet effet un courrier à sa cour.

Au surplus, j’ai fait connaître à ce ministre qu’il lui serait fait une avance de soixante mille francs et cette somme lui sera remise de votre part demain (6).

Je joins ici la lettre de l’ambassadeur ottoman au dey. Je la crois trop mauvaise pour être jointe au paquet dont sera chargé le citoyen Berge.

J’aurai demain soir l’honneur d’aller prendre vos ordres.

(1). L’ordre du premier Consul est datée du 8 thermidor (Correspondance, VII, 534).

(2). Seid Mohammed Ghaleb-Effendi était le ministre de la Porte à Paris.

(3). Qui devait porter à Alger les lettres du Premier Consul et de l’ambassadeur ottoman.

(4). Commissaire général et chargé d’affaires de France à Alger.

(5). Secrétaire d’Etat.

(6). C’était un prêt. Le Premier Consul avait spécifié que la Porte ferait rembourser cette somme au citoyen Ruffin, chargé d’affaires de Rome à Constantinople.



XX



23 fructidor an X (10 septembre 1802).

Général,

J’ai l’honneur de vous soumettre un projet de réponse à la lettre que vous avez reçue du grand seigneur. Elle est, dans les formes, une lettre de recréance un peu amplifiée, comme celle du grand seigneur était une lettre de créance. Le grand-visir a eu aussi l’honneur de vous écrire ; il est d’usage que les princes répondent directement à ce ministre qui, par la nature du gouvernement ottoman, est dans une sphère qui approche de celle des souverains.

M. de Souza (1) m’a envoyé une nouvelle note, et le général Lannes un mémoire. Vous avez maintenant toutes les pièces sur lesquelles vous pouvez prendre votre détermination.

Il ne reste plus qu’une formalité à remplir, pour que l’organisation du Valais soit terminée. Vous avez pensé qu’il convenait d’y envoyer un Genevois ; je ne sais où sont MM. Pictet qui sont les plus marquants du pays : la chose est un peu pressée. Si vous n’étiez pas décidément attaché à donner cette mission à un Genevois, j’aurais l’honneur de vous proposer de nommer pour la remplir le citoyen Charvet, qui est actuellement sur les lieux, directeur des travaux de la route. Cet administrateur a été préfet des Pyrénées-Orientales, il a une bonne réputation, et il est fort estimé dans le pays ; c’est un ami du citoyen Cretet (2).

Le chargé d’affaires batave sort de chez moi pour savoir s’il y a quelque détermination de prise relativement à son pays.

(1). Envoyé de Portugal.

(2). Conseiller d’Etat.



XXI



9 brumaire an XI (31 octobre 1802).

Général,

J’ai l’honneur de vous adresser une dépêche du général Ney (1) qui vous informe de l’état actuel de l’Helvétie. Vous verrez qu’il a pressenti les dernières instructions que vous m’avez donné l’ordre de lui transmettre. Vous serez satisfait d’apprendre que si l’entrée des troupes françaises a été rendue nécessaire par l’obstination des meneurs des petits cantons, le simple appareil de leur arrivée suffira pour les forcer de renoncer à toute opposition.

J’ai l’honneur de vous envoyer une dépêche du citoyen Cacault : elle confirme d’une manière plus positive la détermination qu’a prise le roi de l’île de Sardaigne de se mettre à l’écart de tous les évènements et de choisir une retraite dans l’état ecclésiastique, à une certaine distance de Rome.

J’ai reçu hier le conclusum portant l’adhésion de la majorité au plan présenté par les puissances médiatrices. Je ne connais pas encore les votes individuels. J’ai fait mettre dans le Moniteur d’aujourd’hui les protocoles qui ont précédé la séance où le conclusum a été pris.

Le général Brune est parti ce matin (2) et le général Andréossi partira ce soir (3).

Il n’y a point de nouvelles. Il ne me reste que mes vœux à vous adresser. Ils sont pour un prompt retour, après un voyage (4) où vous aurez répandu l’esprit d’activité avec les sentiments de confiance et d’amour que tous les Français doivent vous porter, et que personne n’a plus de motifs de vous exprimer que moi.

(1). Entré en Suisse à la tête de troupes françaises pour rétablir l’ordre dans ce pays et y imposer la médiation du Premier Consul.

(2). Pour Constantinople. Il avait été nommé ambassadeur près de la Porte le 8 septembre.

(3). Il allait à Londres comme ambassadeur et y remplaçait Otto.

(4). Bonaparte était à Rouen.



XXII



10 brumaire an XI (1er novembre 1802).

Général,

J’ai l’honneur de vous adresser la réponse du prince régent de Portugal à la lettre que vous avez jugé convenable de lui écrire. Je la reçois dans l’instant par le retour de mon courrier qui m’a remis en même temps un long journal de la mission du citoyen Herman, qui est de retour à son poste, à Madrid. J’aurai l’honneur de mettre ce journal sous vos yeux à votre retour. Il me paraît qu’il a eu de la mesure, de l’intelligence et de la fermeté. Il a vu deux fois le prince et fréquemment M. de Pinto : il a suivi exactement ses instructions ; le prince semble désirer l’apparence d’une seconde démarche. Si M. d’Almeida est renvoyé définitivement, il sera remplacé par M. de Pinto, qui me paraît maintenant nous convenir. Je vous prie, Général, de vouloir bien me donner vos ordres. Les choses me paraissent trop avancées pour ne pas les terminer promptement et totalement. Je ne suis pas étonné des bonnes dispositions du pays que vous avez vu (1). Ce pays se distingue particulièrement par le bon sens qu’on ne connaît ni n’apprécie à Paris, où tout est scène.

(1). Bonaparte écrivait à son frère Joseph, le 11 brumaire : « Je suis aussi content de Rouen que de Lyon… Tout ici est consolant et beau à voir, et j’aime vraiment cette belle, bonne Normandie… » Corresp. VIII.



XXIII



12 brumaire an XI (3 novembre 1802)

Général,

Le général Ney m’informe que la diète de Schwitz a répondu à la dernière sommation qu’il lui a fait faire par un de ses aides de camp qu’elle n’a jamais eu le dessein de s’opposer par les armes à la force de l’armée française et qu’ayant appris qu’elle occupe les villes de Berne et de Basle, elle ne tardera plus à se dissoudre.

La diète finit sa lettre en déclarant que, par suite des instructions de ses commettants elle ne peut regarder le gouvernement helvétique que comme forcément établi par les armes françaises, ni aliéner le droit qu’a la nation de se constituer elle-même.

Le général Ney a fait garder Soleure, Fribourg, Gruyères et Vevey par les troupes : il a ordonné au général Sevas d’occuper, à la tête de trois escadrons de chasseurs et une compagnie d’artillerie légère, la position d’Olten, la forteresse d’Aarburg et de s’emparer de Zurich.

Il marque dans le post-scriptum de sa lettre qu’il ne voit d’autre ressource pour vaincre l’obstination des Suisses des petits cantons que de faire marcher les troupes françaises et qu’il vient d’en donner l’ordre (tout cela a précédé l’arrivée de son aide de camp porteur de la lettre que vous m’avez ordonné de lui écrire).

Le cardinal Caprara (1) vient d’expédier en Angleterre le commandeur de Bazi, chargé de porter au bailly de Ruspoli le bref de sa nomination (2). Le cardinal a été excité à cette démarche par l’information qu’il a reçue que M. de Ruspoli n’était pas disposé à accepter sa nomination.

Le courrier que j’avais expédié à Londres est de retour. Le citoyen Otto (3) a eu successivement des conversations assez vives et assez étendues, tant avec lord Hawkesbury (4) qu’avec M. d’Addington (5). En résumant la dépêche que je lui avais adressée par votre ordre, il en a exprimé la véritable intention par ces mots : Tout le traité d’Amiens, rien que le traité d’Amiens. A quoi lord Hawkesbury a affecté de répondre : L’état du continent tel qu’il était alors et rien que cet état. Le citoyen Otto s’est appliqué à faire sentir toutes les inconvenances de la similitude qu’on cherchait à établir et il a réfuté les paradoxes du ministère anglais (6). Il a de plus conclu par se plaindre encore que l’on n’ait pas répondu à la note touchant les journalistes. On lui a annoncé que le solliciteur général poursuivrait Peltier.

Le Times dans la feuille du 29 octobre, dément les bruits de guerre et réduit à peu de chose les armements qu’on avait annoncés. M. Addington, dans la conversation qu’il a eue avec le citoyen Otto a mis du soin à établir comme incontestable : 1° Que le ministère anglais désire sincèrement de conserver la paix et de la consolider par tous les moyens qui sont en son pouvoir ; 2° Qu’il voit avec la plus grande satisfaction tout ce qui peut confirmer la puissance du Premier Consul dans l’intérieur de la France et qu’il désirerait même de la voir aboutir à un système héréditaire dans sa famille, mais que tout ce qui peut tendre à agrandir cette puissance au dehors doit nécessairement fixer l’attention du ministère britannique, sans qu’on puisse attribuer sa résistance à un autre sentiment qu’à celui de ses devoirs envers la nation anglaise. Tous les membres de l’administration britannique tiennent à peu près le même langage.

Tels sont les renseignements que me fournissent les dépêches du citoyen Otto des 7 et 8 brumaire.

Point d’autres nouvelles.

(1). Légat a latere près le gouvernement français.

(2). Le bailli Ruspoli, chevalier de Malte, venait d’être nommé grand-maître de l’ordre par le Pape, pour remplacer le grand-maître Hompesch, réfugié en Autriche, et qui avait eu l’idée singulière d’abdiquer en faveur de Paul 1er, empereur de Russie. Ruspoli refusa la grande-maîtrise.

(3). Envoyé français à Londres, chargé de négocier les affaires relatives aux prisonniers de guerre.

(4). Ministre anglais.

(5). Chancelier de l’Echiquier.

(6). Dans une lettre écrite le lendemain à Talleyrand, le Premier consul fait observer que l’Angleterre n’ayant voulu reconnaître ni les nouvelles républiques italiennes, ni la République helvétique lors du traité d’Amiens, l’état du continent ne pouvait être garanti par elle, puisqu’elle ne le reconnaissait pas.



XXIV



13 brumaire an XI (4 novembre 1802).

Général,

J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. Je recueillerai tous les renseignements que vous désirez sur les présides, Piombino et l’arrondissement qu’on pourrait prendre sur la Toscane pour en faire l’établissement supplémentaire du roi de l’île de Sardaigne. J’aurai l’honneur de vous en adresser le rapport demain.

Je verrai aujourd’hui M. de Souza, et je lui ferai connaître que vous persistez dans vos intentions relativement à M. d’Almeida et au général Lannes (1). J’ai tout lieu de croire que cette affaire sera bientôt terminée et selon votre volonté.

Je viens de recevoir des dépêches de Ratisbonne et de Vienne. A Ratisbonne on peut dire que les affaires marchent aussi vite que le comporte la forme des délibérations. Dans sa vingtième séance, la députation a adopté le règlement relatif aux pensions et traitements.

MM. de Hugel et de Schrant se sont hautement applaudis auprès de la députation que la cour de Vienne eût accepté les propositions faites par la France pour servir de base au supplément d’indemnité de l’archiduc Ferdinand (2).

Cette nouvelle a produit des impressions diverses. Les ministres prussiens ont laissé voir du dépit : M. de Buhler a témoigné quelque joie. Les subdélégués de Bavière, de Bade, ont au contraire exprimé de vives inquiétudes, et le citoyen La Forest a persisté à répondre qu’il n’avait aucune connaissance des propositions qu’on disait faites et acceptées ; et bien loin de condescendre au désir que lui a exprimé M. de Hugel, d’arrêter les délibérations, il s’est réservé de les presser.

J’ai déjà fait connaître et à plusieurs fois au citoyen La Forest que votre intention était que la négociation qui pourrait avoir lieu avec la cour de Vienne ne fût suivie qu’à Paris. Je viens encore de le lui répéter en lui prescrivant de se tenir toujours à cette seule réponse que, pour lui ce qui est fait est fait et que rien des négociations entamées à Paris ne doit suspendre la marche de la députation.

Les lettres de Vienne ont peu d’intérêt : elles sont du 28 vendémiaire et du 1er brumaire. Elles renferment quelques détails sur les troubles de la Valachie, où la Russie paraîtrait vouloir intervenir. Du moins ses commissaires commerciaux ont-ils fait des représentations d’u ton un peu élevé.

Le citoyen Champagny (3) a remis le 27 vendémiaire au comte de Cobenzl l’acte de ratification de l’acceptation faite de l’acte d’accession de S.M. l’Empereur à l’article 10 du traité d’Amiens (4). Il avait différé cet échange, espérant pouvoir l’opérer de concert avec le ministre d’Angleterre, mais celui-ci n’a point encore reçu la ratification de sa cour. J’ai écrit ce matin à cet égard au citoyen Otto.

On est fort occupé à Vienne de l’arrivée du grand-duc Constantin ; et quant à ce qui regarde les dispositions militaires de cette cour, on m’écrit de Ratisbonne, en date du 5 brumaire, qu’il ne reste pas le moindre vestige des démonstrations qu’elle avait cru devoir faire il y a quelques mois, tant en Bohême qu’en Moravie et en Autriche ; que toutes les troupes qui avaient eu cette destination sont rentrées dans leurs cantonnements et qu’on assure qu’on va envoyer en semestre près de la moitié de l’infanterie et un tiers de la cavalerie, qui sera démontée.

Je joins ici un bulletin des ports d’Angleterre, qui m’a été transmis par le citoyen Otto, mais qui est antérieur aux dernières dépêches, lesquelles démentent tous ces mouvements militaires.

Le citoyen Schimmelpenninck (5) me prie par une note de vous faire connaître les nouvelles instances que son gouvernement le charge de présenter pour le rappel des troupes françaises.

J’ai l’honneur de vous envoyer un rapport de Jersey qui renferme les noms des chefs de la correspondance royale avec la Bretagne et Normandie.

Ile nous revient de toute part combien vous êtes content des autorités et du peuple des pays que vous visitez : c’est la douce récompense de votre vie de travail.

(1). Envoyé comme ministre de France à Lisbonne à la suite de l’algarade dont il est parlé dans la lettre XV.

(2). L’ancien grand-duc de Toscane, dépossédé en 1801.

(3). Ambassadeur français à Vienne.

(4). Relatif à Malte, qui devait être rendue par l’Angleterre à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

(5). Ambassadeur de la république batave.



XXV



14 brumaire an XI (5 novembre 1802).

Général,

J’ai recueilli tous les renseignements que vous désirez sur l’établissement continental qui pourrait être fait au roi de l’île de Sardaigne.

Je n’ai pas compris le duché de Piombino dans l’établissement à céder. Piombino est trop voisin de l’île d’Elbe : ces deux pays appartenaient au même souverain, et la continuation des anciens rapports d’amitié et d’industrie qui en liaient les habitants feront naître entre les nouvelles administrations mille tracasseries qu’il est utile de prévenir. De plus, Piombino intéresse infiniment la Toscane, à cause de sa centralité littorale et de son port qui par les exportations du Siennois et de toutes les parties intérieures de la Toscane peut attirer vers ce port une partie du commerce d’entrepôt de Livourne, qu’il importe à la France de voir affaibli par une telle diversion. Vous verrez dans la carte ci-jointe la nouvelle démarcation du nouvel arrondissement qui pourrait être composé des présides et des évêchés siennois de Chiusi et de Soano. Ses limites seraient l’Ombrone, depuis la mer jusqu’à l’embouchure de l’Orcio, cette petite rivière jusqu’au confluent de la Lorica, la Lorica jusqu’à sa source, et de cette source une ligne qui irait joindre la frontière ecclésiastique sur un des points du cours de la Chiaia.

Ce petit Etat aurait quarante mille habitants, une ville, Soano, de deux mille habitants, et des pâturages et des forêts considérables ; ce prince pourrait résider à Soano ou à Orbitello : mais j’ai pensé qu’il serait convenable que vous lui fissiez présent d’une résidence royale et que la France en fît les frais.

J’ai l’honneur de vous transmettre la dernière lettre du général Ney et une lettre du colonel Rapp (1). La partie militaire de ses instructions me paraît bien remplie, mais je désire que dans la partie diplomatique de sa mission il mette autant de sagesse qu’il a jusqu’à présent déployé d’activité ; par sa lettre il me paraît un peu ardent.

(1). Alors aide de camp de Bonaparte et envoyé en Suisse pour y annoncer la médiation de la France et y imposer la cessation des hostilités.



XXVI



15 brumaire an XI (6 novembre 1802).

Général,

Je me suis empressé d’écrire au citoyen Otto en exécution des ordres contenus dans la lettre en date du 13 que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire.

Je n’ai rien appris concernant l’arrivée de lord Whitworth.

Les dépêches de Pétersbourg en date des 9, 12 et 13 vendémiaire me sont parvenues hier.

Le général Hédouville (1) a remis à Sa Majesté impériale de Russie la lettre que vous lui avez écrite, et dans l’audience particulière qu’il a eue à cette occasion, il a eu lieu d’être fort satisfait des assurances que lui a données l’empereur de son désir de marcher constamment dans les mêmes voies que vous, tant par rapport aux affaires d’Allemagne que pour ce qui intéresse le commerce des deux nations dans la mer Noire.

Le comte de Woronsov (2) dans plusieurs conférences n’a pas témoigné une disposition moins franche à suivre dans toute leur intimité les rapports qu’il a trouvés établis entre les deux cabinets.

Le cabinet de Pétersbourg avait déjà connaissance textuelle de la convention pour la garantie des indemnités bavaroises et il en paraissait satisfait, de même que la communication qui lui avait été donnée du traité avec la Porte Ottomane.

J’ai vu M. de Souza, et j’ai rempli à son égard les ordres que vous m’avez transmis : il fait partir aujourd’hui son courrier.

Le citoyen Ferreri d’Alazio est arrivé ce matin (3) ; il vous présentera ses lettres de créance à la première audience que vous accorderez aux ambassadeurs.

(1). Ambassadeur à Saint-Pétersbourg.

(2). Alexandre de Woronsov, chancelier de Russie.

(3). Pour représenter l’ordre de Malte à Paris.



XXVII



17 brumaire an XI (8 novembre 1802).

Général,

Le courrier expédié à Vienne est de retour. Le citoyen Champagny a remis à Sa Majesté impériale dans une audience particulière obtenue à cet effet la lettre que vous lui avez écrite et à laquelle l’empereur lui a dit qu’il serait empressé de répondre.

Cependant ce prince est parti pour Presbourg, afin d’y clore la diète, et il paraîtrait que ce ne sera qu’à son retour que seront expédiés au comte Philippe de Cobenzl (1) les nouveaux pouvoirs qu’il a demandés.

Le citoyen Champagny a eu plusieurs conférences avec le vice-chancelier, qui se montre assez satisfait des bases de l’arrangement proposé et qui maintenant, observe M. de Champagny, parle moins de ses plaintes que de ses espérances.

D’un autre côté, j’ai reçu des dépêches du citoyen La Forest en date des 8, 9 et du 10.

La députation a terminé son règlement par rapport aux dettes.

Les subdélégués des princes, pour diminuer le poids des assignations pécuniaires qui devaient porter sur les biens médiats situés dans leur territoire, ont déterminé la députation à prendre un conclusum pour reporter sur les villes libres conservées une grande part de ces assignations.

Le citoyen La Forest s’étant réservé de s’expliquer sur cette initiative de la députation, je viens de lui mander que vous aviez déjà vu avec regret que la nécessité des circonstances ait amené le sacrifice d’un si grand nombre de villes libres de l’Allemagne, que toutes avaient rendu aux sciences, aux arts et au commerce d’éminents services, et que votre désir était que, conformément au plan proposé par les puissances médiatrices et déjà accepté par la députation, les villes libres qui sont conservées, et dont le nombre est si peu considérable, ne fussent point assujetties à de nouvelles charges ultérieures. L appartient en effet à la France de protéger ces villes, dont elle pourra retirer dans tous les temps des avantages réels, et qui, d’ailleurs, ont en leur faveur l’opinion de tout ce qu’il y a de gens éclairés en Allemagne.

Toutes les extravagances des journalistes anglais sont aujourd’hui réfutées par l’Argus que j’ai l’honneur de vous envoyer. En discussion, l’Argus l’emporte évidemment sur les journalistes qu’il combat, et en déclamation il a autant de chaleur, sans présenter ce caractère d’emportement qui prouve toujours désespoir de cause.

L’Argus est donc un journal utile, mais il ne se répand pas ; aucune administration ne souscrit, les journaux français ne l’annoncent pas ; et il serait à désirer qu’ils en traduisissent des articles (2).

Il ne peut y avoir d’heureux 18 brumaire à Paris en votre absence. Cette fête toute nationale, remplie de souvenirs, de sentiments, réunira toutes les personnes qui aiment leur pays et sont dévouées à votre gloire.

Mais votre présence leur manquera, et comme moi, ils porteront envie à ceux qui auront le bonheur d’être auprès de vous.

(1). Alors ambassadeur d’Autriche à Paris. Il était le cousin de Louis de Cobenzl, le négociateur de Campo-Formio et de Lunéville.

(2). Le 25 novembre Bonaparte donnait l’ordre à Talleyrand de faire prendre cinq cents exemplaires de l’Argus et de les envoyer dans les Antilles françaises, pour de là, les faire répandre dans les îles anglaises.



XXVIII



17 brumaire an XI (8 novembre 1802).

Général,

Le citoyen Belleville, commissaire général (1) à Madrid, avait été chargé de demander le rétablissement de l’ancien usage qui laissait libre l’introduction en Espagne des bas et bonnets de coton filés en France.

Il passa, en conséquence de la lettre que je lui avais écrite, une note au secrétaire d’Etat qui lui annonça l’avoir remise au ministre des Finances d’Espagne, et il attendait une réponse, lorsque le 30 vendémiaire, fut publiée à Madrid une cédule du roi par laquelle non seulement on prohibe l’introduction de tous les objets de coton manufacturés, mais encore on ordonne la saisie de tous ceux qui se trouvent déjà introduits en Espagne.

La lettre du citoyen Belleville qui m’en donne avis est du 2 brumaire. Les dispositions de cette cédule étant extrêmement préjudiciables au commerce français, je n’ai pas perdu un instant pour ordonner au général Beurnonville (2) de faire sur-le-champ et de la manière la plus forte les réclamations que l’intérêt national exige.

Le général Beurnonville est arrivé à Barcelone. Le courrier que je lui ai adressé était arrivé avant qu’il eût vu le ministre d’Etat ; ainsi il est muni de vos instructions.

(1). Commissaire général des relations commerciales à Madrid.

(2). Alors ambassadeur à Madrid.



XXIX



19 brumaire an XI (10 novembre 1802).

Général,

M. le comte de Markov (1) a reçu un courrier de sa cour qui lui a apporté une réponse de S.M. impériale à l’avant-dernière lettre que vous lui avez adressée. Cette lettre est demeurée dans les mains du ministre de Russie qui attend votre retour pour avoir l’honneur de vous la remettre lui-même. Il me paraît, d’après ce qu’il m’a dit, que l’Empereur vous y entretient encore des intérêts du roi de l’île de Sardaigne.

Je dois conclure aussi de la conversation que j’ai eue hier avec M. de Markov, que les instructions de sa cour sont de tout point conformes aux principes qui ont motivé l’union des deux gouvernements et dirigé leur médiation dans les affaires d’Allemagne. Quant aux réclamations de l’Autriche, le général Hédouville m’écrit, en date du 23 et du 29 vendémiaire, que les premières demandes de la cour de Vienne ont été repoussées comme tout à fait inconvenantes, et que depuis on s’est borné à exprimer un vœu pour que l’Autriche soit satisfaite.

Sur la communication officielle qui a été donnée à l’Empereur de la convention relative aux indemnités de la Bavière, S.M. impériale n’a pas annoncé l’intention d’y accéder formellement, mais le comte Woronsov a exprimé en son nom que l’Empereur espérait que la cour de Vienne serait disposée à suivre le conseil qu’il venait de lui donner très clairement, non seulement de faire évacuer Passau, mais encore d’approuver le conclusum de la diète, sauf à s’entendre ensuite pour procurer de gré à gré une indemnité plus considérable à l’archiduc Ferdinand. Il n’y a aucune nouvelle de l’arrivée de lord Whitworth.

J’ai l’honneur de vous transmettre la dernière lettre que je reçois du général Ney. Les détails qu’il me donne et les diverses pièces qu’il m’envoie m’ont paru propres à vous faire connaître tous les rapports de sa position à l’égard des dissidents et à l’égard du gouvernement helvétique.

Je vois dans le Publiciste une proclamation assez étrange de Moreau-Saint-Merry (2).Comme ses instructions ne l’autorisent à rien de semblable et qu’elle contient d’ailleurs quelques dispositions assez extraordinaires, j’ai lieu de croire que cette pièce est supposée. Il est d’ailleurs probable que s’il eût fait une proclamation, il me l’eût envoyée.

(1). Ministre de Russie à Paris.

(2). Moreau-Saint-Méry, venait d’avoir à prendre possession du duché de Parme au nom de la France, avec le titre d’administrateur général.



XXX



20 brumaire an XI (11 novembre 1802).

Général,

Le comte de Cobenzl (1) vient de recevoir son courrier qui lui apporte instructions et pouvoirs. En conséquence, il m’a annoncé dès hier au soir qu’il s’occupait de la rédaction d’un projet de convention qui serait (suivant sa propre expression) le champ de bataille sur lequel nous aurions à nous disputer. Je m’attends donc à recevoir ce projet demain. Je crains déjà que M. de Markov ne veuille un peu trop se mêler de cette affaire. De toute part, il est mis au courant des plus chers intérêts de l’Autriche et vous savez que c’est son premier avocat. Son intervention, si elle est trop accueillie, pourrait nous embarrasser pour ce qu’il est, je crois, dans vos intentions d’exiger par rapport aux reconnaissances S’il est dans vos intentions, Général, de traiter avec l’Autriche de la manière la plus directe, je travaillerai dès le principe à tenir M. de Markov à quelque distance et à demeurer sur cet objet vis-à-vis de lui dans les communications d’égard : je tâcherai que M. de Cobenzl tienne la même conduite.

Il n’y a point encore de nouvelles de l’arrivée de lord Whitworth.

J’ai reçu par le citoyen Cacault (2) une lettre de l’ex grand maître Hompesch. Le citoyen Cacault me fait une peinture de sa situation, qui est véritablement malheureuse au dernier degré, sous le rapport de la pauvreté (3).

La proclamation de Moreau-Saint-Merry est parfaitement vraie. M. Azara l’a reçue en italien.

(1). Philippe, l’ambassadeur à Paris.

(2). Ministre de France à Rome.

(3) Hompesch avait refusé jusque là de recevoir la pension qui lui avait été accordée à la suite de l’occupation de Malte. A cette époque, réduit à la dernière extrémité, il se décida à rentrer en France et à réclamer le paiement des termes échus de sa pension. On lui donna une provision d’une quinzaine de mille francs. Il mourut en France en 1803.



XXXI



21 brumaire an XI (12 novembre 1802).

Général,

M. de Cobenzl vient de me remettre une pièce intitulée : Brouillon d’un projet de convention, avec des observations à l’appui des articles qu’il propose.

J’aurais l’honneur de vous transmettre ces deux pièces si nous n’étions pas tous dans l’espérance de vous revoir bientôt.

M. de Cobenzl annonce qu’il ne peut rien faire que de concert avec M. de Markov, et la convention qu’il propose doit être souscrite des trois plénipotentiaires de France, d’Autriche et de Russie.

Du reste, M. de Cobenzl demande : 1° Pour l’Empereur personnellement, Trente, Brixen, le comté de Werdenfels et la partie du haut évêché d’Augsbourg qui entre dans le Tyrol ;

2° Pour le duc de Modène, le Brisgau, l’Ortenau avec tous les biens ecclésiastiques qui s’y trouvent situés sans aucune exception ;

3° Pour l’archiduc Ferdinand, l’évêché d’Eichstädt, les faubourgs de Passau, Nuremberg, Augsbourg, la dignité électorale ;

4° Pour le grand maître de l’ordre teutonique, la dignité électorale.

A ce prix, l’Empereur offre de ratifier le conclusum ainsi modifié, de concourir à la parfaite exécution du plan adopté pour l’indemnisation générale.

Les reconnaissances des changements survenus auraient lieu.

Tout cela n’est pas le dernier mot de M. de Cobenzl. Ses instructions lui donnent quelque latitude, et la cour de Vienne est dans l’habitude de marchander.

Le général Andréossy est arrivé à Londres : il a été très bien reçu et fort accueilli sur toute la route.

J’apprends dans le moment par M. Merry que lord Whitworth est débarqué à Amiens, et qu’il arrivera pour dîner à Paris dimanche.

Le citoyen Cacault m’informe que le roi de Sardaigne s’est enfin déterminé à se choisir une demeure à dix lieues de Rome, dans la petite ville de Velletri. Ce prince a fait demander au cardinal Albani, évêque de cette ville, le palais épiscopal pour sa résidence. Le cardinal n’a voulu y consentir qu’après s’être assuré que cette condescendance ne déplairait pas au gouvernement français.

Le colonel Rapp est arrivé ; et aujourd’hui le citoyen Stapfer m’a présenté ce matin les citoyens Muller, Ralleman et deux autres députés du Sénat helvétique. Il est probable qu’il viendra peu de députés du parti oligarchique, dont la politique paraît être de placer leurs espérances sur la valeur éventuelle de leurs protestations.



XXXII



15 thermidor an XI (3 août 1803).

Général,

La nouvelle la plus importante de ce jour est celle que vous trouverez très détaillée dans le Times et le Morning chronicle du 28 et le Times du 29. Elle m’est confirmée par les lettres qui ont été reçues par tous les ambassadeurs, et particulièrement par celle de l’ambassadeur d’Espagne que j’aie lue.

A Dublin, quatre mille Irlandais attroupés ont, dans la matinée, exercé quelques violences. Le grand juge, lord Kilwarden, qui était à la campagne, s’est rendu à la ville avec son neveu Richard Wilf. Ils ont été massacrés dans les rues. Le colonel du 27e de pied, M. Brown, a été tué. Les gazettes du gouvernement attribuent ce mouvement à la condamnation d’un criminel que le peuple ne croyait pas coupable ; mais en même temps elles disent que les révoltés avaient rassemblé trente mille armes et dix mille uniformes. Elles parlent de rassemblements formidables dans le comté de Kildare. Elles conviennent qu’au moment où le colonel Brown a été tué, la populace criait : A bas les Anglais ; mort aux Anglais. Ces mots se trouvent cités comme cris de ralliement dans toutes les lettres des ambassadeurs.

La suspension de l’habeas corpus et la loi martiale ont été la suite de cet événement. L’omnium est tombé à 12 % de perte, les fonds à cinquante et un.

M. d’Anduaga, ambassadeur d’Espagne à Londres, donne dans sa lettre une grande importance à l’insurrection de l’Irlande. Il ajoute qu’il y a des mouvements dans l’escadre anglaise. C’est son expression et il est très vraisemblable que les vaisseaux sur lesquels il y aura eu beaucoup de matelots irlandais auront été près de s’insurger.

Vous trouverez dans la correspondance une lettre de votre ministre à Dresde qui parle des déclarations des princes. Il paraît que le gouvernement anglais met un grand intérêt à répandre cet écrit, et appeler l’attention publique sur cette publication. Ce que cela prouve clairement, c’est qu’il va devenir impossible de faire la paix, qu’au préalable il ne soit stipulé qu’aucun prince français ne pourra résider en Angleterre.

Ces sortes de stipulations ne sont guère admissibles à l’issue de la guerre qui a vu tomber une dynastie ; elles sont ordinairement les résultats de la guerre suivante. Ainsi, Guillaume III ne demanda à la France, lors du traité de Ryswick, que de ne pas secourir les Stuarts : et au traité d’Utrecht leur expulsion de France fut accordée sans difficulté.

La lettre ci-jointe du général Beurnonville n’ajoute rien aux précédentes. Nous en sommes encore à l’induction que le prince de la Paix est disposé à marchander pour la neutralité de l’Espagne, mais son vœu secret, il n’en faut pas douter, est de gagner du temps.

La médiation de la Russie est, pour les puissances du second ordre, un objet d’espérance, qui autorise à leurs yeux l’irrésolution dans laquelle ils aiment à se traîner. Je crois que votre politique est de ne laisser lieu à aucun gouvernement de se méprendre sur sa situation et sur la situation générale des affaires. Il faudra donc bientôt faire connaître d’une manière ouverte ce que c’est que la médiation de la Russie et le peu qu’on doit en attendre, puisque les Anglais, par des délais, la refusent, afin que les faibles n’ayent plus d’excuses dans leur répugnance à subir les lois des évènements. Du reste, l’humeur que le prince de la Paix montre contre M. d’Azara et M. d’Hervas (1) est un incident de commande : ni l’un ni l’autre ne m’ont communiqué les réponses qu’ils ont reçues de lui.

Les séances de la diète helvétique semblent développer un esprit différent de celui de l’acte de médiation. Les nouvelles informations du général Ney m’ont déterminé à ne pas envoyer au Moniteur le procès-verbal de ces séances. Le marquis de Lucchesini (2), par une lettre du 14, qui est dans le portefeuille, réclame contre un fait qui intéresse le commerce prussien. Quatre bâtiments marchands prussiens partis d’Embden et d’Altona sont arrivés à Calais les 2, 3 et 5 juillet. Les douanes de Calais s’opposent à leur débarquement en conséquence de l’arrêté du 1er messidor. M. de Lucchesini argumente de l’ignorance des armateurs au moment où les navires ont été expédiés, et il demande que l’opposition de la douane soit levée.

Le citoyen Reinhard (3) annonce que M. de Woronsov (4) a transmis de Londres au ministre de Russie à Hambourg qu’il avait écrit au ministre de l’empereur en Danemark, pour que la communication de l’Angleterre par Tonningen (5) soit conservée libre. M. de Leuthe, ministre de la régence de Hanovre près le roi d’Angleterre est arrivé à Tonningen, et il y raconte que lorsqu’il présenta au roi la convention conclue entre le général mortier et l’armée hanovrienne, le roi avait déchiré ce papier en morceaux et le lui avait jeté au nez : quelques-uns même disent que M. de Leuthe a reçu un soufflet.

(1). Agent financier de la Cour d’Espagne à Paris.

(2). Ministre de Prusse à Paris.

(3). Ministre plénipotentiaire à Stuttgard.

(4). Simon, comte de Woronsov, ambassadeur de Russie à Londres. C’est son frère, Alexandre, qui était chancelier de Russie.

(5). Ville de Danemark, sur l’Eyder, rivière qui se jette dans la mer du Nord.



XXXIII



17 thermidor an XI (5 août 1803).

Général,

J’espère que j’aurai longtemps à vous entretenir de l’insurrection d’Irlande. Elle a fait généralement ici une vive sensation ; aucune classe d’hommes n’en a été aussi remarquablement affectée que celle des étrangers et surtout des ministres. Ne l’ayant pas apprise par les gazettes françaises, qui n’en ont pas parlé, ils n’ont pu s’armer contre elle d’aucune défiance. Il faut qu’ils la croyent au moins telle qu’elle est écrite par les journaux anglais : et d’ailleurs le courrier d’Espagne qui a apporté la nouvelle a pris en partant de Londres des lettres de toutes les personnes qui étaient pressées d’écrire sur le continent ; ainsi il se trouve que tous les ministres à Paris en ont été informés par leurs collègues en Angleterre, qui s’accordent à présenter l’événement sous les mêmes couleurs. Il est incontestable ici, aux yeux des étrangers, que tout le monde à Londres est gravement alarmé. Et dans cette circonstance le silence des gazettes françaises a fait un très bon effet ; en racontant cette nouvelle un jour plus tard, l’Europe verra, par ce peu d’empressement que l’opinion publique en France, telle animée qu’elle soit, se sent assez puissante de sa confiance entière en vous et de la force des moyens nationaux pour recevoir sans exaltation une nouvelle qui semble, au premier abord, présager l’affaiblissement et même la destruction de l’Angleterre par le simple effet de ses désordres intérieurs.

Les lettres du général Brune nous apprennent l’issue prochaine des mouvements de l’Egypte. La sédition des Arnautes sera probablement le préliminaire du rétablissement des beys. Les albanais forment cependant un corps plus nombreux du double que celui des Mameluks ; mais les premiers sont des barbares dont le courage a toujours été subordonné et qui sont accoutumés à obéir ; les autres ont régné et, depuis leur disgrâce, n’ont démenti ni leur bravoure ni leur caractère.

L’insurrection d’Irlande détourne l’attention publique des lettres des princes. L’éclat que le ministère anglais en a fait sera joint quelque jour à tout ce qu’a dévoilé M. Trucman. Cet article du Moniteur fait un très bon effet.

J’ai vu M. de Souza : il répète toujours que la disposition de sa cour est conforme à vos vues. Mais il prétend qu’il faut qu’il emprunte, et que le crédit du pays rend tout emprunt difficile, il revient continuellement sur l’état d’humiliation où les menaces journalières du général Lannes le placent aux yeux des nationaux et des étrangers : personne, m’a-t-il dit, ne nous croit plus une puissance. Je ne fais que vous répéter ce que m’a dit M. de Souza, et je ne vous parle pas des larmes qu’il répand et qui sont tout aussi abondantes que celles du député d’Hanovre qui était à Bruxelles.

M. d’Azara n’a encore rien reçu de sa cour et n’en attend rien avant du temps. Sa mécréance est à ce que je crois un peu exagérée, parce qu’elle est passionnée. Le prince de la Paix peut être malveillant mais il n’est pas fou. M. d’Hervas, qui a plus de sang froid et de pénétration que M d’Azara, est persuadé que l’Espagne peut vous donner une subvention convenable, pourvu que l’on adopte pour en faciliter l’acquit des formes telles que celles qui ont été admises dans le dernier traité de Portugal. Il n’y a dans le moment présent, relativement au Portugal et à l’Espagne, aucun autre mode possible d’exécution. Mais il me paraît toujours qu’à l’égard de ces deux puissances, comme de celui de toutes les autres, il faut arriver le plus tôt possible au dénouement de cette médiation de Russie qui n’inspire à l’Europe et aux individus que des espérances vaines, et perpétue nuisiblement pour tout le monde une illusion de paix dont nous ne pouvons tirer aucun avantage. Tout ce qui est ouvert, grand et prompt, convient à vos vues, mais les choses mixtes et indécises sont dans vos affaires ce que vous disiez autrefois qu’étaient les inconnues dans les problèmes ; on n’arrive à rien si l’on ne se hâte de les dégager.

Je viens d’apprendre que si vous aviez suivi votre premier plan de voyage sur le Rhin, le roi de Suède se serait trouvé à Mayence pour vous voir.

Vous trouverez dans le portefeuille une lettre de Vienne qui ne porte que sur l’ordonnance relative à la neutralité des ports. Un prince de Prusse épouse une fille cadette du landgrave de Hesse-Hambourg.

Je pars dans le moment pour les eaux.



XXXIV



21 thermidor an XI (9 août 1803).

Général,

J’ai l’honneur de vous transmettre les lettres que j’ai reçues hier par des courriers extraordinaires de Pétersbourg et de Madrid. Le citoyen Durant (1) aura l’honneur de vous porter la correspondance du département et il me fera passer vos ordres.

Vous verrez par les lettres du général Hédouville qu’il a précisément négligé de m’envoyer le rescrit de l’empereur qui pouvait seul nous faire connaître l’état actuel de la négociation. Il ne paraît pas, au reste, que la médiation de la Russie ait fait aucun progrès marqué. Je crois que le moment approche où vous ne voudrez pas prolonger plus longtemps la méprise des autres gouvernements sur cette question.

Après la réponse de l’empereur à votre dernière lettre datée de Bruxelles, vous voudrez sûrement prendre un parti à cet égard. Il faut enfin que la cour de Pétersbourg sache et dise d’une manière positive ce qu’elle peut faire, et que sa médiation opère la paix ou qu’il ne soit plus parlé de cette médiation.

Vous verrez par la lettre du citoyen La Forest (2) que je joins ici, que la cour de Berlin se conduit bien. – En tout, les légations du Nord sont dans un bon sens. Il y a là de l’intelligence, du sang-froid, un sentiment vrai de notre puissance et de la sagesse de nos vues : mais quand on passe au midi de l’Europe, on se croit transporté dans un autre monde et dans un autre siècle. A Lisbonne, tout prend un caractère de trivialité, de mauvaise foi et d’absurdité qui surprend, le ministère irrité et tremblant ne sait quel maintien conserver ; il fomente tout ce qu’il peut de tracasseries sourdes. L’Espagne n’est pas dans un meilleur sens ; le général Beurnonville a bien peu d’espoir de réussir : les lettres que j’ai l’honneur de vous adresser ne sont pas encore les réponses aux lettres décisives qui lui ont été écrites ; nous devons les recevoir sous peu de jours. Si les choses ne s’améliorent pas, je crois que les mesures que le général Beurnonville propose à la fin de sa lettre sont les seules qui puissent amener cette cour au système qu’il est dans son intérêt autant que dans ses devoirs d’adopter. Je joins aux lettres de Beurnonville une dépêche du commissaire général Belleville et un mémoire sur les torts récents du ministère espagnol.

J’ai envoyé au bureau des chiffres une nouvelle lettre du général Lannes et une de Beurnonville, ainsi qu’une de M. d’Aguesseau (3). Le citoyen Durant aura l’honneur de vous les porter au premier travail. S’il arrivait que l’Espagne et le Portugal, par un retour au bon sens, voulussent sortir de leur position par un arrangement et terminer toute cette affaire à Paris, le ministre du trésor public ne pourrait-il pas traiter toute la partie financière ? Je pense toujours que des effets comme ceux qu’avait donnés le Portugal seraient le moyen le plus net de faire ce genre de traité.

Je ne vous parle pas, citoyen Premier Consul, du regret que j’ai d’être éloigné de Paris au moment où vous y rentrez (4) et où vous allez y retrouver la manifestation des mêmes sentiments d’amour et d’admiration qui ont partout éclaté sur votre passage. Cette manière de faire la guerre à l’Angleterre ne peut manquer de faire un grand effet à Londres et dans toutes les parties de l’Europe. Pendant qu’on se révolte en Irlande, que les yeux sont prêts d’être dessillés en Angleterre, je vois partout que les cœurs français s’attachent de plus en plus à vous qui êtes leur destinée.

(1). Chef de la première division au ministère des Relations extérieures.

(2). Chargé d’affaires à Berlin.

(3). Henri-Cardin-Jean-Baptiste, marquis d’Aguesseau, ministre plénipotentiaire à Copenhague.

(4). Bonaparte revenait d’une tournée en Belgique : il était de retour à Saint-Cloud le 11 août.



XXXV



21 thermidor an XI, à minuit (9 août 1803).

Général,

Depuis que j’ai fermé mon paquet, un aide de camp du général Vial (1) est venu m’apporter des dépêches de ce ministre ; j’ai l’honneur de vous les transmettre ; j’y joins celles du citoyen Alquier (2) et je vous demande vos ordres. Je serais porté à croire que le grand maître (3) doit rester dans un lieu dont le voisinage est un objet continuel d’inquiétude pour les Anglais, et que son existence politique a besoin d’être consacrée par la présence d’un ministre accrédité par vous.

(1). Ministre plénipotentiaire accrédité auprès du grand maître de Malte depuis le 26 floréal an 2.

(2). Ambassadeur à Naples.

(3). Le grand maître de Malte.



XXXVI



23 thermidor an XI (11 août 1803).

Général,

J’ai lieu de penser que vous arrivez aujourd’hui à Paris. J’envie bien la satisfaction que toutes les personnes qui vous sont dévouées éprouveront en ce retrouvant auprès de vous.

Je renvoie la correspondance qui m’avait été adressée ici, et que le citoyen Durant aura l’honneur de mettre sous vos yeux à son premier travail ; dorénavant, il vous présentera le courrier. Je vous adresse directement les lettres qui sont de quelque importance : une de la légation de Prusse apportée par mon neveu et deux de la légation de Suisse.

Je vois avec plaisir que le zèle prudent et éclairé de M. d’Affry (1) joint à la droiture d’esprit du général Ney viendront à bout d’aplanir les obstacles qui semblaient s’opposer en Helvétie à l’exécution de vos principales vues. – Qu’ordonnez-vous qui leur soit répondu ?

Les rapports avec la cour de Berlin se maintiennent et fructifient ; quelle que soit l’issue de la médiation russe, outre l’avantage d’avoir déployé aux yeux de l’Europe un grand caractère de modération, vous aurez retiré celui d’avoir éprouvé la cour de Berlin.

Comme suite des informations que le citoyen La Forest vous donne sur la Russie, je joins ici une note que je viens de faire rédiger par mon neveu, arrivé ce matin auprès de moi, de Pétersbourg. C’est une commission dont il a été chargé par le général Hédouville. Je suis charmé que le premier usage que ce jeune homme fait de ses observations pendant un voyage de deux ans, soit un hommage que je puisse vous offrir en mon nom et au sien.

J’ai cru pouvoir ajouter à cet envoi une lettre du sous-préfet de Boulogne, à cause des rapports de M Tierney (2) ; à cause de l’anecdote du roi, qui est très amusante, et ensuite à cause de l’intérêt que je prends à ce sous-préfet, que je crois capable de bons services et de dévouement.

(1). Nommé landamman de Suisse pour 1803 par l’acte de médiation, qu’il avait reçu le 19 février 1803. Né à Fribourg, il était le fils du dernier colonel des gardes suisses de Louis XVI.

(2). Georges Tierney, membre du parlement anglais.



XXXVII



Bourbon-l’Archambault, 29 thermidor an XI (17 août 1803).

Général,

J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire sur les affaires d’Espagne. J’ai écrit selon vos ordres à M. d’Azara et au général Beurnonville. Mais, comme vous désirez que je remette sous vos yeux les notes qui sont d’une certaine importance, après les avoir rédigées, j’ai cru devoir vous présenter la rédaction de celle de M. d’Azara ; elle est conforme au modèle que vous m’avez fait l’honneur de m’envoyer, sauf les légers changements de rédaction que vous me permettez ordinairement de faire. Je vous avouerai, Général, qu’en la relisant, j’ai été frappé du ton de cette pièce diplomatique (1), je ne puis m’empêcher de penser à l’espèce d’embarras et d’humiliation que doit éprouver un cabinet qui a dans sa chancellerie un pareil office. Du reste, l’exécution de vos ordres n’éprouve par là aucun retard. Le citoyen Durant cachettera et enverra ma note à M. d’Azara immédiatement après que vous l’aurez lue. Ma lettre au général Beurnonville, que je lui donne l’ordre d’envoyer par un courrier extraordinaire, est littéralement conforme aux instructions que vous m’avez données ; à cette lettre est jointe une expédition de ma note à M. d’Azara.

J’ai expédié en Suisse un courrier qui porte au général Ney vos décisions sur la capitulation helvétique.

(1). Le texte, très comminatoire en effet, se trouve dans la lettre de Bonaparte à Talleyrand du 14 août 1803. (Corresp., t. VIII, p. 458).



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XXXVIII



Bourbon-l’Archambault, 1er fructidor an XI (19 août 1803).

Général,

J’ai écrit à votre ambassadeur en Espagne la première dépêche que vous m’avez ordonné de lui adresser par la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 28, et celle que vous avez dictée depuis au citoyen Durant : elles ne se contrarient point et se fortifient l’une et l’autre. – Dans dix-sept ou dix-huit jours nous saurons où nous en sommes avec l’Espagne. Quant à moi, je ne crois pas assez à la déraison humaine pour penser qu’il y ait résistance, et la dernière lettre du général Beurnonville me confirme dans l’opinion d’une issue conforme à vos vues.

Les renseignements que vous avez la bonté de me transmettre sur les affaires du nord et particulièrement la lettre du roi de Prusse à M. de Lucchesini jettent quelque jour sur l’avenir ; elles me font attendre avec impatience et espoir les lettres de Pétersbourg. Je m’attache peut-être plus à cette perspective par attrait que par calcul ; ce qu’il y a de vrai, c’est que dans ma qualité de malade, je vous qu’elle aide considérablement au bon effet des eaux. Je ne puis pas douter de leur efficacité pour moi ; et mon traitement accompli après la vingt et unième douche, c’est-à-dire au 1er septembre, je retournerai près de vous plus heureux, me sentant plus capable de vous servir.



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XXXIX



Bourbon-l’Archambault, 2 fructidor an XI (20 août 1803).

Général,

Je vous prie de me permettre de passer par Valençay (1) pour retourner à Paris. Ce détour extrêmement utile pour mes affaires n’allonge mon voyage que de vingt-cinq lieues. Je vous demande la permission d’y rester deux jours. Je suis aujourd’hui à ma dixième douche ; le dernier du mois d’août mon traitement sera accompli. Si vous m’accordez la permission que je vous demande, je serai à Paris à vos ordres le 5 septembre ; le retard, y compris le voyage n’est juste que de trois jours. Les eaux continuent à me faire un bien remarquable. – Si vous me permettez de passer par Valençay, je crois que le vieux Cobenzl, qui est un coureur de vieux châteaux, y viendra vingt-quatre heures.

Je vous prie, Général, de recevoir avec votre bonté ordinaire l’assurance de mon profond respect.

(1). Valençay, propriété de Talleyrand dans l’Indre.



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XL



Bourbon-l’Archambault, 3 fructidor an XI (21 août 1803).

Général,

M. de Baycov, porteur des ordres de l’empereur de Russie à M. de Markov, arrive de Barège (1) et vient de me remettre la dépêche que ce ministre m’envoye.

J’ai lu ces pièces avec la plus sérieuse attention. Elles me persuadent de plus en plus que vous avez retiré de votre noble démarche auprès de l’empereur Alexandre le seul avantage qu’elle puisse produire, celui de prouver à l’Europe par un grand acte de franchise votre amour pour la paix et de rejeter sur l’Angleterre tous les torts de la guerre.

Le rescrit de l’Empereur, par le soin avec lequel il est rédigé, et par le choix des expressions, annonce le désir de répondre, au moins par les formes, à la marque honorable de confiance que vous lui avez donnée. Si ce prince n’a pas le courage ou la volonté de vous servir, au moins veut-il vous persuader qu’il serait fâché que son refus fût une occasion de vous déplaire.

En résultat, il refuse l’arbitrage ; ce refus vous dégage de vos offres. L’honneur vous en reste éternellement, et cet honneur est désormais sans danger.

L’Empereur préfère le rôle de médiateur à celui d’arbitre et, à ce titre, il propose des articles préliminaires.

Cette proposition excède les facultés de la médiation, à moins qu’on n’entende que les préliminaires proposés ne sont mis en avant que comme texte et non comme base des négociations. Dans ce sens, la médiation de l’Empereur, pour être quelque chose doit d’abord être formellement acceptée par les deux puissances, et ensuite amener immédiatement une négociation. Sans ces deux résultats, cette médiation n’est rien et ne peut conduire à rien. En évitant d’entrer dans aucun des détails exposés dans les préliminaires, je pense que vous obtiendrez soit de faire arriver la médiation de l’Empereur de Russie à un résultat effectif, soit d’abréger utilement l’existence de cette médiation.

(1). M. De Markov était en ce moment à Barège.



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XLI



Bourbon-l’Archambault, 4 fructidor an XI (22 août 1803).

Général,

J’ai l’honneur de vous adresser une lettre que j’ai reçue de M. le bailly de Ferrette (1). Vous trouverez sans doute que le penchant qui porte le grand prieuré d’Allemagne à entrer en arbitrage avec l’archiduc Ferdinand d’Autriche, sur les prétentions élevées par ce prince, déroge à la confiance que l’ordre de Malte doit au patronage de la France, et que M. le bailly de Ferrette, en ne partageant pas sur ce point l’opinion des chefs du grand prieuré, ne fait que rendre hommage aux sentiments de bienveillance que vous lui avez manifestés.

J’ai l’honneur de vous adresser en même temps une lettre que je viens de recevoir de notre agent secret à Varsovie.

Les lettres et pouvoirs que vous m’avez ordonné d’adresser au général Beurnonville sont expédiés, ainsi que la note à M. de Souza.

(1). Le représentant de l’ordre de Malte à Paris.



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XLII



Bourbon-l’Archambault, 5 fructidor an XI (23 août 1803).

Général,

M. Durant m’écrit que vous avez bien voulu consentir à ce que je pusse passer par Valençay en retournant auprès de vous. Je vous prie d’en agréer mes remerciements.

Je viens d’expédier à M. de Dreyer (1) la lettre que vous m’avez ordonnée de lui écrire.

Je me suis fait un devoir de vous rendre compte de tout ce que j’observe comme de tout ce que je pense. Le petit essai de turbulence de Lanjuinais blesse ici tout le monde ; et le département de l’Allier est certainement un des plus froids et des plus indifférents de France. Je crois d’autant plus à la généralité de cette impression que j’ai dans ce moment ici deux préfets absents par congé, celui de Lyon et celui de la Creuse, qui me disent que dans leur département on est révolté contre tout ce qui peut conduire à l’idée d’une entrave à vos vues.

Bureau de Pusy (2) dit que vous nous avez été donné par le ciel pour forcer au repos et au silence tous ces déclamateurs insensés qui veulent distraire l’attention publique du seul objet de confiance et d’espoir vers lequel elle aime à se porter. – Le fait est que tous les Français, qui ne sont ni jansénistes ni conventionnels, veulent être gouvernés parce qu’ils ont besoin d’être préservés et que quiconque s’élève contre l’autorité qui peut seule les défendre au dedans et au dehors se déclare ennemi de la sûreté publique.

(1). Envoyé extraordinaire de Danemark.

(2). Préfet de Lyon.



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XLIII



Bourbon-l’Archambault, 6 fructidor an XI (24 août 1803).

Général,

Je reçois la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire relativement à la capitulation de la Suisse et j’expédie ce soir un courrier au général Ney pour lui recommander de retrancher de la capitulation l’article qui donne aux bataillons suisses le droit de faire partie de votre garde.

Je comprends votre impatience et votre ennui sur les affaires du Midi (1).

Je désire vivement qu’elles se terminent selon votre gré et vous laissent librement vous livrer à l’exécution de vos grandes vues.

Les nominations que nous venons de voir dans le Moniteur font un bon effet. Il n’y a point là d’ambitions récompensées, mais il y a des qualités et des services honorés.

Le Sénat n’est pas encore votre Sénat ; il le sera quand la majorité des hommes de votre choix, jouissant de quelque considération personnelle que fera ressortir l’honneur de votre suffrage, attireront toute l’attention publique et ne laisseront apercevoir qu’en arrière-masse les hommes des circonstances.

L’assemblée électorale au milieu de laquelle je me trouve, vient de nommer Jaucourt (2) ce qui m’a fait grand plaisir. C’est un des hommes les plus faits pour être rapprochés du restaurateur de l’honneur en France.

(1). C’est-à-dire d’Espagne et de Portugal.

(2). Le marquis de Jaucourt était déjà tribun. Il fut nommé sénateur en 1803.



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XLIV



Bourbon-l’Archambault, 7 fructidor an XI (25 août 1803).

Général,

Je viens de recevoir les pièces apportées par M. de Baycov que vous avez la bonté de me renvoyer, ainsi que les observations et autres que vous avez ordonné qui y fussent jointes. Je vais immédiatement exécuter vos ordres. Déjà depuis plusieurs semaines l’intervention partiale du cabinet de Pétersbourg et le rôle outre toute mesure que joue M. de Markov est une gêne dans nos propres affaires, et embarrasse l’opinion de l’Europe. M. de Baycov, porteur des dépêches de son gouvernement, est retourné à Paris ; il n’a point l’ordre d’aller rejoindre M. de Markov, à qui je vais faire un simple accusé de réception bien froid.



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XLV



10 fructidor an XI (28 août 1803).

Général,

J’ai l’honneur de mettre sous vos yeux les différentes pièces que j’ai tâché de rédiger conformément à vos ordres. Si vous en approuvez la rédaction, je vous prie de les remettre au citoyen Durant, qui aura l’honneur de vous les porter et qui les expédiera par un courrier extraordinaire à Pétersbourg et à Berlin, en écrivant à l’Empereur, comme vous me faites l’honneur de me dire que vous en avez le projet. Je ne doute pas que l’Empereur, en sa qualité d’homme froid et de petit esprit (1), doit être donneur de conseils ; et il me semble qu’il est utile de lui en éviter l’occasion.

Je joins ici la lettre que j’ai le projet d’écrire à M. de Markov.

(1). Il est bon de remarquer qu’il s’agit d’Alexandre 1er, le même que Talleyrand reçut à Paris en 1814.



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XLVI



28 vendémiaire an XII (21 octobre 1803).

Général,

J’ai exécuté vos ordres relativement aux affaires d’Espagne. – M. d’Azara a consenti à signer la convention dont j’ai l’honneur de vous adresser le projet. Je crois y avoir fait entrer tout ce qui vous a paru essentiel à y introduire. Il signera aussitôt que j’aurai appris que vous me permettez de signer. Je dois vous observer que les ratifications ne pouvant avoir lieu que dans seize ou dix huit jours, il y aurait eu contradiction de droit et de fait à exiger que le premier payement se fit avant brumaire, c’est-à-dire avant deux jours ; il a donc fallu reporter la date de ce payement au courant de brumaire. M. d’Azara a désiré qu’on changeât le nom de piastres en celui d’espèces, et cela parce que des piastres en quinze jours ne peuvent pas arriver à Bayonne, quand cela n’est pas prévu d’avance. – Il me paraît que le traité, tel qu’il est, remplit vos intentions, et que vous avez retiré de la plus fastidieuse de toutes les négociations le résultat le plus convenable et le plus utile à vos vues.



XLVII



12 brumaire an XII (4 novembre 1803).

Général,

J’ai l’honneur de vous soumettre la correspondance de mon département.

Pour en accélérer l’examen, je crois devoir y joindre un précis des objets de chaque dépêche, en marquant celles qui me paraissent dignes de fixer plus particulièrement votre attention.

1° Une dépêche du citoyen La Forest, en date du 29 vendémiaire, qui mérite que vous la lisiez toute entière ;

2° Une du citoyen Reinhard, qui transmet les justifications de M. d’Archenholtz touchant quelques articles de son journal (1) et qui de plus fait connaître une ordonnance de la régence de Gluckstadt relative à la navigation de l’Elbe ;

3° L’extrait qui m’a été communiqué par le ministre de Saxe d’une dépêche du comte de Loss (2) relativement à M. d’Entraigues (3) ;

4° Une dépêche de M. Didelot qui réclame le titre d’envoyé extraordinaire (4), pour marcher de pair avec celui d’Angleterre qui va arriver à Stuttgard et qui a ce titre ;

5° Une dépêche du citoyen Bignon (5) en date du 29 vendémiaire, qui annonce que les tentatives de M. de Pfeilitzen pour se procurer des fusils au compte de l’Angleterre seront infructueuses ;

6° Une de Stockholm, du 14 vendémiaire, qui annonce que les ratifications de la dernière convention entre l’Angleterre et la Suède ne sont pas encore échangées ;

7° Une lettre de Ratisbonne, que je vous prie de lire et un bulletin du même endroit ;

8° L’extrait des papiers anglais des 12, 13, 14 octobre et le journal des ports d’Angleterre du 10 octobre ;

9° Une copie de la convention conclue le 6 messidor dernier avec le gouvernement batave et l’expédition originale des articles réglementaires stipulés en conséquence de cette convention entre le citoyen Lacuée (6) et M. Schimmelpenninck auxquels vous êtes prié de donner votre approbation.

10° Des dépêches du général Brune : celles timbrées n° 1 et 30 sont les seules qui donnent des renseignements. Il y quelques évènements nouveaux qui prouvent le progrès des Mameluks en Egypte. Il paraîtrait par le silence de l’ambassadeur sur les Waubis (7)qu’il n’est plus question de l’invasion dont ils menaçaient les provinces méridionales de la Turquie. – La lettre du citoyen Choderlos jointe à la dépêche du général Brune est relative à la tendance qu’ont les Français de cette échelle à neutraliser leur commerce dans le Levant. Le général Brune avait déjà écrit sur cet objet ;

11° La lettre du citoyen Alquier, timbrée n° 199, vous paraîtra mériter d’être prise en grande considération : je vous prie de la lire toute entière et de me donner vos ordres. J’ai écrit à votre ambassadeur à Rome de faire arrêter les deux moteurs désignés dans les lettres du citoyen Alquier ;

12° Le citoyen Salicetti (8) mande que l’Empereur a envoyé un ministre plénipotentiaire près la république ligurienne. Vous trouverez aussi une note de M. Bellarmini relative à l’aliénation des biens ecclésiastiques de la république de Lucques ; une réclamation du citoyen Bossi (9) contre le général Menou (10) et une dépêche de M. Levingston pour que ses compatriotes soient chargés de l’approvisionnement du Sénégal.

J’aurai l’honneur de vous adresser demain la correspondance commerciale, dans la forme que j’emploie pour mettre sous vos yeux la correspondance diplomatique.

(1). La Minerve, recueil mensuel politique et littéraire, favorable à l’Angleterre et qui paraissait à Hambourg depuis 1792.

(2). Ministre saxon.

(3). Ancien député aux Etats généraux. Il avait obtenu le titre de conseiller de l’empereur de Russie et était à ce moment en mission à Dresde pour le compte de ce souverain.

(4). Il était ministre plénipotentiaire à Stuttgard.

(5). Alors chargé d’affaires à Berlin.

(6). Président de la section de la guerre au conseil d’Etat.

(7). Les Wahabites, peuple d’arabie.

(8). Ministre plénipotentiaire près la république ligurienne.

(9). Ancien ministre du gouvernement provisoire piémontais.

(10). Alors gouverneur du Piémont.



Voir la lettre




XLVIII



13 brumaire an XII (5 novembre 1803).

Général,

J’ai l’honneur de vous envoyer l’extrait des papiers anglais des 15, 17 et 18 octobre. Il y a dans l’extrait du 15 des pièces qui, évidemment, ne doivent point être imprimées. Les extraits des 17 et 18 peuvent l’être sans inconvénient.

Dans une dépêche en date du 2 décembre, le citoyen La Forest mande que le blocus de l’Elbe et du Weser occupe plus que jamais le cabinet de Berlin. Le roi paraît personnellement affecté des avances qu’il se voit obligé de faire aux négociants de Silésie.

Le citoyen Otto (1) écrit de Munich, en date du 4 brumaire, que l’électeur est revenu de Carlsruhe, qu’il se plaint toujours de l’empiètement de l’Autriche, qu’il promet de ne point porter atteinte aux biens de l’ordre de Malte. Le citoyen Otto entre dans quelques détails sur les changements qui se préparent dans l’administration provinciale de la Bavière et qui paraît tendre à rendre égale la représentation des divers ordres dont les Etats se composent.

J’ai vu ce matin ce pauvre d’Azara, dont la décadence devient de jour en jour plus sensible ; et il la sent lui-même au point qu’il m’a dit : Je présume que le Premier Consul voudra me faire un présent ; je voudrais savoir ce que c’est, car je suis occupé d’arranger mes affaires pour finir. Il a été un temps infini pour me dire ce peu de mots. Je crois que vous voudrez lui donner votre portrait en retour de son Alexandre, et de l’argent pour qu’il ait en finissant le sentiment heureux de faire du bien après lui. – Il m’a paru que c’était là ce qu’il désirait.

J’ai eu l’honneur de vous prévenir par ma lettre d’hier que je vous adresserai aujourd’hui la correspondance des relations commerciales : vous la trouverez ci-jointe. Pour plus grande commodité j’ai cru devoir mettre celles de ces lettres qui ont quelqu’importance dans des feuilles séparées sur lesquelles vous trouverez un rapport ou une analyse.

(1). Alors ministre plénipotentiaire en Bavière.



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XLIX



14 brumaire an XII (6 novembre 1803).

Général,

J’ai l’honneur de vous envoyer deux lettres que je viens de recevoir de Naples. La première marche des révélations que le général Lechi devait faire se trouve intervertie par un incident imprévu. Le développement de cette conspiration paraît devoir se faire à Milan (1) ; s’il y a à Naples quelque conférence, nous en serons instruits par un courrier. – Il me paraît que votre correspondance avec Milan doit jeter du jour sur cette affaire.

(1). Il s’agissait de mettre un fils du roi de Naples sur le trône de Milan.



Voir la lettre




L



brumaire an XII (7 novembre 1803).

Général,

La correspondance de ce jour vous présentera peu de choses importantes.

Le citoyen Massias rend compte d’une conversation d’une heure qu’il a eue avec le roi de Suède et qui a roulé de la part du roi sur la difficulté de la descente en Angleterre. Le citoyen Massias ajoute que le roi de Suède paraît disposé à se rendre à Vienne : l’objet principal de ce voyage serait de s’aboucher avec l’archiduc Charles.

Le citoyen Reinhard rend compte d’une conversation qu’il a eue avec M. d’Archenholtz qui s’est montré assez disposé à faire tout ce qui lui serait demandé par la France. Il rend compte en même temps d’un ouvrage sur l’occupation du pays de Hanovre par M. de Baleps ; j’en ferai faire un extrait qui pourra être mis dans les petits journaux.

Le citoyen Sémonville (1) mande que M. de Bichveld est rendu à la Haye à la première nouvelle de sa nomination comme membre du gouvernement : on ne sait pas encore s’il acceptera.

La société d’agriculture de Paris demande l’autorisation d’envoyer à M. Arthur Young (le fameux agriculteur) une charrue du département de la Somme, qu’il désire beaucoup.

Un courrier extraordinaire m’apporte quatre lettres du général Ney que j’ai l’honneur de vous adresser.

Celle n° 1 renfermait le traité d’alliance, les capitulations et les preuves que l’un et l’autre ont été ratifiés par la République helvétique. J’ai écrit au secrétaire d’Etat pour lui demander une expédition de ratification qui puisse ensuite être présentée à votre signature.

Dans le n° 2 le général Ney vous transmet une demande du landamman pour obtenir la remise des drapeaux suisses, afin qu’il ne reste plus de trace en France de la guerre qui a divisé les deux pays.

Les deux autres lettres ont pour objet des demandes particulières : l’une pour obtenir que M. Maillardos (2) ait l’honneur de vous présenter les deux traités de la Suisse (ce qui est contre l’usage), l’autre pour demander que le citoyen Rouyer soit nommé secrétaire de légation en Helvétie, et le citoyen Gandolphe chargé d’affaires en Valais.

M. de Gallo (3) m’informe qu’il a fait partir par un courrier mes notes relatives à l’armement de la Calabre.

Une lettre de la Corogne, ci-jointe, apprend la violation du territoire espagnol par les Anglais. Un vaisseau batave se rendait de la Corogne au Ferrol et a été forcé de s’échouer sur les rochers de la côte pour échapper aux poursuites d’un vaisseau anglais. Le roi d’Espagne a donné un ordre qui enjoint à tous les chefs militaires, particulièrement dans les ports où il se trouve des vaisseaux français, d’employer la force pour assurer l’immunité du territoire. On a ordonné des armements et des constructions au Ferrol.

Les ratifications de l’Espagne arrivent aujourd’hui : l’ambassadeur est toujours fort mal. Le commissaire de Lisbonne réclame, pour l’intérêt du commerce de France, la liberté du transit par l’Espagne des marchandises françaises expédiées pour le Portugal. Cette demande devient nulle depuis la dernière convention dont elle fait un article.

(1). Il représentait la France à La Haye depuis l’arrivée de Bonaparte au pouvoir.

(2). Commissaire extraordinaire de la république helvétique à Paris.

(3). Ambassadeur de Naples.



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LI



16 brumaire an XII (8 novembre 1803).

Général,

Je dois avoir l’honneur de vous rendre compte d’une conversation que j’ai eue hier avec M. de Lucchesini.

Il paraît que M. d’Haugwitz (1), dans ses dernières conférences avec le citoyen La Forest, s’était attendu à recevoir quelques ouvertures formelles de sa part, et qu’il a chargé M. de Lucchesini de témoigner quelque étonnement de ce qu’on ne s’est pas expliqué davantage. M. de Lucchesini, en parlant du silence que l’empereur de Russie avait gardé jusqu’à ce jour, a eu l’air d’avouer que S.M. prussienne avait pris son parti à cet égard ; qu’elle ne doutait plus que cette réponse ne fût absolument déclinatoire et qu’il lui suffisait d’avoir bien constaté ses dispositions, de manière que l’empereur de Russie ayant été le maître de s’y associer ne puisse plus trouver étrange que la Prusse suive isolément ses intérêts ; d’où M. Lucchesini a tiré cette conclusion, que les dispositions du Premier Consul étant aussi sincères que celles du roi, il ne restait qu’à se dire amicalement de part et d’autre comment on remplira l’objet commun.

Voyant que j’évitais d’entrer, à cet égard, en quelques explications, M. de Lucchesini a été plus loin et m’a dit qu’il y avait déjà deux points sur lesquels on paraissait d’accord ; savoir : que le roi garantît à la France qu’elle ne serait attaquée par aucune puissance continentale pendant le cours de cette guerre ; et que la France, de son côté, s’abstint de toute entreprise qui serait contraire aux intérêts de la Prusse.

Il n’y avait point encore eu de provocation aussi directe de la part de Berlin ; et vous jugerez sans doute à propos, Général, de me donner vos ordres sur ce que je dois répondre relativement à ces ouvertures.

Je joins ici, Général, une lettre de Pétersbourg qui ne donne aucune nouvelle et qui confirme seulement la mauvaise humeur du chancelier et les soins qu’il se donne pour faire passer cette dignité à son frère (2).

M. d’Azara a reçu les ratifications de sa cour. Nous avons fait ce matin l’échange des actes respectifs : ainsi, voilà une importante affaire terminée. Je ne sais point quelle combinaison aura pu faire la cour d’Espagne pour la réalisation des clauses du traité. On n’en dit pas un mot dans la lettre à M. d’Azara. Cet objet ne peut manquer d’être tiré au clair d’ici à peu de jours.

Vous trouverez ici une lettre du général Lannes. Il est extrêmement bien traité par le prince. Il l’a préservé des instigations de l’Espagne et de l’Angleterre ; il a obtenu le renvoi de tous les ministres, y compris M. de Souza, ministre de Portugal à Paris, qui est remplacé par le comte de Garqui, dont le général a bonne opinion. Ce pauvre M. de Souza sera bien étonné dans son pays, quand on lui dira qu’il est du parti anglais, attendu que depuis vingt ans M. d’Araujo (3) et lui sont les seuls Portugais dans les affaires qui passent pour Français.

Les nouvelles de Paris sont le mariage de Mme la princesse Borghèse (4) qui a donné lieu à une grande réunion à Morfontaine. La princesse part jeudi pour Rome avec son mari.

Le ministre de Suède auprès de vous, M. d’Erensword, est de retour depuis hier.

Azara tombe chaque jour d’une manière sensible.

(1). Premier ministre de Prusse.

(2). Woronsov, l’ambassadeur en Angleterre.

(3). Représentant du Portugal à Paris sous le Directoire.

(4). Marie-Pauline Bonaparte, sœur cadette du Premier Consul.



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LII



19 brumaire an XII (11 novembre 1803).

Général,

M. le ministre de Suède, à peine revenu à Paris, vient de me passer un office que j’ai l’honneur vous envoyer et que vous serez étonné de lire.

Je ne sais pas d’où S.M. le roi de Suède a pu imaginer que le gouvernement demandait de l’argent au duc de Mecklembourg. Quelle impatience et quelle maladresse de juger qu’un pareil bruit puisse être l’occasion d’une note. Il y a bien peu d’habileté dans la manière dont S.M. suédoise se jette de temps en temps dans les affaires de l’Europe.

Je joins ici un bulletin de Ratisbonne du 10 brumaire qui est assez insignifiant. Dans le moment, je reçois une lettre de Berlin du 9 brumaire ; elle est totalement en chiffres, et je ne pourrai vous la faire parvenir que demain.

J’ai écrit à vos ambassadeurs à Rome et à Naples, en exécution des ordres que vous m’avez fait l’honneur de me donner dans votre lettre du 16. J’ai également adressé une note à l’ambassadeur ottoman pour appeler toute l’attention de sa cour sur les projets probables et sur les intrigues actuelles de l’Angleterre à l’égard de l’Egypte.

Le général Beurnonville m’adresse deux lettres, l’une sur les progrès de la maladie contagieuse de Malaga, je l’ai communiquée au ministre de l’intérieur ; l’autre sur la convention, et sur le zèle qu’il mettra à en surveiller l’exécution.

Je vous prie de me faire connaître vos intentions sur la demande que vous font les Suisses des drapeaux de leur nation qui sont exposés aux Invalides ; je suis pressé par M. de Maillardos pour lui faire une réponse sur cet objet.

Vous ne m’avez point donné d’ordre sur le présent de M. d’Azara, qui l’occupe.

En m’autorisant à faire provisoirement mes dépenses, votre intention a-t-elle été, comme je le désire, que je puisse suivre les fixations portées au budget que vous avez adoptées l’année dernière et qui sont exécutées depuis un an, et dans l’année présente depuis deux mois ?

Cette décision est indispensable, et pour le trésor public et pour moi, puisque, déjà, nous sommes en contradiction avec vos arrêtés spéciaux, et que les formes établies par vous pour le service nous arrêtent pour la délivrance des ordonnances, de mon côté, et pour leur payement de la part de la trésorerie ; il y a à cet égard des objets en souffrance.

Je crois devoir vous informer qu’il vient à Paris des lettres des chirurgiens de l’armée contenant des détails d’opérations sur des blessés. Ces détails sont exagérés par le simple motif d’amour-propre qui fait faire ces sortes de descriptions ; elles sont ensuite colportées et propagées par la malveillance ; j’ai vu moi-même de ces lettres.



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LIII



20 brumaire an XII (12 novembre 1803).

Général,

J’ai l’honneur de vous envoyer :

1° Le Journal des Ports du 21 octobre ;

2° Une dépêche du citoyen La Forest, d’où il résulte que M. d’Augwitz est tout à fait revenu des impressions qui avaient éveillé sa susceptibilité, et qu’il insiste sur ce que le moment actuel est favorable pour une alliance étroite entre la France et la Prusse : la dépêche entière mérite votre attention. Je dois ajouter que j’ai beaucoup causé avec M. de Lucchesini sur cette matière, qu’il n’est pas sorti des généralités, qu’il m’a dit n’avoir point de pouvoirs ni d’instructions spéciales, mais qu’il m’a annoncé en attendre ;

3° Une lettre du citoyen Otto, qui se voit recherché par le ministre de l’empereur, négligé par celui de Russie, et qui à peine a rencontré celui d’Angleterre ;

4° Une lettre du citoyen Hirsinger, qui rend compte du rapport qu’un M. Lemmé, négociant de Francfort et revenant d’Angleterre où il a passé huit mois, lui a fait sur les dispositions de ce pays ; cette lettre est intéressante ;

5° Une lettre de Raguse et quatre lettres de Corfou. Le commissaire français à Raguse rend compte de la discussion qui a eu lieu entre le Sénat et l’agent de Russie, relativement aux ordres donnés à celui-ci par sa cour, de traiter et protéger comme sujet russe tout navigateur ou habitant de la république ionienne. Le Sénat ne veut le reconnaître comme étant au service de cette république qu’autant qu’il en aura obtenu des lettres patentes ou de créance.

Des quatre dépêches de Corfou, la première, timbrée politique n° 4, renferme des détails très circonstanciés sur un barbaresque passé au service des Anglais en Egypte : cet émissaire se trouve en ce moment à Patras, d’où il doit se rendre à Malte. Le commissaire général Romieu a pris toutes les mesures qui dépendaient de lui pour le faire arrêter dans la traversée. Cette lettre renferme aussi des nouvelles du continent de Morée. Il paraît que c’est en Albanie que les Anglais de Malte doivent venir s’approvisionner de viande et de bois de chauffage. Le capitan pacha est arrivé à Corfou avec une escadre de neuf bâtiments.

Je joins ici un exemplaire du règlement de la république des Sept-Isles, touchant la navigation de ses bâtiments.



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LIV



21 brumaire an XII (13 novembre 1803).

Général,

J’ai reçu par la voie ordinaire une lettre chiffrée du général Brune. J’ai l’honneur de vous la transmettre ; elle est relative à une des entrevues de votre ambassadeur avec le reïs effendi. Les inquiétudes de la Porte à l’égard de nos vues prétendues sur la Morée ont été l’objet principal de cette entrevue. Et ensuite le désir qu’a le gouvernement turc de nous faire accéder à un changement de tarif de douanes sur l’entrée de nos marchandises. Le général Brune a reçu de plus sur ce point un office qu’il me transmet.

Je dois avoir l’honneur de vous rappeler à cet égard que j’ai soumis ce point d’intérêt commercial à l’examen du commerce de Marseille et du conseil de commerce qui est à Paris. J’attends leur réponse, qui ne peut être favorable aux vues du ministère ottoman.

Une autre lettre du général brune contient quelques détails sans importance des commissariats.

Le général Clarke (1) m’envoye sa correspondance avec le commissaire général de Livourne. Cet agent dénonce la conduite du général Olivier (2) à l’égard des neutres, dont il assure que les bâtiments de commerce sont arrêtés, détenus et ensuite irrégulièrement relâchés au prix d’une rançon arbitraire. Le général Clarke a recueilli auprès de M. Mozzi des renseignements qui confirment les déclarations du commissaire de Livourne.

J’ai dans le temps écrit par vos ordres des lettres sévères à votre chargé d’affaires à Lucques sur des accusations qui vous avaient été adressées contre lui, relativement à des demandes pécuniaires faites par lui au gouvernement du pays, et à une invitation de lui de faire rentrer les émigrés. Dans la lettre de cet agent, il dénie positivement le fait des demandes pécuniaires et envoye un certificat probant à l’appui de sa dénégation, et il fait son apologie à l’égard de l’autre.

Je joins ici une lettre de Cassel sur l’emprunt désiré par le général Mortier.

Le général Lacuée me demande si vous avez approuvé le règlement relatif aux troupes françaises en Batavie. J’ai eu l’honneur de le mettre sous vos yeux ; vous me l’avez renvoyé sans me donner d’ordre. Je le renvoye de nouveau au citoyen Maret, pour qu’il vous le présente de nouveau.

Madame la princesse Borghèse est partie hier matin pour l’Italie.

(1). Alors ministre de France à Florence près du nouveau roi d’Etrurie.

(2). Il commandait une partie des troupes françaises en Italie.



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LV



22 brumaire an XII (14 novembre 1803).

Général,

J’ai reçu une lettre du citoyen Champagny, que je n’ai pas l’honneur de vous adresser parce qu’elle n’a d’autre objet que d’accompagner un mémoire volumineux du député de l’ordre équestre auquel M. de Cobenzl a promis verbalement protection ; mais il a refusé de mettre cet engagement par écrit.

J’ai écrit d’après vos ordres à votre ambassadeur à Rome sur l’arrestation de Vernègues et de la Maisonfort (1). C’est la troisième lettre que j’écris pour le même objet. Cette insistance servira à vaincre la répugnance de la cour de Rome, si elle était disposée à en montrer.

J’ai l’honneur de vous envoyer deux lettres des Etats-Unis. Le citoyen Pichon (2) m’apprend l’arrivée du citoyen Jérôme Bonaparte, et par quelle cause il est obligé d’attendre vos ordres et s’est décidé à ne pas s’embarquer. Le citoyen Pichon m’informe de la réception de la convention faite avec les Etats-Unis relativement à la Louisiane. Ce n’est qu’au 17 octobre qu’on aura pu s’occuper de la ratification : l’échange aura lieu ensuite. Mon opinion est que les nouvelles qui apporteront la fin de toute cette affaire ne seront ici qu’à la fin du mois prochain.

La lecture de réflexions sur la descente que j’ai fait traduire me paraît devoir produire un bon effet dans le Moniteur. J’y ai fait quelques suppressions qui m’ont paru convenables.

J’ai reçu du général Brune une lettre purement faite pour sa comptabilité ; il en résulte que les frais extraordinaires de la légation de Constantinople seront, pendant cette année, de 150.000 francs. L’hôtel de France a exigé des réparations immenses, il était abandonné depuis sept ans. Ce seul objet enlève à lui seul la moitié de ce que, dans le budget, vous avez attribué pour les frais extraordinaires.

J’ai l’honneur de vous adresser une lettre de Cagliari datée du 27 vendémiaire. Le commissaire rend compte de la disposition des esprits en Sardaigne. Le mécontentement contre la cour se manifeste par des placards incendiaires, et la tranquillité publique paraît menacée. Le gouvernement a de la prédilection pour les Anglais ; et le peuple en a pour nous. Le courrier que M. de Markov attend n’est pas encore arrivé.

M. de Lucchesini compte avoir des instructions sous peu de jours ; il montre du mécontentement de la Russie.

(1). Pour la conspiration dont il est question dans la lettre XLIX.

(2). Consul général aux Etats-Unis.



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LVI



23 brumaire an XII (15 novembre 1803).

Général,

J’ai l’honneur de vous envoyer une lettre de Berlin, qui prouve que le moment de l’alliance est arrivé : j’attends vos ordres à cet égard. M. de Lucchesini dit toujours qu’il recevra des instructions et que M. Lombard les lui annonce.

Le général Beurnonville m’écrit qu’il est rentré dans le cours ordinaire de ses communications, et qu’il a reçu l’assurance des meilleures dispositions du ministère à l’égard de l’exécution des clauses de la convention. Je ne puis comprendre que l’ambassadeur d’Espagne n’ait encore reçu aucune instruction sur cet objet ; un ambassadeur qui n’a pas la confiance de son gouvernement est quelquefois bien incommode. M. Azara dit qu’il souffre moins, mais ses jambes sont horriblement enflées, l’enflure était hier à sa main droite ; il ne digère rien, mais sa haine contre son ministère le soutient un peu. Une seconde lettre du général Beurnonville parle du départ prochain du citoyen Belleville, qui revient par congé, et de son remplacement provisoire.

J’ai l’honneur de vous adresser la traduction d’un office du ministre de la reine d’Etrurie, qui vous remercie au nom de sa souveraine du départ de la soixantième demi-brigade, et vous prie de faire diminuer, en proportion, la charge des dépenses que la Toscane fait pour l’entretien des troupes françaises. M. Azara m’a remis cette note.

Le général Ney m’envoye un projet de direction d’aérostat applicable à la marine, il me prie de vous demander vos ordres à ce sujet.

Je joins à l’envoi de ce jour une lettre que je viens de recevoir de Cadix. Les précautions contre la maladie de Malaga occupent les Anglais à Gibraltar, et les Espagnols dans l’Andalousie. On dit que la maladie s’est fort étendue vers l’Est et le Nord. Les troupes de la garnison de Séville ont ordre d’établir, dans cette dernière direction, un cordon semblable à celui qui est déjà établi dans l’Ouest. J’ai communiqué tout ce que j’ai su à cet égard au ministre de l’intérieur. Le commissaire français a attribué les progrès de la maladie à deux Espagnols qui ont été employés au déchargement des navires français la Terracine et le Colibri, aux vices des procédés sanitaires. La mortalité à Malaga variait, par les dernières nouvelles, depuis cinquante jusqu’à soixante-six personnes par jour.

M. de Markov n’a point encore reçu son courrier.

Le jeune prince de Wurtemberg a retardé le moment de son mariage.



LVII



24 brumaire an XII (16 novembre 1803).

Général,

La lettre du citoyen Bignon (1) que j’ai l’honneur de vous envoyer, rend compte de la négociation par rapport à l’emprunt que le général Mortier s’était proposé de faire à Cassel. Les propositions du commissaire Durbach ont été poliment éludées, mais le banquier qui traite au nom des états témoigne quelque espérance de réussite. A cette lettre du citoyen Bignon était jointe une lettre de l’Electeur en réponse à la lettre de récréance du citoyen Rivals : je crois inutile de vous l’envoyer.

Deux lettres de Hambourg en date du 15. L’une annonce qu’après bien des hésitations, l’emprunt demandé par le général Berthier a été consenti ; l’autre cite des lettres de Pétersbourg qui marquent que M. de Markov sera rappelé et ne sera pas remplacé. Vous remarquerez dans cette lettre l’envoi du courrier par le duc de Mecklembourg en Russie, par rapport aux réclamations qu’il a reçues du général Mortier. Je trouve que le général Mortier a poussé cette affaire un peu vivement.

Le président de la chancellerie de Stockholm a communiqué au citoyen Caillard, votre chargé d’affaires, comme à tous les agents diplomatiques résidant à Stockholm, une copie imprimée de la convention commerciale conclue avec l’Angleterre. On affecte dans le pays de se louer de la générosité des Anglais par rapport aux remboursements, et sans doute c’est pour couvrir la honte de la transaction qui a eu lieu.

La dépêche du citoyen Champagny est toute en réflexions. Le comte de Metternich a reçu l’ordre subit de se rendre à Berlin. L’Empereur se décide à tenir cercle tous les dimanches. Le citoyen Champagny se préparait à célébrer le 18 brumaire.

La lettre du citoyen Champagny m’est venue par un courrier de Constantinople qui m’a apporté ce matin des lettres en chiffre ; je ne pourrai les mettre que demain sous vos yeux.

(1). Alors ministre plénipotentiaire à Cassel.



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LVIII



25 brumaire an XII (17 novembre 1803).

Général,

J’ai l’honneur de vous envoyer une lettre du citoyen Sémonville qui annonce que, malgré les efforts indirects qui avaient eu lieu pour détourner M. de Bichveld d’accepter sa nomination au gouvernement d’Etat, il paraît qu’il y viendra siéger. Le citoyen Sémonville craint que cette circonstance et celle du renouvellement des fonds pour les dépenses de l’année prochaine ne jette quelque confusion en Hollande.

Le citoyen Massias mande que le roi de Suède paraît décidé à passer l’hiver en Allemagne. Il se dit informé que le cabinet de Pétersbourg manifeste du mécontentement contre la France, et ne paraît retenu que par l’intervention de la Prusse dans le désir qu’il aurait de prendre des résolutions décisives ; ces informations-là me paraissent venir d’une pauvre source.

J’ai reçu, comme j’ai eu l’honneur de vous le mander hier, des lettres du général Brune, dont je vous transmets le déchiffrement.

Une a pour objet de m’informer de quelques détails des commissariats et des troubles de Morée.

La seconde ne parle que de ses rapports personnels avec quelques ministres étrangers à Constantinople.

La troisième renferme des informations intéressantes sur l’Egypte ; (en marge : c’est la lettre numérotée 6) vous la lirez sûrement avec plaisir. Il paraîtrait par la lettre de votre commissaire général en Egypte qu’il a bien fait de se rendre au Caire ; qu’il est dans une bonne situation à l’égard des Beys ; et que les beys sont disposés à tout, même à tenir l’Egypte sous votre protection et à vous en faire foi et hommage. L’envoi d’un homme intelligent, et sans caractère politique, pourrait être fort utile dans ce moment ci : il parviendrait aisément par la voie de Constantinople.



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LIX



26 brumaire an XII (18 novembre 1803).

Général,

Le colonel Pfeilitzen, qui avait échoué d’abord dans les achats de fusils qu’il projetait, paraît enfin être venu à bout par quelques agents de traiter pour les vieux fusils qui se trouvent dans différents dépôts. Le citoyen La Forest ne pense pas cependant que le gouvernement ratifie ce marché ni en facilite l’exécution. Toutefois, il demande si, dans le cas que le marché paraîtrait devoir être consommé, il devrait réclamer officiellement contre l’exportation.

Les dépêches de France et de Hollande, destinées pour la Russie et passant par Berlin ont été volées au bureau de poste de cette ville. On en a retrouvé diverses parties, mais ouvertes.

M. d’Alopeus s’est exprimé avec assez d’humeur sur la conduite du cabinet de Berlin et sur sa disposition à s’entendre avec le gouvernement français indépendamment du concert de la Russie. Tous les mouvements qui ont lieu dans le Nord me donnent à croire que le moment est venu de traiter sérieusement avec Berlin. Je vous prie, Général, de porter sur cela toute votre attention.

Le citoyen Sémonville a obtenu du gouvernement batave tout ce qu’il a demandé pour le transport des munitions navales arrivées à Embden, et qui seront conduites dans les ports de France par l’intérieur de la Hollande.

J’ai reçu une lettre du Brisgau qui en renferme une de l’archiduc Ferdinand portant notification de la mort du duc de Modène. Je crois inutile de vous l’envoyer, je vous proposerai un projet de réponse.

Le courrier que M. de Markov a envoyé n’est point de retour, mais il lui en est arrivé un qui lui a apporté l’ordre de Saint-André. Le soir même, il est allé montrer cette décoration au théâtre Feydeau, et de là chez Mme de Souza, où il a dit que par les lettres qu’il vient de recevoir il se trouvait autorisé soit à partir, soit à rester, suivant son propre jugement.

J’ai l’honneur de vous adresser deux rapports avec des projets arrêtés pour des objets de service.

Je joins ici deux dépêches datées, l’une de Barcelone, l’autre de Hambourg.

Le commissaire de la république à Barcelone rend compte de l’état de la santé publique en ce port, où il craint que la maladie contagieuse n’ait pénétré. Il lui paraîtrait convenable de soumettre en France à une rigoureuse visite, les bâtiments venant de Barcelone, avant de les admettre à la libre pratique. – La dépêche de Hambourg est accompagnée d’une note sur les dispositions du roi d’Ava, relativement aux Français et aux Anglais. Les détails exprimés dans cette note ont été communiqués au commissaire par un Français qui, après un long séjour aux grandes Indes, a été à son retour fait prisonnier par les Anglais. Tout cela n’est pas d’une grande autorité. Ce que je vois de mieux dans cette dépêche, c’est que la colonie de Batavia est dans le meilleur état et que la guerre des Marathes contre la compagnie anglaise est fort sérieuse et inquiète beaucoup la compagnie. Un capitaine marchand, arrivé depuis trois jours de Londres, me confirme la même chose. Vous verrez dans la dépêche qu’à l’île de France les troupes sont depuis dix-huit mois sans paye et n’ont que de la viande salée.

M. d’Azara se croit mieux, et l’est réellement : il se livre dans ce moment à quelques remèdes d’empirique, les seuls qui, dans ce moment, puissent le relever : vous apprendrez avec plaisir, que ces remèdes lui font en effet une partie du bien qu’il en attend.



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LX



9 nivôse an XII (31 décembre 1803).

Général,

J’ai l’honneur de vous adresser la correspondance de mon département.

D’après ce que mande le citoyen La Forest, on est impatient d’apprendre à Berlin si en effet les mesures de guerre prises par l’Autriche à l’égard de la Bavière sont entièrement révoquées et si toutes choses ont été remises sur le pied de paix.

M. le chevalier de Bray a déclaré dans une note officielle adressée au ministre prussien que l’électeur était prêt à transiger sur tous les points litigieux entre l’Autriche et lui, sous la médiation ou l’arbitrage soit de la France, soit de la Russie, soit de la Prusse, au gré de la cour impériale.

Vous remarquerez, Général, dans les deux dépêches du citoyen Reinhard, que les agents russes, notamment M. Alopeus, affectent de répandre que la guerre continentale est inévitable. Il y verra d’ailleurs que les négociations pour l’emprunt ne sont pas à leur terme, mais qu’elles paraissent devoir y arriver bientôt.

M. de Lezay est arrivé à Saltzbourg. Il rend compte de sa présentation ; le mariage de S.A.E. avec la fille de l’électeur de Saxe, est sur le point d’être conclu.

Par votre lettre du 7 de ce mois, vous me faites l’honneur de me demander quelle est la demande du citoyen Schimmelpenninck relativement au prince d’Orange. Je ne connais que deux objets sur lesquels cette demande puisse porter. L’un est la réclamation que fait le gouvernement batave pour être mis en possession de certains droits pécuniaires qui appartenaient à la maison d’Orange sur des polders situés dans les environs d’Anvers, droits qu’il prétend compris dans la cession générale faite à la république batave de tous les biens immeubles de la maison d’Orange par l’article 19 du traité de la Haye, mais qui ont été contestés, comme n’étant que des prétentions féodales. L’autre objet est la réclamation que fait le prince d’Orange par l’organe de la Prusse vis-à-vis du gouvernement batave, du remboursement des arrérages de rentes et autres sommes dont le payement lui est garanti par la convention du 3 prairial entre la France et la Prusse.

Une lettre du citoyen Alquier m’informe des nouvelles qui sont parvenues à Naples, de Londres, de Vienne, de Pétersbourg, de Paris. Elles concourent à le persuader de l’existence d’une négociation commencée pour la paix. M. Alquier paraît croire que la cour de Naples et même le chevalier Acton (1) ont été intimidés par vos dernières déclarations. Le penchant pour l’Angleterre n’est pas affaibli, mais on craindra de s’y laisser entraîner.

Un corsaire français a été pris par un corsaire anglais sur les côtes de Sicile. – Le citoyen Alquier réclame et attend la restitution et un dédommagement.

(1). Favori de la reine de Naples.



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LXI



12 nivôse an XII (3 janvier 1804).

Général,

J’ai l’honneur de vous adresser les dépêches qui me sont parvenues aujourd’hui.

Vous remarquerez dans celles de Berlin que M. d’Haugwitz prétend avoir ce qu’il appelle de bonnes nouvelles de Russie, c’est-à-dire des nouvelles qui témoignent que les excitations anglaises n’y sont pas aussi puissantes qu’on aurait pu le craindre.

Les dépêches du citoyen Otto font connaître de petites intrigues du ministre de Vienne et de Londres à Munich, pour faire agir le roi de Suède dans le sens qui est propre à chacun d’eux, savoir contre la France de la part de M. Drake, et contre M. de Montgelas (1), ministre de Bavière, de la part de M. de Barl. Le roi de Suède n’a point suivi ces impulsions, et il est à croire que les insinuations dont est chargé le citoyen Otto le trouveront dans de bonnes dispositions.

Le citoyen Cretet étant de retour, je viens de lui transmettre les documents nécessaires à la négociation dont il est chargé touchant l’octroi de navigation du Rhin.

M. Lewingston me prie de vous adresser la note relative à la prise d’une frégate par les habitants de Tripoli : il vous supplie de secourir les Américains dans cette circonstance, par la manifestation d’intérêt et de bons offices auprès du bey.

Je joins ici trois dépêches qui me sont adressées par le citoyen Blanc, commissaire général à Naples, et par le citoyen Rostagny, commissaire à Venise.

Le citoyen Blanc mande que le corsaire le Tigre ayant été pris au mouillage d’Aqua Morta par un corsaire anglais, il a obtenu par l’intervention de l’ambassadeur que ce corsaire et la prise seraient retenus dans le port de Naples, et que l’on est occupé de constater les faits. – Il paraît que, pendant l’absence du citoyen Blanc, le général Saint-Cyr a délivré des lettres de marque pour croiser dans l’Adriatique et qu’il vient d’en délivrer une nouvelle. Le citoyen Blanc demande à cet égard des ordres au ministre de la marine.

La dépêche du citoyen Rostagny est accompagnée d’une lettre adressée au Premier Consul par le cardinal Flangine, patriarche de Venise. Le commissaire Rostagny regrette que le grand juge ait refusé de faire remettre le certificat d’amnistie au citoyen Auvray qui, à raison du mauvais état de sa santé, ne peut en ce moment repasser en France.

Le citoyen Le Roi (2) mande que le convoi anglais arrivé de Malte à Gibraltar le 5 frimaire s’y trouvait encore le 20, retenu par les vents ; que le 16, la frégate anglaise la Méduse, de 38 canons, a conduit à Gibraltar le corsaire français l’Espérance, portant deux canons de 12 et monté de 69 hommes ; que cette prise paraît avoir été faite en violation du territoire espagnol, que la frégate a continué de tirer sur ce petit bâtiment, même à portée de pistolet, quoiqu’il eût amené ses voiles et son pavillon. Des plaintes ont été portées au commandant général du camp de Saint-Roch, qui a sur le champ ordonné des informations. La même frégate a maltraité le corsaire le Sorcier, dont elle a tué le maître d’équipage.

On mande de la Corogne que les travaux de l’arsenal du Ferrol vont très lentement et que la division aux ordres du capitaine Gourdon attend le premier vent favorable pour se rendre à la Corogne, si l’ennemi ne s’y oppose. Les lettres de la Corogne sont du 22 et 25 frimaire.

Le citoyen Viot, dans une lettre de Barcelone, rend compte de l’état de la maladie.

(1). Ministre des affaires étrangères et des finances en Bavière.

(2). Commissaire général des relations commerciales à Cadix.



Voir la lettre




LXII



14 nivôse an XII (5 janvier 1804).

Général,

La dépêche du citoyen Bignon, que j’ai l’honneur de vous transmettre, ne vous offrira absolument rien d’intéressant ; celle du citoyen Sémonville rend compte des mesures à prendre encore pour empêcher l’introduction en hollande des produits de l’industrie anglaise, mesures dont le contre-amiral Verhuell (1) est fort disposé à favoriser l’emploi.

J’ai reçu des lettres des Etats-Unis ; elles sont toutes des duplicata, hors deux du 26 et du 28 brumaire, qui doivent faire compter d’une manière certaine que la prise de possession de la Louisiane n’éprouvera aucun obstacle.

Une lettre du citoyen Viot, de Barcelone, m’annonce qu’il a fait partir pour France, par un bâtiment espagnol qui se rend à Marseille, un Français nommé Sary de Lisle, qui, sur les plaintes de plusieurs négociants français et étrangers, avait été, il y a environ cinq mois, arrêté à Valence : le grand juge est saisi de cette affaire.

Les Américains réunis en comités ont, sous la direction de M. Lewingston, invité tous les ministres et les amis de l’Amérique à un grand dîner qu’ils donnent aujourd’hui en félicitation des derniers traités entre la France et les Etats-Unis : je vais m’y rendre.

Le comte de Cobenzl a donné une grande fête hier à toutes les danseuses et joueuses de Paris.

(1). Commandant en chef de la flotte hollandaise.



LXIII (1)



18 nivôse an XII (9 janvier 1804).

Général,

J’ai l’honneur de vous adresser ma correspondance. J’ai l’extrême regret d’être retenu chez moi et de ne pouvoir vous la porter moi-même.

M. le cardinal Fesch m’envoye le premier relevé qui a été fait des papiers de Vernègues (2). Il n’avait pu encore recevoir les dernières lettres dans lesquelles je lui recommande d’insister sur l’extradition de ce prévenu.

M. le cardinal Légat m’envoye une lettre du Saint-Père en réponse à la recommandation qui a été adressée à La Sainteté en faveur de l’ancien évêque de Châlons.

Le général Beurnonville me rend compte d’un office de M. de Cevallos à M. Pinkney, relativement à la Louisiane. M. de Cevallos y autorise positivement la conduite du ministre d’Espagne aux Etats-Unis. Depuis que j’ai reçu la lettre de votre ambassadeur, j’ai appris de M. d’Hervas que son ministère donnerait toute satisfaction sur ce sujet.

Le citoyen Alquier me fait part d’une conversation qu’il a eue avec la reine de Naples et dans laquelle cette princesse lui révèle des projets et des nouvelles qui n’ont pas un grand caractère de probabilité.

Votre chargé d’affaires en Suisse me fait passer une réclamation sur un jeune Suisse, qui a été compris dans la dernière conscription. Cette demande est en même temps l’objet d’une note de M. Maillardos, que j’ai jointe à la dépêche du chargé d’affaires. Votre décision sur ce point servira de règle pour tous les cas de même nature qui se présenteront souvent.

Le rapport que j’ai l’honneur de vous adresser sur la Ligurie a trait à deux lettres du citoyen Salicetti, que le ministre de la marine a eu l’honneur de vous soumettre. Le citoyen Salicetti y dénonce des obstacles dont il ne m’a jamais entretenu. Je vous demande vos ordres à cet égard.

Le citoyen Champagny, dans quatre dépêches successives, me fait part des ordres donnés pour l’établissement de quelques places fortes dans le Tyrol, et de la réclamation du comte de Metternich, pour la levée du séquestre existant sur les biens qu’il possédait à la rive gauche du Rhin, et qu’il veut déléguer à un de ses fils. Il me communique de plus les nouvelles de Vienne, touchant les négociations avec la Bavière. Je crois devoir joindre à ces dépêches une lettre du marquis de Manfredini qui m’a été communiquée par M. le comte de Cobenzl.

De Hambourg, le citoyen Reinhard m’annonce la signature de la convention relative à l’emprunt de trois millions, fait par la ville de Hambourg aux états de Hanovre.

Les lettres de Francfort, de Carlsruhe, de Cassel, de Stuttgard et de Copenhague, que je joins ici, ne sont pas d’un grand intérêt ; mais j’ai toujours cru devoir vous les adresser, ne pouvant avoir l’honneur de vous en entretenir.

Nous attendons toujours les réponses de Berlin, où les fêtes du mariage du prince Guillaume paraissent retarder un peu l’expédition des affaires : M. de Lucchesini croit que nous n’aurons quelque chose de décisif qu’à la fin de la semaine.

Le courrier de ce jour vient de m’apporter une lettre de La Haye et un mot du général Hédouville, que je joins pareillement à cette lettre.

(1). Cette lettre est de la main d’un secrétaire et seulement signée de Talleyrand.

(2). Agent du comte de Provence à Rome.



LXIV



26 nivôse an XII (17 janvier 1804).

Général,

On me donne la confiance que c’est aujourd’hui le dernier jour de mon travail où je serai privé du bonheur de vous le présenter moi-même. Cet espoir va hâter et assurer mon rétablissement.

J’ai l’honneur de vous adresser ma correspondance avec un précis de ce qu’elle contient.

J’ai besoin d’un ordre pour l’échange du ministre de la guerre. – M. Schimmelpenninck demande 50.000 francs. Par qui ordonnez-vous qu’ils soient payés ? Cette affaire est urgente.

NOTE SUR MON TRAVAIL DE CE JOUR (1).

Votre ambassadeur à Madrid me rend compte des demandes qu’il fait pour presser l’exécution du traité de subsides, et pour réclamer contre la conduite du ministre d’Espagne, relative à la cession de la Louisiane. Une lettre que je viens de recevoir de M. d’Hervas termine toute discussion touchant cette dernière affaire. L’Espagne accède officiellement à notre traité avec les Etats-Unis.

Le général Beurnonville n’a pu encore obtenir l’extradition de l’ancien évêque de la Rochelle. Dans une lettre particulière, il me fait part des difficultés qui s’opposent à la prompte exécution des engagements de l’Espagne relativement aux subsides.

M. de Lewingston m’apprend que Baring doit arriver en Angleterre à la fin de janvier, et qu’il ne doute pas qu’il ne soit chargé des fonds attendus.

Le général Clarke me fait part d’une nouvelle qu’il a recueillie à Florence, et qui ne mérite attention que par sa singularité.

Les lettres du général Brune ne contiennent que les détails ordinaires d’intrigues des légations étrangères auprès d’une cour impuissante. L’ambassadeur d’Angleterre est parti de Constantinople ; le ministre de Russie n’a pas encore fait connaître sa politique personnelle ; mais une nouvelle importante et vraiment fâcheuse est celle de la mort du capitan pacha. La Porte a perdu un homme à caractère, et vous, un admirateur passionné.

M. le cardinal Fesch m’adresse les paquets de Vernègues, désignés dans la liste que j’ai eu l’honneur de vous envoyer à mon dernier travail. Elles font partie de mon envoi d’aujourd’hui.

J’y joins en même temps les lettres de récréance de M. d’Azara. J’ai tout lieu de craindre que nous n’ayons aujourd’hui même à nous affliger de sa mort. Il est à toute extrémité.

Voici quelques détails que vous désirez sur M. Argyrople :

Cet homme est Grec. Il était chargé d’affaires de la Porte ottomane près la cour de Londres. Au mois de frimaire dernier, il vint à Bruxelles, se rendant en Turquie, et il paraissait dans l’intention de passer par Paris.

Le préfet de la Dyle, en m’informant de cette circonstance, crut devoir également me donner avis que M. d’Argyrople avait cherché à établir à Bruxelles un point de correspondance avec l’Angleterre, qu’il avait fait faire à ce sujet par son secrétaire Wood (né à Constantinople, mais qu’on croyait Anglais d’origine) différentes ouvertures à quelques personnes de Bruxelles, et que, sur leur refus, il avait été convenu qu’il se servirait de la maison de James Smiths, à Rotterdam. Je communiquai dans le temps ces notions au grand juge. De plus, j’en instruisis le citoyen Sémonville, pour qu’il portât sa surveillance sur la maison désignée, de Rotterdam. C’est à quoi répond sa lettre du 29 nivôse, que je crois utile de placer sous vos yeux, en ayant d’ailleurs l’honneur de vous informer que, d’après les nouveaux avis qui me sont venus de Bruxelles, il paraît certain que M. Argyrople a renoncé au projet de passer par Paris, et qu’il a pris directement la route de Vienne.

Vous avez décidé, Général, que les frais d’ameublement de l’ambassadeur batave à l’hôtel de Castries, qu’il va occuper, seraient supportés par mon département. Il reste à déterminer quelle sera la quotité de la somme allouée. M. Schimmelpenninck demande 50.000 francs.

Je joins ici une lettre du citoyen La Forest, qui rend compte des premières impressions que le courrier du marquis de Lucchesini, du 8 nivôse, produisit à Berlin. Les fêtes pour le mariage du prince Guillaume suspendent le travail du cabinet. M. d’Haugwitz et M. Lombard s’applaudissent d’un retard qui leur permettra de se concerter entr’eux et qui laissera au roi le temps de se familiariser avec les questions qu’il faudra traiter et d’entendre les bons conseils qu’on lui fera porter.

Vous trouverez également ci-joint deux lettres du citoyen Reinhard. Le citoyen Dubois-Thainville mande que le nouvel agent américain vient d’arriver sur la frégate la Constitution ; qu’un autre bâtiment a paru, quelques jours après, avec les présents biennaux, et que le gouvernement paraît redouter beaucoup la régence d’Alger. Les corsaires sont rentrés avec cent quatre esclaves faits sur les côtes de la Pouille. L’amiral et tous les reïs qui commandaient dans cette course, ont été destitués. Un citoyen du département des Vosges a écrit au citoyen Dubois-Thainville, pour obtenir des renseignements sur les esclaves français, dont il offre de payer la rançon.

Le citoyen La Chevardière envoye copie de la note qu’il a remise aux magistrats d’Embden, qui l’ont fait passer à la Régence établie à Aurich. Il s’occupe de recueillir tous les renseignements propres à faciliter les moyens d’intercepter les marchandises anglaises, et propose des mesures qu’il juge convenables à empêcher qu’elles ne pénètrent en Batavie.

La dépêche de Cadix renferme sur les mouvements maritimes de cette baie quelques détails peu intéressants.

Le citoyen Rostagny, commissaire à Venise, donne, dans une dépêche également ci-jointe, l’état sommaire des troupes stationnées dans la partie de l’Italie et du Frioul, qui appartient à la République de Venise.

Je joins également une lettre du général Hédouville, qui renferme l’ukase relatif à la levée de deux hommes sur cinq cents, ce qui augmentera l’armée de trente-cinq à quarante mille hommes.

(1). Cette note annexée à la lettre du 26 nivôse, est de la main du secrétaire de Talleyrand. C’est le précis dont le ministre parle dans sa lettre.



LXV



7 pluviôse an XII (28 janvier 1804).

Général,

Votre nom, que ce pauvre d’Azara répétait à chaque instant en le plaçant parmi les expressions de la vive reconnaissance dont son cœur était pénétré pour vous, a été une des dernières paroles qu’il ait prononcées.

C’est à vous qu’il a dû le calme de ses derniers moments.

Quelques jours avant sa mort, il m’a fait remettre 60.000 francs que je dois placer sur la tête d’une enfant qu’il appelait sa filleule et qui, dans la vérité, a un titre plus sacré à l’intérêt qu’il lui portait. Le surplus de ce que vous lui avez donné a été employé en legs aux personnes qui le servaient.

Il vous était entièrement dévoué, et sa perte vous causera des regrets, mais, je le répète, ne nuira en rien à vos affaires.



Voir la lettre




LXVI



5 thermidor an XII (24 juillet 1804).

Sire,

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de V.M. la correspondance de mon département.

Les lettres de Pétersbourg, de Vienne, de Prusse et de Ratisbonne, sur la note de la cour de Russie, s’accordent à en présenter la discussion comme finie. Une nouvelle démarche dilatoire de la cour de Vienne est sans doute un tort de faiblesse à l’égard de la France, puisqu’elle est une preuve de plus de condescendance à l’égard de la Russie ; mais, comme ce n’est qu’une simple forme, qu’elle ne peut avoir aucune suite et qu’elle-même le désire, il me semble qu’on peut regarder cette affaire comme totalement morte.

La lettre du ministre de V.M. à Berlin donne des informations indirectes sur les dispositions de Londres et de Pétersbourg.

Une lettre du général Beurnonville ne fait mention que de l’altercation du prince de la Paix avec M. Freyre. Leur correspondance paraît aujourd’hui dans tous les journaux de Londres, et ne distraira sûrement pas les Anglais de la profonde impression que leur fera la présence de V.M. au milieu des acclamations de toutes les armées françaises.

Les lettres commerciales donnent des renseignements de peu d’importance.

Le mauvais temps, l’état des routes, une course pénible et désagréable ont fait que je ne suis arrivé ici que dimanche 3, dans la journée. Je désire vivement avoir des nouvelles du voyage de V.M. ; c’est la seule chose qui puisse adoucir l’ennui d’une vie toute occupée de soins purement personnels.

J’ai l’honneur d’être avec le profond respect, de V.M. le très humble et très obéissant serviteur et sujet,

Ch. Mau. TALLEYRAND.



LXVII



Bourbon-l’Archambault, 6 thermidor an XII (25 juillet 1804).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. Impériale la correspondance de mon département : les lettres de Vienne, de Constantinople, de Ratisbonne, arrêteront un moment son attention. La note de M. d’Oubril (1) est la seule pièce qui me paraisse devoir la fixer.

Les dispositions que la cour de Russie manifeste ne sont proportionnées ni avec les motifs qu’elle expose, ni avec l’objet qu’elle semble se proposer. Quel rapport y a-t-il entre les griefs qu’elle allègue et l’irritation qu’elle montre ? Comment le fait qui est la base de ce grief et qui est arrivé sur le territoire d’un petit prince voisin de la France (2), pourrait-il conduire une grande puissance et celle qui est la plus distante de nous à une brouillerie d’éclat et à la cessation de toute relation diplomatique avec la France : et ensuite, à quoi tiendrait cette rupture ? La note de la cour de Russie est une boutade inspirée par une ambition que la puissance de V.M. aigrit, et par un orgueil que votre prépondérance humilie. V.M. jugera sans doute que ce serait donner trop d’importance à une aigreur aussi peu motivée et aussi peu sensément justifiée, si elle m’ordonnait de répondre, sans intervalle, à la note irréfléchie et mal rédigée du chargé d’affaires de Russie (3).

D’abord, l’issue désagréable pour la cour de Russie de son intervention près de la diète de Ratisbonne, l’impression d’embarras et de crainte, bien plus que de reconnaissance, qu’elle a inspiré en Allemagne, où la garantie de la Russie est appréciée ce qu’elle vaut, et le désir qu’on a de s’en débarrasser sans éclat et sans retour, sont la meilleure réponse à cette ostentation d’intérêt que la Russie veut prendre à des Etats qui ne lui demandent que son oubli et qui se trouveraient mieux de son indifférence que de l’offre de sa protection. Il en est en Allemagne comme en Italie. M. de Gallo disait une fois à M. d’Oubril : « Je voudrais que la Russie nous protégeât moins. » Le roi de Sardaigne et les princes de l’Empire peuvent le dire à plus juste titre encore ; ils n’en sont pas à sentir les inconvénients de cette prodigalité de protection. V.M. pensera sûrement qu’il vaut mieux seconder ces dispositions par de la lenteur, des délais et du dédain, que de donner de la consistance aux prétentions de la Russie, en se présentant au débat qu’elle veut engager. Le temps ne fait rien à une querelle de cette nature ; et la lenteur est utile à l’égard des affaires d’Allemagne, de la discussion actuelle sur les lettres de créance, et à l’égard des intérêts du département de la marine. L’absence de V.M. expliquera suffisamment toute espèce de retard.

Je prie V.M. de vouloir bien me donner ses ordres relativement aux difficultés qu’éprouve le maréchal Brune : ces difficultés ne me paraissent pas d’une grande gravité ; la seule chose qui importe, est d’être assuré officiellement que les lettres de créance du Grand Seigneur seront envoyées en France quand celles de V.M. seront présentées à la Porte, et c’est à quoi j’ai pourvu par des instructions antérieures. Quant aux qualificatifs, je prie V.M. de me donner ses ordres : je lui observe que, dans le protocole de l’ancienne monarchie, le titre de Padischah était regardé comme la traduction de celui d’empereur, et qu’il semble aussi peu nécessaire de désirer que ce dernier mot soit écrit dans des lettres turques, qu’il le serait de vouloir que celui de Padischah fut dans des lettres de créance françaises (4).

Je supplie V.M. de recevoir l’assurance du profond respect avec lequel je suis, etc.

(1). Chargé d’affaires de Russie à Paris.

(2). L’arrestation du duc d’Enghien sur le territoire Badois.

(3). La réponse, assez dédaigneuse, se trouve dans la Corresp. de Napoléon, IX. 438.

(4).Voir la pièce CLV, et aussi la note de Napoléon à Talleyrand, du 12 thermidor an XII (Corresp. IX, 440).



LXVIII



8 thermidor an XII (27 juillet 1804).

Sire,

V.M. m’a permis, les précédentes années et dans le cours de toutes ses absences, de lui écrire d’une manière particulière : je lui demande la continuation de la même faveur : je l’ambitionne, parce qu’elle est pour moi un plaisir et un besoin de sentiment.

Depuis que je suis ici, mon unique curiosité d’une manière indubitable qu’elle est tout entière à l’établissement de votre empire : les clabauderies des oisifs de Paris n’ont pas passé les barrières. Dans une ville d’eaux minérales où l’on retrouve des témoins de l’opinion de tous les pays, on peut constater ce que l’on pense dans un rayon de deux cents lieues ; et je vous atteste que toutes les voix vous bénissent, et que tous les vœux se portent vers vous.

J’ose croire que V.M. apprendra avec quelque intérêt que je m’aperçois déjà du bienfait accoutumé des eaux : j’espère que dans quinze jours mon traitement sera fini : je le consoliderai en passant, comme vous avez eu la bonté de me le permettre, quelques jours à Valençay, d’où j’espère partir plus capable de me donner tout entier au service de V.M.



LXIX



Bourbon-l’Archambault, 8 thermidor an XII (27 juillet 1804).

Sire,

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de V.M. la correspondance que m’apportent les derniers courriers. Elle est à peu près nulle d’informations et d’intérêt. J’y joins une lettre que M. Gravina (1) vient de m’expédier par un courrier extraordinaire. Les inquiétudes qu’il m’exprime et les alarmes de sa cour font connaître toute la faiblesse de cette puissance, que le moindre danger intimide. J’ai fait à M. de Gravina une réponse générale, hypothétique, et pourtant aussi satisfaisante que ma position éloignée de votre personne pouvait me le permettre. Cette affaire avait déjà été discutée à Madrid et en Amérique avec les légations de V.M. : j’ai écrit à M. de Gravina dans le sens des explications précédemment données. On ne peut douter que les Etats-Unis ne désirent ardemment d’avoir une des deux Florides, ou tout au moins la portion du territoire espagnol qui leur donnerait le cours de la rivière de la Mobile. Il est probable que, connaissant la pusillanimité du cabinet de Madrid, ils auront pensé qu’en faisant du bruit et en suscitant une querelle diplomatique ils parviendront plus aisément à leur but.

V.M. trouvera dans la correspondance une lettre du général Beurnonville, qui m’informe de l’arrivée du général Moreau à Barcelone. Immédiatement après le départ de ce dernier de Paris, j’écrivis au général Beurnonville et au commissaire Le Roy, pour leur faire savoir que l’accueil qui devait être fait au général Moreau ne devait pas passer les bornes de la simple hospitalité, et qu’à son égard on devait se conduire uniquement par ce principe que, sorti de France sous la défaveur d’un jugement légal porté contre lui, il ne devait être l’objet d’aucun des honneurs que précédemment on eut pu lui rendre ; mais que, le général Moreau étant Français, il devait avoir la protection des agents du gouvernement toutes les fois qu’il s’adresserait à eux pour l’obtenir.

Je ne puis comprendre comment le général Beurnonville n’avait pas reçu ma lettre au moment où il écrit la sienne : mes lettres au commissaire Le Roi et à lui ont été portées par le retour d’un courrier du maréchal Lannes.

Je joins à l’envoi que j’ai l’honneur de faire à V.M. un mémoire sur l’état actuel de l’Angleterre. Il a été fait par un homme dont j’ai eu plusieurs fois l’occasion d’éprouver la fidélité et l’intelligence. J’y joins encore une lettre de M. Fox à moi, sur la demande d’un des prisonniers anglais en France auquel il s’intéresse. Je désirerais que M. Fox eût, dans cette circonstance, une nouvelle occasion de se ressentir de l’opinion bienveillante que V.M. a de lui. Je supplie V.M. de m’autoriser à écrire au ministre de la guerre pour que cette permission, qui me paraît sans aucun inconvénient soit donnée.

V.M. n’approuverait-elle pas qu’un accusé de réception pur et simple fut adressé à M. d’Oubril.

Je supplie V.M., etc.

(1). Amiral espagnol. C’est lui qui, plus tard, commandait la flotte espagnole au combat de Trafalgar, où il trouva la mort.



Voir la lettre




LXX



Bourbon-l’Archambault, 10 thermidor an XII (29 juillet 1804).

Sire,

En adressant à V.M. Impériale la correspondance de mon département, je dois l’informer d’abord que peu de moments avant le départ du dernier courrier de Paris, M. de Lucchesini m’a fiat donner par voie indirecte sur M. d’Oubril quelques renseignements dont il est intéressant qu’elle ait connaissance.

Il paraît à M. de Lucchesini que M. d’Oubril est embarrassé de sa position ; qu’il ignorait, il y a peu de temps, si on lui saurait bon ou mauvais gré d’être resté à Paris, et qu’actuellement il « était assuré qu’on prendrait en bonne part tout ce qui pourrait lui servir de prétexte pour prolonger son séjour ; qu’il n’attendait pas une réponse à sa dernière note avant douze jours, que s’il n’en recevait pas, il insisterait pour en avoir une, que s’il en recevait une qui ne fut point totalement négative, il prendrait sur lui de s’en autoriser à attendre, mais qu’il serait obligé d’obéir à sa cour si son office était totalement dédaigné ou suivi d’une réponse qui n’offrit aucune sorte d’explication satisfaisante. M. de Lucchesini, en me faisant parvenir ces renseignements, y a joint sa propre opinion, qui est que quelque fût le degré d’intérêt que le gouvernement voulût et dût prendre à cette espèce de querelle, il lui convenait de louvoyer, de gagner du temps, d’arriver à la fin de l’été avant de faire une réponse positive les Anglais pouvant profiter d’une mortification éprouvée par la cour de Pétersbourg pour la déterminer à une participation de mesures hostiles telles que celles de faire joindre quelques vaisseaux aux escadres anglaises et de jeter quelques régiments russes sur les côtes d’Irlande, espèce de coalition que, selon l’opinion de M. de Lucchesini, son absurdité ne doit pas faire regarder comme impossible, mais que la saison dans deux mois rendrait impraticable. Le commencement réalisé d’une pareille alliance donnerait au ministère anglais le moyen de soutenir l’opinion de son peuple sans faire aucune proposition de paix d’ici à plusieurs mois.

A cet avis, M. de Lucchesini ajoute quelques observations évidemment intéressées et tirées de sa propre position. Il fait porter principalement le mécontentement actuel de l’empereur de Russie sur les affaires d’Hanovre. V.M. trouvera les vues de ce ministre et de son cabinet dans la lettre qu’il vient de m’écrire et que je joins à mon envoi de ce jour.

J’attends sur cet objet des ordres de V.M. Je pense qu’il conviendrait de faire d’abord un accusé de réception à M. d’Oubril, lui exprimer le regret de n’avoir pu mettre son office sous les yeux de V.M. et prendre immédiatement ses ordres, et lui ajouter que l’ayant transmis à V.M. j’attends qu’elle me fasse connaître ses intentions. Je pourrais ajouter quelques réflexions vagues qui ne portant pas sur le fond de la discussion, exprimeraient la confiance que deux cours unies par l’estime et la considération que se portent mutuellement les princes, etc., ne pourront jamais être divisées par des intérêts aussi petits et aussi étrangers aux intérêts des deux états.

M. de Lucchesini m’a fait informer de la retraite de M. d’Haugwitz, qui a décidément donné sa démission : je n’ai sur ce qui l’a motivée aucun renseignement. M. de Hardenberg qui lui succède (1) n’a aucune disposition de contrarier ses vues, mais il n’a ni l’esprit, ni l’habitude, ni le crédit de M. d’Haugwitz.

Je supplie V.M., etc.

(1). Comme ministre des affaires étrangères. Il semble que Talleyrand n’ait eu aucun renseignement précis sur Hardenberg, ce qui peut étonner, ou bien qu’il l’ait jugé avec une grande légèreté.



LXXI



Bourbon-l’Archambault, 10 thermidor an XII (29 juillet 1804).

Sire,

Je viens d’apprendre qu’un département, dont à peine je connais le nom, et où certainement je ne puis être connu que par mon dévouement pour le service de V.M., vient de me nommer candidat au Sénat conservateur. Cette nouvelle est peu digne de l’attention de V.M., mais je suis bien aise d’en prendre occasion de lui dire que cette nomination n’entre et ne peut entrer pour moi dans aucune des vues de l’avenir. Certainement je serai en tout temps satisfait de tout ce qui m’arrivera par une suite de la volonté bienveillante de V.M. ; mais je mets une sorte de jalousie, qu’elle me doit pardonner, à n’avoir en perspective d’autres récompenses que les siennes, à ne servir qu’elle et à ne pas vouloir que son choix s’exprime à mon égard par une simple intervention. V.M. sait, et je me plais à le lui répéter, que lassé, dégoûté de tous les systèmes politiques qui ont fait la passion et le malheur de tous les Français pendant dix ans, ce n’est que par elle et pour elle que je tiens aux institutions qu’elle a fondées. Je ne dois donc et ne peux désirer d’entrer dans aucune, qu’autant que j’y serai placé par V.M. et par elle seule.

Je supplie V.M., etc.



LXXII



Bourbon-l’Archambault, 13 thermidor an XII (1er août 1804).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. la suite de la correspondance. J’attends avec impatience ses ordres sur les quatre précédents envois que j’ai eu l’honneur de lui faire.

Les lettres d’Allemagne sont ce qu’elles doivent être, stériles en faits et vagues en conjectures. L’incartade qui a été faite par la Russie à Ratisbonne peut n’être pas sans utilité. Elle a servi à constater les dispositions des cours d’Allemagne et l’inutilité d’une suggestion même violente de la part de la Russie. Les lenteurs de cette discussion ont extrêmement contribué à rendre palpables ces deux résultats de la paix de Lunéville et de la prépondérance de V.M.

V.M. recevra avec plaisir l’explication que M. de la Forest lui donne de la retraite consentie et momentanée de M. d’Haugwitz. Elle sera sans doute surprise qu’à Berlin et à Vienne on persiste à juger des dispositions de la cour de Russie d’une manière qui s’accorde si peu avec sa dernière démarche auprès de V.M. L’exactitude des informations que M. d’Haugwitz paraît avoir sur tout ce qui a fait l’objet de sa dernière conversation ne permet cependant pas de croire qu’il soit entièrement trompé sur ce point. Il me semble que tout s’explique en recourant à la même cause qui a produit, d’une manière si irréfléchie et si inattendue, la note de Ratisbonne. La cour de Russie prouve deux fois en très peu de temps qu’elle est inconséquente, soudaine et peu sensée dans ses déterminations. La première fois, les lenteurs germaniques ont déconcerté sa pétulance ; la seconde fois, cette même pétulance viendra échouer contre la sagesse de V.M.

Une note de M. Abel et une lettre du commissaire Lagan informent V.M. de ce qui s’est fait relativement à un emprunt demandé à la ville de Brême. J’ai précédemment écrit à M. Reinhard qu’il ne fallait faire à cet égard aucune démarche officielle et qui pût constater une intervention : mais qu’il devait faire d’ailleurs tout ce qui dépendrait de lui, par ses relations particulières, pour le succès de cette mesure utile à l’armée.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. quelques lettres commerciales. Il y en a deux de demandes de congé ; une de renseignements affreux sur Saint-Domingue, que je désire que V.M. ne lise pas. Je joins une lettre particulière qui confirme d’une manière positive ce que les journaux anglais ont dit des dispositions de M. Jérôme Bonaparte, de se rendre en France (1) sur une frégate française.

Le général Beurnonville m’annonce qu’il a reçu la lettre que je lui ai écrite relativement au général Moreau.

Je supplie V.M., etc.

(1). Il était en Amérique.



LXXIII



Bourbon-l’Archambault, 13 thermidor an XII (1er août 1804).

Sire,

Il y a dans ce moment quinze jours que je me suis séparé de V.M. Les deux intervalles du temps et des lieux se font sentir bien désagréablement pour moi ; car je n’ai reçu par personne des nouvelles de V.M.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une lettre d’affaires et une de demandes relatives à la Légion d’honneur. Je dois lui dire que cette belle institution s’agrandit de plus en plus dans l’opinion. L’impression qu’elle fait est toute d’admiration et de passion, de la part de ceux qui peuvent y aspirer. J’ai vu ici tout un régiment désolé du désespoir d’un chef d’escadron estimé, qui n’a pas encore obtenu son admission. Je me permettrai de donner à VM. le conseil de prendre une détermination pour que les décorations puissent être distribuées dans les départements dans le moindre délai possible.

Il m’a semblé encore que l’établissement religieux prospérait et faisait le plus grand bien. Le jubilé, dont j’avais à peine entendu parler, a eu dans les campagnes des effets remarquables. Le grand nombre d’indifférents dans les classes, même supérieures à celles du peuple, ont été appelés au respect de la religion, et par la religion à l’amour de votre personne. Le clergé du département de l’Allier et de l’Indre fait beaucoup de bien.

Je supplie V.M., etc.



LXXIV



Bourbon-l’Archambault, 15 thermidor an XII (3 août 1804).

Sire,

Je viens de recevoir les ordres de V.M. Impériale ; je la supplie de croire à l’empressement que je mettrai à les exécuter.

J’ai prévenu les intentions de V.M. à l’égard de la Suisse. Les instructions que j’ai immédiatement adressées au général Vial, en réponse à la dépêche qui m’informait de la tendance qu’avait la Diète à s’écarter de l’acte de médiation dans la formation des milices, sont précises, pressantes et telles que je ne doutais pas qu’elles ne fussent pleinement conformes aux intentions que V.M. a daigné me faire connaître.

J’ai également prévenu les intentions de V.M. à l’égard du prétendu mariage de M. Jérôme Bonaparte. M. Pichon doit savoir aujourd’hui la conduite que V.M. veut qu’il tienne. J’ai donné, avant de partir de Paris, les mêmes instructions au général Turreau (1). Je lui réitérerai à cet égard les ordres de V.M.

J’écrirai aux ministres de V.M. près des cours d’Allemagne dans le sens de ses ordres à l’égard de la note russe, sur l’inutilité et l’inconvenance de laquelle aucun Etat du continent, de quelque rang qu’il soit, ne s’est mépris.

Je ne laisse ignorer aux ministres de V.M. Rien de ce qui intéresse sa gloire dans les évènements intérieurs de son empire. Ils ont consécutivement et régulièrement appris de moi tout ce qu’elle a fait de grand avant son départ de Paris. Je leur ferai partager mon admiration et la satisfaction que j’éprouve sur les évènements et les incidents de son voyage, dont je n’ai connaissance que dans ce moment, par la lettre que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire et par plusieurs lettres que j’ai reçues en même temps.

V.M. m’ordonne d’informer M. le maréchal Brune qu’il doit insister pour obtenir l’égalité des titres donnés par la Porte à l’empereur d’Allemagne. J’ai lieu de penser que c’est l’égalité des titres donnés à l’empereur de Russie que vous exigez ; c’est-à-dire le titre d’Imperator ajouté à celui de Padischah ; car ce n’est que sur ce point que je n’ai pas eu le bonheur de pressentir l’opinion de V.M., attendu que je lui proposais l’égalité de titre avec l’empereur d’Allemagne : je me conformerai du reste à ses ordres, dans les instructions que j’adresserai à cet égard à M. le maréchal Brune.

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de V.M. la suite de ma correspondance. La dépêche de Vienne qui confirme les dispositions du cabinet autrichien, celle du comte de Beust qui réclame, au nom de l’électeur archichancelier, la nomination d’un ministre de V.M. auprès de ce prince, et celle de M. Reinhard, relativement aux emprunts de l’Etat de Hanovre, sont les seules qui méritent d’arrêter votre attention.

Il est de mon devoir de dire à V.M. à l’égard de l’objet de la dépêche de M. Reinhard que je ne prévois pas sans inquiétude les suites possibles de l’embarras de l’armée de Hanovre et de la recherche difficile des moyens à employer pour pourvoir à ses besoins. La situation de l’Europe est en général telle que V.M. peut le désirer, et chaque jour votre prépondérance s’étend et s’affermit. Cet état de choses est humiliant et irritant pour l’Angleterre ; et sans doute elle ne néglige rien pour faire partager ses sentiments à des cours qui trouvent plus de tranquillité que de gloire à rester dans la position passive où l’ascendant de V.M. les retient. L’existence d’une armée française au cœur de l’Allemagne est en soi une chose imposante et formidable ; mais une augmentation de troupes en disproportion avec le pays qu’elles doivent occuper est une menace. La ressource des emprunts que le besoin indique à tous les généraux est un expédient qui étend le mal et n’y remédie pas.

Je viens d’écrire à M. d’Oubril la lettre que V.M. m’a dictée et, d’après ses ordres, elle lui sera remise par M. Durant qui, à l’égard de ce qu’il doit dire, se conformera strictement aux intentions de V.M. sur cet objet. J’ai reçu quelques nouvelles informations que M. de Lucchesini m’a fait parvenir d’une manière indirecte. Il est de son mouvement, ou à la prière de M. d’Oubril, l’organe médiat de ce dernier, qui paraît de plus en plus désireux d’obtenir une réponse. L’intention de la Russie ne paraît pas être de provoquer l’évacuation du pays d’Hanovre ; et M. de Lucchesini ajoute qu’en modifiant par un principe de modération le nombre de troupes et l’emploi des moyens choisis pour assurer leur subsistance, on satisfera à la fois la cour de Russie et celle de Prusse. Il est évident qu’ici M. d’Oubril (sic)(2) est moins l’intermédiaire de M. d’Oubril que le négociateur de sa cour. Il ajoute que quant à l’Italie, il est aisé de s’entendre, la Russie ayant plus l’ambition de constater en Italie un certain appareil d’influence que d’en jouir réellement et d’en poursuivre les effets. J’ai cru devoir rendre compte à V.M. de ces insinuations, et je reste satisfait qu’elles ne contrarient en rien les derniers ordres qu’elle m’a fait l’honneur de me transmettre, relativement à cette affaire.

M. de Souza vient de recevoir ses lettres de créance.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ambassadeur français aux Etats-Unis.

(2). Talleyrand veut évidemment dire : M. de Lucchesini.



LXXV



Bourbon-l’Archambault, 17 thermidor an XII (5 août 1804).

Sire,

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de V.M. Impériale la suite de ma correspondance. Je dois appeler particulièrement son attention sur une lettre de M. Lagan, relative à la ville de Brême. Lorsque j’avais l’honneur de vous adresser, dans ma dernière lettre, mes observations sur l’inconvénient des emprunts, je ne prévoyais pas de les voir aussitôt dégénérer en sommations absolues. Cette forme ne justifie que trop les craintes que je me permettais d’exprimer à V.M. ; et mon dévouement pour son service me fait une loi de lui en renouveler l’expression. Il me paraît extrêmement probable que l’éclat que vient de faire le général Rivaud (1) nous prépare de fortes querelles.

Les lettres de Pétersbourg renouvellent contre l’empereur de Russie des impressions fâcheuses. Les sentiments que ce prince n’a pas craint de faire éclater à la mort de M. de Subov sont une (sic) indice ou d’une extrême simplicité ou d’une grande hypocrisie. V.M. me permettra de lui rappeler à cette occasion qu’elle n’a point donné d’ordre pour me faire faire le renvoi de la note russe.

Les autres lettres ne renferment que des renseignements insignifiants. Ceux que le général Vial me transmet lui ont été demandés d’après vos ordres.

Je joins ici quelques extraits de papiers anglais, dont la lecture pourra être agréable à V.M.

Je supplie V.M., etc.

(1). Faisait partie de l’armée de Hanovre.



LXXVI



Valençay, 21 thermidor an XII (9 août 1804).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une notice des délibérations les plus importantes de la diète helvétique. V.M. m’ayant, dans le temps, fait connaître que son intention était que l’acte de médiation demeurât constamment la base de tous les actes de la diète, toutes les instructions françaises au général Vial ont été dans ce sens : sa conduite ne s’en est point écartée, et je viens de lui rappeler encore, ainsi que je l’ai fait par une note à M. de Maillardos, que la diète helvétique doit se désister d’un système d’organisation militaire qui n’est d’aucune utilité pour ce pays et dont le seul effet serait de constater des dispositions de défiance à l’égard de la France.

J’exécuterai les ordres de V.M. relativement à la Ligurie ; je pense que M. Salicetti n’étant point à Gênes, on pourrait traiter directement, conformément aux bases que V.M. a pris la peine d’établir elle-même ; alors M. Salicetti traiterait avec M. Ferretti.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. la suite de la correspondance du département ; elle verra à peine que les affaires militaires du Hanovre sont conduites avec une précipitation et des formes qui peuvent faire au dehors des impressions qui peuvent appeler des explications bien longues.

La dépêche de M. La Forest présente une quantité d’inductions et de renseignements qui, étant tirés des conversations même du ministre prussien, feront juger que ce ministre ne pourra que trouver fondées les observations qu’elle m’a chargé de faire à M. de Lucchesini. Les lettres de Vienne et de Ratisbonne n’annoncent aucun changement dans la conduite du gouvernement autrichien. Toujours les mêmes finesses, la même ambiguïté dans les démarches et les paroles. Ce sont autant de motifs qui doivent confirmer de plus en plus V.M. dans toutes les déterminations qu’elle a prises précédemment pour maintenir la dignité et la sûreté de la France, et dont l’honneur ainsi que l’intérêt de son empire lui prescrivent de ne pas se départir.

Je supplie V.M., etc.



LXXVII



Valençay, 22 thermidor an XII (10 août 1804).

Sire,

J’ai reçu les trois lettres en date du 18 et du 19 thermidor que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire.

D’après les ordres que V.M. m’avait précédemment transmis, je m’étais empressé d’informer tous ses ministres dans les diverses cours de l’Europe du langage qu’ils devaient tenir (1) par rapport à la note que la Russie avait fait remettre à la diète et à la conduite de la cour de Vienne en cette occasion. Je viens, par de nouvelles dépêches et suivant les intentions de V.M., de leur faire connaître d’une manière précise les raisons qui paraissent avoir motivé l’inconcevable conduite de la Russie, et comment ils doivent s’exprimer à cet égard ou chercher à exercer leur influence sur la rédaction des journaux qui s’impriment dans le pays où ils résident. Je dois à ce sujet informer V.M. que M. Durant ayant, en exécution des ordres que je lui avais envoyés, remis lui-même à M. d’Oubril la première lettre que V.M. m’avait ordonné de lui écrire, et ayant de plus insinué au chargé d’affaires de Russie que si la note renfermait effectivement aucune (sic) expression qui sentît la menace, l’Empereur s’en trouverait vivement blessé, M. d’Oubril s’est empressé de justifier sa note comme n’étant que l’exécution fidèle des ordres à lui transmis de Pétersbourg, et comme ne renfermant d’ailleurs rien dont il lui parût que le gouvernement français dût être offensé.

Dans le cours de sa conversation, M. d’Oubril a protesté de sa disposition personnelle à employer tous ses efforts pour dissiper les nuages qui interrompent la bonne harmonie entre la France et la Russie. M. d’Oubril, en m’accusant réception de ma première lettre, insiste, comme le verra V.M., pour obtenir une réponse : cette insistance ne me paraît pas exprimée en des termes qui annoncent une décision formée de faire quelque éclat.

Je vais transmettre à M. Bacher (2) toutes les directions d’après lesquelles V.M. désire qu’il agisse et lui tracer la marche qu’il doit suivre. Une note a été remise à M. de Cobenzl sur les acquisitions que vient de consommer l’Autriche sur les frontières de la Suisse et en Souabe. Je ne lui écrirai que dans quelques jours sur la manière dont V.M. a dû envisager les dernières démarches de l’empereur d’Allemagne vis-à-vis de la diète.

Le marquis de Lucchesini a reçu la réponse que V.M. a autorisé à lui faire, et je lui ai particulièrement fait connaître ses intentions par rapport au pays d’Hanovre.

J’ai donné par un courrier, qui porte à Constantinople les derniers ordres de V.M. à M. de Champagny, connaissance du choix de V.M. (3). Les lettres de récréance vont être envoyées à M. Maret pour être expédiées dans la forme ordinaire. Cependant je crois devoir observer à V.M. qu’il paraîtrait plus convenable, dans les circonstances actuelles, et plus conforme d’ailleurs aux usages des Etats qui, désirent conserver toutes les apparences d’une bonne intelligence, que M. de Champagny quittât son poste après une audience particulière de l’empereur, et que ses lettres de récréance ne fussent envoyées qu’au moment où son successeur devrait présenter celles qui l’accréditeraient : je prie V.M. de se rappeler cette observation, lorsque les lettres de récréance de M. de Champagny seront présentées à sa signature.

Le courrier d’aujourd’hui renferme une lettre de l’amiral Gravina, à laquelle se trouve jointe copie d’une note adressée par lord Harrowby à M. d’Anduaga.

Le général Beurnonville sollicite la permission de se rendre à Paris pour quelques moments ; c’est un mariage qu’il veut conclure et qu’il annonce comme d’un grand intérêt pour lui.

Je joins ici des lettres et des bulletins d’Alexandrie.

Je supplie V.M., etc.

(1). D’une manière générale, Napoléon reprochait à Talleyrand de ne pas tenir les agents français au courant de ce qu’ils devaient dire.

(2). Chargé d’affaires à Ratisbonne.

(3). Champagny, alors ambassadeur à Vienne, venait d’être nommé ministre de l’intérieur, par Napoléon.



LXXVIII



Valençay, 26 thermidor an XII (14 août 1804).

Sire,

Je viens de recevoir la lettre en date du 22 de ce mois, que V.M. Impériale m’a fait l’honneur de m’écrire. Je vais m’empresser de rédiger, d’après ses intentions, un projet de note à M. d’Oubril, et il sera porté à V.M. par le prochain courrier. Je suis toujours porté à croire que, dans cette affaire, il n’est pas mauvais de gagner du temps et que M. d’Oubril est personnellement préparé aux délais.

Le portefeuille que j’ai aujourd’hui l’honneur d’adresser à V.M. n’offre pas grand intérêt.

V.M. verra par la lettre de M. Bignon que l’électeur de Cassel aurait le désir de faire une course en France et qu’il paraîtrait facile de le faire venir à Paris pour l’époque du couronnement. V.M. voudra bien me faire connaître ce que je dois répondre à ce sujet à M. Bignon.

Des lettres de Madrid, de Venise, de Salzbourg, de Tarapia (1), renfermées dans le portefeuille de ce jour, ne donnent matière à aucune réflexion : je ne puis que prier V.M. de lire la lettre de M. Lagan. La tournure purement militaire donnée aux propositions qui avaient été faites à la ville de Brême pour un emprunt en faveur des Etats de Hanovre donnera sûrement lieu à des explications qu’il est utile de prévoir.

J’avais prié V.M. de me faire savoir si elle aurait la bonté de permettre au marquis de Twendale d’emporter en Angleterre les restes de sa femme. J’apprends que le marquis vient de mourir. Sa dépouille mortelle a été jointe à celle de sa femme et M. Philips sollicite la permission de porter l’une et l’autre au caveau de leurs ancêtres (2).

Je supplie V.M., etc.

(1). Thérapia.

(2). Depuis la rupture du traité d’Amiens, les Anglais qui résidaient en France y étaient considérés comme prisonniers de guerre. On a raconté que ce Philips, qui jadis avait rendu un grand service à Talleyrand en lui procurant les moyens de se réfugier en Amérique, ayant fait appel à la reconnaissance du ministre, n’en avait pas même reçu de réponse. Peut-être en effet Talleyrand ne voulut-il pas se compromettre, mais il semble, d’après cette lettre, qu’il n’oubliait pas et n’attendait qu’une occasion propice pour servir, à son tour, l’homme qui l’avait obligé. Il est certain que c’est lui qui fit accorder à Philips l’autorisation de quitter la France pour retourner en Angleterre.



LXXIX



Valençay, 29 thermidor an XII (17 août 1804).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. Impériale la suite de la correspondance du département.

Les derniers rapports de Berlin exprimaient quelque sollicitude sur une sorte d’intelligence qui se serait établie entre la cour de Vienne et celle de Pétersbourg, pour agir de concert avec l’Angleterre et contre les intérêts de la France.

Cependant, les lettres de Vienne ne permettent pas de douter que, malgré toutes les lenteurs de cette cour, il n’y ait eu dans ces jours-ci quelque chose d’arrêté entre elle et M. de Champagny, touchant la reconnaissance réciproque des titres impériaux, ce qui ne laisserait pas différer davantage l’envoi des lettres de créance du comte de Cobenzl.

Du côté de la Russie, il faut prévoir autre chose ; et si la nouvelle que V.M. trouvera dans un billet du général Hédouville, est confirmée par les premières dépêches que nous recevrons de Copenhague et de Pétersbourg, ce passage d’une flotte russe dans la mer du Nord coïncidant avec la nouvelle expédition qu’un bulletin de M. Romieu annonce comme devant passer les Dardanelles, il n’y aurait plus moyen de douter que ce double emploi de forces maritimes ne fût la conséquence d’un traité conclu avec l’Angleterre ; et quand le pacte serait encore secret, ses effets devenant publics, il faudrait bien considérer la Russie comme puissance ennemie.

Ce portefeuille est encore rempli de lettres de Brême et de Hambourg, qui traitent des négociations relatives à l’emprunt.

V.M. remarquera une lettre de Stuttgard qui transmet copie de la convention conclue entre l’empereur et l’électeur et par laquelle celui-ci consent à ne recevoir que comme vassal de l’Autriche les domaines ecclésiastiques que le recès de l’Empire lui avait accordés en toute souveraineté.

Le cardinal Fesch a annoncé que par un courrier qui partira le 25, il mandera la décision du Saint-Père relativement à son voyage.

Ce portefeuille est le dernier que j’aurai l’honneur d’adresser à V.M., de Valençay ; je serai à Paris dimanche : j’y attendrai les ordres de V.M. ; je voudrais bien y trouver celui de me rendre auprès d’elle.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




LXXX



Paris, 3 fructidor an XII (21 août 1804).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une nouvelle note de M. d’Oubril qui insiste pour obtenir une réponse définitive. V.M. a sous les yeux le projet de réponse qu’elle m’avait demandé : j’attends ses ordres à cet égard.

M. d’Aguesseau sollicite la permission de venir passer quelque temps à Paris, pour y rétablir sa santé. V.M. sera sans doute d’autant plus portée à lui accorder cette permission que le malheur arrivé dans sa famille y rend sa présence encore plus nécessaire.

J’ai l’honneur de proposer à V.M., pour remplir la place de premier secrétaire de légation à Berlin, M. Bourjot (1) ; c’est un homme bien né, d’une famille aisée et qui se fera honneur dans la carrière diplomatique : il avait été dans le cas d’être proposé à V.M. pour aller en Angleterre.

Une lettre de Vienne que je joins ici ne laisse plus douter que le comte Philippe de Cobenzl ne reçoive incessamment ses lettres de créance. M. de Lima, ambassadeur extraordinaire de Portugal, est arrivé, M. de Souza a reçu ses nouvelles lettres de créance ; celles du grand maître de Malte sont parvenues à M. de Ferrette. Ces présentations me semblent assez nombreuses pour motiver une audience spéciale que V.M. consentira peut-être à assigner dans quelqu’une des stations de son voyage.

La lettre du maréchal Brune annonce qu’il continue la négociation sur la reconnaissance, dans un sens qui s’accorde parfaitement avec les dernières instructions que V.M. m’a donné ordre de lui adresser.

(1). Employé du ministère des relations extérieures qui fut toujours protégé par Talleyrand. A cette époque il n’avait que vingt-quatre ans ; il devint sous-chef de la division du Midi en 1807.

LXXXI

Paris, 8 fructidor an XII (26 août 1804).

Sire,

J’ai eu hier avec M. de Cobenzl la conférence que j’avais eu l’honneur d’annoncer à V.M.

V.M. trouvera dans le portefeuille de ce jour la copie d’une dépêche de la chancellerie de Cour et d’Etat qui m’a été remise par M. de Cobenzl : cette pièce, où sont déposées toutes les minutieuses précautions de la prévoyance autrichienne, a servi de base à notre conversation. Je n’ai point hésité à confirmer de vive voix les assurances que M. de Champagny avait données par écrit. J’ai annoncé que V.M., satisfaite d’apprendre que l’empereur d’Allemagne venait de se proclamer sous un titre nouveau, serait empressée de le reconnaître dans cette qualification, et que dans les lettres de créance qui allaient être expédiées, S.M. l’empereur d’Allemagne serait qualifiée empereur des Romains et d’Autriche, roi de Hongrie et de Bohême.

M. de Cobenzl ne m’ayant pas sollicité de lui remettre immédiatement une réponse à sa lettre du 24 août relative à ce sujet et que j’ai mise sous les yeux de V.M., je me fais un devoir de transmettre à V.M. Impériale le projet de réponse qui me paraît convenable, et je la supplie de me faire connaître ses ordres à cet égard. Je dois observer à V.M. que les phrases relatives à l’étiquette sont les mêmes que j’ai déjà employées par ses ordres dans une lettre à M. de cobenzl.

J’ai l’honneur de joindre ici le projet des lettres de créance de M. de Champagny, ses lettres de récréance devant être remises par son successeur suivant l’usage le plus ordinaire. V.M. trouvera aussi dans ce portefeuille un projet de la lettre particulière qu’elle est dans le cas d’écrire à l’empereur d’Autriche en réponse à celle qu’elle en reçoit. M. de Cobenzl a reçu aussi ses lettres de créance comme ministre de l’électeur de Salzbourg. J’envoye donc à M. Maret un projet de lettres de créance pour M. de Lezay (1).

M. de Gallo a reçu de sa cour une lettre particulière pour V.M. en réponse à la notification que V.M. a faite de son avènement au roi des Deux-Siciles : il a ordre de présenter cette lettre à V.M., ce qui augmenterait le nombre des ministres que V.M. recevrait dans une audience diplomatique extraordinaire, si elle jugeait à propos d’en donner une dans le cours de son voyage.

V.M. ne m’a point fait connaître par qui elle voulait que fût fait le traité particulier avec la république ligurienne. Tout est prêt à cet égard et n’attend que ses ordres.

Je supplie V.M., etc.

(1). Adrien de Lezay-Marnézia, qui avait été choisi pour aller auprès de l’électeur de Salzbourg comme ambassadeur.



Voir la lettre




LXXXII



Paris, 10 fructidor an XII (28 août 1804).

Sire,

La dernière lettre que j’ai eu l’honneur de recevoir de V.M. m’explique toutes ses intentions, et me rend facile l’exécution de ses ordres antérieurs. Je serai rendu le 13 à Aix-la-Chapelle et M. de Cobenzl y sera le 15.

J’ai adressé à M. d’Oubril la note que V.M. m’a ordonné de lui adresser. J’en attends l’effet, il ne m’a rien fait dire encore.

J’ai fait à M. de Gravina la réponse que cet ambassadeur doit faire parvenir en Angleterre. M. de Cobenzl a rempli vis-à-vis de moi tous les préalables de la reconnaissance officielle de sa cour. Les ministres de V.M. à Hesse-Cassel, à Bade, à La Haye et M. Schimmelpenninck, sont prévenus des intentions de V.M. J’ai dû présumer qu’en assignant dans le cours de son voyage une audience diplomatique, elle ne voulait pas en borner l’objet à une seule réception et j’ai fait espérer à l’ambassadeur extraordinaire de Portugal, M. de Luma, et à M. de Souza, ministre plénipotentiaire, ainsi qu’à l’ambassadeur de Naples, qui a à remettre la réponse particulière du roi des Deux-Siciles aux lettres de notification qu’il a reçues, que s’ils se trouvaient à Aix-la-Chapelle vers le 15, V.M. voudrait bien y recevoir les lettres que leur cour les a chargés de vous remettre. Le ministre plénipotentiaire de l’ordre de Malte s’y rendra aussi probablement.

Il paraîtra grand et juste que la ville qui fut longtemps la première des villes impériales, qui a toujours porté le nom spécial de siège et trône royal des empereurs, qui fut la résidence habituelle de Charlemagne, se ressente avec éclat de la présence de V.M. et fasse ressortir la ressemblance de destinées que l’Europe a déjà saisie entre le restaurateur de l’empire romain et le fondateur de l’empire français.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. les dépêches de ma correspondance. Je crois que c’est assez que d’avoir donné à M. d’Oubril vingt-quatre heures pour me demander un rendez-vous. Mon projet est de partir dans la nuit.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




LXXXIII



2 frimaire an XIII (23 novembre 1804).

Sire,

Il me semble qu’une délibération du Sénat, en pareille matière, ne serait pas régulière : une délibération du Corps législatif la suivrait bientôt, et le serait encore moins.

Tout ce qui se fait en France aujourd’hui doit être tracé par l’empereur ; d’après cela, je préfèrerais que dans une espèce de cérémonial adopté par V.M. et rendu public, relativement aux honneurs à rendre au Pape il fût dit :

« Sa Sainteté pourra recevoir le Sénat, le Corps législatif et le tribunal de cassation, qui feront demander au maître des cérémonies du Pape le jour et l’heure où ils pourront avoir l’honneur de lui être présentés. »

Si le local le permet, il me semble qu’il serait préférable que ces corps vinssent en entier et n’envoyassent point de députations. – Le Pape ne pourrait-il pas les recevoir dans la galerie de Diane, où il passerait deux heures d’une matinée ; car la corvée des présentations ne me paraît pas devoir être plus longue.

Je supplie, V.M., etc.



Voir la lettre




LXXXIV



18 nivôse an XIII (8 janvier 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. Impériale la convention qu’elle a autorisé son ministre de la marine à négocier avec M. l’amiral Gravina. Il ne manquait à sa rédaction que les formes du préliminaire : je les ai ajoutées.

Je supplie V.M., etc.



LXXXV



Lyon, 20 germinal an XIII (10 avril 1805).

Sire,

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de V.M. les lettres que je viens de recevoir de Paris. V.M. pourra y distinguer quelques dépêches qui lui feront connaître la disposition unanime des esprits à l’égard de la fondation du royaume d’Italie. Les résidences éloignées n’avaient pas eu le temps de rendre compte des opinions locales relativement à la fondation de l’empire. Ces deux impressions se fortifient et se perpétuent l’une par l’autre, et j’aurai la satisfaction d’en présenter longtemps encore à V.M. les témoignages conformes dans ma correspondance. Il y a peu de dépêches des grandes légations. Celles de Vienne annoncent, sans certitude, une détermination qui n’est pas encore connue. Celles de Madrid s’accordent avec les lettres du Ferrol pour attester l’activité actuelle des préparatifs maritimes de l’Espagne. La frayeur qu’on commence à concevoir à Lisbonne de l’expédition d’Angleterre semble un peu extravagante. Cependant, il n’y a pas de projet, tel absurde qu’il soit, qu’il faille rejeter pour son impossibilité dans l’état actuel des opinions en Angleterre et de l’Embarras du ministère. S’il leur faut une expédition, son objet extérieur importe peu au véritable motif qui la fait entreprendre ; et si, comme cela est possible, il ne faut que l’étalage d’une entreprise, il est encore plus indifférent qu’elle soit destinée pour le Portugal, ou pour le Nord, ou pour le Levant, ou pour les Indes. Les lettres de Constantinople sont antérieures à la connaissance de la mission de M. Jaubert (1), que je suppose actuellement arrivé. M. Jaubert est parti le 13 ventôse. Il n’a pu arriver à Constantinople qu’au commencement de ce mois. Les dernières lettres de cette résidence ne sont que du commencement du mois dernier ; il n’est pas probable qu’on puisse avoir des nouvelles de M. Jaubert avant le mois prochain. Avant l’admission de l’agent envoyé par V.M., tout est indifférent dans cette légation. Les nouvelles d’Egypte sont la seule chose de quelque intérêt. Je joins à ce portefeuille toutes les lettres qui confirment quelques nouvelles de mer. V.M. y trouvera aussi un extrait des papiers allemands jusqu’au 29 mars, et des papiers anglais jusqu’au 20 mars. Le bruit courait alors à Londres de la sortie de la flotte de Brest.

Je supplie V.M., etc.

(1). Envoyé en mission en Perse en même temps que l’adjudant-commandant Romieu.



LXXXVI



Milan, 12 floréal an XIII (2 mai 1805).

Sire,

V.M. trouvera ci-joint la réponse de S.M. l’empereur d’Autriche, que je reçois dans le moment. Elle m’a été transmise par le secrétaire de la légation autrichienne à Paris. M. de La Rochefoucauld (1) rend compte de la conversation très rapide que M. de Cobenzl a eue avec lui sur ce sujet. Il annonce qu’il n’est plus question du voyage de l’empereur d’Autriche en Italie. – M. La Forest me mande le départ de M. de Zastrow, aide-de-camp du roi (2), pour Saint-Pétersbourg. Il fait connaître l’objet de sa mission et les instructions qui lui ont été données. – Une lettre de Munich apprend que le conclusum du conseil aulique, relatif à la noblesse immédiate de l’empire germanique, a été officiellement transmis aux électeurs archichancelier, de saxe et de Bade, chargés de l’exécution du conservatoire de l’année dernière. – Les lettres du général Beurnonville, sous la date du 28 germinal, annoncent que M. Jérôme Bonaparte vient d’arriver à Madrid (3) avec un secrétaire seulement, et que mad. Paterson s’est embarquée à Lisbonne pour Amsterdam. Ma lettre pour M. Schimmelpenninck est partie le 2 floréal, ainsi elle arrivera à temps. Une autre lettre du général Beurnonville apprend tout ce qu’il a fait depuis qu’il est en Espagne et finit par la demande du bâton de maréchal de l’empire et du grand cordon de la Légion d’honneur. – Les lettres de Rome sont vieilles et assez insignifiantes. Tandis qu’on accourt dans la Haute-Italie sur le passage de V.M., on s’empresse à Rome d’aller voir votre statue chez Maximilien, qui occupe le premier rang après Canova. Il va en exécuter une nouvelle de dix pieds de hauteur. – V.M. verra, par une lettre de M. Ruffin à M. Magnitot, son gendre, combien est misérable la position de l’ambassadeur turc à Paris, et combien ces ambassades sont ridicules et incompatibles avec les bienséances européennes.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ambassadeur à Vienne.

(2). Du roi de Prusse.

(3). Quelques jours après, Jérôme Bonaparte rejoignait son frère à Alexandrie, et faisait sa paix avec lui en sacrifiant Mlle Paterson.



Voir la lettre




LXXXVII



14 thermidor an XIII (2 août 1805).

Sire,

Je me rendais à Saint-Cloud au moment où j’ai appris le départ de V.M. pour Boulogne. Cette nouvelle inattendue m’a fait une impression que j’essaierais en vain de calmer. Cette espèce d’agitation n’est supportable que pour ceux de ses serviteurs qui sont soutenus par sa présence.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. la correspondance de mon ministère : elle distinguera une lettre de Cadix du 3 thermidor. L’arrivée de Nelson avec dix ou onze vaisseaux, jointe aux croisières qui existent sur les côtes d’Espagne et de France, donnent une ligne de cinquante-quatre ou cinquante cinq vaisseaux aux Anglais. Ce concours imprévu de forces rend sans doute tout projet de descente impraticable pour le moment ; mais comme la réalité de ce projet ne peut être qu’extrêmement accréditée par la présence de V.M. à Boulogne, il est bien probable qu’elle déterminera les Anglais à se réunir sur un point de la Manche, et que cette disposition donnera à l’escadre combinée le temps et la facilité d’entrer dans un port d’Espagne.

Les autres dépêches sont sans intérêt. La très courte lettre de M. de Lezay est cependant remarquable par le ton décisif d’une dénégation complète.

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de V.M. la note au ministère autrichien, dont elle a bien voulu me donner les bases et les développements : si elle a son approbation telle qu’elle est rédigée, je la prie de vouloir bien décider auquel des deux Cobenzl elle doit être adressée. Si c’était à l’ambassadeur, il y aurait quelques légers changements à faire qui n’altèreraient en rien le fonds de la rédaction. La seconde note que j’ai également l’honneur de lui soumettre me paraît devoir remplir ses vues. A l’égard de la Russie, rien n’est susceptible de discussion que la Turquie, V.M. a jugé que les affaires de l’Angleterre ne devaient dorénavant jamais la concerner ; c’est une question finie. S’il n’y a point de décision hostile de la part de la cour de Vienne, tout sujet sérieux de querelle entre la France et la Russie est renvoyé au temps où l’empire ottoman sera détruit.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. l’état des mouvements maritimes, au 20 juillet ; ils servent à établir que la croisière devant les côtes d’Espagne et de France était de quarante-quatre vaisseaux avant l’arrivée de l’amiral Nelson. J’enverrai ce soir par M. le grand écuyer une boîte arrangée conformément à l’état présent.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




LXXXVIII



17 thermidor an XIII (5 août 1805).

Sire,

J’ai reçu les ordres de V.M. La note de M. Cobenzl qu’elle m’a fait l’honneur de m’envoyer avec son approbation a été expédiée à Vienne. – Celle que les ministres de V.M. doivent présenter aux différentes cours est rectifiée conformément aux instructions qu’elle a jugé à propos de m’adresser. J’ai l’honneur de la remettre sous ses yeux. Si elle m’est renvoyée par le retour du courrier, il n’y aura qu’un très léger retard ; car j’ai fait préparer les expéditions, et elles pourront partir au moment où j’aurai la minute approuvée.

Les nouvelles de mer se réduisent à peu près aux mêmes conjectures. Une lettre de Lisbonne et celle de M. Bourrienne (1) donnent seulement quelques détails nouveaux qui ne sont pas sans intérêt. Il y a à Paris une lettre de Londres du 26 juillet, annonçant la prise de quatorze voiles anglaises par les flottes combinées. Suivant cet avis, les fonds anglais ont baissé immédiatement de deux et demi pour cent : cela paraît une nouvelle de Bourse. V.M. trouvera dans ce portefeuille deux lettres de Vienne et une de Berlin. Elles n’apprennent rien encore sur les dernières communications que les deux ministres de V.M. ont dû faire. Les lettres écrites sur l’arrestation de M. de Peray n’ont pu arriver que deux jours après la date de la lettre de M. de la Rochefoucauld.

Je supplie V.M., etc.

(1). A cette époque chargé d’affaires de France à Hambourg.



Voir la lettre




LXXXIX



18 thermidor an XIII (6 août 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’informer V.M. que M. le comte de Cobenzl vient d’avoir avec moi un entretien sur les objets actuellement en discussion entre V.M. Impériale et l’empereur d’Autriche. Les instructions que V.M. m’a ordonné d’adresser à M. de La Rochefoucauld et ma lettre au comte Louis de Cobenzl m’ont servi de texte sur tous les points qui ont fait la matière de notre longue conversation : elle a fini par une communication importante que j’ai l’honneur de mettre sous les yeux de V.M.

La cour de Vienne charge son ambassadeur de témoigner à V.M. les regrets que lui cause la retraite de M. de Novosilzov (1) : et comme elle attachait au succès de cette mission une grande importance par les suites accessoires qui pouvaient en résulter pour la tranquillité générale, elle offre sa médiation pour renouer la négociation projetée entre l’Angleterre et la France par la médiation de la Russie, et dans cette vue elle intervient auprès de V.M.I. et fait part de cette démarche aux cabinets de Pétersbourg, de Berlin et de Londres. Telle est la démarche de la cour de Vienne, telle que sa déclaration écrite et la conversation détaillée à M. de Cobenzl me semblent le présenter.

Sans m’en être ouvert avec M. de Cobenzl, à qui je me suis contenté de dire que j’allais adresser immédiatement à V.M. la note qu’il me remettait, j’ai été d’abord frappé d’une idée que j’oserai soumettre à V.M. La médiation d’une cour telle que celle de Vienne se présentant en troisième ligne et dans l’objet direct de rattacher à une négociation qui n’a pu encore s’ouvrir, une première médiation proposée dans des dispositions partiales et retirée avec un éclat peu décent, ne me paraît conforme ni à la dignité de la cour de Vienne, ni à la politique de V.M. Cette intervention relève beaucoup trop la cour de Russie, qui devrait demander avec instance d’être admise dans la discussion des intérêts de l’Europe, mais qui ne doit jamais être sollicitée d’y entrer.

Quelle que soit la décision de V.M., elle jugera sans doute que la démarche de la cour de Vienne est faite dans des termes convenables. Elle s’abstient de manifester aucune crainte offensante ; il ne perce aucun sentiment d’amertume, et la mention des évènements dont nous savons qu’elle a été sensiblement affectée est faite avec une réserve et des ménagements fort étudiés.

Sur le point des craintes de la maison d’Autriche, M. de Cobenzl, dans sa conversation, a été plus explicite : les assurances que je lui ai données d’après le texte des lettres écrites à Vienne, que l’armée de V.M. en Italie n’était que de 50.000 hommes, n’ont pas été reçues avec une entière confiance. Il m’a déclaré que sa cour était convaincue que l’armée française en Italie était et devenait tous les jours plus considérable, et que l’intérêt de sa sûreté commandait à l’Autriche d’avoir sur cette partie de ses frontières une armée capable de les garantir : il m’a même dit que les forces autrichiennes qui étaient réunies dans l’Etat de Venise et sur l’Adige montaient à 70 et peut-être 72.000 hommes. Il m’a ajouté que comme l’unique objet de sa cour était de se prémunir, il ne doutait pas que si l’on voulait s’entendre sur une diminution de forces réciproque, sa cour n’accédât à un arrangement qui serait fait dans la vue d’opérer de concert cette diminution.

Je supplie V.M., etc.

(1). Envoyé de Russie à Paris, dont la mission était annoncée comme pacifique. S’étant arrêté à Berlin, il y prépara au contraire une nouvelle coalition, dans laquelle l’Autriche seule consentit à entrer, malheureusement pour elle, puisque cette coalition eut pour résultat la foudroyante campagne de 1805. Novosilzov, son œuvre accomplie, retourna en Russie sans pousser jusqu’à Paris. On voit ce que valaient les regrets exprimés par l’Autriche au sujet de la retraite de ce diplomate.



Voir la lettre




XC



20 thermidor an XIII (8 août 1805).

Sire,

Je reçois dans le moment (neuf heures du soir) une lettre du général Beurnonville que j’ai l’honneur d’adresser à V.M. Il est probable qu’elle aura déjà été instruite par un courrier venu directement de Vigo ; cependant, je crois qu’il est de mon devoir d’envoyer immédiatement cette dépêche à V.M.

A cet envoi, je joins deux lettres de Vienne, d’un médiocre intérêt, et quelques dépêches qui n’ont pas une grande importance. La correspondance du département jusqu’au retour des courriers expédiés à Munich, Vienne et Berlin, sera un peu stérile.

Je supplie V.M., etc.



XCI



22 thermidor an XIII (10 août 1805).

Sire,

Peu de moments après avoir expédié mon dernier courrier à Boulogne, j’ai reçu les ordres de V.M. J’ai l’honneur de lui adresser le projet de réponse à faire à M. le comte Philippe de Cobenzl. Je me suis attaché à suivre dans sa rédaction les instructions que V.M. m’a données.

J’ai l’honneur de mettre en même temps sous ses yeux le travail qu’elle m’a demandé par l’avant-dernier courrier sur les ouvrages de défense faits en Angleterre depuis la reprise des hostilités. Ce travail a été fait sous mes yeux ; rien n’y est cité que je n’aie vérifié. Il est le résultat des journaux anglais, des notes prises sur la correspondance de ministère et de rapports d’agents secrets employés en Angleterre, et contrôlés entre eux : il est fait avec autant de soin que la célérité ordonnée par V.M. en a pu admettre (1).

Les lettres de Berlin que j’ai l’honneur de soumettre à V.M. ne sont point des réponses à celles qui ont été envoyées par le dernier courrier ; elles sont la réponse à ma lettre du 4, dont l’unique objet était de faire connaître au cabinet de Berlin l’opinion et l’indifférence de V.M. sur le retour de M. de Novosilzov. Ma dernière lettre relative au pays d’Hanovre est partie le 12 ; la réponse ne peut pas être attendue avant cinq ou six jours. J’avoue que je ne vois pas sans plaisir que la cour de Berlin ait été, avant de pouvoir répondre, informée de la dernière déclaration de la cour de Vienne. Cette communication ne peut que faire naître à Berlin des sentiments de jalousie et d’inquiétude qui, peut-être, l’excitera plus que toute autre considération directe à se lier plus étroitement à V.M.

Quant à l’incident de M. Taylor (2), V.M. apprendra en même temps ce qui s’est passé à Cassel par les lettres de M. Bignon et par la copie de la lettre du roi de Prusse à M. de Lucchesini : j’ai l’honneur d’adresser à V.M. la copie des deux lettres à M. Taylor qui ont été trouvées dans les papiers de Thum. Si V.M. me l’ordonnait, je pourrais les montrer à M. de Lucchesini, qui verrait clairement que le roi de Prusse a été trompé quand il a cru qu’aucune connivence prouvée entre M. Taylor et des conspirateurs subalternes ne pouvait être produite à sa charge. Ses lettres, il est vrai, ne l’engagent pas bien avant dans la conspiration de Thum, mais elles prouvent une correspondance entre lui et les Thum : tout ce qui se trouve ensuite dans les papiers de ceux-ci doit, par une conséquence naturelle, retomber indirectement à sa charge. J’attends sur la suite de cette affaire les ordres qu’il plaira à V.M. de me donner.

Les nouvelles d’Espagne que j’ai eu l’honneur de transmettre avant-hier à V.M. commencent à se répandre. Il me paraît que les nouvelles de Londres du 31 juillet, arrivées en Hollande, ont fait connaître l’événement du combat et la perte de deux vaisseaux espagnols. On se méprend sur l’entrée de l’escadre combinée qu’on supposait, à Londres, avoir fait route sur le Ferrol. Du reste, on ne connaît aucun détail ; mais comme, en recueillant des renseignements antérieurs sur la marche de l’escadre combinée, on est disposé à penser que l’amiral Villeneuve s’est battu avec quatre ou cinq vaisseaux de moins, et que les deux vaisseaux perdus sont moins le fruit d’une victoire que l’avantage du hasard ; la capture ayant été probablement faite loin du temps et du lieu de la bataille. Je vois que la disposition générale est d’admettre que cet événement, loin d’être affligeant, peut avoir été honorable pour les armes de V.M.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. un rapport sur la nomination de son ministre plénipotentiaire près de la cour de Lucques et Piombino ; j’y ai joint une note accessoire sur le protocole de cette cour, dont Son Altesse Impériale (3) m’a fait l’honneur de me demander le projet. Il a été calculé sur les anciens usages et sur la correspondance du rang de Madame la princesse de Lucques avec celui des fils de France et des archiducs d’Autriche : je prie V.M. de me faire connaître sa décision sur cet objet, ainsi que sur la composition de la maison de la princesse.

Je supplie V.M., etc.

(1). En répondant à Talleyrand, le 27 août, Napoléon trouvait pourtant que ce travail aurait pu être plus complet. Il en demandait un semblable sur les forces anglaises de terre.

(2). Ministre d’Angleterre à Cassel, d’où il fut banni sur la demande de Napoléon.

(3). Élisa Bonaparte, sœur de Napoléon.



Voir la lettre




XCII



30 thermidor an XIII (18 août 1805).

Sire,

J’ai reçu les derniers ordres qu’il a plu à V.M. de me donner. Ici tout est exécuté ; j’ai vu de nouveau M. de Cobenzl ; cinq jours de suite je l’ai fait venir au ministère ; avec les ministres étrangers j’ai tenu le langage que V.M. m’a tracé : j’ai adressé des circulaires à tous les ministres de V.M. ; ainsi, dans peu de jours, ses vues seront remplies au dehors : une heure après l’arrivée du courrier de Boulogne, j’ai fait mon expédition pour M. Otto, et quels que soient les évènements de l’année, la prévoyance de V.M. aura établi, par le traité avec la Bavière, les éléments de l’organisation future de l’empire germanique.

Les lettres de Constantinople ne contiennent que des détails d’un intérêt secondaire. Néanmoins, tout se dispose dans le ministère ottoman, qui s’améliore de jour en jour, pour amener entre lui et la légation de V.M. un accord que les dangers actuels de cet empire lui rendent de plus en plus nécessaire. Le mémoire envoyé par M. Ruffin sur la Valachie ne tient à aucune de ses dépêches : il m’avait été annoncé par une lettre envoyée par le courrier précédent et qui a été mise sous les yeux de V.M. Je la joins à cet envoi, parce qu’elle se lie à la suite des changements survenus dans le ministère ottoman. Je dois observer à V.M. que les soupçons exprimés dans ce mémoire sur le sous-commissaire de Bucharest me sont revenus par d’autres sources.

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de V.M. plusieurs rapports sur des objets de détail et une lettre de Salzbourg sur les mouvements militaires de l’Autriche. Dans le nombre des rapports, V.M. en trouvera un sur l’échange des ordres. Il a été promis à l’électeur de Bavière un sixième cordon de la Légion d’honneur pour M. Salabert ; cela rendra l’échange complet : car six cordons de l’ordre de Saint-Hubert ont été donnés, et il n’y en a que cinq de la Légion d’honneur qui aient été envoyés à M. Otto et remis à l’électeur, qui tient essentiellement à celui de M. Salabert.

Je supplie V.M., etc.



XCIII



2 fructidor an XIII (20 août 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. une lettre de M. de La Forest après l’arrivée de mon courrier et après sa première conférence avec M. de Hardenberg. L’opinion de M. d’Hardenberg me paraît acquise. Comme Hanovrien et comme ministre de Prusse, il serait flatté de pouvoir attacher son nom à une transaction aussi importante. Il ne savait encore ce que ferait sur le roi une proposition qui lui paraîtra aussi nouvelle. Les vues de l’homme d’Etat l’emporteront-elles sur la conscience du cénobite ? La première lettre de M. La Forest sera plus instructive.

M. Otto, dans la dépêche que j’ai l’honneur d’adresser à V.M., donne des détails relatifs à une guerre éventuelle avec l’Autriche.

Les lettres de M. Bignon ne renferment que des détails sur tout ce qui s’est passé au sujet du départ de M. Taylor. J’ai pris des renseignements sur la position du lieu où M. Taylor a jugé à propos de se retirer en sortant de Cassel. Dribourg est le chef-lieu d’une prévôté appartenant à l’évêché de Paderborn, qui aujourd’hui est terre prussienne.

J’ai reçu deux lettres de M. de Thiard (1) qui n’apprennent rien de plus que ce que les lettres de M. Otto avaient fait augurer. J’ai écrit à M. de Thiard pour lui accuser réception de ses lettres et lui dire que les renseignements qu’il transmet ne changent rien aux instructions qu’il a reçues.

Une lettre de Strasbourg rend compte de la situation militaire des Autrichiens en Souabe ; elle fait connaître les irrésolutions du cabinet de Vienne. Cette lettre est d’une observation digne de confiance.

M. Dupont-Chaumont est arrivé à La Haye : le grand pensionnaire est malade.

M. Hirsinger rend compte de l’arrivée à Francfort de deux chefs de chouans.

M. de Gallo, qui a reçu un courrier de sa cour, donne des éclaircissements ou plutôt des dénégations confirmées par une lettre du général Saint-Cyr (2), dont il donne la copie, sur la levée en masse des milices : il finit, suivant la forme de toutes les notes de son cabinet, par demander le rappel des troupes françaises, et il s’appuie cette fois-ci sur les désastres du tremblement de terre et sur la disette. Il annonce que six mille Anglais sont arrivés à Malte ; le cabinet les croît destinés à agir de concert avec les Russes qui sont à Corfou.

Le reste de la correspondance se compose de lettres du général Beurnonville, où il n’y a point de nouvelles maritimes, et de quelques lettres commissariales. Celle de Cadix est d’une ancienne date.

M. Mengaud, agent secret, écrit que Passwan Oglou (3) fait quelques mouvements. Il ferait beaucoup mieux d’observer les intrigues de l’Allemagne.

Le commissaire de France à Dantzig demande quelle conduite il doit suivre envers des Français qui, après avoir été faits prisonniers de guerre, se sont engagés au service étranger et qui désirent rentrer librement en France.

Je supplie V.M., etc.

(1). Il représentait la France auprès du grand-duc de Bade.

(2). Il commandait alors l’armée d’occupation du royaume de Naples, qui ne fut évacué par les troupes françaises que le mois suivant.

(3). Chef de partisans, natif de Widdin, et qui tenait la campagne contre les troupes turques depuis 1792, avec des alternatives de succès et de revers.



Voir la lettre




XCIV



8 fructidor an XIII (26 août 1805).

Sire,

Je viens d’exécuter les derniers ordres de V.M. : j’ai fait connaître ses intentions à son ministre plénipotentiaire près la cour de Prusse (1) : je l’ai informé avec précision de la mission de M. le maréchal Duroc et de la part qu’il doit y prendre. Je ne doute pas qu’il ne seconde, avec tout le zèle et le dévouement que je lui connais pour le service de V.M. et en même temps avec la réserve et la mesure que son exactitude dans le service lui prescrit, le succès de la mission à laquelle V.M. a jugé à propos de l’adjoindre.

(1). La Forest.



XCV



9 fructidor an XIII (27 août 1805).

Sire,

Les trois dernières lettres de (sic) V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire et que j’ai reçues hier m’ont forcé de différer mon départ de 24 heures. Le travail qu’elles prescrivaient m’a occupé tout le jour.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. le projet de note à la diète de Ratisbonne : sa rédaction a été principalement calculée pour gagner du temps et pour prouver que l’agression ne peut être imputée à V.M. et qu’elle désire conserver la paix. J’ai suivi en cela les instructions de la dernière lettre que vous me faites l’honneur de m’écrire.

La grande note à la cour de Vienne est partie le 27 thermidor, si le comte Philippe (1) l’a envoyée le jour même où il l’a reçue. Une autre note lui avait été précédemment envoyée le 25 thermidor ; la première était du 5 thermidor ; ma lettre au comte de Cobenzl à Vienne est du 17. Le traité d’alliance avec la Bavière a été envoyé de Paris le 29 thermidor : on doit apprendre dans quatre jours qu’il est signé.

J’ai écrit à M. de Thiard et je lui ai envoyé un projet de traité dont je joins ici la copie. M. de Thiard est autorisé par ma lettre à entrer en négociation et à conclure. Je lui annonce des pouvoirs que je demande à M. Maret par le courrier de ce jour.

Dans ma conversation avec M.. de Cobenzl, je l’ai trouvé étonné et confondu des renseignements nouveaux que je lui ai communiqués. Il m’a assuré n’avoir aucune information : il attend un courrier ; il m’a avoué que si ces informations étaient exactes, il était clair que son cabinet était assez fou pour vouloir la guerre.

Je viens d’écrire au prince électoral de Wurtemberg pour lui demander un rendez-vous pour ce soir.

Jeudi à deux heures, j’espère avoir l’honneur de présenter mes hommages à V.M. et j’exécuterai immédiatement les ordres qu’elle jugera à propos de me donner relativement à la note à la diète de Ratisbonne.

J’emporte avec moi tout ce qui pourra me servir pour les matériaux du manifeste.

Je supplie V.M., etc.

(1). Philippe de Cobenzl, l’ambassadeur d’Autriche à Paris.



Voir la lettre




XCVI



2e jour complémentaire, an XIII (19 septembre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. des lettres que je reçois de M. de La Rochefoucauld et qui me sont apportées par son secrétaire. Le courrier que j’expédie à Strasbourg est en même temps chargé de porter à M. Bacher la note qu’il doit adresser à la diète de Ratisbonne du 8 au 10 de ce mois et à M. de La Rochefoucauld, s’il est à Ratisbonne, l’ordre de se rendre à Strasbourg.

Je joins à cet envoi que j’ai l’honneur de faire à V.M. la correspondance de mon ministère. Je suppose que cet envoi sera le seul que je serai dans le cas de faire à V.M. Je partirai de Paris jeudi pour me rendre auprès d’elle.

Les ordres donnés par V.M. pour les publications commenceront à être exécutés demain (1).

Les lettres de Berne renferment des marchés faits par M. Vial.

Je supplie V.M., etc.

(1). L’ordre de l’empereur est daté du même jour et est relatif à la publication de la correspondance diplomatique qui avait précédé la paix de Lunéville. Cette publication fut faite en effet dans le Moniteur, les 23 et 24 septembre. (Corresp. XI, 224).



XCVII



4e jour complémentaire, an XIII (21 septembre 1805).

Sire,

M. de Gallo n’a point de pouvoirs, mais il signera avec la clause ordinaire sub spe rati le traité dont j’ai l’honneur d’envoyer la copie à V.M. ; il ne pourrait pas aller plus loin. – Si V.M. l’approuve et qu’elle veuille bien ordonner qu’il me soit renvoyé, il sera signé à quatre heures et il pourrait être ratifié et partir ce soir. – Le ministère de Vienne fait publier quelques pièces dans la Gazette de Francfort d’hier.

Je supplie V.M., etc.



XCVIII



3 vendémiaire an XIV (25 septembre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. des lettres que je reçois de Wurzbourg par un courrier que M. Otto m’expédie. Les détails qu’il me donne m’ont paru mériter que je les fasse parvenir à V.M. immédiatement. Je joins à cet envoi la correspondance de mon département. V.M. y trouvera quelques renseignements de peu d’intérêt, mais tout importe dans les circonstances présentes.

J’ai reçu la lettre que V.M. m’a fiat l’honneur de m’écrire de La Ferté-sous-Jouarre. L’article du Moniteur sur Cassel paraîtra aujourd’hui, et j’ai fait remercier l’électeur de Hesse des facilités qu’il a données au passage des troupes.

Je viens de voir M. de Cobenzl qui m’a montré ses dépêches ; elles ne portent que sur des arrangements de détail ou de sûreté pour son départ. Mais l’ordre de demander des passeports n’était pas assez formellement exprimé pour qu’il ne fût pas facile de la conduire à en retarder la demande ; il s’est même décidé à expédier un courrier pour demander des ordres définitifs. Il joint à cet envoi le mémoire que V.M. avait ordonné que je lui remisse. On dit à M. de Cobenzl que lorsqu’il quittera la France il aura à se retirer dans un endroit neutre, où il attendra le moment où des négociations seront possibles à entamer.



XCIX



Strasbourg, 11 vendémiaire an XIV (3 octobre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. les dépêches que m’apporte le courrier de Paris.

Une de M. de Bignon, qui, après avoir rendu compte de la réception faite par l’électeur au maréchal Bernadotte (1), parle des premières ouvertures qui ont été faites par la Prusse pour la formation d’un pacte de neutralité, - il dit que M. Taylor s’est retiré à Gotha.

Deux lettres de M. Bacher contiennent des détails sur la marche des Russes, et les mouvements des Autrichiens. A ces lettres sont joints des états de l’armée autrichienne et de l’armée prussienne.

Une dépêche de M. Frammery donne des renseignements sur les troupes que l’on continue à faire filer à Venise.

Je viens d’écrire de nouveau à Darmstadt, comme V.M. me l’ordonne.

Madame de Gavre, avec laquelle j’ai beaucoup causé hier, ne sait qu’assez confusément ce qu’elle a vu. Elle prétend qu’à Vienne, dans toutes les classes, on croyait, à son départ, que les choses s’arrangeraient, que l’on s’entendrait, c’était le langage de tout Vienne. On avait répandu dans la grande société que le général Moreau était commandant une (sic) colonne de l’armée russe ; cette pauvreté-là se disait parmi les femmes de la cour.

Ici, nous attendons avec une impatience dont rien ne peut donner l’idée, des nouvelles de V.M.

Je la supplie, etc.

(1). Bernadotte était arrivé à Wurzbourg le 25 avec la plus grande partie de l’armée française réunie sous ses ordres en Hanovre.



C



Strasbourg, 12 vendémiaire an XIV (4 octobre 1805).

Sire,

Un courrier m’apporte à l’instant des dépêches de Berlin que j’ai l’honneur d’adresser à V.M.

M. le grand maréchal et M. La Forest ont eu avec M. de Hardenberg deux conférences dans lesquelles ils ont épuisé tous les raisonnements capables d’amener la Prusse à un traité d’alliance : ce n’est qu’après avoir acquis la certitude que les déterminations du roi étaient, quant à présent, inébranlables, qu’ils ont proposé de conclure un traité de neutralité. M. le maréchal a remis un projet dont la copie se trouve jointe à la dépêche. Il est essentiellement le même que V.M. avait approuvé : les négociateurs ont cru seulement devoir la partager en articles patents et articles secrets. Ils y ont même fait quelques additions qui, toutes, sont dans l’esprit du projet qui leur avait été adressé et qui ont pour objet de lier davantage la Prusse par des stipulations plus expresses : ces additions sont très bonnes : M. de Hardenberg a fait pressentir quelques objections sur la quotité de la somme, et sur la garantie de la Hollande que la Prusse, a-t-il dit, ne pouvait pas garantir par mer. Mais il n’y avait pas eu de discussion, et M. de Hardenberg insistait sur la nécessité de conclure promptement.

D’après ce que m’a dit M. de Lucchesini sur les idées qui pourraient être adoptées dans un traité de neutralité, sur lequel je conférais avec lui, je crois pouvoir assurer à V.M. que le projet tel qu’il a été présenté sera admis et signé.

M. le maréchal, dans une lettre particulière, exprime le désir de revenir près de V.M. et demande qu’elle veuille bien l’autoriser à quitter Berlin après la signature du traité. Il envoye un état des finances de la Prusse et de ses dépenses militaires, que V.M. sera sans doute bien aise de connaître.

A la dépêche de M. de La Forest est joint un bulletin et la copie d’une dépêche du ministre de Bavière à Pétersbourg.

Le bulletin fournit des renseignements sur l’époque à laquelle a commencé le concert actuel de l’Autriche et de la Russie, et sur la marche des Russes, aussi lente dans la réalité qu’elle est prompte dans les journaux.

Le ministre de Bavière donne des détails sur l’expédition préparée à Cronstadt.

Le ministre de V.M. à Dresde envoye deux notes, l’une sur l’état militaire de l’Autriche, l’autre sur l’état militaire de la Russie, et dans sa dépêche des observations sur les dispositions de la cour à laquelle il réside.

M. Eschassériaux (1) déduit les raisons qui nécessitent la présence de trois ou quatre cents hommes dans le Valais.

M. Le Roi expose les embarras de sa situation sous le rapport d’argent. Je vois par une lettre que m’écrit M. Hagueneau et à laquelle est jointe une lettre de M. Hope relative au subside du Portugal, combien la disette d’argent est grande et se fait sentir dans toutes les places. V.M. me permettrait-elle de lui indiquer un petit moyen de circonstance, qui pourrait produire quelque bon effet à Paris où l’embarras est extrême, d’après ce que m’ont dit hier les principaux négociants de Strasbourg. Je croirais que si V.M., le service de tout le matériel de l’armée étant complètement fait, ordonnait que les contributions qu’elle ou ses alliés seront dans le cas de mettre sur les pays occupés ou menacés, fussent acquittés en papier sur Paris, au lieu de l’être ici en argent, ou plutôt en promesses d’argent, cela produirait, par la demande considérable qui serait faite partout de papier sur Paris, un grand avantage sur le change, et empêcherait la sortie du numéraire, en détruisant l’intérêt qu’on aurait à l’emporter : les mêmes valeurs seraient mises à la disposition de V.M. Ainsi il n’y aurait rien qui pût nuire à son service, et cela soulagerait prodigieusement Paris. Je croirais aussi que l’électeur de Bavière, le landgrave de Darmstadt doivent chercher à se procurer de l’argent dans le Nord, où les écus sont réfugiés. Leipsick, Hambourg, Berlin et Cassel en regorgent. Il faudrait aussi les engager à demander que les secours qui leur seront prêtés fussent donnés en papier sur Paris : cela serait la même chose pour leur coffre et cela nous serait fort utile.

Il est onze heures passées ; nous n’avons aucune nouvelle de V.M. depuis trente heures.

Le prince Joseph m’a écrit la lettre ci-jointe : je prie V.M. de me faire connaître ce que je dois répondre.

Je supplie V.M., etc.

(1). Chargé d’affaires de France en Valais.



CI



Strasbourg, 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1805).

Sire,

Je viens d’écrire à M. le grand maréchal et à M. La Forest, au sujet des difficultés faites par la régence d’Anspach. Elles doivent être levées facilement, puisque le passage par le margraviat avait été stipulé par la convention du 18 fructidor an 4 et que cette stipulation avait été jugée nécessaire.

V.M. ne trouvera probablement rien de nouveau dans le bulletin de Ratisbonne, ni dans la lettre de M. Massias. Sa lettre du 2 annonce que les intentions de V.M. relativement au renvoi des ministres d’Autriche et de Russie ont été remplies.

V.M. jugera si le moment n’est point arrivé où les convenances exigent que les ambassadeurs soient échangés aux avant-postes, comme j’en suis convenu avec M. de Cobenzl. Depuis longtemps je n’écris point à M. de La Rochefoucauld.

Le chargé d’affaires de V.M. en Valais a fait connaître au gouvernement de ce pays l’intention de V.M. de prendre à sa solde un bataillon de Valaisans. M. Eschassériaux pressera la conclusion du traité.

Les trois frégates de V.M., la Guerrière, la Revanche et la Sirène, qui se trouvent à la Corogne, auront, avant la fin de brumaire, les six mois de vivres de campagne que M. Ailhaud a reçu l’ordre de leur procurer.

V.M. sait sans doute que les Anglais publient que c’est une opinion générale à Londres que l’expédition secrète des Anglais est destinée pour Cadix.

Tous les vœux accompagnent V.M., mais l’inquiétude dont il est impossible de se défendre quand on est réduit à conjecturer ce que l’on voudrait savoir avec certitude, et savoir d’heure en heure, rend la position des serviteurs de V.M. bien triste.

Je supplie V.M., etc.



CII



Strasbourg, 14 vendémiaire an XIV (6 octobre 1805).

Sire,

J’ai honte d’être presque réduit à n’envoyer à V.M. que des extraits de journaux allemands et anglais, et des bulletins de Ratisbonne et de vienne. V.M. y trouvera sûrement peu de choses dont elle ne soit déjà informée : mais c’est des lieux où est V.M. qu’on attend les plus grands évènements. Tout vit autour d’elle et il semble que tout soit frappé de langueur et de stérilité où elle n’est pas.

Cependant V.M. aimera sans doute à connaître, si elle ne connaît déjà, la proclamation de l’Empereur d’Autriche. La demande qui la termine semble annoncer la détresse. Les propositions qui, d’après le bulletin de Ratisbonne doivent être faites à la diète de Hongrie, ne l’annoncent pas moins : je ferai des articles sur cela dans les journaux. Les lettres de Ratisbonne arrivées par courrier annoncent que l’avant-garde de l’armée russe est dans les environs de Vienne, le nombre n’y est pas : les lettres de Vienne à Strasbourg portent la même nouvelle.

L’extrait des papiers anglais confirme ce que j’ai eu l’honneur d’écrire à V.M. que l’expédition secrète des Anglais passe généralement à Londres pour être destinée à agir contre Cadix.

La dépêche de M. de Lezay donne quelques détails sur les travaux des Autrichiens sur la ligne qui s’étend de Lieffering à Laufen : cette lettre contient quelques observations sur M. Manfredini (1).

Une lettre de Stettin confirme que les Russes n’ont point débarqué dans l’île de Rugen.

M. Rostagny annonce que la plus grande partie des forces destinées pour l’Italie est réunie.

Je viens de voir le général Marescot : il est allé hier à New-Brisac et voulait se rendre au Vieux-Brisac : mais des patrouilles autrichiennes y étaient venues la veille, et comme il n’a pas pu se procurer d’escorte à New-Brisac, où il n’a, m’a-t-il dit, pas trouvé un soldat ni une baïonnette, il a eu le regret de ne pouvoir remplir la mission dont il était chargé. Il m’a paru fâché qu’il n’y eût pas au moins un petit dépôt à New-Brisac : cent cinquante hommes lui paraîtraient suffire, et il les regarde comme indispensables ; il part pour Mayence.

Je viens de recevoir la lettre que V.M. a bien voulu m’écrire à son départ de Ludwigsbourg. En apprenant de S.M. l’impératrice que nous serions quatre ou cinq jours sans recevoir de nouvelles de V.M., j’ai éprouvé un sentiment qu’il me serait impossible de rendre.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ministre de l’ancien grand-duc de Toscane, devenu électeur de Salzbourg.



Voir la lettre




CIII



Strasbourg, 15 vendémiaire an XIV (7 octobre 1805).

Sire,

Les dépêches que j’ai l’honneur d’adresser à V.M. viennent pour la plupart de contrées d’où l’on ne peut attendre en ce moment de nouvelles fort importantes. Celles de Naples offrent le plus d’intérêt. La cour, partagée entre ses passions et ses craintes, passe d’un extrême à l’autre, dans son langage comme dans ses mesures. Elle fait des préparatifs et sent le besoin de rester neutre. Elle témoigne désirer que l’on s’entende sur la neutralité, et ensuite elle menace de s’unir avec les Russes et les Anglais. Le courrier parti pour Naples avant mon départ de Paris, et qui porte le traité signé par M. de Gallo, ne peut être de retour de Paris avant le 23 vendémiaire. M. Alquier persiste à croire à l’existence d’un complot formé pour soulever le Piémont ; il pense que l’attention du gouvernement ne peut trop se porter sur cet objet.

M. Caraccioli, nommé au grand magistère de l’ordre de Malte, paraît être soutenu par les Russes (1). Le chargé d’affaires de V.M. le croit entièrement dévoué aux Anglais.

Le général Beurnonville a reçu les ordres que je lui ai transmis ; il s’occupe de l’envoi de troupes à faire par le gouvernement espagnol pour protéger la Toscane.

Le bulletin d’Ancône annonce l’arrivé de nouvelles troupes russes à Corfou.

Le bulletin de Raguse n’offre rien de plus important qu’une nouvelle preuve de la déplorable faiblesse de la Porte Ottomane.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. des extraits des journaux anglais et allemands. Les révélations faites par un certain abbé de la Marre, agent du prétendant (2), contre les entours du comte d’Artois et pourront un moment distraire V.M.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ce qui était naturel, puisque Napoléon ne voulait pas du baron Caraccioli comme grand maître, ainsi qu’il le disait déjà le 25 août, en écrivant à Talleyrand.

(2). Louis XVIII.



CIV



Strasbourg, 16 vendémiaire an XIV (8 octobre 1805).

Sire,

C’est uniquement pour ne pas laisser passer un seul jour sans avoir l’honneur d’écrire à V.M. que je me détermine à lui adresser la dépêche ci-jointe du général Victor (1). Cette pièce est la seule qui mérite quelque attention. Elle annonce que la cour de Danemark rassemble dans le Holstein une armée qui sera commandée par le prince royal et qui a pour objet de faire respecter sa neutralité.

M. le maréchal Kellermann (2) m’a remis la lettre ci-jointe pour V.M.

Le prince d’Isembourg vient d’arriver à Strasbourg ; il espérait y trouver V.M. ; il a le projet d’aller au quartier général demander à V.M. du service.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. un rapport dans lequel je lui propose de nommer M. Séguier commissaire général à Yassy (3) et que je la prie de vouloir bien approuver. L’archichancelier et le frère de M. Séguier mettent à cette grâce de V.M. le plus grand intérêt.

Le maréchal Lefebvre arrive ici demain.

Je supplie V.M., etc.

(1). Alors ambassadeur de France en Danemark.

(2). Il commandait le troisième corps de réserve, à Strasbourg.

(3). Maurice Séguier avait été longtemps prisonnier des Anglais dans l’Inde. Il fut nommé consul à Trieste en 1806.



CV



Strasbourg, 17 vendémiaire an XIV (9 octobre 1805).

Sire,

La distance du lieu où se trouve maintenant V.M. me fait regarder comme nécessaire de ne lui adresser que des extraits des dépêches au lieu des dépêches elles-mêmes, une simple lettre étant plus facile à soustraire aux perquisitions, en cas d’événement.

Le landgrave de Darmstadt ne se décide point. Ce qui l’entoure depuis le rappel de M. de Pappenheim, que nous avions à Paris, et le changement de ministère invente chaque jour des nouvelles pour l’intimider.

M. Helflinger (1) annonce que le landgrave paraît personnellement disposé ; et il a même cru s’apercevoir qu’on ne lui avait pas déplu en employant envers lui d’autres moyens que ceux de la protection. Il vient encore d’envoyer de nouveau M. Doyen son aide de camp, à Berlin : ce qu’il y a de personnes, tenant aux Français autour du landgrave voudrait qu’on l’effrayât.

Le roi de Prusse a fait proposer une seconde fois au Sénat de Lubeck d’occuper cette ville, et le Sénat a refusé une seconde fois.

Les anglais ont fait enlever dans le Weser un grand nombre de pilotes et l’on en conclut que l’expédition secrète est destinée contre le pays de Hanovre.

Au reste, il n’y a pas eu de débarquement dans la Poméranie suédoise et sur la route de Rostock à Lubeck par Wismar. Il n’y a pas la moindre apparence de préparatifs qui annoncent qu’on attende des troupes dans ces contrées.

Il paraît que la cour de Madrid consent à envoyer 6.000 hommes en Toscane ; elle ne se prêterait qu’avec répugnance à envoyer un corps de troupes à l’armée d’Italie, parce qu’elle ne veut point être partie dans la guerre continentale. L’utilité, mais la seule réelle que cela pourrait avoir pour nous, c’est que les Russes ne pourraient pas s’arrêter dans aucun port de l’Espagne. Votre Majesté recevra sur cet objet une lettre du prince de la Paix, qui a été mise dans un paquet à l’adresse du ministre de la marine.

La confédération helvétique n’a fait encore marcher que 5.000 hommes vers ses frontières, mais on paraît disposé à compléter le premier contingent.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. deux bulletins, l’un de Reinech, l’autre de Schaffhouse, difficiles à abréger et qui grossissent peu le volume de cette lettre.

Le change de Londres vient d’éprouver une forte baisse ; d’un courrier à l’autre elle a été de deux pour cent, ce qui prouve un envoi d’argent très considérable : il s’est fait à Hambourg des opérations majeures.

A Paris, quoique le numéraire soit toujours rare, et quoique l’on voie bien qu’il y a eu de fausses mesures prises à cet égard, il n’y a aucun ferment de malveillance ; on sent qu’il vaut mieux se calmer et attendre que d’accuser.

Je supplie V.M., etc.

(1). Chargé d’affaires de France près le landgrave de Hesse-Darmstadt.



CVI



Strasbourg, 18 vendémiaire an XIV (10 octobre 1805).

Sire,

Je reçois à l’instant des dépêches de M. le grand maréchal et de M. de La Forest. Elles sont trop importantes pour que je me borne à des extraits, et j’ai l’honneur d’adresser les dépêches mêmes à V.M.

Les espérances de M. le grand maréchal et de M. de La Forest, les miennes, et l’on peut dire celles du ministère prussien lui-même, ont été trompées par les irrésolutions et la pusillanimité du roi. Ce qu’il avait désiré, demandé même avec insistance, lui paraît à craindre au moment où on le lui accorde ; il se voit entraîné dans la guerre s’il accepte le Hanovre en dépôt, et la guerre est ce qu’il veut éviter à tout prix. Il propose de renouveler purement et simplement la convention de neutralité faite dans la dernière guerre et d’y comprendre le Hanovre, dont il garantira la neutralité. V.M. sera toujours trompée lorsqu’elle s’attendra à trouver dans les autres rois la grandeur d’âme, l’élévation de sentiments et la fermeté de caractère qui lui sont propres.

Je supplie V.M., dont le génie suffit à tout, de me faire connaître ses intentions pour que je les transmette promptement à M. le grand maréchal.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une lettre de Carlsruhe dans laquelle M. Massias rend compte des tentatives faites par les deux partis qui divisent la cour pour pousser madame la margrave à quitter l’électorat.

Le bulletin de Ratisbonne me paraît mériter l’attention de V.M.

J’ai apporté avec moi quelques passeports suisses et portugais qui peuvent servir pour des espions. J’en adresse trois de chaque espèce à V.M. : j’en ai gardé et employé quelques-uns.

Je supplie V.M., etc.



CVII



Strasbourg, 19 vendémiaire an XIV (11 octobre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. deux lettres de M. de La Rochefoucauld d’une date un peu ancienne et qui ne contiennent que peu de nouvelles, mais dont quelques-unes ont de l’intérêt. En général, elles confirment ce qu’on avait appris d’ailleurs des embarras et de la détresse de la cour de Vienne. Elle demande à ses peuples des secours gratuits en avouant que le trésor n’est pas en état de payer ses denrées. Elle augmente les impôts en argent ; elle demande des levées considérables d’hommes aux Etats de Bohême et de Hongrie.

J’ai aussi l’honneur d’adresser à V.M., une dépêche du général Vial, à laquelle est jointe une déclaration faite chez lui par un homme d’Appenzel. Je supplie V.M. de lire cette pièce : quelque réservé que je sois à communiquer à V.M., ce qui est souvent pour moi l’objet des plus vives inquiétudes, je ne puis m’empêcher d’appeler son attention sur cette pièce. La conservation de V.M. est mille fois plus précieuse pour la France que la conquête de l’Allemagne et du monde.

Je me borne à extraire des autres dépêches qui me sont parvenues les articles en petit nombre que je crois pouvoir être de quelque intérêt pour V.M.

M. Massias écrit que la brigade électorale destinée à se joindre à l’armée française sera prête à marcher le 23 de ce mois, que le 16 et le 17 on ne voyait point d’Autrichiens dans les défilés de Murg et de la Kinzig, que d’après des rapports dignes de confiance, il ne s’en trouve point non plus dans les autres gorges de la forêt Noire, et que le 17 seulement une de leurs patrouilles parut à Calbe sur la Nagold.

Huit mille Suisses gardent les frontières helvétiques du côté de l’Autriche : ils ont reçu l’ordre de repousser la force par la force, leur serment les oblige, et le landamman assure qu’ils le tiendront en gens d’honneur.

Il est clair, par une lettre de M. Helflinger, du 16 vendémiaire, que vous ne pouvez compter sur le landgrave de Darmstadt qu’autant que le roi de Prusse le portera à entrer dans l’alliance.

Un aide de camp de l’archiduc Charles étant arrivé à Venise le 2 vendémiaire en fit partir sur-le-champ les régiments de Reuski et de l’archiduc Rodolphe.

Le sieur Vernègues, le même qui fut arrêté à Rome, est arrivé de Pétersbourg à Venise, chargé d’une mission ; il a un frère colonel au service de Naples, un autre dans l’armée de mer autrichienne.

Le ministre de V.M. à Dresde m’a fait passer la lettre ci-jointe pour M. le général Savary ; il m’annonce qu’elle contient des renseignements sur l’armée russe qui pourraient aussi être utiles au ministre de la guerre.

La lettre ci-jointe adressée à V.M. est arrivée sous une enveloppe à mon adresse et timbrée de Lyon, mais sans aucun avis qui me fasse connaître qui l’a écrite et quel en est l’objet.

Le cardinal Caprara m’écrit que le pape voit avec peine la mésintelligence qui subsiste entre M. le cardinal Fesch et le cardinal Consalvi. M. le cardinal Fesch a trouvé que le gouvernement romain mettait trop de lenteur à poursuivre des brigands qui avaient attaqué un courrier français, à rechercher les auteurs d’un assassinat que l’opinion publique imputait faussement à des Français, et à découvrir un club où l’on faisait des intrigues et des calomnies contre la France.

Ces griefs ont donné occasion à M. le cardinal Fesch d’adresser au secrétaire d’état plusieurs notes dont quelques expressions l’ont blessé. M. le cardinal Consalvi, après avoir exposé combien il a mis de zèle à rechercher les coupables de tous ces délits, a cru que son honneur lui prescrivait de donner sa démission, puisqu’il était accusé de remplir ses fonctions avec trop peu de zèle pour la répression des délits et trop peu d’attachement pour la France. Le pape n’a pas accepté la démission du cardinal Consalvi, qui a désiré que sa justification, dont il a envoyé les pièces à M. le cardinal Caprara, fut mise sous les yeux de V.M. Toutes les pièces d’écriture que l’on m’envoie sur cette affaire forment un volume. Du reste, tout cela n’est qu’une discussion particulière entre les cardinaux, et ne touche point aux rapports de V.M. avec le Saint-Siège.

Le général Hédouville vient d’arriver et attend ici les ordres de V.M.

Je supplie V.M., etc.



CVIII



Strasbourg, 19 vendémiaire an XIV (11 octobre 1805).

Sire,

Nous recevons à l’instant la nouvelle de l’action brillante qui a eu lieu le 16 (1) près de Wertingen : permettez que j’adresse à V.M. mes félicitations sur un premier avantage qui promet à ses armes les plus étonnants succès.

M. le prince d’Isembourg est arrivé ici depuis deux jours. Il se propose de se rendre au quartier général de V.M. et de la supplier de lui donner du service : il me paraît plein de zèle, d’ardeur et de loyauté.

Je supplie V.M., etc.

(1). Le 16 vendémiaire. Toute une division ennemie avait été anéantie par Murat et Lannes.



Voir la lettre




CIX



Strasbourg, 21 vendémiaire an XIV (13 octobre 1805).

Sire,

M. Massias écrit en date du 19 vendémiaire que l’électeur de Bade craignant que quelques partis autrichiens ne fussent détachés jusqu’à Carlsruhe, paraissant dans l’intention de se retirer à Manheim ou même de venir chercher un asile en France. Les inquiétudes de l’électeur auront été probablement dissipées lorsqu’il aura appris les nouvelles des premiers succès remportés par les armes de V.M. Des rapports parvenus à Carlsruhe le 19 annonçaient que les détachements autrichiens répandus dans la Forêt Noire s’étaient repliés sur Ulm et Stockach.

J’ai l’honneur de transmettre à V.M. une lettre qui m’a été adressée pour elle par le landamman de la Suisse : cette lettre est probablement une apologie.

Une lettre de Francfort porte que M. l’électeur de Bavière, dans l’indécision de son séjour à Wurzbourg, fait transporter à Dusseldorf les effets précieux qu’il avait emportés avec lui de Munich. Six fourgons chargés de ces effets avaient passé la veille, 19, à Francfort.

Les gazettes parvenues le 19 annonçaient que l’avant-garde des Russes était arrivée, d’un coté à Braunau sur l’Inn, et de l’autre à Egra, extrême frontière de la Bohême vers le haut Palatinat.

A Salzbourg on faisait, le 3 vendémiaire, des préparatifs secrets pour le départ de la cour électorale. M. de Manfredini a dit à M. de Lezay : « Tout pourrait s’arranger encore. Votre empereur veut pour roi d’Italie le prince Eugène, qu’il le soit. L’empereur a une fille bien élevée et bien portante (elle est âgée de quinze ans), qu’il l’épouse. »

Je ne sais si ce propos est tout entier de M. de Manfredini ou si M. de Lezay n’a point entendu plus qu’on ne lui a dit.

Dans une nouvelle lettre, M. de Lezay rend compte, à la date du 7 vendémiaire, de quelques mots échappés à l’empereur d’Allemagne lors de son passage à Salzbourg. Ce qui est clair, c’est que M. de Manfredini, qui est sûrement l’homme désigné par M. de Lezay dans cette seconde lettre, voudrait être porteur de paroles. – Cette lettre renferme quelques détails sur les préparatifs que l’on fait pour mettre Salzbourg en état de défense.

L’électeur de Hesse-Cassel doit prendre le commandement des troupes prussiennes stationnées en Westphalie.

Le commissaire général de V.M. à Cadix annonce, en date du 5 vendémiaire, qu’un exprès venu de Tarifa porte la nouvelle qu’un convoi de cinquante voiles anglaises venait d’entrer dans le détroit sous l’escorte d’un vaisseau, d’une frégate et d’un brick de guerre.

La régence de la principauté de Furstenberg a envoyé ici un de ses membres ; l’objet de cette mission est de démentir le bruit qui s’est répandu, que le contingent de la principauté avait rejoint l’armée autrichienne. Je me suis borné à dire au député que je porterai à la connaissance de V.M. la lettre dont il était chargé pour moi. – Il est reparti. J’ai pensé qu’il n’y a point lieu à donner suite à sa mission parce que, quoi qu’il en soit du contingent de la maison de Furstenberg, il est de fait que c’est une des maisons les plus dévouées à la cour de Vienne ; en toute circonstance elle en donne des preuves. La population du pays de Furstenberg est de plus de 83.000 habitants.

Dans les moments où je suis sans nouvelles et sans l’espérance d’en avoir, j’ai rassemblé quelques idées sur les moyens de profiter des circonstances actuelles : j’aurai l’honneur de les soumettre demain à V.M.

Je supplie V.M., etc.



CX



Strasbourg, 23 vendémiaire an XIV (15 octobre 1805).

Sire,

Une lettre de M. de La Rochefoucauld en date du 10 vendémiaire porte que la première division russe se trouvait près de Saint-Polten et que le 10 octobre (18 vendémiaire), elle devait arriver en Bavière : il annonce que l’empereur d’Allemagne, de retour le 8 vendémiaire à Vienne, devait partir le 24 pour ouvrir la diète de Hongrie. Il mande que les troupes russes sont exténuées par les marches forcées. Chaque jour l’ambassadeur de Russie porte des plaintes contre les administrations civiles et militaires d’Autriche.

M. Bourrienne me transmet une lettre de Rostock qui annonce que huit mille russes et quatre mille suédois ont été débarqués à Stralsund dans la nuit du 13 au 14 vendémiaire. Ils avaient été transportés sur vingt-huit vaisseaux de transport et quelques vaisseaux de guerre les escortaient.

Les journaux anglais apprennent qu’une escadre française composée de cinq vaisseaux de ligne et de deux frégates s’est emparée de cinq vaisseaux anglais venant des Indes, du vaisseau le Calcutta, de cinquante canons, ainsi que d’un navire revenant de la Barbade.

M. Massias a été chargé par l’électeur de Bade de supplier V.M. de vouloir bien exempter de tous passages et logements militaires ses deux résidences de Manheim et de Carlsruhe. Je supplie V.M. de vouloir bien me faire connaître ses intentions à cet égard.

Le ministre de V.M. à Dresde a placé des agents à Prague et à Budweis, à Cracovie et à Lemberg, de manière que leurs observations seront dirigées à la fois sur la tête des armées russes, au moment où elles approchent du Danube et vers le point où les corps qui sont en arrière doivent nécessairement passer aussitôt qu’ils mettent le pied sur le territoire autrichien.

M. Otto, à qui j’ai mandé chaque jour les nouvelles de l’armée que nous avons reçues ici de V.M. me mande que l’électeur se rendra à Munich sous peu de jours. J’ai instruit MM. La Forest, durant et Bourrienne également de toutes les nouvelles de l’armée, chaque jour j’ai écrit à M. Alquier et au général Beurnonville. L’électeur de Bavière demande avec instance qu’on lui procure de l’argent : il veut ouvrir un emprunt, et il propose un intérêt de 5 %, ce qui paraît très insuffisant, dans un temps où l’intérêt, dans les Etats les plus riches et les mieux ordonnés, est de beaucoup plus élevé. J’enverrai ses propositions, sans grande espérance de succès, à Francfort.

Je supplie V.M., etc.



CXI



Strasbourg, 25 vendémiaire an XIV (17 octobre 1805).

Sire,

Dans l’éloignement où je suis de Votre Majesté, ma plus douce ou plutôt mon unique consolation est de me rapprocher d’elle, autant qu’il est en moi, par le souvenir et par la prévoyance. Le passé m’explique le présent et ce qu’a fait Votre Majesté me devient un présage de ce qu’elle doit faire ; car, tandis que les déterminations des hommes ordinaires varient sans cesse, celles de Votre Majesté, prenant sa source dans sa magnanimité naturelle, sont, dans les mêmes circonstances, irrévocablement les mêmes.

Lorsque Votre Majesté quitta Strasbourg, une seule chose tempérait me regrets. C’était la certitude qu’elle marchait à la victoire. A peine quelques jours se sont écoulés, à peine Votre Majesté a-t-elle rencontré l’ennemi, et déjà elle a vaincu. Mais quand le vulgaire ne voit dans les succès de Votre Majesté que ces succès même, ceux qui songent qu’après les mémorables campagnes de l’an IV et de l’an V, au 18 brumaire, après la journée de Marengo, et en d’autres circonstances non moins solennelles, Votre Majesté n’a profité de ses triomphes que pour offrir la paix à ses ennemis, ceux qui savent qu’elle ne considère chaque victoire que comme un gage de la paix après laquelle elle soupire, ne doutent point, qu’après avoir remporté dans cette guerre des avantages signalés sur l’Autriche, elle ne cède encore au noble penchant de sa grande âme.

Il ne m’appartient pas de rechercher quel était le meilleur système de guerre : Votre Majesté le révèle en ce moment à ses ennemis et à l’Europe étonnée. Mais voulant lui offrir un tribut de mon zèle, j’ai médité sur la paix future, objet qui, étant dans l’ordre de mes fonctions, a de plus un attrait particulier pour moi, parce qu’il se lie plus étroitement au bonheur de Votre Majesté.

L’Europe compte aujourd’hui quatre grandes puissances ; car dans ce rang je ne mets point la Prusse ; elle est grande dans l’opinion, parce qu’un de ses monarques fit de grandes choses, et parce qu’on s’est habitué à confondre avec Frédéric II l’Etat dont il fit la gloire ; mais, avec un territoire morcelé, ouvert de toutes parts, un sol généralement ingrat, une population de dix millions de sujets seulement, peu d’industrie et de capitaux, elle n’est réellement que la première des puissances de second ordre.

A la tête des grandes puissances est la France, plus forte que chacune des trois autres, capable même de leur résister à toutes, seule puissance parfaite parce que seule elle réunit dans une juste proportion, les deux éléments de grandeur qui sont inégalement répartis entre les autres, à savoir, les hommes et la richesse.

Des trois puissances qui partagent avec elle la haute influence en Europe, deux sont ses rivales et ses ennemis naturelles. La troisième, séparée d’elle par d’immenses espaces, n’est point directement son ennemie, mais elle l’est indirectement, comme ennemie naturelle de ses plus anciens alliés.

Tant que l’Autriche et l’Angleterre seront rivales de la France, elles seront alliées naturelles et nécessaires.

Tant que l’Autriche ne sera point en rivalité avec la Russie, il sera facile à l’Angleterre de les unir dans une alliance commune.

Tant que les Russes seront en contact avec l’empire Ottoman, et qu’ils en méditeront la conquête, la France sera forcée de les considérer comme ses ennemis.

Il est évident, que, d’un tel système de rapports entre les grands Etats sortiront des causes sans cesse renaissantes de guerre, que les paix ne seront que des trêves et que l’effusion de sang humain ne sera jamais que suspendue.

Il n’est pas moins évident que, dans toutes les guerres qui naîtront de cet état de choses, la France sera partie ou principale ou accessoire, mais toujours nécessaire.

Une alliance entre la France et la Prusse avait été considérée comme propre à maintenir la paix sur le continent. Mais une alliance avec la Prusse est aujourd’hui impossible. Frédéric II n’est plus, et avec lui le règne des grandes choses a fini pour le pays auquel il fit prendre rang parmi les puissances. Ce n’est plus son génie qui préside aux conseils de la Prusse ; mais une politique timide, cauteleuse et intéressée. Elle voudrait s’accroître mais sans risques. Elle voudrait recueillir les fruits de la victoire, mais sans avoir combattu. Le monarque qui la gouverne est dans sa première jeunesse. Selon toutes les probabilités, il poussera loin sa carrière. Les années ne feront que fortifier son penchant à la parcimonie et au repos. Ainsi, l’on ne peut espérer que d’ici à un demi-siècle, la Prusse s’associe à aucune noble entreprise. – Qu’elle reste donc dans sa petitesse, puisqu’elle n’a pas voulu profiter de l’occasion qui lui était offerte de s’élever à la grandeur. Qu’elle porte la peine de sa pusillanimité ! et que, laissée à elle-même, elle attende du temps et de la fortune ce qu’il eût été beau de ne devoir qu’à sa prévoyance et à son courage. D’ailleurs, une alliance avec la Prusse, utile dans l’état actuel des choses, n’aurait pas été sans inconvénients pour l’avenir. Et quoique, dans quelques cas particuliers, elle eût pu produire l’effet qu’on s’était promis, il était impossible d’espérer qu’en général elle prévint des guerres dont elle n’aurait pas fait cesser les causes.

Mais ces causes cesseront, et avec elles les guerres qu’elles enfantent, si au système de rapports dont elles sont la conséquence on en substitue un autre qui, ôtant tout principe de mésintelligence entre la France et l’Autriche, sépare les intérêts de l’Autriche de ceux de l’Angleterre, les mette en opposition avec ceux de la Russie et, par cette opposition, garantisse l’empire ottoman.

Telles sont, dans l’état présent de l’Europe, les conditions du problème à résoudre pour parvenir à une paix qui mérite ce nom, c’est-à-dire à une paix durable.

Pour le résoudre, il faut d’abord que l’Autriche cesse d’être en contact immédiat avec la France et les Etats qu’elle a fondés. Il faut qu’elle ne confine plus au Milanais, objet de ses regrets, et que l’Etat vénitien soit, non pas réuni au royaume d’Italie (ce serait ramener le contact qu’il importe d’éloigner), mais interposé entre ce royaume et l’Autriche, comme Etat indépendant. Il ne doit pas former une monarchie (le monarque pourrait un jour se liguer avec l’Autriche), mais une république, sous l’influence de Votre Majesté, se donnant à elle-même des institutions aristocratiques, et présidée par un magistrat de son choix. Il faut que l’Autriche n’ait plus entre ses mains une des principales clefs de la Suisse et qu’elle ne puisse affaiblir par ses acquisitions et ses empiètements, tourmenter par ses prétentions, asservir par son influence, les voisins de la France dans le midi de l’Allemagne. En un mot, il faut que la maison d’Autriche et ses princes renoncent à toutes leurs possessions en Souabe, qu’elle renonce notamment à la possession de Landau, à l’île de Meinau et à l’Etat de Venise, en y comprenant Trieste, qui deviendrait une dépendance de l’Etat vénitien.

Si l’on imposait à l’Autriche ces sacrifices sans les lui compenser, ce serait une loi dure, qu’elle ne subirait pas, à moins qu’elle ne fût abattue et prosternée plus qu’il ne convient aux intérêts de l’Europe elle-même. Elle pourrait céder pour un temps à la nécessité, mais, couvant intérieurement des projets de vengeance et n’attendant que l’occasion de les exécuter, elle serait plus que jamais engagée dans l’alliance de l’Angleterre et de la Russie, dont il importe de la détacher.

Dans les âges passés on sentit de fortifier l’Autriche, considérée comme un boulevard contre les Ottomans, alors redoutables contre la chrétienté. Nonobstant l’antique rivalité des maisons d’Autriche et de Bourbon et l’antique alliance de la France avec la Porte ottomane, Louis XIV vit les dangers de l’Europe et donna des secours à sa rivale. Aujourd’hui les Turcs ne sont plus à craindre, ils ont tout à craindre eux-mêmes. Mais les Russes les ont remplacés : l’Autriche est encore le principal boulevard que l’Europe ait à leur opposer et c’est contre eux qu’il faut la fortifier aujourd’hui.

Ainsi, la politique exige que, non seulement les sacrifices que l’Autriche devra faire soient compensés, mais encore le soient de manière à ne lui laisser aucun regret.

Qu’en échange des Etats vénitiens, du Tyrol, de ses possessions en Souabe et de ses prétentions sur les Etats voisins, lesquelles demeureront à jamais éteintes, on lui donne la Valachie, et la Moldavie, la Bessarabie et la partie la plus septentrionale de la Bulgarie ; maîtresse alors de deux fertiles provinces, acquérant pour ses anciens Etats un débouché par le Danube, qui coulera presque entier sous ses lois, et une portion des côtes de la mer Noire, elle n’aura point à regretter des pertes si richement compensées. Elle convoite ces deux provinces, elle les verrait avec un regret amer entre les mains des Russes qui, cependant, les ont déjà presque envahies : elle n’ose se flatter de les obtenir et ne pourrait s’empêcher de regarder comme heureux les événements qui lui en auraient assuré la possession.

L’empire ottoman n’aurait point lui-même à les regretter.

Les Turcs ont perdu de leur puissance relative, parce que tout a fait autour d’eux des progrès, sans qu’ils en aient fait aucun. Ils ont perdu de leur puissance absolue, parce que le ressort de leur gouvernement s’est affaibli. L’étendue de leurs possessions ajoute à leur faiblesse, parce que leur population, qui décroît sans cesse, étant disséminée sur un vaste territoire< le peuple conquérant se trouve comme absorbé au milieu du peuple conquis. Leur ôter quelques provinces, ce n’est pas les affaiblir, c’est les fortifier. D’ailleurs, la souveraineté de la Porte Ottomane sur la Valachie et la Moldavie n’est plus que nominale. La souveraineté réelle de ces provinces est entre les mains des ennemis de l’empire, contre lequel elles ne sont plus une barrière. Elles le soutiendront au contraire entre les mains de l’Autriche ; et, par le sacrifice d’une souveraineté idéale, la Porte ottomane aura acheté sa sûreté et l’espoir d’un long avenir.

En entrant dans de nouveaux rapports, la maison d’Autriche prendra une politique nouvelle.

Du moment qu’elle sera en possession de la Valachie et de la Moldavie, les Russes, aujourd’hui ses alliés, deviendront ses rivaux et ses ennemis naturels.

Les Valaques et les Moldaves préférant la domination des Russes, à cause de la conformité de religion, la tiendront constamment en éveil. Elle sera forcée de porter de ce côté toute son attention et toutes ses forces.

Loin de s’associer, comme elle le ferait peut-être aujourd’hui, aux projets des Russes contre l’empire ottoman, elle sera intéressée à les traverser et à les combattre.

Si elle en formait elle-même, la France aurait plus de facilité pour les prévenir ou pour en arrêter l’exécution.

L’Autriche, ennemie naturelle des Russes, aura pour alliée naturelle la France.

Les Allemands seront pour toujours exclus de l’Italie, et les guerres que leurs prétentions sur ce beau pays ont entretenues pendant tant de siècles, pour jamais éteintes.

L’Angleterre ne trouvera plus d’alliés sur le continent, ou n’en trouvera que d’inutiles.

Les Russes, comprimés dans leurs déserts, porteront leur inquiétude et leurs efforts vers le midi de l’Asie, où le cours des événements les mettra en présence et en opposition avec les Anglais, aujourd’hui leurs alliés.

Ainsi, aura été complètement résolu le problème de la paix la plus durable que la raison puisse permettre d’espérer.

Maintenant, je suppose qu’après le gain d’une grande bataille, Votre Majesté dise à la Maison d’Autriche :

« J’ai tout fait pour conserver la paix ; vous seule avez voulu la guerre. Je vous en avais prédit les conséquences, et maintenant vous les éprouvez, j’ai vaincu à regret, mais j’ai vaincu ; je veux que ce soit pour l’utilité commune ; je veux extirper d’entre nous jusqu’au dernier germe de mésintelligence. Nos divisions ne peuvent naître que d’un voisinage trop rapproché. Vous et les princes de votre maison, renoncez à toutes vos possessions en Souabe. Renoncez à Lindau, à l’île de Meinau, d’où vous inquiétez la Suisse. Renoncez à l’Etat vénitien, à Trieste et au Tyrol. De mon côté, je séparerai, comme je l’ai promis, les couronnes de France et d’Italie. Le royaume d’Italie ne sera point agrandi. La République de Venise, à laquelle Trieste sera jointe, sera rétablie, sous la présidence d’un magistrat de son choix. En exigeant de vous des sacrifices, je ne prétends point qu’ils restent sans compensations ; je veux même que les compensations les surpassent. Etendez-vous le long du Danube. Occupez la Valachie, la Moldavie, la Bessarabie. J’interviendrai pour vous faire céder ces provinces par la Porte ottomane, et si les Russes vous attaquent, je serai votre allié. Dès aujourd’hui, l’alliance peut être conclue, je viens d’en poser toutes les bases. Il est entendu que l’évêché d’Eischstadt, qui est au milieu de la Bavière lui sera donné. »

J’ose croire qu’après une victoire, de telles propositions seraient accueillis avec transport par la maison d’Autriche, et alors la plus belle paix terminerait la guerre la plus glorieuse.

Votre Majesté me permettra de lui soumettre, en aperçu le projet de traité sur lequel les négociations pourraient être ouvertes.



PROJET



Sa Majesté l’empereur des Français et Sa Majesté l’empereur d’Allemagne et d’Autriche, également animé du désir, non seulement de mettre fin à la guerre présente, mais encore de placer leurs Etats dans un système de rapports qui fasse cesser entre eux toute opposition d’intérêts, de prétentions, de vues, et par cela même toute cause éventuelle de guerre, afin d’établir sur un fondement solide la paix de l’Europe, qui ne saurait être ébranlée tant les cours de France et d’Autriche seront étroitement et sincèrement unies pour la maintenir, ont nommé à cet effet, Sa Majesté l’empereur des Français………., Sa Majesté l’empereur d’Allemagne………., lesquels, après avoir mûrement examiné et pesé tous et chacun des moyens les plus propres à conduire à un but si désirable et s’être communiqué leurs pleins pouvoirs, sont convenus des articles suivants :

ART. 1er. -- Il y aura dorénavant paix et amitié entre Sa Majesté l’empereur des Français, roi d’Italie et Sa Majesté l’empereur d’Autriche et d’Allemagne, leurs héritiers et successeurs respectifs à perpétuité.

ART. 2. -- Les limites de la France sont depuis la Hollande jusqu’à Bâle, le thalweg du Rhin, depuis Bâle jusqu’aux Alpes ses limites actuelles, et, en Italie, celles qui la séparent maintenant du royaume d’Italie, des Etats du Pape et de l’Etrurie.

Sa Majesté l’empereur des Français s’engage pour lui, ses héritiers et ses successeurs à ne rien acquérir par voie d’achat, d’échange, de donation et de réunion, ni par aucune voie semblable quelconque au-delà des limites susdites.

ART. 3. -- Immédiatement après les ratifications les couronnes de France et d’Italie seront séparées à perpétuité et Sa Majesté l’empereur d’Allemagne et d’Autriche promet de reconnaître comme roi d’Italie le successeur que Sa Majesté l’empereur des Français se sera donné, conformément aux constitutions du royaume.

ART.4. -- Les possessions de la maison d’Autriche et de ses princes auront à l’avenir pour limites, du côté de l’Allemagne, les limites actuelles de la Silésie autrichienne, du royaume de Bohême, celles de l’archiduché d’Autriche depuis la Bohême jusqu’au point de jonction des frontières de l’archiduché et de l’électorat de Salzbourg, entre Burghausen et Titmaning, puis celles du dit électorat et les limites anciennes des duchés de Carinthie et de Carniole.

Sa Majesté l’empereur d’Allemagne et d’Autriche renonce dès à présent, tant pour lui que pour les princes de sa maison, leurs héritiers et successeurs respectifs, aux pays, seigneuries et principautés héréditaires que sa dite Majesté et les dits princes possèdent en dehors des limites ci-dessus.

Sa Majesté l’empereur d’Allemagne et d’Autriche, tant pour lui que pour les princes de sa maison, leurs héritiers et successeurs respectifs, s’engage à ne rien conserver au delà de ses mêmes limites de ce qu’ils auraient pu y acquérir par voie de conquête, et à n’y rien acquérir par voie d’achat, d’échange, de donation, de reversion et d’incorporation, ou enfin par aucune autre voie semblable, quelle qu’elle puisse être, renonçant dès à présent à toute expectative et à tout droit éventuel qu’ils pourraient avoir.

ART. 5. -- Les échanges que chacune des hautes parties contractantes voudrait faire pour opérer seulement une rectification de ces limites ne seront point réputés contraires aux stipulations du présent traité.

ART 6. -- La partie du ci-devant Etat vénitien et les autres territoires du nord de l’Italie auxquels Sa Majesté l’empereur d’Allemagne et d’Autriche renonce par l’article 4 seront érigés en république aristocratique indépendante, qui se donnera à elle-même ses institutions et qui sera gouvernée par un magistrat héréditaire, dont le choix, pour cette première fois, sera fait par l’empereur Napoléon.

Les deux hautes parties contractantes se garantissent mutuellement l’indépendance et l’intégrité du territoire de ladite république.

ART 7. -- Toutes les prétentions de la maison d’Autriche à la charge des états d’Empire situés dans les cercles de Bavière, de Franconie, de Souabe, ses prétentions à l’égard de la Suisse, et réciproquement toutes les prétentions des dits états à la charge de la maison d’Autriche sont dès à présent et demeurent à jamais éteintes.

ART. 8. -- Les territoires situés dans les cercles de la Bavière, de Franconie et de Souabe, et auxquels Sa Majesté l’empereur d’Allemagne et d’Autriche renonce par le même article 4 seront, à l’avenir, tenus et possédés en toute propriété, aux mêmes titres et droits actuels et éventuels que les possédait la maison d’Autriche par les princes et états d’Empire qui ont souffert dans cette guerre, et entre lesquels ils seront répartis par une convention particulière et spéciale annexée au présent traité.

Les hautes parties contractantes interviendront, pour faire reconnaître et sanctionner par l’Empire germanique les changements survenus dans l’état de possession des dits princes et Etats, en conséquence de la convention précitée.

ART. 9. -- Sa Majesté l’empereur des Français ne s’opposera point à ce que, immédiatement après les ratifications du présent traité, Sa Majesté l’empereur d’Allemagne et d’Autriche fasse occuper par ses troupes et possède en toute souveraineté, lui, ses héritiers et successeurs à perpétuité la Valachie, la Moldavie, la Bessarabie et la partie de la Bulgarie au nord d’une ligne tirée du confluent de la Sereth et du Danube à Mancalia, sur la mer Noire.

ART. 10. -- Sa Majesté l’empereur des Français interviendra d’une manière efficace pour que la Porte ottomane cède et transporte à la maison d’Autriche ses droits de suzeraineté et de souveraineté sur ces provinces, parce qu’il est convenu qu’en retour de la cession faite par la Sublime Porte, Sa Majesté l’empereur d’Allemagne et d’Autriche garantira l’intégrité des autres possessions ottomanes en Europe.

ART. 11. -- Dès à présent, Sa Majesté l’empereur des Français garantit à Sa Majesté l’empereur d’Allemagne et d’Autriche la possession des dites provinces contre toute prétention, entreprise et attaque de la part des Russes.

ART. 12. -- Les hautes parties contractantes conviennent et promettent dès à présent de regarder comme leur étant commune l’une à l’autre toute agression des Russes dirigée contre l’une d’elles pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce puisse être. Elles fixeront par une convention qu’elles se réservent de conclure la nature et la qualité du recours que, le cas d’alliance survenant, elles seront mutuellement tenues de se fournir, ainsi que tout ce qui concerne la solde, l’entretien et le commandement des forces que l’un des alliés devra mettre à la disposition de l’autre allié.

ART. 13. -- Si, ce qu’à Dieu ne plaise, nonobstant les précautions prises par les hautes parties contractantes pour rendre perpétuelles entre elles la bonne intelligence et la paix, la guerre venait un jour à les diviser, il est convenu que la république helvétique, dont les hauts contractants garantissent l’organisation actuelle résultante de l’acte de médiation, jouira d’une neutralité pleine, entière et absolue, de telle sorte que les armées des hauts contractants ne puissent non seulement pas y établir le théâtre de la guerre, mais encore occuper momentanément aucun point, ni traverser aucune partie de son territoire.

ART.14 ET DERNIER. -- Les ratifications seront échangées à Paris, etc…

Par ce projet, les acquisitions de la France en Italie, non encore reconnues et contestées par l’Autriche, sont par elle reconnues et consenties.

L’Autriche renonce elle-même à tout ce qu’il nous importe qu’elle ne conserve pas.

La forme dans laquelle ces reconnaissances et ces renonciations sont stipulées fait disparaître ce qu’il y aurait d’irritant pour l’orgueil autrichien si elles étaient explicites. Voulant vivre désormais en état d’amitié et d’alliance avec l’Autriche, il convient de ne point la blesser dans l’instrument même de la réconciliation. Au lieu d’énumérer les acquisitions qui restent à la France et les pertes que fait l’Autriche, il suffisait de dire quelles seraient à l’avenir les limites respectives des deux empires, et c’est ce que j’ai fait. Le résultat est le même, mais l’amour-propre est à couvert. C’est par la même raison qu’il m’a paru convenable de ne point faire dans le traité patent la répartition des territoires que l’Autriche abandonne en Allemagne. Cette répartition nécessite d’ailleurs un examen attentif et des recherches particulières. J’ai l’honneur d’en adresser un projet à Votre Majesté.

Les frontières de la France et de l’Autriche sont séparées, du côté de l’Allemagne par une distance moyenne de cent lieues ; du côté de l’Italie par une distance moyenne de quatre-vingts lieues. L’espace intermédiaire est occupé par des Etats que Votre Majesté a fondés, ou relevés, ou secourus et qui sont à jamais attachés à la France.

Les cercles de Bavière, de Franconie et de Souabe sont débarrassés entièrement de l’influence ou tracassière ou usurpatrice ou tyrannique, de la maison d’Autriche.

Cette maison, reculée vers l’est et établie dans des provinces que les Russes convoitent, devient leur ennemie naturelle.

Elle est alliée à la France contre eux. Elle garantit contre toute attaque de leur part l’empire ottoman et la lie elle-même envers cet empire, dont elle garantit elle-même l’intégrité.

Enfin l’acte de médiation de la république helvétique est garanti, et la neutralité de cette république est stipulée pour toutes les guerres à venir, ce qui couvre la France du côté où ses frontières sont ouvertes.

Tout semble donc prévu, et de ce qui peut rendre la paix en quelque sorte éternelle, et de ce qui peut rendre la guerre, si elle venait à se rallumer, moins onéreuse et moins inquiétante pour la France.

Ce projet fournirait aussi à Votre Majesté des moyens d’établissement pour des princes de sa maison.

La maison d’Autriche, par les renonciations qu’elle fait, perd en Allemagne 1,672 lieues carrées, neuf cent neuf mille six cent quatre-vingt-seize sujets et 8,663,600 francs de revenus. Au nord de l’Italie, elle perd 2,394 lieues carrées, deux millions deux cent mille sujets et 25,000,000 de francs de revenus. En tout 4,000 lieues carrées (de 25 au degré) deux millions neuf cent mille sujets et près de 28 millions et demi de revenu.

La Valachie et la Moldavie, au contraire, n’ont que dix-sept cent mille âmes de population.

La Bessarabie et le nord de la Bulgarie sont déserts et les revenus de tous ces territoires montent à peine à 16,000,000. Mais leur étendue est double de ceux auxquels l’Autriche renonce. Leur sol est généralement admirable. Ils produiront de grands revenus dès qu’ils auront des hommes ; et ce sera même un avantage pour la maison d’Autriche d’y trouver les rangs clairsemés, puisqu’elle pourra y transporter des colonies d’Allemands laborieux et sur la fidélité desquels elle pourra plus compter que sur celle des Grecs.

A la Moldavie et à la Valachie il a fallu joindre la Bessarabie et une portion de la Bulgarie, pour que les Autrichiens fussent véritablement interposés entre les Russes et les Ottomans, mais encore et surtout pour qu’ils eussent une portion du littoral de la mer Noire, car il importe qu’ils soient sur cette mer, comme sur le continent, les rivaux des Russes.

J’ai regardé comme un devoir de soumettre ce travail à Votre Majesté. J’ai à m’excuser auprès d’elle, de ne le lui présenter qu’ébauché ; mais il suffit d’indiquer à Votre Majesté ce qu’il faut longuement développer aux autres, et, d’ailleurs, j’aurais besoin, pour ²exposer ma théorie, de plus de temps que Votre Majesté n’en met à gagner des batailles et à soumettre des pays.

Je supplie Votre Majesté de recevoir, etc.



CONVENTION ADDITIONNELLE RENFERMANT LES PROJETS DE REPARTITION



Les soussignés, ministres plénipotentiaires de Sa Majesté l’Empereur des Français et de Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne et d’Autriche, procédant en exécution de l’article 7 du traité de ce jour à la répartition des territoires au dit articles sont convenus et demeurés d’accord de ce qui suit :

ART. 1er. -- Seront à l’avenir possédés par les princes ci-après nommés, leurs héritiers et successeurs à perpétuité, ainsi qu’il est dit et réglé par l’article 7 du traité, et à charge pour eux de remplir toutes les obligations résultant du recès de l’Empire germanique du 5 ventôse an XI (25 février 1803), savoir :

Par… le Tyrol, y compris le Vorarlberg et la principauté de Lichtenstein (1).

(1) Le Tyrol pourra être érigé en principauté en faveur de celui que Votre Majesté voudra en gratifier. La population des de 500,000 habitants, le revenu est de 6,000,000 de francs.

Par Son Altesse l’Electeur de Bavière, les évêchés de Passau et d’Eichstadt, la partie du Margraviat de Burgau, située sur la rive droite du Danube, et les comtés de Koenigseck, de Rothenfeld et de Montfort (2).

(2) La population de ce lot est de 118,000 habitants et le revenu de plus de 2,000,000 de francs, les statistiques portent le revenu à 2,000,000 et demi.

Par Son Altesse l’Archiduc de Wurtemberg, la partie du margraviat de Burgau avec ses dépendances, située à la rive gauche du Danube, les haut et bas comtés de Hohenberg, les comtés d’Isny et de Weingerter et la seigneurie de Ravensburg (3).

(3) La population de ce lot est de 70,000 habitant et le revenu d’à peu près 1,000,000 de francs.

Par Son Altesse l’électeur de Bade, le Brisgau, l’Ortenau et la ville de Constance et celle de Lindau, avec son territoire (4).

(4) La population de ce lot est de 170,000 âmes. Le revenu est de 12,000,000 de francs.

L’électeur de Bade ayant reçu l’évêché de Constance en indemnité, il est naturel d’y joindre la ville. De plus, comme il sera toujours notre allié forcément ou de bon gré, il vaut mieux que Constance et Lindau, qui sont des positions, soient entre ses mains que dans celles d’aucune autre puissance, même la Suisse.

Par…, le landgraviat de Nellenbourg (5).

(5) La population de ce landgraviat est de 29,000 habitants. Le revenu est de 400,000 francs. Il n’appartient nécessairement à aucun arrondissement électoral.

Votre Majesté ne pourrait-elle pas en disposer pour le jeune prince de Salm-Kyrbourg à qui elle veut du bien ?

Par S…, la préfecture d’Altorf avec ses dépendances, à l’exception de la ville de Constance et Alkhausen (6).

(6) La population est de 30,000 habitants ; le revenu est de 400,000 francs. Votre Majesté pourrait en disposer pour quelque prince allemand dont elle aurait été particulièrement contente.

ART. 2. -- L’île de Meinau, dans le lac de Constance, sera séparée de l’Empire germanique et possédée en toute souveraineté par la Suisse.

ART. 3. -- La présente convention restera annexée au traité de ce jour et sera comprises dans les mêmes ratifications.



(1). Cette pièce importante n’était pas complètement inconnue. Il y a près de cinquante ans, en 1839, M. Mignet dans sa notice sur M. de Talleyrand, en signalait l’existence et en prenait occasion pour faire un magnifique éloge des vues politiques du célèbre diplomate. Mais, à cette époque, l’Europe était au repos, les traités de 1815 paraissaient en avoir fixé les divisions territoriales pour de nombreuses années et on était disposé à n’accorder qu’une attention distraite à l’analyse d’un projet qui devait apparaître alors commune conception chimérique. D’ailleurs, cette analyse étant très restreinte, comme le comportait le cadre dans lequel elle se trouvait, il était difficile d’apprécier la portée réelle de ce vaste plan.

M. Thiers s’est également servi de ce document, mais avec une légèreté un peu dédaigneuse, conforme, du reste, à l’opinion qu’il a exprimée plusieurs fois sur M. de Talleyrand, dans les volumes parus après la mort de celui-ci.

Enfin, M. Pallain a donné quelques extraits de cet intéressant mémoire dans la préface de sa Correspondance de Talleyrand et du roi Louis XVIII.

Mais jusqu’ici ce document n’avait pas été publié intégralement. Son intérêt n’est pas seulement dans le projet de répartition des territoires de l’Europe en 1805, mais aussi, mais surtout dans les considérations qui ont déterminé Talleyrand et qu’il expose avec tant de clarté et dans un style d’une vigueur qui ne lui est pas ordinaire. La pensée principale de Talleyrand était de dédommager l’Autriche des pertes que Napoléon lui faisait subir à l’Ouest par de nouveaux territoires enlevés à l’empire ottoman et de l’opposer ainsi à la Russie, afin d’arrêter cette dernière puissance dans sa marche vers Constantinople et la Méditerranée. Cette pensée, qui ne fut pas réalisée à Presbourg, malheureusement pour la France, a été reprise de nos jours par le prince de Bismarck. Il n’y a qu’un facteur de changé. L’Autriche est toujours poussée vers l’Est et opposée à la Russie ; mais ce n’est plus la France qui dirige l’événement à son profit. Bien au contraire, c’est pour lui enlever des alliés éventuels et ajouter à la puissance de son ennemie que l’on a fait entrer la grande pensée de Talleyrand dans le domaine des faits.



CXII



Strasbourg, 28 vendémiaire an XIV (20 octobre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’annoncer à V.M. que je viens à l’instant de recevoir le traité de neutralité conclu avec la cour de Naples et dont les ratifications ont été échangées le 16 vendémiaire.

Il n’y a été fait aucun changement et la cour de Naples a ratifié sans restrictions.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXIII



Strasbourg, 28 vendémiaire an XIV (20 octobre 1805).

Sire,

M. Diderot, après avoir quitté le quartier général de V.M., arrivait à Aalen en même temps qu’un détachement du régiment de la Tour, par lequel il fut arrêté, ainsi que son secrétaire. Le colonel les envoya, conduits par une escorte, au général Werneck qui était à Herbrechtingen ; ce général les accueillit avec politesse et promit de les envoyer libres de lendemain. Le général Baillet de la Tour vint le matin demander à M. Didelot ses papiers, menaçant, en cas de refus, d’employer la force. M. Didelot avait profité d’un instant favorable pour couper en parcelles le traité dont il était porteur, de sorte que les Autrichiens n’en ont pas même soupçonné l’existence. Il remit au général Baillet trois papiers qu’il n’y avait aucun inconvénient à laisser tomber entre les mains de l’ennemi, et le général s’en contenta, de sorte que M. Didelot et M. La Jonchère, son secrétaire, purent conserver les lettres dont ils étaient porteurs. Quand le traité aurait été pris, il n’y aurait pas eu un bien grand mal ; cela ne compromettait que l’électeur vis-à-vis du cabinet de Vienne et de Pétersbourg. On les fit ensuite repartir pour Aalen où ils devaient être remis au général d’artillerie Rouvroi. L’archiduc Ferdinand venait d’arriver à Aalen. M. Didelot se fit conduire à sa porte. L’archiduc s’excusa de ce qu’il ne pouvait le recevoir, sur son extrême fatigue, mais il lui fit dire par un de ses aides de camp qu’il était libre de retourner immédiatement à Stuttgart et que les papiers qui lui auraient été pris lui seraient renvoyés aussitôt que l’officier qui les avait serait arrivé. L’aide de camp ajouta que l’archiduc désavouait entièrement la conduite tenue avec M. Didelot et en était singulièrement peiné. Le prince leur donna un officier pour les conduire et les fit prier de prendre la route d’Elwangen. A peine M. Didelot avait-il fait une lieue qu’un officier envoyé après lui lui dit que l’archiduc venant d’être informé du mauvais état des chemins qu’il avait à parcourir, l’invitait à reprendre la route directe d’Aalen à Stuttgart.

M. Eschassériaux a conclu le 16 vendémiaire avec la république du Valais le traité qu’il était chargé de négocier. Mais au lieu que, d’après le décret rendu le 12 à Louisbourg par V.M., le bataillon des Valaisans devait être de 441 hommes effectifs, il doit être, d’après le traité, de 661. La différence ne porte que sur le nombre des soldats, celui des officiers étant le même qui est porté dans le décret et V.M. le jugera peut-être avantageux. Ce traité m’étant arrivé ratifié par la république Valaisanne, j’ai remis à M. Maret l’expédition pour en préparer la ratification. Il va de nouveau faire préparer une nouvelle expédition du traité avec le prince de Wurtemberg (1) dont il n’existe que des morceaux. Il paraît positif que l’Espagne va envoyer six mille hommes en Etrurie. V.M. autorise-t-elle à ce que je mande à M. de Beauharnais (2) qu’à l’arrivée des troupes espagnoles le subside payé par la Toscane pour l’entretien des troupes françaises devra cesser ? M. de Beauharnais m’écrit à cet égard.

Je supplie V.M., etc.

(1). Celui dont il est parlé plus haut et que Didelot avait déchiré pour ne pas le laisser tomber aux mains des Autrichiens.

(2). Le marquis François de Beauharnais, frère du premier époux de l’impératrice Joséphine et ambassadeur à Florence.



Voir la lettre




CXIV



Strasbourg, 29 vendémiaire an XIV (21 octobre 1805).

Sire,

J’attendais que les communications entre Strasbourg et le quartier général fussent parfaitement sûres pour adresser en même temps à V.M. les dépêches que j’ai l’honneur de lui écrire chaque jour. Mais les lettres que j’ai reçues de Berlin me déterminent, par leur importance, à envoyer vers V.M. une personne intelligente, adroite, digne de toute confiance et qui puisse me rapporter ses ordres ; car V.M. verra combien il m’est nécessaire d’en recevoir dans les circonstances actuelles, et je la supplie de vouloir bien me faire connaître ses intentions sur les divers objets que je lui ai soumis.

M. Durant m’écrit de Dresde qu’un des projets de la coalition paraît être de faire traverser la Saxe au second corps de troupes russes qui se rendrait dans le Hanovre, d’où, réunis avec les Suédois et les autres Russes qui doivent y arriver par le Nord, et aux Anglais, il marcherait contre la Hollande et le nord de la France.

Le roi de Suède a rappelé de Dresde son chargé d’affaires, à cause de la défense faite au compte de Fersen de paraître avec la croix du mérite militaire.

A la dépêche de M. Durant était jointe un bulletin sur la marche des troupes russes. Je n’ai point l’honneur de l’adresser à V.M., parce qu’il s’en trouve un semblable dans la lettre écrite au général Savary.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXV (1)



Strasbourg, 1er brumaire an XIV (23 octobre 1805).

Sire,

Les nouvelles reçues aujourd’hui de V.M. ont fait succéder la joie la plus vive à l’impatience extrême que nous avions de les apprendre. Le courrier qui les a apportées m’a rendu la lettre dont V.M. m’a honoré en date du 25. Celle que j’avais l’honneur d’écrire ce jour même à V.M. lui prouvera combien j’étais certain de ses succès. Cependant ils me transportent comme s’ils étaient inopinés. C’est que, tel est le caractère des conceptions du génie, que les résultats en peuvent être pires sans que l’admiration soit affaiblie.

Je remercie V.M. de l’espérance qu’elle veut bien me donner de m’appeler auprès d’elle. Je la prie de croire à toute mon impatience et je la supplie d’avance de me pardonner si même je devance ses ordres.

V.M. trouvera dans les papiers que je lui envoie des renseignements nombreux, mais quelquefois discordants, sur le nombre et les mouvements des Russes. Une dépêche de M. Bourrienne qui annonçait à V.M. la nouvelle de leur débarquement à l’île de Rugen a été interceptée entre…

J’envoie les nouvelles qui nous arrivent aujourd’hui à tous les agents de V.M. je les envoie surtout à Berlin, où elles produiront infailliblement un changement de disposition, en changeant les motifs de craintes.

(1). Cette lettre est en minute seulement, de la main de La Besnardière.



CXVI



Strasbourg, 2 brumaire an XIV (24 octobre 1805).

Sire,

V.M. a eu la bonté de me dire, dans la dernière dont elle m’a honoré, qu’elle me permettait de me rendre auprès d’elle dès que la liberté des communications serait rétablie. La réussite exacte et complète de ce qu’avait voulu faire V.M. l’ayant pleinement assurée, le général Le Marrois m’en donnant la confirmation, je m’empresse, Sire, de partir avec lui. J’ai un besoin extrême de me trouver auprès de V.M. Elle m’ordonnera ou de la suivre ou d’aller à Munich, ou même de revenir à Strasbourg. Je l’aurai vue, je serai content.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXVII



Munich, 7 brumaire an XIV (29 octobre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. les lettres que je reçois de Berlin : elle y verra la première impression produite par le voyage de l’empereur de Russie à Berlin. Les dispositions de ce cabinet me paraissent toujours les mêmes et son système de pusillanimité augmente.

L’électeur est arrivé aujourd’hui à midi dans la capitale que V.M. lui a rendue. Après avoir rempli près du grand maréchal de sa cour les formalités d’usage, j’ai vu ce prince. Ses premières expressions, en me parlant de V.M., ont été de reconnaissance et d’étonnement mêlé d’admiration : il a aussi montré assez vite des espérances, et j’ai vu qu’il désirait avoir à V.M. des obligations nouvelles.

J’ai reçu le bulletin que V.M. a ordonné que l’on m’envoyât. Je l’ai transmis à S.M. l’impératrice et à LL.AA. le prince Joseph et le prince Eugène.

M. Otto est arrivé avec l’électeur : M. Maret n’est pas encore arrivé. L’électeur montre un grand désir d’aller présenter ses hommages à V.M. ; il n’a avec lui personne de sa famille.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXVIII



Munich, 9 brumaire an XIV (31 octobre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de M. Bacher avec des bulletins de Ratisbonne et de Hanau. La dépêche annonce l’arrivée de l’empereur Alexandre à Berlin et rend compte des mouvements des troupes prussiennes. Ce n’est qu’une confirmation de ce que V.M. a appris par M. le grand maréchal et M. La Forest.

Le bulletin de Ratisbonne donne des nouvelles récentes, assez circonstanciées et vraies, selon toutes les apparences, de la situation des Russes et des Autrichiens au-delà de l’Inn. V.M. en sait maintenant sur ce point beaucoup plus que la correspondance de ses ministres ne peut lui en apprendre (1).

M. Hédouville rend compte d’une conversation qu’il a eue avec l’électeur archichancelier. Ce prince, pour expliquer le silence de la diète, dans les circonstances présentes, silence dont V.M., parlant au baron de Frankenstein, avait témoigné de la surprise, dit que le corps germanique est nul et le sera tant que la France ne l’aura pas rendu indépendant des cours de Vienne et de Berlin.

M. Bourrienne écrit, d’après des lettres anglaises de quelques particuliers, que l’expédition doit aller débarquer à Stralsund. Cela paraît peu vraisemblable.

L’électeur montre les plus vifs regrets de n’être arrivé à Munich que le lendemain du départ de V.M. Je l’ai trouvé tel que je l’ai toujours vu ; point de caractère, et des manières et des goûts tout à fait français. Du reste il est plein d’espérances et de confiance dans la protection de V.M. Je m’occupe d’un travail sur l’Allemagne, où je cherche à suivre toutes les idées de V.M. (2) M. de Montgelas est toujours très bien pour les intérêts de la France, madame de Montgelas encore mieux. L’électeur traite avec beaucoup d’égards et de politesse tous les Français qui sont ici.

M. Massias annonce que depuis Freudenstadt jusqu’à Immenstadt il n’y a plus d’autrichiens dans la Forêt Noire.

J’ai engagé, conformément aux ordres que m’a donnés V.M., la députation du Tribunat qui est à Augsbourg, à se rendre à Munich, d’où le président écrira à V.M.

Je remets, Sire, cette lettre à M. Schwabel qui m’a apporté les dépêches de M. Bacher dont il est secrétaire depuis plusieurs années. M. Schwabel sachant, connaissant le pays, ayant l’habitude de l’observation et des affaires, peut répondre à toutes les questions que V.M. voudrait lui faire et remplir toutes les commissions un peu difficiles qui pourraient lui être données.

Puisse le temps ne pas être aussi mauvais qu’ici dans le lieu où se trouve V.M.

Je supplie V.M., etc.

(1). Napoléon était alors à Braunau, sur l’Inn.

(2). Il s’agit des projets de confédération dont il est question plus loin dans les lettres CXXX et CXXXI.



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CXIX



Munich, 10 brumaire an XIV (1er novembre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une lettre du Sénat de Nuremberg, qui lui exprime son admiration, son respect, et sa gratitude, et rend à la conduite du prince Murat (1) un hommage mérité.

Des bulletins de Hambourg et des nouvelles de la Poméranie suédoise envoyés par MM. Bourrienne, La Chevardière et Billiot.

L’armée suédo-russe, sous le commandement du roi de Suède, marchera sur trois colonnes, se dirigeant, la première sur Ratzebourg, les deux autres sur Güstrow et Wittenbourg. On porte cette armée à vingt-cinq mille hommes, et l’on annonce un nouveau débarquement de troupes russes.

Deux bulletins, l’un de Ratisbonne, l’autre de Passau, envoyés par M. Bacher.

Une lettre du général Beurnonville, qui annonce que l’amiral Rosily est parti le 22 vendémiaire pour Cadix (2). M. Le Roi mande que la flotte combinée française et espagnole a pour trois mois de vivres.

Le général Junot quitte Lisbonne et revient dans la plus grande diligence.

M. Durant rend compte de la conduite du ministre de Prusse à Dresde à son égard, et de l’impression produite par les victoires de V.M.

J’apprends, Sire, que le Sénat a envoyé à V.M. une députation composée de quatre membres : Colaud, Sainte-Suzanne, Monge et La Boissière. Si elle vient à Munich, il me semble difficile de charger le Tribunat de porter à Paris les drapeaux. V.M. ordonnera probablement une autre forme et une autre distribution Si la députation du Sénat s’arrête à Strasbourg et m’écrit, que dois-je lui répondre ?

Il a été fourni sur mon département des traites considérables. Les unes sont pour les prisonniers d’Alger délivrés par M. Jérôme Bonaparte (3), elles montent à quatre cent cinquante mille francs à peu près. Les autres, qui arrivent journellement, sont de M. Otto, pour cinquante à soixante mille francs, de M. Bourrienne, de M. le grand maréchal pour trente cinq mille francs, de M. La Forest pour une somme que je ne connais pas encore, de M. Durant et de M. Bacher. Tout cela arrive à la fois.

J’ai besoin que V.M. ait la bonté de me donner un fonds extraordinaire appliqué aux dépenses accidentelles et imprévues. Je ne prévois pas que ce fonds puisse être de moins d’un million. Cet objet est pressant, parce que c’est dans la forme de traites que tous ces objets sont tirés sur le département.

J’ai, conformément aux ordres de V.M., envoyé les bulletins de Braunau. Aucun n’a été adressé dans le Nord.

L’électeur, qui avait été malade le jour et le lendemain de son arrivée, se porte à merveille : il est plein de joie et d’espérance.

Je supplie V.M., etc.

(1). Il avait le commandement général de la cavalerie de la grande armée.

(2). Le décret conférant à Rosily le grade d’amiral et le commandement de la flotte franco-espagnole est daté de Braunau, le 1er novembre. D’après ses ordres antérieurs Rosily devait partir de Toulon pour rallier la flotte combinée à Cadix. Il n’y arriva que le lendemain du combat de Trafalgar.

(3). Jérôme, à la tête d’une escadre de six navires, s’était présenté inopinément devant Alger au commencement d’août, et avait exigé qu’on lui remit les esclaves génois, italiens et français détenus dans cette ville. Cette expédition avait été préparée et ordonnée par Napoléon. Jérôme avait alors le grade de capitaine de frégate.



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CXX



Munich, 20 brumaire an XIV (11 novembre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de M. La Forest écrite depuis le départ de M. le grand maréchal.

M. de Knobelsdorf (1) ayant fait dire à M. La Forest « qu’on avait été fort content à Postdam de tout ce qu’avait dit M. le grand maréchal dans son audience de congé ; que si la France ne déclarait pas la guerre, ce ne serait pas du côté de la Prusse qu’elle aurait lieu, mais qu’il était essentiel que le roi connût très promptement les intentions de l’empereur, maintenant qu’on avait oublié tout ressentiment. Le roi se persuadait qu’il n’était resté aucun doute à M. le grand maréchal sur ses dispositions ; il s’était assez expliqué pour que l’empereur Napoléon compte sur ses sentiments d’amitié. Il avait ordonné à M. de Hardenberg d’entrer en éclaircissement avec M. La Forest et de reprendre avec lui les communications momentanément interrompues. »

Deux bulletins joints à la dépêche de M. La Forest font connaître la composition des deux corps d’armée russes qui traversent à l’orient et au midi le territoire prussien et celle de l’armée combinée qui, par le nord de l’Allemagne, se dirige contre la Hollande.

M. Bacher m’a adressé la copie ci-jointe d’une déclaration remise à la dictature de la diète par l’électeur archichancelier. La tendance de cette déclaration me paraît contraire aux vues de séparation dans le corps germanique que V.M. m’a paru avoir. Du reste, ici, M. de Montgelas la compte pour rien.

V.M. me permettra-t-elle de lui faire un compliment sur les succès de son armée d’Italie ?

Je supplie V.M., etc.

(1). Diplomate prussien qui avait été ambassadeur à Constantinople et était alors sans emploi.



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CXXI



Munich, 21 brumaire an XIV (12 novembre 1805).

Sire,

J’éprouve une vive douleur en envoyant à V.M. les tristes nouvelles que je reçois de Cadix sur la situation de la flotte combinée (1) : le génie et la fortune étaient en Allemagne.

Je reçois dans le moment la lettre par laquelle vous me permettez, Sire, de me rendre auprès de V.M. Je partirai pour Mölk dans la matinée.

Je supplie V.M., etc.

(1). Après le combat de Trafalgar, qui avait eu lieu le 21 octobre.



CXXII



Vienne, 26 brumaire an XIV (17 novembre 1805).

Sire,

Au moment où j’arrive, j’apprends qu’il part pour se rendre auprès de V.M. un officier auquel je remets une lettre : les lettres de Naples me paraissent avoir quelque importance. – Il est indispensable que V.M. donne quelques ordres relatifs à la sûreté des routes. On tire sur les voitures, et on pille et brûle dans les villages. Trois postes sur la route sont abandonnés par les maîtres de poste. A une lieue de Strengberg on a tiré sur moi. J’ai trouvé à Strengberg M. de Manfredini qui m’a remis la lettre ci-jointe pour V.M. Il désirerait se rendre près de V.M. dans tout autre lieu que Vienne. Il attendra à Lintz une réponse qu’il m’a prié de lui faire parvenir. Mon opinion après deux heures de conversation est qu’il n’a aucune communication publique à faire.

Je supplie V.M., etc.



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CXXIII



Vienne, 26 brumaire an XIV (17 novembre 1805).

Sire,

Je viens de lire la capitulation de M. de Winzingerode (1). La disposition qui l’a engagé à la proposer donne lieu de croire que nous verrons bientôt la fin de la merveilleuse campagne que vient de faire V.M. En lisant avec attention la capitulation, il y a au commencement du quatrième alinéa une expression qui n’est pas assez bien définie. L’armée quittera l’Allemagne ; mais en quittant l’Allemagne elle peut se réunir tout entière en Gallicie, et de la Gallicie à Vienne il n’y a pas plus de cent cinquante lieues. C’est parce que je dois à V.M. toutes mes pensées, toutes mes observations, que je lui fais celle-ci qui sûrement ne lui aura pas échappé (2).

Je supplie V.M., etc.

(1). Il était aide de camp de l’empereur de Russie. Il s’était présenté le 24 brumaire aux avant-postes français à Hollabrunn pour demander à capituler au nom de l’armée russe.

(2). Murat, à qui Winzingerode s’était adressé, avait accepté la capitulation, mais Napoléon ne l’approuva pas.



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CXXIV



Vienne, 29 brumaire an XIV (20 novembre 1805).

Sire,

MM. de Stadion et de Giulay (1) sont venus chez moi à midi. Ils n’avaient pas leurs pleins pouvoirs, dont ils ont, m’ont-ils dit, laissé une copie à V.M. Ils doivent les produire demain et m’en laisser une copie.

Après les premiers compliments, M. de Stadion a tourné la conversation vers l’objet qui les amenait, en déplorant la guerre. S’il n’eût déploré que ses suites, rien n’aurait été plus naturel, mais il voulait en rappeler les causes et il a nommé Gênes deux fois, ce qui m’a forcé de citer à mon tour le droit d’épave, les incarcérations, Lindau, et les acquisitions en Souabe. Au surplus, ai-je dit, tous les griefs ont été mis sous les yeux du public ; les rappeler conviendrait mal au début d’un rapprochement ; au lieu de porter les regards en arrière, il convient de les tourner vers le but auquel nous tendons. Tout cela d’ailleurs a été dit de très bonne grâce.

M. de Stadion, dont la flexibilité de caractère ne me paraît pas être la qualité distinctive, et qui tient les rênes de la négociation de manière même à réduire M. de Giulay au rôle de témoin muet, m’a dit qu’il avait une chose à m’apprendre, et ensuite une question à me faire.

La chose qu’il avait à m’apprendre était celle-ci : « S.M. l’empereur Napoléon, m’a-t-il dit, a paru croire convenable et même désirer qu’un armistice précédât la paix. Ayant rendu compte à notre cour de ce que S.M. a bien voulu nous dire à ce sujet dans la conférence qu’elle a eu la bonté de nous accorder, nous sommes autorisés à traiter de cet armistice sur les bases qui furent proposées à S.M. par le général Giulay, à Saint-Hippolyte, et l’on nous annonce des instructions à cet égard. »

M. de Stadion a insisté sur ce que c’était pour satisfaire un désir de V.M. qu’ils avaient fait cette demande et que leur cour y avait consenti sans le désirer.

Je ne pouvais à cet égard rien nier ni convenir de rien, ignorant quelles sont les vues de V.M. et ne connaissant point les bases proposées par le général Giulay : je me suis contenté de dire que je rendrais compte à V.M.

Dans mon opinion, un arrangement définitif pourrait être aussitôt conclu qu’un arrangement préparatoire, et alors il serait bien préférable ; je soumets cette réflexion à V.M.

M. de Stadion, qui avait adopté un peu la forme de discours, a dit : « Une paix, pour être bonne, doit être complète ; elle ne peut être complète si elle n’embrasse et ne concilie les intérêts de tous les belligérants. La Prusse n’est point en guerre et par conséquent elle est la seule qui puisse concilier les intérêts de tous. »

Il m’a parlé du voyage de M. d’Haugwitz, comme entrepris dans les vues de conciliation, et il m’a demandé si nous avions de la répugnance à voir la Prusse entrer dans la négociation actuelle, et à ce que cette négociation devînt commune à toutes les puissances en guerre.

J’ai répondu que j’ignorais l’objet du voyage actuel de M. d’Haugwitz, que la France et la Prusse étaient dans les meilleurs termes ; mais que si le rapprochement de l’Autriche et de la France avait pu commencer sans intermédiaires, je ne voyais pas pourquoi il ne pourrait pas s’achever de la même manière ; que la paix devait sans doute concilier les intérêts des contractants, mais que pour concilier il ne fallait pas compliquer ce qui gagnait toujours à être simple.

M. de Stadion m’ayant dit dans la conversation que leur situation était améliorée, et me l’ayant répété avec affectation, j’ai remarqué que c’était un signe d’amélioration d’une espèce particulière, que de voir un ministre d’Autriche implorer l’appui d’un ministre de Prusse : tout cela a été beaucoup plus tôt de la conversation que de la conférence.

En tout, ces messieurs se montrent peu pressés. Je les verrai demain et nous commencerons en règle.

Je ne mets pas même en question si V.M. consentira à une négociation commune, mais je la prie de me faire connaître ses intentions relativement à un armistice et les bases sur lesquelles il pourrait être conclu. J’avoue que je préfèrerais de beaucoup quelque chose de définitif.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de M. La Forest. Lord Harrowby est à Berlin, il est chargé de tenter le cabinet par des offres de subsides et par celle d’un traité de commerce avantageux. Cependant M. La Forest est convaincu que le roi n’a pris envers les coalisés aucun engagement actuel ni éventuel. Il est persuadé que, malgré les indices contraires, le roi persévèrera dans le parti de la paix.

Je joins ici une lettre de l’électeur de Wurtemberg.

Je supplie V.M., etc.

(1). Il était aide de camp de l’empereur de Russie. Il s’était présenté le 24 brumaire aux avant-postes français à Hollabrunn pour demander à capituler au nom de l’armée russe.



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CXXV



Vienne, 29 brumaire an XIV (20 novembre 1805).

Sire,

Un courrier arrivé à l’instant de Berlin annonce le départ de M. d’Haugwitz pour le quartier général de V.M. Si M. d’Haugwitz arrive à Vienne, dois-je l’engager à continuer sa route sur Brunn ou à attendre V.M. à Vienne ?

Des lettres de Dresde apprennent que l’empereur de Russie était arrivé à Dresde le 11 novembre, et en est parti le 13 novembre ( brumaire), pour se rendre à Prague. Le bulletin ci-joint renferme beaucoup de détails sur la manière dont l’empereur Alexandre a été reçu à Dresde. M. de Normann, ministre de Wurtemberg, est ici il est d’accord sur le fond des choses avec toutes les vues de V.M.

Je supplie V.M., etc.



CXXVI



Vienne, 29 brumaire an XIV (20 novembre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une lettre de Hambourg qui renferme quelques détails sur la marche des Russes.

Je supplie V.M., etc.



CXXVII




Vienne, 30 brumaire an XIV (21 novembre 1805).

Sire,

Une lettre que je reçois dans le moment de Munich m’apprend que le ministère bavarois avait reçu la nouvelle que le maréchal Augereau (1) se trouvait le 20 à Ravensbourg ; il poursuivait un corps de huit mille Autrichiens commandé par les généraux Wolfkell et Jellachich. Un autre corps de 1.500 hommes d’infanterie, composé des débris de l’armée autrichienne, s’est porté par la route d’Elwangen et de Dunkerbühl sur le haut Palatinat, afin d’effectuer sa retraite par la bohême.

On a appris à Munich, le 25 brumaire, qu’il y avait un engagement, sur lequel on n’a point encore de détails, entre le maréchal Augereau et le corps autrichien retiré dans le Worarlberg. On sait seulement que 1.800 chevaux sont parvenus à s’échapper et ont pris la même route d’Elwangen et de Dunkerbülh. Leur projet, à ce que l’on croit à Munich, était d’intercepter l’électrice sur la route de Wurzbourg à Munich. L’électrice, qui en a été avertie, s’est retirée à Anspach où elle est encore aujourd’hui, et d’où elle partira au moment où sa route sera assurée (2). L’électeur a fait informer le général Baraguay d’Hilliers de la marche de ces deux corps.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre


(1). Il commandait le 7e corps.

(2). Napoléon raillait ces craintes en répondant à Talleyrand : « Je crois, lui disait-il, que les Autrichiens ont quelque chose de plus sérieux à faire qu’à enlever l’électrice. Quand ils l’enlèveraient, que diable voulez-vous qu’ils en fassent ? »



CXXVIII



Vienne, 2 frimaire an XIV (23 novembre 1805).

Sire,

Le ministre de V.M. à Dresde a eu avec le comte de Loss une conférence dont le but était de savoir ce qui peut être actuellement accordé ou éventuellement promis par la cour électorale relativement au passage des troupes russes par les provinces saxonnes. Le comte de Loss a répondu qu’il n’avait pas même été fait de demande à cet égard. Tout est toujours sur le même pied par rapport au contingent saxon. Les troupes destinées pour le cordon de neutralité sont prêtes. Mais aucun corps n’a bougé et nulle part les semestriers n’ont rejoint.

V.M. trouvera dans la dépêche de M. Bignon quelques détails sur l’entrée des Prussiens dans le Hanovre, et sur les craintes que cet événement fait déjà naître à Cassel où l’on redoute les conséquences pour l’avenir.

Le général Dupont-Chaumont rend compte de la situation de la Batavie (1) : il a exécuté les ordres de V.M. Le grand pensionnaire est animé des meilleurs sentiments. Ses ministres ont ordre de concerter avec le général en chef et de communiquer au ministre de V.M. toutes les mesures prises pour la défense du pays. Mais la Batavie ne doit pas être abandonnée à ses seules forces, qui sont évidemment insuffisantes.

Les journaux anglais du 7 novembre donnent des détails sur l’action qui a eu lieu devant Cadix. Ils disent que dix-neuf vaisseaux sont tombés en leur pouvoir (2) : lord Nelson est mort des suites de sa blessure.

Je n’ai point aujourd’hui d’autres informations à transmettre à V.M. Qu’elle daigne me permettre de lui dire que toutes les personnes que je vois, toutes les personnes qui m’écrivent désirent bien vivement un arrangement. Pour moi je désire passionnément voir V.M. à l’abri de tous les dangers auxquels, quoi qu’elle en puisse dire, elle s’expose.

M. le comte d’Haugwitz n’est point encore arrivé ; depuis la lettre de M. La Forest qui en parle, rien ne m’est parvenu sur son voyage.

M. Bacher est arrivé ici d’après des ordres qu’il avait reçus du général Duroc.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ministre plénipotentiaire à La Haye.

(2). Ils n’en avaient pris que quatre, brûlé trois pendant l’action, coulé bas trois, et dix avaient échoué sur les côtes voisines.



CXXIX



Vienne, 5 frimaire an XIV (26 novembre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de V.M. une lettre de M. La Forest qui mande que M. d’Haugwitz est parti le 23 brumaire. Quoi qu’il n’ait point fait connaître le plan de médiation qu’il est chargé de proposer, il a tout fait pour que l’on prit confiance, tant dans son caractère personnel, que dans les sentiments du roi. Il s’est représenté comme ayant ménagé dans tous les temps un système de liaisons amicales avec la France : il a rejeté sur l’urgence et la nécessité les mesures qui ont été prises en dernier lieu, assurant que ce qu’elles pourraient avoir d’équivoque, disparaîtrait du moment qu’il se serait abouché avec le gouvernement français. M. d’Haugwitz a nié formellement que le roi eût pris avec les coalisés des engagements positifs et éventuels. Mais il n’a pas nié que l’on eût arraché au roi des promesses verbales ; il a fait entendre qu’elles étaient d’une nature très vague et qu’elles seraient toujours sans effet. Il a dit qu’Hameln était évidemment couvert par les troupes prussiennes et que les aigles de V.M. seraient respectées par les troupes prussiennes comme les aigles mêmes du roi. Du reste, M. d’Haugwitz est en route depuis treize jours ; il ne peut tarder à arriver, son secrétaire qui est ici l’attend à chaque moment.

J’ai reçu une lettre du commissaire qui est à Corfou, et qui apprend que l’armée russe a mis à la voile le 30 vendémiaire. Elle est d’environ 16.000 hommes en y comprenant deux mille cinq cents Albanais. Les officiers et les soldats partaient avec peine ; ils n’ont jamais fait la guerre.

On croyait à Corfou que la flotte s’arrêterait en Sicile, puis en Sardaigne, pour observer sur quel point elle aurait à se diriger. Cette flotte est composée de trois vaisseaux de ligne, deux frégates, quarante-six bâtiments de transport.

Des lettres de M. Alquier apprennent que ce convoi entra le 29 à Syracuse.

Cinq dépêches de M. Bourrienne et six bulletins envoyés par M. la Chevardière et arrivés aujourd’hui par un courrier de Munich, donnent sur les forces et la marche des coalisés dans le Nord, des renseignements dont l’intérêt diminue à mesure que leur date s’éloigne.

On n’est pas d’accord sur le nombre des forces suédo-russes que les uns disent être de 20 à 26.000 hommes, et les autres de 30 et au-delà. Le 15 brumaire, les Russes n’avaient point passé le pont qu’ils avaient jeté sur l’Elbe.

Lord Harrowby est arrivé à Hambourg le 16 brumaire et doit être maintenant à Berlin.

Une espèce de manifeste de la Russie sous la forme de circulaire adressée aux gouverneurs militaires et généraux n’a pu être publiée dans la gazette de Hambourg. M. Bourrienne l’a empêché.

Le ministre de Suède a remis à la diète germanique une déclaration de son maître qui se porte pour le champion de l’honneur et de la vérité. La copie est ci-jointe.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXXX



Vienne, 5 frimaire an XIV (26 novembre 1805).

Sire,

Je reçois la lettre dont V.M. m’a honoré en date d’hier. Je prie V.M. d’être persuadée de l’exactitude et du zèle avec lesquels j’exécuterai les ordres qu’elle veut bien me donner.

Immédiatement après ma première conférence avec MM. de Stadion et de Giulay, j’aurai l’honneur de faire connaître à V.M. dans quelles dispositions je les aurai trouvés.

Aussitôt que V.M. aura eu la bonté de m’envoyer les pleins pouvoirs que M. Maret lui adresse (1), je proposerai à MM. de Stadion et de Giulay d’ouvrir en forme la négociation et d’en tenir un protocole.

Une fois chaque jour, et s’il est possible, deux fois, je rendrai compte à V.M. de leurs progrès.

Je me suis occupé à Munich de recueillir et rédiger en forme de projet les idées que V.M. avait bien voulu me communiquer.

MM. de Montgelas et de Normann ont connaissance de toutes les bases du premier projet coté n° 1, et elles ont leur plein assentiment ; ils ne soupçonnent même pas l’existence des deux autres.

Il me devient très important de connaître si V.M. approuve ces projets, ou, au moins les deux premiers, afin d’écarter du traité de paix à intervenir tout ce qui pourrait mettre obstacle à leur exécution.

Le troisième projet est relatif à la formation et dotation d’une noblesse héréditaire dont V.M. m’a parlé (2).

Je joins ici une note sur les finances et la banque de Vienne ; je crois qu’elle renferme tout ce que V.M. peut désirer de connaître à cet égard.

Je supplie V.M., etc.

(1). Pour les signer. Le 4 frimaire, Napoléon avait donné ordre à Talleyrand de les faire rédiger par Maret.

(2). Dans les deux premiers projets, dont le texte est, du reste, de la main d’un secrétaire, Talleyrand suppose que la Bavière, le Wurtemberg et Bade sont distraits de l’empire germanique et rattachés à la France par une confédération. Il ne fut pas donné suite à ces projets lors de la paix de Presbourg, mais la Confédération du Rhin, organisée quelques mois plus tard, était déjà conçue dans l’esprit de napoléon. Le troisième projet dont parle Talleyrand est, ainsi qu’il le dit, relatif à l’organisation d’une noblesse impériale héréditaire. Ce projet ne prévoit que la création de ducs, de chevaliers et d’écuyers.



CXXXI (1)



Vienne, 6 frimaire an XIV (27 novembre 1805).

Sire,

L’arrivée de V.M. étant différée contre notre attente, j’ai l’honneur de lui adresser les pièces que j’espérais lui remettre.

Les Russes ont dû passer l’Elbe sur deux points, le 9 novembre, à Lauenbourg et à Boitzebourg. Les Anglais étaient attendus d’un moment à l’autre aux embouchures de l’Elbe et du Weser. Lord Harrowby était encore à Hambourg le 21 brumaire, date de la lettre de M. Bourrienne.

Un bulletin envoyé par M. La Chevardière annonce que les Prussiens ont occupé le comté de Bentheim, restitué par V.M. au comte de ce nom, et que les troupes françaises avaient cessé d’occuper depuis la restitution.

Que des voyageurs qui ont vu en Pologne l’armée commandée par le comte de Buxhowden la portent à soixante mille hommes (2).

Qu’une frégate anglaise transporte sur le continent 600.000 livres sterling.

La mort subite du prince régnant de La Tour et Taxis, arrivée le 22 brumaire, est annoncée par la lettre de M. Hédouville.

Le landgrave de Furstenberg m’a remis la carte ci-jointe. Les Etats du prince régnant dont il est tuteur ont été occupés militairement et son administrés au nom de V.M. Le landgrave la supplie de faire jouir la principauté de son pupille de tous les avantages de la neutralité qu’elle n’a, dit-il, violée en aucune manière.

Le landgrave de Darmstadt paraît vouloir fixer sa résidence à Giessen et y fait transporter son artillerie. Ses finances sont dans l’état le plus triste et il demande en ce moment aux Etats du landgraviat une somme assez considérable.

Indépendamment de la demande de passage pour trente mille Prussiens faite par la cour de Berlin à celle de Dresde, la première demande encore à pouvoir cantonner en Saxe, entre Torgau et Misnie, vingt-six bataillons d’infanterie et quarante escadrons de cavalerie. Cette demande a jeté la cour de Saxe dans le plus grand embarras. Elle a adressé des représentations, dont M. Durant ne pouvait pas connaître le résultat.

A mon arrivée à Vienne, Madame de Nombeck, sœur du comte de Cobenzl que j’avais connue à Paris a envoyé chez moi. Je l’ai vue. Elle s’est fort attachée à disculper le comte son frère. Elle se dit toute française et véritablement, quoique allemande, elle ne parle et ne sait que le français. Elle a chez elle le buste de V.M. ; elle m’a remis pour son frère les deux lettres ci-jointes que je lui ai promis d’envoyer au quartier-général de V.M.

Je prie V.M. de vouloir bien me permettre une observation sur les trois projets que j’eus hier l’honneur de lui adresser. Ces trois projets forment un tout et demandent conséquemment à être lus de suite. Le second peut être modifié quant à la distribution des territoires. Ce que j’ai inséré dans le troisième relativement aux membres de l’ordre de la noblesse à l’assemblée constituante m’a paru nécessaire pour empêcher qu’il n’y eut en France deux noblesses l’une créée par les lois, l’autre reconnue par l’opinion. Je me suis assuré que tout ce qu’il y avait anciennement de grands noms en France se retrouve parmi les membres de l’ordre de la noblesse à l’assemblée constituante (3).

(1). Cette lettre n’est pas copiée sur l’original, mais sur la minute de la main de La Besnardière.

(2). C’étaient les troupes fournies par les provinces de la Baltique, dont le compte de Buxhowden avait l’inspection avant la guerre. L’empereur de Russie lui avait donné le commandement de ces troupes, qui formèrent l’aile gauche des coalisés à la bataille d’Austerlitz.

(3). Cet article portait : « Sont créés chevaliers les anciens membres de l’ordre de la noblesse à l’assemblée constituante qui sont en possession actuelle du titre de citoyen français. »



CXXXII



Vienne, 6 frimaire an XIV (27 novembre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. un rapport que me fait un de mes agents dans le pays de Bayreuth.

Il paraît que le général de Wolfkell peut avoir avec lui quinze cents hommes, la plupart de cavalerie. Il suit la même route que l’archiduc Ferdinand a prise.

Je supplie V.M., etc.



CXXXIII



Vienne, 7 frimaire an XIV (28 novembre 1805).

Sire,

Cette seconde lettre (1) achèvera de faire connaître à V.M. tout ce qui peut l’intéresser dans les dépêches que j’ai reçues jusqu’à ce jour.

On écrivait de Madère le 10 vendémiaire qu’un convoi anglais de soixante-six voiles, escorté de cinq vaisseaux de guerre était arrivé dans ce port avec dix mille hommes qu’on envoyait aux Indes orientales.

Les inquiétudes du Saint-Siège sur le séjour d’une armée française dans ses Etats se sont dissipées ; il a appris que les troupes du général Saint-Cyr ne faisaient que passer pour aller se réunir à l’armée d’Italie. Je reçois cette nouvelle dans le moment.

Quelques corsaires français se sont armés dans le port de Livourne, l’un d’eux voulait attaquer un bâtiment autrichien ancré dans la rade : mais M. de Beauharnais a pensé que cette hostilité pourrait attirer l’escadre russe à Livourne et il s’y est opposé.

Le consul de V.M. à Venise en est parti le 17 vendémiaire, pour se rendre à Milan.

Les nouvelles de Suisse sur la situation du Vorarlberg ont peu d’intérêt, parce qu’elles sont d’une date ancienne, V.M. en a reçu de plus directes et de plus récentes.

M. de Maillardos, ministre de Suisse, s’est rendu auprès de V.M. ; il ne continuera sa route que sur une autorisation.

V.M. peut désirer d’organiser comme le cercle d’Autriche, l’Autriche antérieure, le Vorarlberg et le Tyrol. J’ai l’honneur de lui adresser un projet de décret dans lequel j’ai employé les expressions qui renferment collectivement l’état des possessions autrichiennes en Souabe, dans le Vorarlberg, et le Tyrol ; le gouvernement général serait personnellement mieux à Fribourg. SI V.M. ne nommait pas à cette place un militaire, j’oserais lui proposer M. Otto, comme fort capable de la bien remplir.

L’impossibilité où a été M. Coiffier de se rendre en Hongrie m’a engagé à faire prendre des renseignements sur ce pays par M. Fleury qui revenait de Bucharest et à qui j’ai ordonné de s’arrêter en Hongrie. Il s’y est arrêté un mois, et V.M. peut compter sur les renseignements contenus dans le mémoire que j’ai l’honneur de lui adresser.

Je joins à cette lettre une réclamation du landgrave de Furstenberg et un état militaire d’Autriche tel qu’il existait au mois de septembre dernier, et qui n’est plus, depuis l’entrée de V.M. en Allemagne, qu’une pièce historique.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre


(1). La première manque.



CXXXIV



Vienne, 9 frimaire an XIV (30 novembre 1805).

Sire,

J’ai vu ce matin MM. de Stadion et de Giulay ; ils m’ont apporté leurs pleins pouvoirs.

Le courrier qui doit leur apporter des instructions détaillées pour l’armistice qu’ils proposent de conclure et dont les bases doivent se rapprocher de celles qui furent proposées à V.M., à Saint-Hippolyte, n’est point encore arrivé. Ainsi ma conversation avec ces messieurs, à qui je n’avais point de pouvoirs à montrer, a été fort courte, et jusqu’à présent il m’est facile de remplir les intentions de V.M., qui m’a recommandé de traiter les choses doucement et longuement.

Mais, comme les instructions de ces messieurs peuvent d’un instant à l’autre leur arriver, je supplie V.M. de vouloir bien me faire connaître ses intentions.

Il nous revient ici de tous côtés que M. de Cobenzl est celui qui retient l’empereur d’Autriche dans le parti russe et que les démarches directes sont les seuls moyens de lui faire abandonner. M. de Stadion est l’homme de Cobenzl et du cabinet de Pétersbourg.

M. Pellinck que j’ai autrefois connu et même obligé, vit à Presbourg avec M. de Thugut dans la même maison. Il est attaché par place à la chancellerie, et par sentiments et opinion à M. de Thugut. C’est un homme vénal. M. le maréchal Davoust (sic), qui l’a vu hier, m’a dit qu’il l’a trouvé dans de très bonnes dispositions, et qu’on pourrait apprendre par lui beaucoup de choses. Si V.M. m’y autorisait, je pourrais engager M. Pellinck à se rendre ici et peut-être en tirerais-je des renseignements utiles.

Le comte d’Haugwitz est arrivé, je dois le voir dimanche à deux heures.

Une lettre que je reçois m’annonce qu’en ce moment peut-être, ou demain au plus tard, V.M. comptera une victoire de plus. Quoique rempli d’espérance, je ne pourrai néanmoins me défendre de la plus vive inquiétude, jusqu’au moment où je recevrai des nouvelles positives de V.M. et de celles de la journée.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXXXV



Vienne, 10 frimaire an XIV (1er décembre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. le projet de traité que j’ai rédigé d’après les instructions de ce jour qu’elle a bien voulu me donner (1). Mais je crains de n’avoir pas entièrement saisi les intentions de V.M. sur quelques points. Je la supplie de vouloir bien marquer les articles qu’elle approuve et ceux qu’elle jugera devoir être modifiés, changés ou même retranchés totalement.

Art. 3. - Je prie V.M. de vouloir bien me faire connaître dans quels termes elle veut que les payements des 5.000.000 soient faits et s’ils doivent l’être en un seul payement ou en plusieurs.

Art. 4. – Quel délai elle voudra fixer pour l’évacuation des Etats héréditaires. Si l’intention de V.M. est de laisser à l’Autriche le Vorarlberg, le district de l’Inn, et de lui donner la partie de l’évêché de Passau qu’avait l’électeur de Salzbourg. J’ai pensé, d’après la lettre de V.M., que telle était son intention, et j’ai rédigé l’article 10 en conséquence ; mais je m’efforcerai d’obtenir le plus possible pour la Bavière.

Art. 20. – Le projet ne parle d’ériger en royaume que la Bavière.

L’intention de V.M. n’est-elle pas de faire rois les électeurs de Wurtemberg et de Bade ? Celui de Wurtemberg le désire beaucoup. L’intention de V.M. est-elle de séparer les trois Etats de l’empire germanique ? L’article 20 est rédigé dans la supposition que cette séparation ne doit pas avoir lieu.

En assurant aux trois princes la même latitude de souveraineté qu’à leurs co-états, l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse, qui ont supprimé la noblesse immédiate et supprimé les bureaux de poste de l’empire, c’est leur assurer le droit d’en faire autant.

Je désire que le dernier article porte que l’échange des ratifications soit fait dans le délai de six jours.

J’ai vu aujourd’hui M. d’Haugwitz pendant plusieurs heures. – J’en ai été content. Demain, je rendrai compte de notre conversation à V.M. Le travail forcé que je viens de faire m’en rend dans ce moment tout à fait incapable. J’attends de vos nouvelles avec une impatience extrême.

Je supplie V.M., etc.

P.S. – Je dois observer à V.M. que MM. de Stadion et de Giulay venus du quartier général avec l’idée que j’avais reçu des pouvoirs, m’en ont parlé plusieurs fois, et ont l’air de regarder nos entrevues plutôt comme des conversations que comme des conférences.

(1). Instructions très favorables à l’Autriche, puisque, à ce moment, Napoléon se contentait de lui enlever l’Etat vénitien pour le donner à l’électeur de Salzbourg, dont les états revenaient à la maison d’Autriche, à titre de compensation. L’électeur devait jouir, à Venise, d’une indépendance complète et prendre même le titre de roi (Napoléon à Talleyrand, 9 frimaire, an XIV, Corresp. XI, 439).



CXXXVI



Vienne, 11 frimaire an XIV (2 décembre 1805).

Sire,

MM. de Stadion et de Giulay sortent en ce moment de chez moi. Ils ont fait insérer au protocole de ce jour une déclaration portant qu’ils avaient l’ordre de demander que la négociation s’ouvrît sous la médiation de la cour de Berlin, médiation offerte à l’empereur leur maître et par lui acceptée.

J’ai décliné cette proposition dans les termes les plus obligeants pour la cour de Berlin, en donnant pour motif la nécessité de mettre promptement fin aux calamités de la guerre et d’écarter toutes les lenteurs que l’intervention d’un tiers, quelque bienveillant qu’il soit, et quelque confiance qu’il inspire aux deux parties, entraîne nécessairement et inévitablement.

Ces messieurs ont de plus déclaré que, liés par leurs instructions, ils ne pourraient passer outre avant de recevoir de nouveaux ordres de leur cour. Ils expédient, en conséquence, un courrier ce soir.

Cependant il a été convenu que l’on procéderait, en attendant, à la discussion des articles du traité.

Je supplie V.M. de vouloir bien me faire connaître ce qu’elle approuve et ce qu’elle rejette du projet que j’ai eu l’honneur de lui adresser.

Je presserai la négociation autant qu’il sera en moi. Mais M. de Stadion n’est pas l’homme que S.M. l’empereur d’Autriche aurait dû choisir, s’il voulait une paix prompte. Il était ministre d’Autriche en Russie ; il a concouru à l’alliance de la Russie avec l’Autriche. Le chagrin que lui donnent les résultats de cette alliance n’est pas une chose qu’il soit en son pouvoir de dissimuler entièrement. Il paraît que M. de Giulay correspond avec l’archiduc Charles. Ces messieurs sont trop près des armées ; et cela joint avec l’intrigue de Vienne, les rend toujours plus difficiles, parce qu’ils sont à chaque instant plus embarrassés, d’après les rapports qu’ils reçoivent.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de M. La Forest. Elle confirme en général, ce qui m’a été déclaré par M. d’Haugwitz. Cependant, il y a dans la cour de Berlin quelque chose de bizarre et de singulier qu’il est impossible d’expliquer que par la lâcheté de conduite et la pusillanimité qui explique tout.

Je supplie V.M., etc.

Sire,

Il y a vingt-quatre heures que je ne sais rien du quartier général : je vous conjure d’ordonner que l’on m’écrive en un seul mot de la part de V.M. : mon cœur en a bien besoin.



Voir la lettre




CXXXVII



Vienne, 11 frimaire an XIV (2 décembre 1805).

Sire,

Ma conférence avec M. d’Haugwitz a duré près de trois heures. J’ai été très content de lui quant aux formes, il a poussé la politesse jusqu’à porter presque tout le jour, dans Vienne, le grand cordon de la Légion d’honneur par-dessus son habit. J’ai été aussi content de lui quant au fond des choses.

Avant d’entrer en matière, M. d’Haugwitz s’est répandu en protestations d’attachement personnel au système français et de respect pour S.M. l’empereur Napoléon. Il ne pouvait assez se louer de l’accueil qui lui a été fait à Brunn, et des attentions dont tous les Français l’ont comblé.

J’ai voulu débuter par de l’étonnement et même des reproches sur la manière dont on s’était conduit à Berlin envers M. le grand maréchal et M. La Forest, qui ont été des semaines sans pouvoir voir M. de Hardenberg. M. d’Haugwitz m’a prié de ne point insister sur ce point : il n’est arrivé que tard à Berlin ; il n’était pas instruit de beaucoup de particularités qu’il a éloignées de lui, qu’il ne lui est pas permis de blâmer, mais qu’il lui est impossible d’approuver. Tout en excusant M. de Hardenberg, il lui a laissé complètement les torts de ce moment.

Nous sommes entrés en matière : M. d’Haugwitz ne se pressant pas de parler, je lui ai fait méthodiquement une foule de questions relatives au Hanovre, à la Hollande et aux engagements dans lesquels on a prétendu que le roi était entré avec les coalisés.

Quel a été le motif et quel est le but de l’occupation du Hanovre par les Prussiens ? Quelle est, dans ce pays, la situation respective des troupes françaises qui s’y trouvent encore et des troupes prussiennes ? A qui le Hanovre appartient-il maintenant ? Les suédois et les Russes auront-ils la faculté de se porter sur la Hollande ? Est-il vrai qu’il y ait eu une convention signée à Berlin le 3 novembre entre la Prusse, la Russie et l’Autriche ?

J’ai fait successivement toutes ces questions à M. d’Haugwitz, et il m’a répondu à chacune d’elles par des déclarations positives et de la manière suivante :

Les Prussiens sont entrés dans le Hanovre en conséquence du principe que le roi s’est fait et qu’il a manifesté plusieurs fois à S.M. l’empereur Napoléon de ne point souffrir que le théâtre de la guerre s’établisse dans le nord de l’Allemagne.

Les Russes et les Suédois ayant traversé le territoire des Etats du roi ou des autres princes neutres, toute faculté sera donnée aux Français de le traverser également.

Les approvisionnements de la place de Hameln étant rendus difficiles par la position des troupes russes et le trop grand voisinage des troupes prussiennes, l’ordre sera donné à celles-ci de s’éloigner et les approvisionnements de la place seront facilités.

M. d’Haugwitz ne sait pas ce qu’une descente des Anglais par mer peut produire ; mais, quant à présent, le Hanovre appartient à la France, dans ce sens qu’il doit servir d’objet de compensation à l’époque de la paix avec l’Angleterre.

La Prusse s’oppose à toute invasion de la Hollande par le nord de l’Allemagne.

Ce qu’on a faussement appelé la convention du 3 novembre est une simple déclaration portant offre de bons offices et de médiation, mais sans mélange d’aucun engagement hostile, ou même comminatoire, contre qui que ce soit. La médiation du roi a été offerte pour une double fin. En premier lieu, pour parvenir au rétablissement de la paix, le roi serait heureux d’y contribuer ; en second lieu, pour établir, après la paix faite (qu’elle l’ait été ou non sans l’intervention de la Prusse), un système commun de garantie entre toutes les puissances du continent.

Le but et l’effet de ce système, tel que la Prusse le conçoit et le voudrait faire adopter serait, d’une part, d’empêcher toute puissance du continent de faire cause commune avec l’Angleterre dans toute guerre que celle-ci aurait commencée et entreprise seule, et, d’autre part, d’armer toutes les puissances du continent contre celle d’entre elles qui attaquerait et envahirait les Etats d’une autre. Il serait, de plus, établi que, dans toute guerre maritime, les belligérants seraient tenus de se conformer au principe que le pavillon neutre couvre la marchandise.

Telles sont en substance les déclarations formelles et les explications que j’ai reçues de M. d’Haugewitz.

Il m’a paru content de notre conversation ; du reste, il paraît être venu plutôt pour attendre les évènements que dans aucune autre vue ; car il ne se montre nullement pressé ; il n’insiste point pour faire accepter la médiation du roi. Il désirerait recevoir ici V.M. « Si vous avez besoin de moi, m’a-t-il dit en me quittant, pour vous entendre avec la cour de Vienne, je serai toujours à vos ordres » ; il n’a pu cependant cacher le chagrin que donnent à sa cour les liaisons des trois cours électorales (1) avec la France. « Cela, m’a-t-il dit, dérange le système de l’Allemagne. » En effet, les trois électeurs ne sont plus les créatures de la cour de Berlin et les instruments de son influence.

Je supplie V.M., etc.

(1). Bavière, Wurtemberg et Bade.



CXXXVIII



Vienne, 14 frimaire an XIV (5 décembre 1805).

Sire, (1)

Je reçois la lettre dont V.M. m’a honoré le lendemain de la bataille (2). Celle que j’avais reçue la veille m’aurait causé de mortelles alarmes si j’eusse pu prévoir que V.M. s’exposerait autant que j’apprends qu’elle l’a fait.

Je jouis des succès de V.M. en homme dont V.M. sait bien que toutes les pensées et toutes les affections ont pour premier objet son bonheur et sa gloire. Je jouis de l’idée que cette dernière victoire de V.M. la met en état d’assurer le repos de l’Europe et de garantir le monde civilisé contre les invasions des barbares.

V.M. peut maintenant briser la monarchie autrichienne ou la relever. Une fois brisée, il ne serait pas au pouvoir de V.M. elle-même d’en rassembler les débris épars et d’en recomposer une seule masse. Or l’existence de cette masse est nécessaire. Elle est indispensable au salut futur des nations civilisées.

De la grandeur et de la puissance passées de la maison d’Autriche, il est trop ordinaire de conclure sa grandeur et sa puissance présentes. On oublie que depuis le règne de Charles-Quint et de ses premiers successeurs plusieurs siècles se sont écoulés, et que la maison d’Autriche ne compte, depuis longtemps, les divers périodes de son existence que par des revers et des pertes.

La monarchie autrichienne, si l’on ne considère que l’étendue de son territoire et le nombre de ses sujets, peut être considérée comme une monarchie puissante, mais ce n’est pas ainsi qu’il faut en juger.

La France seule est une puissance essentiellement forte. Je ne parle pas de cette force, pour ainsi [dire] surnaturelle qu’elle tire des qualités de son chef, qui ne lui est malheureusement donné que pour un temps et qui lui manquera sitôt qu’elle aura à pleurer la plus grande et la plus sensible de toutes les pertes. Mais la France possède en elle-même et possède seule tous les éléments de la force, et la Révolution les a combinés de manière à en procurer le développement le plus complet. La France, en effet, n’a pas seulement trente mille lieues carrées et trente millions d’habitants. Mais elle a sur trente mille lieues carrées trente millions d’habitants braves, industrieux et riches, ayant la même langue, les mêmes mœurs, les mêmes manières et presque tous le même culte, régis par une seule et même loi politique et civile et gouvernés par un seul chef ; ce qui forme une masse homogène telle qu’il n’en a peut-être jamais existé de semblable dans l’univers.

La monarchie autrichienne, au contraire, est un composé mal assorti d’Etats différant presque tous entr’eux par le langage, les mœurs, la religion, les régimes politique et civil, et qui n’ont d’autre lien commun que l’identité de leur chef. Une telle puissance est nécessairement faible, et tous les armements n’ont fait que mettre toujours plus sa faiblesse au grand jour. Tout ce que je vois depuis que je suis en Autriche, tout ce que j’entends et qui me revient de toute part me prouve jusqu’à l’évidence que c’est [à] tous ces points de vue que la monarchie autrichienne doit être envisagée relativement à la France. Mais elle est, contre les barbares, un boulevard suffisant, comme elle est un boulevard nécessaire.

Aujourd’hui, abattue et humiliée, elle a besoin que son vainqueur lui tende une main généreuse et lui rende, en s’alliant à elle, la confiance en elle-même que tant de défaites et tant de désastres lui ôteraient pour toujours.

J’oserai dire à V.M. que c’est là ce qu’attendent de sa politique prévoyante et de sa magnanimité tous les sincères amis de sa gloire (3).

Si la monarchie autrichienne, trop affaiblie vers l’occident, ne se trouvait plus en mesure de retenir sous son sceptre les Etats qu’elle aurait conservés, les Hongrois qui doivent au nom d’indépendance et de liberté leur turbulence et leur inquiétude, pourraient abandonner une bannière humiliée par de continuelles défaites et, trop faibles pour former un Etat indépendant, se donner aux Russes, avec les mœurs desquels les leurs ont tant d’analogie. Je suis informé, par des voies qui ne sont pas suspectes, que de tels projets trouveraient en Hongrie des partisans nombreux. Or, les Russes, maîtres de la Hongrie, seraient tout puissants contre l’Europe.

Je supplie V.M. de vouloir bien relire le projet que j’eus l’honneur de lui adresser de Strasbourg (4). J’ose, aujourd’hui plus que jamais, le regarder comme le meilleur et le plus salutaire. Les victoires de V.M. le rendent maintenant facile. Il peut très bien se concilier avec ceux que j’ai eu l’honneur d’adresser récemment à V.M., mais je désirerais que l’affaire se traitât avec un autre que M. de Stadion. Il faudrait un homme qui ait la confiance de l’empereur d’Allemagne. Je désirerais que ce fût le comte de Cobenzl, le sachant porté pour une alliance avec la France.

J’ai vu M. d’Haugwitz plusieurs fois. Il a reçu la nouvelle de la victoire remportée par V.M. avec des témoignages de joie. Mais il a trahi le secret de la cour de Berlin lorsque je lui ai annoncé que le maréchal Bernadotte devait se trouver à la bataille. Le corps d’armée du maréchal Bernadotte les inquiétait beaucoup. Ils ont fait passer en Silésie les troupes qu’ils tenaient en Westphalie. J’ai vu à la contenance de M. d’Haugwitz que le sentiment dominant de sa cour est la peur. Je le laisse s’amuser lui-même et je l’amuse de ce plan de garantie générale qu’il a fort [à] cœur. Il est, au surplus, aujourd’hui fort enrhumé. Mais, pendant qu’il se complet et qu’il se berce dans ses idées de garantie, je serais heureux si V.M. m’autorisait à faire avec ces gens-ci un arrangement qui, j’en ai la conviction, assurerait bien mieux que toutes les garanties possibles la paix du continent pour plus d’un siècle.

(1). Cette lettre n’est pas copiée sur l’original, mais sur la minute de la main de La Besnardière.

(2). D’Austerlitz.

(3). Il y avait d’autant plus de courage à écrire ainsi à Napoléon que, dans la lettre à laquelle Talleyrand répondait, l’empereur disait que la bataille étant perdue pour l’Autriche les conditions de la paix ne pouvaient plus être les mêmes qu’avant le combat.

(4). Le 25 vendémiaire. Voir lettre CXI



CXXXIX



Brunn, 16 frimaire an XIV, 8 h. du matin (7 décembre 1805).

Sire,

Conformément aux ordres de V.M., je me suis rendu à Brunn. Je supplie V.M. de vouloir bien me faire connaître si son intention est que je me rende à Austerlitz, ou que je l’attende à Brunn.

MM. De Stadion et de Giulay arrivent ce soir à Nicolsbourg (1). Ils m’ont remis une lettre pour le comte de Cobenzl, qu’ils désirent extrêmement lui être envoyée promptement. J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une lettre que m’a remise M. le secrétaire d’Etat.

Je supplie V.M., etc.

(1). Lieu indiqué par Napoléon pour être le centre des négociations.



CXL (1)



[22] frimaire an XIV ([13] décembre 1805).

Sire,

Le prince de Lichtenstein (2) me fit hier soir annoncer que M. de Stadion ne viendrait pas et que M. de Giulay était arrivé.

Ces deux messieurs étaient chez moi ce matin de bonne heure. Ils ont dîné chez moi, de sorte que notre première conférence a duré presque tout le jour.

Je n’ai pas balancé à leur faire connaître d’abord tous les sacrifices auxquels l’Autriche devait se résigner. Plusieurs leur étaient connus ; ils y étaient disposés. Les autres les ont étonnés. Ils ne s’y attendaient pas. Quelques-uns leur ont paru impossibles.

Le prince de Lichtenstein a des pouvoirs complets. Ceux de M. de Giulay sont moins étendus. Cependant ils suffisent. Mais, se trouvant sans instructions sur des points non prévus et qui, m’ont-ils dit, n’avaient pas pu l’être, ils expédient un courrier à la cour. Je leur ai dit que je n’étais pas autorisé à en envoyer un à V.M. dont j’avais reçu les derniers ordres. Cependant j’ai fini par céder à leurs instances, d’autant plus qu’il n’en peut résulter aucun retard et je leur ai promis de faire connaître à V.M. leurs observations et leurs demandes.

La cour de Vienne consent à céder Venise et la terre ferme, mais elle demande de conserver l’Istrie qui lui est utile, qui se trouve dans sa circonscription naturelle et qui est, en elle-même, peu de chose, la Dalmatie et l’Albanie. Ce sont d’anciennes dépendances de la Hongrie, des acquisitions faites sous le règne de François II, qui a fait tant de pertes, ce seraient les seules qu’il conserverait. Il y tient pas ce double motif.

Elle consentira à donner le Tyrol à l’archiduc électeur de Salzbourg. Mais elle demande qu’il ait aussi le Vorarlberg, le comté de Rothenfeld, la ville et le territoire de Lindau, et, de plus, comme ces possessions sont loin de valoir son électorat actuel, une pension qui serait assignée soit sur des domaines italiens, soit sur des domaines allemands.

La cour de Vienne paraît disposée à céder toute l’Autriche antérieure, quoique ses plénipotentiaires ne l’aient pas formellement dit.

La cour de Vienne, en faisant des sacrifices, croit pouvoir s’attendre à des dédommagements.

Elle demande, à ce titre, pour elle-même : 1° la ville et le territoire de Raguse, comme un débouché pour les productions du royaume de Hongrie ; 2° la totalité de l’électorat de Salzbourg.

Et pour l’archiduc Ferdinand, l’électorat de Hanovre.

J’ai dit au prince de Lichtenstein et à M. de Giulay que V.M. avait pris l’engagement formel de faire céder à la Bavière le Vorarlberg, le comté de Rothenfeld, les principautés d’Eichstatt et de Passau, ainsi que Lindau et son territoire ; que c’était un engagement d’honneur, sur lequel il n’était pas au pouvoir de V.M. de revenir.

La cour de Vienne consentira à attendre la paix générale pour la séparation des deux couronnes de France et d’Italie. Elle consentirait même à leur réunion pendant la vie de V.M. si cette concession qui, suivant MM. de Lichtenstein et de Giulay, lui doit mettre à dos toute l’Europe, était compensée par de grands avantages.

Ces messieurs font encore d’autres demandes, mais d’une moindre importance.

Ils demandent : 1° que le délai fixé pour l’évacuation totale des états héréditaires soit fixée à six semaines au lieu de deux mois ;

2° Que les troupes des alliés de l’Autriche puissent se retirer librement et dans un délai déterminé des points du continent qu’elles occupent ;

3° Que l’indépendance de la Hollande soit reconnue en même temps que celle de la république helvétique.

Le sacrifice qui paraît impossible à ces messieurs est celui de la contribution de 50.000.000 de francs. Le prince de Lichtenstein m’a fait une suite de raisonnements et m’a cité un grand nombre de faits pour me prouver que l’Autriche était dans l’impossibilité absolue de payer même le dixième de cette somme et j’avoue à V.M. que j’en suis persuadé. Ces messieurs proposent de laisser dans l’Etat vénitien toute l’artillerie, toutes les munitions, tous les magasins de terre et de mer, si V.M. renonce à toute contribution.

J’ai dû, comme je l’ai promis, rendre compte à V.M. de toutes ces demandes. Je la prie de me faire connaître ses intentions sur chacune d’elles.

Si elle accepte, en échange de toute contribution, tout ce que les Autrichiens pourraient enlever de l’Etat vénitien et si elle m’autorise à faire encore quelques concessions mon opinion est que le traité sera conclu jeudi ou vendredi.

J’ai prévenu MM. de Lichtenstein et de Giulay que le courrier que j’enverrais serait à la fois le premier et le dernier. J’ai insisté sur la nécessité de terminer promptement et ils sentent eux-mêmes cette nécessité.

Le prince Lichtenstein me paraît être un homme de sens, plein de droiture, et voulant sincèrement la paix.

La demande de l’électorat d’Hanovre pour un archiduc m’a beaucoup surpris. M. de Giulay l’avait d’abord faite, non pas expressément, mais par forme d’insinuation, et le prince Lichtenstein avait témoigné qu’un tel arrangement lui paraissait peu désirable, parce qu’il déplairait infailliblement à toutes les puissances. Ensuite, après avoir conféré quelques moments entre eux, ils ont fait la demande conjointement et en termes exprès.

Le don de l’électorat de Hanovre à un archiduc avait l’avantage de détacher pour jamais l’Autriche de l’Angleterre et d’augmenter la rivalité qui subsiste entre la première de ces deux puissances et la Prusse ; il produirait aussi de la mésintelligence entre les cours de Pétersbourg et de Vienne, ce qui mettrait l’Autriche dans l’obligation de vivre en bonne intelligence et de s’entendre avec la France. Mais il aurait pour inconvénient de détacher entièrement la Prusse du système français, de fortifier l’influence autrichienne dans l’empire, de fournir à la cour de Vienne des prétextes et des moyens pour agiter le nord de l’Allemagne, et d’entraîner la France dans des guerres par l’espèce d’obligation où elle serait de maintenir son ouvrage.

(1). Cette lettre n’est pas copiée sur l’original, mais sur une copie, laquelle, d’après une note ancienne, a été copiée elle-même sur la minute de la main de M. de La Besnardière.

(2). Négociateur autrichien adjoint aux deux premiers.



Voir la lettre




CXLI



Brunn, 23 frimaire an XIV (14 décembre 1805).

Sire,

La lettre que j’eus l’honneur d’écrire hier au soir à V.M. lui a fait connaître l’état de la négociation.

Le prince de Lichtenstein est parti cette nuit pour Holitsch parce que les instructions données à M. de Giulay étant limitatives, ne permettaient pas d’avancer. C’est ce qui m’a fait écrire à V.M. que le traité ne serait point signé avant jeudi. Mon opinion positive est qu’il le sera ce jour-là, s’il ne l’est plus tôt et tel que V.M. le veut.

Les intentions de V.M. seront remplies quant au vague qu’elle désire dans les stipulations relatives à l’artillerie et à la séparation des couronnes.

L’artillerie ne doit être rendue qu’après l’échange des ratifications et dans l’état où elle sera à cette époque.

Les deux couronnes (1) devront être séparées à la paix générale et au plus tard au décès de V.M.

Ces messieurs adopteront l’article de Naples que j’ai rédigé ainsi :

Si le roi de Naples se conforme aux engagements qu’il a pris envers la France ; or, le renvoi de M. Acton et de M. de Damas est un de ces engagements.

L’article des contributions est celui qui éprouvera le plus de difficultés, parce que la négociation est établie dans le lieu le plus pauvre et qu’elle frappe fortement sur les négociateurs eux-mêmes.

Si V.M., outre les sommes touchées jusqu'à l’échange des ratifications, n’accepte pas pour le surplus tout ce que les Autrichiens possèdent dans l’Etat vénitien, en artillerie, munitions de guerre et magasins de tout genre, soit de terre soit de mer, il me semble qu’il faudrait ne point parler de rachat dans le traité et renvoyer cet objet à la convention particulière qui sera faite pour le départ de l’armée, ces deux objets se liant parfaitement l’un à l’autre.

Tout le reste du traité sera signé au plus tard jeudi, comme V.M. le désire. La question à laquelle ces messieurs mettent le plus d’importance est au Vorarlberg qu’ils voudraient voir réunir au Tyrol devenu électorat.

La philanthropie du prince Lichtenstein le rend, pour les contributions, un négociateur très peu maniable.

Je désirerais que V.M. gardât d’Haugwitz à Vienne jusqu'à jeudi. Il est fort possible que les choses n’aillent pas plus loin que mercredi.

Les rédactions des articles donnent à V.M. toute la latitude qu’elle peut désirer.

Le comte Cobenzl a été retrouvé avant hier et s’est rendu à Holitsch.

Je supplie V.M., etc.

(1). De France et d’Italie.



Voir la lettre




CXLII



Brunn, 24 frimaire an XIV (15 décembre 1805).

Sire,

J’ai reçu aujourd’hui à midi la lettre dont V.M. a bien voulu m’honorer.

J’exécuterai ses ordres ; je traînerai sous divers prétextes les choses en longueur jusqu'à ce qu’elle m’ait fait connaître ses volontés, mais je la supplie de penser que dans la situation présente des affaires, j’ai le plus grand besoin d’informations.

Jusqu'à présent, je me suis toujours refusé à remettre par écrit, aux plénipotentiaires de S.M. l’empereur d’Autriche, les demandes de V.M., mais ces messieurs en ont pris une note exacte, et c’est pour avoir une décision de sa cour sur chacune d’elles, que le prince de Lichtenstein s’est rendu lui-même à Holitsch.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de M. La Forest. A l’époque où il écrivait, l’état des choses était toujours le même à Berlin. On évitait de faire cause commune avec les coalisés, mais on leur donnait des espérances. On faisait beaucoup de préparatifs. On concertait des projets éventuels, on attendait de savoir pour qui la fortune se serait déclarée. Les incertitudes qui ont régné jusqu’ici dans les démarches du cabinet de Berlin paraissent maintenant fixées, et les déclarations de M. d’Haugwitz ne semblent plus laisser de doutes sur les véritables vues de sa cour. Cependant, lorsqu’on rapproche ces déclarations de la dépêche de M. La Forest, on a bien de la peine à croire à la sincérité et à la stabilité des engagements que la cour de Berlin pourra prendre. V.M. voudra sûrement que son traité avec la Prusse soit patent : il n’y a que cela qui lie des gens aussi pusillanimes.

Une dépêche de M. Durant contient des détails analogues à ceux données par M. La Forest : mais elle est du 11 frimaire, c’est-à-dire du jour de la victoire d’Austerlitz.

L’électeur archichancelier a dit à M. Hédouville, qu’il voulait profiter des vacances de Noël pour proroger indéfiniment la diète germanique, afin qu’il ne soit plus question des réclamations des ordres équestre, teutonique et de Malte jusqu'à ce qu’une constitution ait été donnée à l’Allemagne, plus solide et plus respectée que celle qui maintenant régit la confédération.

Des lettres du consul de V.M. à Cadix apprennent que les vaisseaux anglais qui, après le combat naval de Cadix (1) avaient besoin de réparation, se sont retirés à Gibraltar au nombre de dix-huit ; mais comme une partie de la station anglaise de la Méditerranée s’est réunie aux autres vaisseaux restés devant Cadix, la croisière anglaise y est encore de seize à dix-huit bâtiments.

Il reste à Cadix six vaisseaux français, cinq vaisseaux espagnols ; il y en a cinq sur le chantier ; ainsi on peut encore avoir dans quelque temps une escadre de seize vaisseaux. La plupart des équipages espagnols n’avaient pas vu le feu, et l’amiral Rosily attribue beaucoup à leur inexpérience les malheurs de la flotte.

Les trois frégates, la Guerrière, la Revanche, la Sirène, qui sont au Ferrol ou à la Corogne, sont prêtes à appareiller.

L’escadre russe qu’on attend dans la Méditerranée a fait demander au gouvernement portugais l’autorisation de relâcher à Lisbonne ; la cour de Portugal n’a pas encore répondu.

Le ministre de Prusse à Madrid a communiqué officiellement la note que sa cour a fait remettre à M. le grand maréchal et à M. La Forest sur le passage de quelques troupes à Anspach.

Les lettres d’Italie sont vieilles ; V.M. trouvera quelques détails que nous ne connaissions pas, sur les mesures prises pour la cour de Naples, dans une lettre à M. Alquier.

Le landamman de Suisse désirerait pouvoir dissoudre le petit corps d’armée formé avec les contingents suisses et qui se trouve sur les frontières du Tyrol. S’il y avait une rupture avec la Prusse, le landamman demande comment serait traité le comté de Neuchâtel, qu’il dit avoir dans tous les temps participé à la neutralité helvétique.

Le général Turreau mande que le gouvernement fédéral (2) continue de fermer les yeux sur le commerce des Américains avec Saint-Domingue. Le général Turreau a fait, sur ce point, les plus fortes représentations.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ou plutôt de Trafalgar.

(2). Des Etats-Unis.



Voir la lettre




CXLIII



Brunn, 25 frimaire an XIV (16 décembre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de M. Durant, que son zèle pour le service de V.M. porte à communiquer des vues qui auraient pu être utiles dans la supposition où, la guerre continuant, la Prusse aurait pris part avec les ennemis de V.M.

Trois dépêches de M. Hédouville, à deux desquelles sont jointes des notes de l’électeur archichancelier. La troisième rend compte de confidences faites par le chargé d’affaires de Russie à Ratisbonne, confidences qui, rapprochées de l’acte de Schoenbrunn paraissent très étranges. Il me semble que trois semaines données pour les ratifications du traité avec M. d’Haugwitz sont un terme bien long.

Je supplie V.M., etc.



CXLIV



Brunn, 25 frimaire an XIV (16 décembre 1805).

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. le projet qu’elle m’ordonne de soumettre à son approbation.

J’ai retranché presque tous les dédommagements que M. le prince de Lichtenstein espérait avoir et qu’il croyait lui avoir été permis d’espérer. Je n’en ai laissé qu’un, l’érection des possessions de l’ordre teutonique, dont le principal lieu est à Mergenthen, dans l’état où elles sont maintenant, en électorat héréditaire au profit de l’archiduc Ferdinand, qui avait le Brisgau et l’Ortenau. V.M. jugera si l’article doit subsister.

Avant de recevoir la lettre dont V.M. m’a honoré, je voyais par les formes de la discussion établies depuis le retour du prince de Lichtenstein que les plénipotentiaires autrichiens arrivaient à nos premières demandes.

L’Autriche consentait à céder au royaume d’Italie, l’Istrie, la Dalmatie, l’Albanie, l’Etat de Venise ; à la Bavière, le Vorarlberg.

Elle acquiesçait à tout ce que nous voulions en Souabe pour les électeurs, seulement elle demandait en Empire quelques avantages pour les archiducs dépossédés.

La contribution est ce qui tenait le plus à cœur à l’empereur d’Allemagne.

Maintenant, je dois dire à V.M. que, dans mon opinion, le projet que j’ai l’honneur de lui adresser éprouvera des difficultés parce que le prince de Lichtenstein a cru et a annoncé d’autres conditions. Du reste, je lui dois le témoignage qu’il ne respire que le rétablissement d’une amitié sincère et durable entre les deux empires.

En leur remettant le projet que V.M. aura approuvé, mon dessein est de déclarer aux plénipotentiaires que je ne puis plus y changer un mot.

J’ai laissé subsister l’article relatif à Naples, parce que ces messieurs mettent toujours en avant la proposition qu’ils disent que V.M. leur en a faite.

Les lettres que j’ai reçues de V.M. annoncent qu’elle n’est plus dans l’intention de stipuler le rachat des contributions, mais de les lever en entier, qu’elles sont réparties et qu’elles se lèveront. Je pense que la fixation du rachat serait difficile. Il me semble qu’il vaut mieux stipuler que les contributions continueront d’être levées, et fixer le terme où elles devront cesser de l’être.

L’époque de l’échange des ratifications est le terme le plus conforme à la nature des choses, l’expiration des délais fixés est le terme le plus long qu’on puisse prendre : j’ai mis l’un et l’autre dans le projet. V.M. voudra bien choisir entre les deux articles.

Dans la conférence d’aujourd’hui, que j’ai rendue le plus oiseuse que je l’ai pu, ces messieurs m’ont parlé à plusieurs reprises de l’électorat d’Hanovre, non pas comme objet de leurs désirs, mais comme sujet depuis plusieurs mois des craintes de l’Autriche.

Je supplie V.M., etc.



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CXLV



Brunn, 26 frimaire an XIV (17 décembre 1805).

Sire,

En recevant hier au soir la lettre de V.M., mon premier soin fut d’exécuter les ordres qu’elle contenait ; et me pressant d’adresser à V.M. le projet qu’elle voulait avoir sous les yeux, je réservait pour une autre lettre mes félicitations sur le traité dont elle a bien voulu m’envoyer une copie.

Les conséquences de ce traité (1) seront immenses soit pour la paix, soit pour la guerre, et surtout pour la paix.

Une fois qu’il sera ratifié à Berlin, V.M. disposera du nord de l’Allemagne, comme elle dispose déjà du midi par son alliance avec trois électeurs.

V.M. a saisi le temps à Vienne comme elle l’avait saisi à Austerlitz. Mais, pendant qu’elle négocie avec la même supériorité qu’elle ordonne une bataille, je suis ici dans une position assez embarrassante.

Voilà huit jours que je me trouve en présence avec les plénipotentiaires autrichiens, les ayant d’abord pressés, ensuite pressés par eux : et aux expédients pour trouver des motifs de délai, qu’il faut absolument tirer de son imagination dans une ville qui n’offre de distraction d’aucun genre, où il n’y a que des malades et un air assez mauvais, circonstance que le prince de Lichtenstein, dont la santé n’est pas trop bonne, me rappelle souvent ; tout cela fait que ces messieurs restent où ils sont, et que je les ai sur les bras à peu près toute la journée. Il devient difficile de suffire à des conférences de dix à sept heures, qui se renouvellent chaque jour, et dans lesquelles je n’ai d’autre objet que de gagner du temps vis-à-vis de gens qui se montrent pressés de finir au point d’en être tourmentés.

La question des contributions est ce qui les rend si pressés, parce qu’indépendamment des recommandations qui leur ont été faites à cet égard par leur empereur, le prince Lichtenstein y a un intérêt personnel.

Je n’ai point parlé d’Anspach dans le projet que j’ai eu l’honneur d’adresser à V.M., hier au soir. On n’a à cet égard ni garantie, ni consentement à demander à l’Autriche. Quand un propriétaire de l’Empire cède à un propriétaire de l’Empire une possession, les formalités sont fort simples ; il n’en est pas de même pour la cession de Kehl faite à V.M. : les formes exigeraient l’intervention de l’Empire. C’est pourquoi je suis d’opinion que cet objet ne peut être réglé que par un article secret qui rendrait V.M. propriétaire réel de Kehl pendant que l’électeur de Bade en resterait propriétaire apparent ; et cela jusqu'à une époque où V.M. croirait convenable que l’Empire intervint par un acte.

Je reçois en ce moment la lettre dont V.M. m’a honoré en date d’hier.

Je prie V.M. d’agréer mes remerciements de l’autorisation qu’elle veut bien me donner. Heureux de me rapprocher d’elle, je me féliciterai sous ce rapport de quitter Brunn, oubliant son insalubrité pour ne penser qu’à la bonté que V.M. a eu de s’en souvenir.

Je ferai en chemin la lettre à M. La Forest. J’aurai l’honneur de la soumettre jeudi matin à l’approbation de V.M. car j’espère être à Schoenbrunn à son lever jeudi.

Ces messieurs, quoiqu’ils y voient un retard qui paraît peu leur convenir, se rendront volontiers à Presbourg (2).

Je supplie V.M., etc.

(1). Conclu par Napoléon avec d’Haugwitz, traitant au nom de la Prusse.

(2). Lieu où Napoléon voulait voir continuer les négociations.



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CXLVI



Presbourg 2 nivôse an XIV, 5 h. du matin (23 décembre 1805).

Sire,

V.M. voudra bien m’excuser si je ne lui ai pas écrit ce matin ; mais j’étais absolument aveugle. Le Danube, que j’ai trouvé dans la glace, a rendu mon mal d’yeux insupportable toute la soirée d’hier et toute la matinée. Cela diminue, et j’en profite pour dire à V.M. qu’après une longue conversation avec messieurs de Giulay et Lichtenstein, je suis parvenu à un grand nombre de décisions conformes aux désirs de V.M. L’état de Venise est complet, le Tyrol, Brixen, Trente, le Vorarlberg, Passau, Eichstatt, le margraviat de Burgau sont cédés à la Bavière ; les autres possessions en Souabe sont partagées entre les électeurs. Je regarderais l’affaire comme terminée si l’artillerie et les contributions étaient convenues. Ce sera notre dernier article. Je crois que je parviendrai à empêcher de parler de Naples. - Il est probable que je finirai demain au soir, je serai bien heureux si V.M. est satisfaite.

Je supplie V.M., etc.



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CXLVII



Presbourg, 3 nivôse an XIV, 2 h. du matin (24 décembre 1805).

Sire,

Après douze heures de conférence, le prince Lichtenstein, malade et honorablement fatigué, m’a demandé quelques heures de repos. Il est deux heures du matin, à huit nous reprenons notre travail, que nous finirons avant dîner. Le seul article des contributions n’est pas encore convenu : Naples est écarté, tout le reste est adopté comme V.M. m’a paru le désirer.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXLVIII



Presbourg, 4 nivôse an XIV (25 décembre 1805).

Sire,

Depuis la lettre que j’eus hier l’honneur d’écrire à V.M. l’état des choses est toujours le même. Ces messieurs attendent, d’après les ordres qu’ils ont, le résultat de l’audience qu’ils supposent que l’archiduc Charles aura eu l’honneur d’obtenir de V.M.

Si je reçois une lettre de V.M. annonçant qu’elle n’a point vu l’archiduc, ou que l’ayant vu elle n’a rien changé aux ordres qu’elle m’a donnés, j’aurai l’honneur d’adresser immédiatement à V.M. le traité signé.

Si l’envoi de l’archiduc à Vienne a été une ruse de M. de Cobenzl, elle n’aura eu d’autre effet que de prolonger le séjour de l’armée française dans le pays deux ou trois jours de plus, et de coûter par conséquent à l’Autriche quelques millions de plus.

V.M. aura sans doute appris que l’ordre a été donné à l’archiduc Jean de faire passer des provisions de toute espèce à Vienne.

Si demain je n’ai point de lettres de V.M. et si ces messieurs n’en reçoivent point de leur cour, je les presserai de finir dans la nuit.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXLIX



Presbourg, 5 nivôse an XIV (26 décembre 1805).

Sire,

Ces messieurs persistent à attendre ; ils sont retenus par des considérations personnelles dont j’ai vainement essayé de triompher : ils craignent, s’ils signent avant le résultat de l’entrevue, de déplaire à leur souverain, de blesser personnellement l’archiduc Charles et de soulever contre eux tout ce qui entoure l’empereur, qui ne manquerait pas de dire : « L’archiduc aurait obtenu de grands adoucissements s’ils n’eussent pas eux-mêmes consommé le sacrifice. » Du reste, ils déclarent que immédiatement après avoir reçu des nouvelles de l’entrevue, nouvelles qui leur seront adressées directement par l’archiduc et qu’ils recevront huit heures après l’entrevue, ils seront prêts à finir.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. les articles définitivement convenus. - Dans une feuille séparée les articles convenus sauf rédaction et qui finiront au moment où je le voudrai.

Sur l’article des contributions ces messieurs se tiennent dans leur langage à dix millions, mais ils n’y resteront pas ; moi je céderai à quarante, comme V.M. m’y a autorisé le jour de mon départ de Schoenbrunn, et je m’y tiendrai. Mon opinion est qu’ils se rapprocheront eux-mêmes, au moment où ils auront les mains déliées. Je supplie V.M. d’examiner de quelle manière j’ai arrangé les formes de payements, ce sont les plus avantageuses pour nous ; mais s’il en faut croire ces messieurs, ils ne sont pas calculés sur les moyens actuels de l’Autriche ; ils n’ont point de crédit au dehors, et il leur faudrait du temps pour rassembler des sommes aussi fortes.

Le courrier de ces messieurs arrivera huit heures après l’entrevue, alors ils jurent qu’ils signeront. Ainsi, le courrier reçu après une conférence de cinq ou six heures, nous pourrons terminer, si V.M. ne me donne pas des ordres contraires.

Je supplie V.M., etc.



CL



Vienne, 10 nivôse an XIV (31 décembre 1805).

Sire,

Après avoir reçu la lettre dont V.M. m’avait honoré à son départ de Schoenbrunn, où j’étais seul, messieurs les plénipotentiaires autrichiens s’étant rendus à Holitsch, j’ai quitté Presbourg et je suis arrivé avant hier au soir à Vienne. Le prince de Lichtenstein s’y est rendu hier et M. de Giulay y arrive aujourd’hui. Des difficultés ont été élevées relativement à deux millions de contributions échues ; après une discussion assez longue dans laquelle j’avais dit que l’échange ne se ferait qu’à la dernière heure du dernier jour, ces messieurs sont convenus que ce payement se ferait demain matin à huit heures. Si les fonds sont versés, je consommerai l’échange à neuf, et j’expédierai immédiatement un courrier à V.M. pour le lui annoncer.

Les huit premiers millions qui doivent être payés sont en route. Ils partent de Wieliczka, ville de Pologne dans laquelle était le trésor de l’empereur : on les amène en poste. Toute la ville de Vienne est en mouvement pour fournir les lettres de change. Dans la journée de demain tout cela sera convenu. V.M. peut être assurée que, dans la semaine, les huit premiers millions seront versés en or, dans la caisse de M. Daru ; il ne peut point y avoir de doute sur cet objet.

Je supplie V.M., etc.

V.M. apprendra que le fameux Collenbach en lisant le traité à Holisch s’est transporté d’une telle colère qu’il est mort au bout de douze heures. Cela fait rire toute la ville de Vienne. Il était l’auteur de la grande note du 3 septembre.



CLI



Vienne, 1er janvier 1806.

Sire,

Aujourd’hui, premier jour du nouvel an, à midi, sachant officiellement que les deux derniers millions des contributions au sujet desquels il y avait eu d’abord de difficultés, ensuite des lenteurs, venaient d’être payés, j’ai fait avec Messieurs les plénipotentiaires autrichiens l’échange des ratifications. Ainsi l’œuvre de la paix a été complétée, comme V.M avait paru le désirer, ce jour où les Français rentrant dans le calendrier grégorien semblent commencer une ère nouvelle.

M. le comte de Giulay est commissaire de S.M. impériale d’Autriche. Tous ces règlements généraux pour les conventions, tant des Etats héréditaires que de l’Etat vénitien, seront arrêtés ici entre lui et M. le maréchal Berthier, qui commence demain les conférences à cet égard. Les détails de l’évacuation seront suivis pour les Etats héréditaires par le lieutenant général Kollowrath et pour l’Etat vénitien par le général Bellegarde (1). M. de Giulay paraît vouloir s’entendre sur les échanges des magasins que l’on pourrait laisser dans l’Etat vénitien contre des objets que les Français auraient, au terme du traité, le droit d’emporter de l’Autriche.

Les premiers huit millions écus que l’Autriche doit payer sont en chemin : ils viennent directement du trésor de l’empereur, on les fait venir en poste, ils seront remis à la personne désignée par M. le maréchal (2) le 5 au plus tard. C’est un point sur lequel V.M. peut entièrement compter.

Les trente-deux millions écus que l’Autriche doit payer en lettre de change sont dès aujourd’hui l’objet de toutes les négociations commerciales de Vienne. Mon opinion est qu’il n’y aura rien à perdre sur le papier en suivant strictement la lettre du traité. Il paraît qu’ici tout le monde veut terminer et terminer loyalement cet article.

Toutes choses étant réglées conformément à la lettre que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire et ma présence [n’étant] plus utile, je partirai demain et marcherai jour et nuit dans l’espoir de rejoindre V.M. à Munich.

J’ai expédié deux courriers à Constantinople. J’envoye un homme de mes bureaux fort intelligent et qui a mené toute la campagne. J’ai, outre ces expéditions, prié le prince Eugène de faire passer un troisième courrier. Tous sont porteurs de bulletins.

De Brunn j’avais écrit par Berlin une lettre sur la bataille d’Austerlitz et j’avais aventuré une autre lettre par la route ordinaire.

On dit que le voyage de V.M. à Munich me met dans le cas de rappeler à V.M. que les ministres des affaires étrangères ont l’honneur de faire les fonctions de notaire pour les pactes de famille entre les souverains. Je tiens essentiellement à ce beau privilège (3).

Je supplie V.M., etc.

(1). Le comte Henri de Bellegarde, bien que né en Savoie, n’avait jamais servi la France. Il commandait alors pour l’Autriche dans les pays vénitiens.

(2). Le maréchal Berthier.

(3). Talleyrand fait allusion ici au prochain mariage du prince Eugène avec la princesse Auguste, fille du roi de Bavière.



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CLII



11 janvier 1806.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. un plan sur la banque. Tout l’ensemble et chaque portée de ce plan sont le résultat d’une habitude constante d’observer tous les faits qui se sont passés à ce sujet soit en France, soit dans les autres parties de l’Europe pendant ma carrière. Je soumets donc cette opinion à V.M. avec quelque confiance. Elle éprouvera beaucoup d’opposition de la part de tous les faiseurs ou d’intrigants d’affaires qui abondent à Paris mais je suis sûr qu’elle aura l’assentiment de tous les véritables hommes d’affaires de Paris et de toutes les villes de commerce de l’empire. Les moyens de passage sont assez doux pour ne causer aucun embarras sur la place, et la création des nouvelles actions intéressera une quantité d’individus au nouvel établissement, et il sera créé là un vrai foyer d’argent qui n’aura point de motif pour s’écouler.

L’idée principale est que la banque doit être instituée pour l’utilité du public, bien plus que pour l’avantage des actionnaires, et qu’elle doit fournir abondamment Paris de numéraire.

Tous les avantages qui sont accordés à l’établissement ne sont que des avantages pour le public, à qui il en coûte beaucoup davantage pour faire toutes les opérations dont la banque doit être chargée et dont ce genre d’établissement s’acquitte merveilleusement dans tous les pays où sont adoptées les banques de dépôts.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CLIII



24 février 1806.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. la minute même de la note que je remis aux plénipotentiaires autrichiens au moment de la signature du traité de paix pour reconnaître ce qui avait été dit et convenu relativement à l’époque et au mode de la future prise de possession de l’électorat de Wurtemberg.

Si en acquiesçant à ce que l’Autriche pût mettre un de ses régiments à la disposition de l’électeur uniquement pour prendre possession et lorsque des commissaires auraient été nommés par l’électeur et par le roi de Bavière, j’ai fait une concession qui contrarie les vues de V.M., il doit me rester le plus vif regret de n’avoir pas pressenti qu’une mesure qui me paraissait, à cette époque, toute simple et toute naturelle et qui ne devait durer qu’un moment, pût avoir des inconvénients, surtout lorsque l’Autriche avait renoncé, comme elle le fait textuellement dans le traité à tout droit à prétention actuelle ou éventuelle sur tous les états situés dans les cercles de Franconie, de Bavière et de Souabe.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CLIV



5 mars 1806.

Sire,

Une lettre que madame de Lucchesini a reçu cette nuit de son mari lui apprend que S.M. le roi de Prusse a ratifié le traité dont il était porteur. Il ne mande point de détails. Sa lettre annonce seulement une grande satisfaction. Nous aurons probablement un courrier d’ici à vingt-quatre heures.

Je supplie V.M., etc.



CLV (1)



Enregistrée au cabinet de S.M. le 13 avril 1806

Note.

J’ai eu ce matin une conférence avec l’ambassadeur ottoman. L’ambassadeur extraordinaire a dû partir de Constantinople le jour de Pâques. La reconnaissance dont il est porteur et que celui qui est à Paris était chargé de m’annoncer porte le titre de Padischah, empereur des Français, roi d’Italie.

J’ai vu M. de Lucchesini. Il expédie un courrier à M. de Schulembourg (2) et un autre à sa cour. Sa dépêche doit contenir la plainte de ce que les troupes prussiennes sont entrées dans des villages occupés par les Français, et la demande qu’elles se retirent en laissant les choses en discussion.

(1). Cette pièce n’est pas une lettre, mais une note écrite par Talleyrand sur la couverture du dossier contenant la correspondance politique qu’il adressait à Napoléon. Au milieu même de la page se lisent encore les mots : Correspondance politique, de la main du secrétaire de Talleyrand. Celui-ci a écrit au-dessus et au-dessous. Toutes les pièces qui suivent celle-ci et qui ont pour titre le mot : Note, sont comme elle écrites sur la couverture d’un dossier de correspondance. Ces couvertures ne sont pas toujours celles de la correspondance politique, mais, dans ce cas, une note en indique la nature.

(2). Chargé d’administrer le Hanovre pour la Prusse.



CLVI



15 avril 1806.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. des dépêches que je reçois dans le moment de Vienne. J’y joins une lettre du maréchal Berthier, qui a été remise au courrier à son passage à Munich.

Je supplie V.M., etc.



CLVII



31 mai 1806.

Sire,

Le courrier de Hollande est arrivé cette nuit avec les ratifications pures et simples (1). Il n’y a point d’intervention du peuple ; tout est consommé. M. Maret a dans les mains l’exemplaire du traité qui pourra être présenté à la ratification de V.M. au moment où elle l’ordonnera : je dois voir dans la matinée l’ambassadeur.

Les ratifications de la convention faite entre M. Mollien (2) et M. Izquierdo (3) sont arrivées hier au soir. – Le courrier qui les apporte a annoncé que la princesse des Asturies était morte le 21.

Je supplie V.M., etc.

(1). Relatives à l’offre faite par Napoléon de son frère Louis pour être roi de Hollande.

(2). Alors directeur de la caisse d’amortissement.

(3). Diplomate espagnol qui était ou paraissait être l’homme de confiance du prince de la Paix. Ce fut lui qui signa pour l’Espagne le traité néfaste de Fontainebleau du 26 octobre 1808.



Voir la lettre




CLVIII



2 juin 1806.

Note.

V.M. trouvera à la tête de ce dossier un rapport sur les armes, pavillon et livrée de S.M. le roi de Naples (1).

J’y joins conformément à ses ordres un projet de décret sur les arrangements à faire en Italie. J’ai rédigé l’article de Bénévent conformément aux instructions que V.M. a bien voulu me faire connaître à mon dernier travail (2).

J’ajoute à ce dossier la copie de la ratification que leurs Hautes Puissances (3) ont donnée et envoyée : elles (sic) sont dans une forme très complète. La délibération a réuni 26 suffrages sur 30.

(1). Joseph Bonaparte.

(2). La constitution de la principauté de Bénévent en faveur de Talleyrand, sous la seule condition d’hommage envers l’Empire, est du 5 juin 1806.

(3). Les Etats de Hollande.



CLIX



Enregistrée au cabinet le 3 juin 1806.

Note.

V.M. a eu sous les yeux par extrait la lettre ci-jointe de M. de La Rochefoucauld : cet extrait venu par courrier est arrivé avant la lettre reçue par la poste d’aujourd’hui.

M. de Lucchesini m’écrit aujourd’hui une lettre relative à la participation du prince d’Orange : c’est par suite d’une conversation que j’ai eue avec lui.

V.M. remarquera sans doute la lettre de Rome, de M. Alquier.

Le courrier de Ratisbonne n’est pas encore arrivé.



CLX



Enregistrée au cabinet le 3 juin 1806.

Note.

V.M. trouvera ci-joint la notification du traité fait avec l’archichancelier (1). C’est aujourd’hui 27 (2) que se fait la notification à la diète. J’espérais que V.M. recevrait dimanche dernier le traité à son dîner de famille : car quelque soit l’attrait qu’on en elles-mêmes les grandes choses dont V.M. est toujours occupée, je la sais cependant sensible comme nous au charme des affections qui appartiennent à tous les hommes.

Le ministre de Hesse-Cassel a reçu des pouvoirs pour faire un traité d’alliance avec V.M.

Il y a dans ce dossier une lettre de Pétersbourg qui est plus politique que consulaire.

(1). De la Confédération germanique. C’était l’archevêque de Ratisbonne.

(2). Le 27 mai ; la date d’enregistrement de cette note n’est donc pas sa date réelle.



CLXI



6 juin 1806.

Note.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. dans ce dossier le rapport qu’elle m’a chargé de lui présenter sur les compensations à ménager éventuellement pour la Prusse et sur les agrandissements que l’on pourrait aussi éventuellement ménager à l’électeur de Hesse (1).

D’après le tableau que j’ai joint à mon rapport une population de 304.000 âmes peut être conservée pour la Prusse et cent et quelques mille tenues en réserve pour la Hesse.

Il n’en résulte aucun changement dans le système général des répartitions, et cela ne diminue le lot d’aucun des autres Etats avec lesquels on peut dès ce moment traiter. D’après les dispositions générales je crois qu’on pourra les amener à finir en peu de temps, comme V.M. le désire.

M. de Cetto a à remettre à V.M. une lettre du roi de Bavière ; l’objet de cette lettre est de réclamer l’appui de V.M. contre les prétentions de la Prusse, qui veut retenir une partie considérable du margraviat d’Anspach comme acquise à titre particulier : cette prétention est dénuée de tout fondement.

La lettre de Vienne de M. La Rochefoucauld est de vingt-quatre heures plus ancienne que celles qui sont arrivées hier par courrier.

(1). Dans la répartition des territoires au sein de la nouvelle Confédération du Rhin.



CLXII



7 juin 1806.

Note.

A la tête de ce dossier S.M. trouvera une lettre du prince de Hohenzollern : il supplie V.M. d’accorder sa sanction à l’alliance de son fils avec la nièce du prince Joachim.

L’ambassadeur turc a une lettre particulière du Grand Seigneur à remettre à V.M. : il demande une audience à cet effet. Il attend cette audience pour expédier son courrier.

La nomination de S.E. Mgr le cardinal Fesch (1) réunit tous les suffrages de Ratisbonne.

(1). Comme coadjuteur du prince archichancelier de la confédération. C’était l’archevêque de Lyon, lequel avait surtout, à ses yeux, le mérite d’être l’oncle de Napoléon.



CLXIII



3 juillet 1806.

Note.

L’expédition de Miranda se trouve avec détail dans ce dossier (1). L’état des forces espagnoles y est indiqué.

(1). Le dossier contenait des extraits de journaux étrangers.



CLXIV



7 juillet 1806.

Note (1).

Les lettres de Constantinople parlent de quelques armements qui se font à l’Arsenal. Deux divisions turques sont en mer : l’une croise dans l’Archipel ; on ne sait pas la destination de l’autre.

Une lettre de Trébizonde annonce les nouveaux succès de Jussuf Pacha contre les rebelles des provinces voisines. On a répandu que le roi de Perse devait bientôt marcher vers Erivan avec une armée considérable et qu’un envoyé du Khan de Tauris était passé à Erzeroum avec une lettre pour VM.

Le consul de V.M. à Alep rend compte des motifs qui l’ont empêché d’accuser publiquement le consul anglais dans la même ville d’avoir fait assassiner M. Romieu. Ce démêlé se passe en termes extrêmement virulents.

(1). Ce dossier contenait la correspondance des agents commerciaux.



Voir la lettre




CLXV



9 juillet 1806.

Note.

V.M. trouvera dans ce dossier la traduction des instructions reçues par le cardinal Caprara (1).

Le ministre de Wurtemberg ne peut pas signer parce que le système exige des cessions réciproques et que pour des cessions il est sans pouvoirs (2). Du reste il en aura samedi et il en doute pas que le roi n’agrée les dispositions générales et les dispositions particulières du traité. Ainsi samedi prochain cela pourra être une affaire finie.

Le ministre de Bavière et celui de Wurtemberg adoptent l’article que j’ai introduit portant qu’au décès de chaque prince primat le successeur sera nommé par V.M.

(1). Au sujet des ports des Etats du pape que Napoléon voulait fermer à l’Angleterre.

(2). Il s’agit du traité constitutif de la Confédération du Rhin, qui fut signé le 12.



CLXVI



10 juillet 1806.

Note.

Les lettres de Vienne sont venues par courrier extraordinaire.

V.M. remarquera sûrement une lettre de Carlsruhe, dans laquelle il y en a une pour le prince électoral.

Les lettres de Rome annoncent la retraite du cardinal Consalvi.



CLXVII



11 juillet 1806.

Note.

D’après les ordres de V.M., j’ai eu hier une très longue conférence avec lord Yarmouth. Après une discussion dans laquelle je lui ai fait connaître les intentions positives et immuables de V.M. sur la Sicile, et tous les motifs qui la justifient, lord Yarmouth m’a manifesté formellement sa persuasion personnelle sur la force et la justesse des motifs que je lui ai exposés. J’ai vu ses instructions qui sont positives et absolues. M. Fox dit, dans sa lettre particulière, à l’égard de la Sicile, que son opinion propre et celle du conseil sont que le gouvernement anglais ne peut pas céder sur ce point. Néanmoins, lord Yarmouth, qui me paraît convaincu dans notre sens, écrira une lettre qu’il m’apportera demain matin, dans laquelle il exposera scrupuleusement tous les raisonnements que j’ai faits et il les répète, dans les résumés qu’il fait souvent comme un homme nouveau dans les affaires, sous des formes et avec des couleurs que peut seule donner la conviction individuelle. – J’aurai l’honneur de rendre compte de sa lettre demain à V.M.

M. de Beauharnais (1) désire d’être admis à une audience de V.M. Il est décidé à ne point emmener sa femme à Madrid.

(1). Récemment nommé ambassadeur en Espagne.



CLXVIII



13 juillet 1806.

Note.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. le traité de confédération (1) signé par les plénipotentiaires de toutes les principales puissances, le Wurtemberg excepté, ainsi que M. le duc de Clèves. Cette transaction est la plus étonnante que le monde ait vue depuis cinq siècles ; elle entraîne la dissolution d’un antique empire et en complète un autre, qui a dans le génie de son fondateur un garant de sa durée.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. la lettre que je propose de signer pour M. de Pappenheim, relativement au baptême du fils du landgrave de Hesse-Darmstadt. Si V.M. approuve la forme que je propose, elle voudra bien mettre son approuvé en marge de ma lettre.

(1). La Confédération du Rhin.



CLXIX



16 juillet 1806.

Note.

La lettre chiffrée qui a passé hier sous les yeux de V.M. était un duplicata du n° 70 de M. Ruffin. J’ai l’honneur de lui adresser les autres de Constantinople, présumant qu’elle peut désirer de les relire.

M. Cetto signera ce soir.

V.M. trouvera dans ce dossier les projets de décrets pour M. Clarke et M. Siméon. M. Siméon part demain.

Je joins ici un état très exact de l’armée anglaise, de l’armée autrichienne et de l’armée prussienne.

L’ambassadeur turc m’a apporté ce matin un portrait du Grand Seigneur assez passablement fait qu’il m’a chargé d’offrir à V.M. Il n’a point de nouvelles de Constantinople.



CLXX



17 juillet 1806.

Sire,

La seigneurie de Broich ou Bruck (1) est un fief relevant du duché de Berg. Son Altesse impériale le prince Joachim s’en étant emparé il y a quelques mois, on l’a comprise dans le nombre des territoires qui, d’après le traité du 12 juillet, doivent être soumis à la souveraineté de son Altesse.

Le seul moyen d’empêcher que cette disposition ne soit désagréable à Madame la landgrave douairière George de Hesse-Darmstadt est de faire signer par S.M. impériale le duc de Berg l’article additionnel et secret que j’ai l’honneur de soumettre à V.M. ; si elle l’approuve je le signerais demain avec S.A. le prince Joachim.

L’objet dont il est question est de douze cents âmes.

Je supplie V.M., etc.

ARTICLE ADDITIONNEL ET SECRET (2)



Les droits de souveraineté attribués par le traité de Paris du 12 de ce mois à S.A. impériale le duc de Berg et Clèves sur la terre de Bruck ou Broich appartenant à Madame la landgrave douairière George de Hesse-Darmstadt ne seront exercés par S.A. qu’après le décès de Madame la landgrave.

Le présent article additionnel aura la même force et valeur que s’il était inséré mot à mot dans le traité du 12 juillet 1806.

Fait à Paris, le … juillet 1806.

(1). C’est Broich, près de Dusseldorf.

(2). Martens ne donne pas le texte de cet article, dont une copie est jointe à la lettre de Talleyrand.



CLXXI (1)



24 juillet 1806.

Sire,

V.M. ayant ordonné que l’époque fixée pour l’échange des ratifications fût reculée de deux ou trois jours, l’échange aura lieu le 27, au plus tard le 28 juillet. Le procès-verbal portera toutefois la date du 25, prescrite par le traité.

La déclaration à la diète pourra toujours être présentée le 1er août.

Les notes à la cour de Vienne seront remises le 2 août.

Ch. Mau. Talleyrand, prince de Bénévent.

(1). Cette pièce, de la main d’un secrétaire, est seulement signée de Talleyrand. Un tracé de fortification y est dessiné sur la partie blanche ; une note ancienne attribue ce tracé à l’empereur.



CLXXII



1er août 1806.

Note.

V.M. trouvera dans ce dossier la copie d’une lettre du landamman que M. de Maillardos a ordre de présenter à V.M. et pour la présentation de laquelle il demande une audience.



CLXXIII (1)



4 août 1806.

Sire,

V.M. a désiré d’avoir sous les yeux les compensations que l’on peut offrir à la Prusse.

La Prusse en cédant :

Neuchâtel : 47.000 âmes.

Clèves, avec Essen, Werden, Elten : 75.000

Anspach : 240.000

A perdu : 362.000 âmes.

qui seront compensés et au-delà par la souveraineté sur :

Les possessions des trois branches de la maison d’Anhalt : 152.000 âmes.

Les possessions des princes et comtes de la Lippe : 95.000

La principauté de Waldeck : 82.000

Le comté de Pyrmont : 6.000

Le comté de Rittberg : 18.000

Les seigneuries de Hohenlimbourg et de Rheda : 13.000

La seigneurie de Schaven : 1.100

367.100 âmes.

Mais, comme la Prusse a aussi cédé des domaines que la simple souveraineté sur une population égale à celle qu’elle a cédée ne peut compenser, la souveraineté de la Prusse peut être étendue sur les principautés de Fulde et les terres équestres adjacentes : 100.000 âmes.

Corwey : 11.000

Et Dortmund : 9.500

La seule difficulté est que ces trois principautés appartiennent au prince de Nassau, cousin germain à la fois et beau-frère du roi.

Ch. Mau. Talleyrand, prince de Bénévent.

(1). Cette pièce, de la main d’un secrétaire, est seulement signée de Talleyrand.



CLXXIV



18 août 1806.

Note.

C’est demain, le 19, jour que S.M. a fixé pour le départ de ses ordres. – J’aurai l’honneur de lui présenter ce soir tous les projets de notes et d’instructions qu’elle m’a ordonné de mettre sous ses yeux.

V.M. remarquera sans doute dans ce dossier la lettre de Madrid.



CLXXV



21 août 1806.

Note.

V.M. trouvera dans ce dossier les lettres du prince Joachim qu’elle m’a ordonné de lui remettre. J’ai, conformément aux ordres de V.M., expédié deux courriers, l’un au prince de Neuchâtel, l’autre à M. La Forest. Ils sont partis hier matin.



CLXXVI



26 août 1806.

Note.

V.M. trouvera à la tête de ce dossier une lettre de M. de Lucchesini qui ne laisse aucun doute sur la ratification de la Russie (1). Deux lettres de M. La Forest conduisent près de son dénouement la ridicule comédie qui a été jouée à Berlin. Il est impossible de porter plus loin la crédulité et toutes les contradictions de témérité et de poltronnerie qui en sont la suite. Le premier résultat est le rappel de M. de Lucchesini, et ensuite des dispositions tellement différentes que les affaires relatives au Hanovre en seront beaucoup plus faciles à arranger. – La nouvelle mandée par le chargé d’affaires de V.M. au Portugal arrêtera sûrement votre attention. Si la paix se conclut, l’affaire sera sans conséquence ; si la négociation est rompue, on a prétexte pour faire du Portugal tout ce qui plaira à V.M.

Ce portefeuille renferme quelques lettres que je viens de recevoir de lord Lauderdale (2). Les nouvelles de Russie paraissent le déconcerter extrêmement. Les plénipotentiaires de V.M. ont dans ce moment une conférence. – La réclamation de lord Lauderdale, sur son matelot fusillé et l’appareil qu’il met à cette démarche est d’un homme qui, ayant été toute sa vie clubiste et déclamateur de tribune, ne sait pas qu’un événement qui forme une grande scène entre deux partis n’est ordinairement qu’un incident, que quelques informations plus précises et des explications modérées font évanouir en un instant.

(1). Sans doute la ratification du traité signé à Paris par Clarke et d’Oubril, et qui ne fut pas ratifié par l’empereur Alexandre.

(2). Envoyé à Paris par Fox pour y diriger les négociations déjà commencées par lord Yarmouth avec Talleyrand, Clarke et Champagny. Les négociateurs anglais voulaient que l’on prit pour base l’uti possidetis, ce que les ministres français refusaient.



CLXXVII



27 août 1806.

Note.

V.M. trouvera dans ce portefeuille deux lettres de Berlin qui font connaître au naturel le caractère de cette cour, que sa faiblesse rend crédule en tout ce qui peut l’alarmer ; elle ne sait ni ce qu’elle doit croire, ni ce qu’elle doit faire, et finit par se confier à ceux dont elle se défie, attendant avec résignation les évènements de l’avenir. – Ce qui, dans mon opinion, ressort le plus de cette dépêche, c’est que la cour de Berlin désire vivement de former sa confédération du Nord et que ce qu’elle craint par-dessus tout, c’est que la Hesse lui échappe.

Hier, M. de Champagny, chez qui dînait lord Lauderdale, a pu après dîner engager avec lui dans le jardin une assez longue conversation qui a eu l’air extrêmement naturelle. Lord Lauderdale a plus parlé que dans les conférences qui ont eu lieu entre les plénipotentiaires ; il est revenu souvent sur l’importance des difficultés qui s’opposaient au rétablissement de la paix, mais il n’y plus parlé de départ ni de passeports. – Son système actuel, d’après ce que m’a dit lord Yarmouth, est de prolonger la négociation, de la conserver existante, et d’en éloigner l’issue. Ce système se fonde sur la santé de M. Fox d’une part, et sur la décision de la cour de Russie au moment où elle recevra le traité. – Si la Russie ne ratifie pas, la paix sera extrêmement difficile à faire ; si elle ratifie, la paix est inévitable. (Ceci est l’opinion restée à Lord Yarmouth après une conférence qu’il venait d’avoir avec son collègue.)

On parle, en Angleterre, de l’envoi d’un autre plénipotentiaire. Si, comme on le dit, le choix tombait sur lord Holland (ce que craint lord Lauderdale), cela prouverait que M. Fox est mieux ; et les chances pour la paix augmenteraient ; car certainement il n’enverrait pas son neveu pour rompre. – Je joins ici le rapport que V.M. désire sur la nomination de M. Godard (1). – La dépêche de M. Serrurier (2) rend compte d’un fait assez important.

(1). Nommé secrétaire de légation à Paris pour l’Angleterre. On avait donné à cette nomination une publicité que Napoléon croyait calculée et qui lui déplaisait.

(2). Chargé d’affaires de France à La Haye.



Voir la lettre




CLXXVIII



28 août 1806.

Note.

Le ministre de l’électeur de Wurzbourg vient dans le moment de m’annoncer officiellement l’adhésion de l’archiduc, son maître, à la Confédération du Rhin.

L’archiduc se propose de demander à V.M. la souveraineté sur les terres équestres enclavées dans ses Etats.

M. Hirsinger n’a point encore donné cette nouvelle. C’est un courrier envoyé à M. de Wurzbourg, ministre de l’archiduc, qui le lui apprend dans le moment.

Ainsi cette affaire peut être regardée comme terminée au gré de V.M.

Le courrier anglais attendu aujourd’hui n’est pas encore arrivé.



CLXXIX



29 août 1806.

Note.

V.M. trouvera dans ce dossier le projet de note qu’elle m’a ordonné de mettre sous ses yeux relativement aux principes de sûreté qui doivent être établis par la diète de Francfort à l’égard des Etats étrangers à la Confédération. – Le ministre du prince de Nassau est venu me faire, de la part du prince de Waldeck, une ouverture dont l’objet est d’admettre le prince de Waldeck dans la Confédération du Rhin. V.M. voudra bien remarquer que le prince de Waldeck a ses possessions au nord de la Hesse électorale et au milieu de la Prusse. – M. de Lucchesini est venu aujourd’hui m’exprimer, de la part de sa cour, des criantes sur le voisinage de troupes françaises qui sont, m’a-t-il dit, à un quart de lieu de Bayreuth : je crois que je l’ai pleinement rassuré.

La négociation avec l’Angleterre est dans le même état. Lord Yarmouth désire obtenir immédiatement ses passeports. Je dois avoir l’honneur de dire à V.M. que le langage de Lord Lauderdale, depuis qu’il est seul chargé de la négociation (ce qu’il a annoncé à tout le monde), paraît fort amélioré.

V.M. aura sans doute remarqué dans une lettre du dernier portefeuille que la Saxe paraît préférer la Confédération du Rhin à celle de la Prusse.



CLXXX



30 août 1806.

Note.

V.M. trouvera dans ce dossier deux lettres que m’ont aujourd’hui écrites lord Lauderdale et le comte d’Yarmouth. – Conformément aux ordres de V.M. j’ai donné le passeport pour le courrier de lord Lauderdale et demain jeudi (jour fixé par V.M. s’il y avait de nouvelles instances), je donnerai celui de lord Yarmouth. – Tous les papiers anglais se plaignent de ce que lord Yarmouth a assisté aux conférences qui ont eu lieu entre le général Clarke et M d’Oubril, ce qui est absolument controuvé, mais imaginé probablement pour décréditer lord Yarmouth.



CLXXXI



31 août 1806.

Note.

D’après les ordres de V.M., j’ai écrit ce matin à M. de La Forest, et j’ai vu M. de Lucchesini avec lequel j’ai eu un long et grave entretien, d’abord sur le même sujet et ensuite sur la part personnelle qu’il a eue aux dernières mesures de sa cour. L’impression que je lui ai faite a été telle qu’elle devait être ; il m’a paru décidé à demander sa retraite.

Le général Clarke a dû se rendre ce matin auprès de V.M. pour lui présenter la dernière lettre de lord Lauderdale.

Avant la ratification de la Russie, il n’y a aucun progrès à espérer dans la négociation ; l’impulsion de Londres donnée à la négociation sera toujours incertaine jusqu’à cette époque, et tant qu’il n’y aura pas de participation directe du ministre dirigeant dans cette grande affaire : le temps me paraît pour nous.



CLXXXII



31 août 1806.

Note.

M. de Metternich demande à avoir l’honneur de remettre à V.M. une lettre de S.M. l’empereur d’Autriche. La copie en était dans le portefeuille d’avant-hier. M. le comte de Beust demande à remettre une lettre à V.M.

M. de Lima demande à être admis à remettre une lettre particulière de M. le prince régent, adressée à V.M.



CLXXXIII



31 août 1806.

Note.

Ce portefeuille n’offrira à V.M. aucune notion sur la ratification de la Russie.

V.M. Impériale trouvera dans ce dossier un projet de traité pour établir une ligne de démarcation d’après laquelle les terres équestres interposées entre Wurtemberg et Bade se trouvent partagées.

Cette opération étant de sa nature difficile et délicate, je désirerais extrêmement que V.M. voulût bien s’en faire mettre le tracé sous les yeux ; et si elle juge que le traité doive être fait, il paraîtrait naturel qu’il fût conclu par le général Clarke, qui a déjà été chargé de ce genre de délimitation et qui les connaît.

Peut-être, comme M. de Winzingerode (1) refuse de prendre part à ce traité, et que de là peuvent naître de nouvelles difficultés entre des hommes déjà difficultueux, vaudrait-il mieux laisser le partage s’opérer entre les deux Etats, comme il aura lieu entre les autres confédérés, c’est-à-dire par des commissaires nommés de part et d’autre sous la médiation de V.M., représentée par un commissaire que le prince de Neuchâtel aura délégué à cet effet.

(1). Agent de la Russie.



CLXXXIV



2 septembre 1806.

Note.

Il ne parvient de nouvelles de Russie dans aucun sens. Si les ratifications ont été échangées le 15 le dix-septième jour (tous d’une course faite vite) finira ce soir (1).

V.M. trouvera dans ce dossier la traduction de la notification que l’empereur d’Autriche lui adresse sur son abdication de la couronne germanique ; c’est la pièce remise à V.M. par M. de Metternich.

M. de Vincent espère être porteur d’une lettre de V.M. pour l’empereur d’Autriche.

Note.

L’extrait d’une brochure allemande qui est dans ce dossier peut intéresser V.M. (2).

(1). Le traité avec la Russie avait été signé à Paris le 8/20 août et devait être ratifié dans les vingt-cinq jours.

(2). Le dossier était en effet consacré à des extraits de journaux étrangers, ainsi qu’indique une note du secrétaire de Talleyrand.



CLXXXV



4 septembre 1806.

Note.

La lettre de Dresde, qui est la seconde de ce dossier, est la réponse à une lettre ancienne que V.M. m’avait ordonné d’écrire à son ministre plénipotentiaire, mais non la réponse aux dernières dépêches parties il y a environ dix ou onze jours pour cette résidence.



CLXXXVI (1)



5 septembre 1806.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. des lettres de Vienne et une lettre du prince de Neuchâtel que je reçois dans le moment.

Je supplie V.M., etc.

(1). En marge de cette pièce on lit, d’une écriture de secrétaire : Renvoyée le 7 septembre.



CLXXXVII



10 septembre 1806.

Note,

V.M. trouvera à la tête de ce dossier un projet de lettre simple et courte de M. de La Forest. Une seconde lettre détaillée et faisant connaître les intentions de V.M. relatives à la Confédération du Nord pourra être écrite ensuite – j’en soumettrai le projet à V.M. jeudi.

Il me paraît que, dans le moment présent, il ne doit être question que du désarmement, dont je ne doute pas après qu’ils auront fait une dépense de 30 millions.



CLXXXVIII



11 septembre 1806.

Note.

Le ministre de V.M. à Florence est parti il y a plusieurs jours pour sa destination, il lui a été déjà écrit, conformément à vos ordres, pour faire rappeler le nonce ; je lui écrirai de nouveau sur le même objet, ainsi que sur les émigrés piémontais.

Demain matin j’aurai l’honneur de porter à V.M. tout le travail qu’elle m’a ordonné de préparer et de mettre sous ses yeux.



CLXXXIX



18 septembre 1806.

Note.

J’ai vu ce matin lord Lauderdale, qui est faible, mais mieux. – Je lui ai remis ma note. Ce que j’ai tiré de cette conversation, c’est qu’il ne veut point rompre, il désire que les négociations se reprennent bientôt, il voudrait finir avant la rentrée du Parlement. – Si on voulait leur donner Cuba, qui est aux Espagnols, il rendrait Buenos-Ayres et ne ferait plus aucune demande sur les colonies hollandaises : en tout, il est prêt à négocier. Il lui faut deux jours pour se remettre tout à fait.

Les courriers pour Berlin et Vienne sont partis. – A Berlin j’ai envoyé un homme fort intelligent qui, du reste, ne porte rien qui ne soit chiffré.

V.M. remarquera sûrement le bulletin de Stuttgard.

M. de Knobelsdorf (1) a dit à l’ambassadeur de Hollande qu’il espérait beaucoup qu’on s’entendrait.

Demain V.M. recevra le projet de lettre pour les confédérés. – Aujourd’hui je n’ai pas pu m’en occuper, le temps m’a manqué.

(1). Envoyé de Prusse, dont la mission n’avait pas d’autre but que de gagner du temps, de retarder les préparatifs de Napoléon en lui faisant croire à la possibilité d’un arrangement, et de permettre au roi de Prusse de prendre toutes ses dispositions pour soutenir la guerre. Napoléon ne fut pas dupe.



CXC



Metz, 28 septembre 1806.

Sire,

Les retards que j’éprouve à chaque poste et l’importance dont il est que toutes les nouvelles arrivent promptement à V.M., font que je me décide à envoyer à V.M. un courrier qui me devancera de quelques heures. – Avant mon départ, M. de Knobelsdorf n’avait point reçu son courrier, il l’attendait à toutes les heures, et il avait l’intention de se rendre à Mayence pour apporter lui-même à V.M. toutes les explications qu’il avait reçues relativement à l’audience qui lui avait été accordée. Le chambellan, conseiller de légation de Bohm, est probablement porteur de la réponse du roi à V.M., je présume qu’il se rendra auprès d’elle à Mayence, ne l’ayant pas trouvée à Paris.

Les lettres que j’ai l’honneur d’adresser à V.M. m’ont été remises à quatre lieues de Metz, d’où j’ai l’honneur d’écrire à V.M.

Je supplie V.M., etc.



CXCI



3 octobre 1806, onze heures du soir.

Sire,

Dans le paquet de Paris arrivé par l’estafette d’aujourd’hui il n’y a point de dépêches qui puissent avoir quelqu’intérêt pour V.M.

L’une, du prince de Masseran, avance que le ministre de Suède à Madrid, sur le refus de la cour d’Espagne de révoquer l’ordre qui interdit l’entrée des ports d’Espagne aux navires suédois, a demandé des passeports qui lui ont été donnés. J’en ferai un article pour le Moniteur.

M. d’Erlach, ayant appris que S.M. le roi de Naples désirait avoir trois régiments allemands à son service, propose de se charger de cette levée si on veut bien lui en donner la commission. C’est à M. Massias qu’il a fait cette proposition.

Je n’ai aucune nouvelle ni de M. La Forest ni de M. de Knobelsdorf ni de M. Bohm : j’en suis d’autant plus étonné par rapport à M. de Knobelsdorf qu’avec l’empressement qu’il témoignait de quitter Paris dans les premières lettres que j’en ai reçues et ayant été prévenu qu’il dépendait de lui d’avoir des passeports pour Mayence, il devrait être maintenant arrivé. Je le suppose en route ; mais je voudrais avoir à cet égard des renseignements précis que je n’ai pas.

S.M. l’impératrice, qui avait la migraine ce matin, ne souffre plus ce soir. Mmes de Larochefoucauld, Dalberg et de Mortemart sont arrivées ce soir.

La princesse de Nassau est arrivé à Mayence pour y faire sa cour à S.M. l’impératrice qui la verra demain et lui proposera à dîner pour dimanche.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXCII



Mayence, 4 octobre 1806.

Sire,

Il n’est arrivé aujourd’hui aucune nouvelle ni de Cassel, ni de Berlin, ni même de Paris, car l’estafette nous a manqué.

La princesse d’Issembourg et la landgrave de Hesse-Rottembourg sont arrivées ici pour faire leur cour à S.M. l’impératrice.

Nous venons de recevoir des nouvelles de V.M., de Wurzbourg. S.M. l’impératrice doit avoir l’honneur d’écrire demain à V.M.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXCIII



Mayence, 5 octobre 1806.

Sire,

M. de Knobelsdorf, ayant reçu le premier de ce mois une lettre du roi de Prusse pour V.M., qu’il lui était enjoint de remettre lui-même sans délai, s’est mis en route sur-le-champ ; mais les retards qu’il dit avoir éprouvés l’ont déterminé à me l’envoyer à Metz avec le billet ci-joint. Je le reçois à l’instant et je l’adresse immédiatement à V.M. Je garderai ici M. de Knobelsdorf jusqu’à ce que V.M. m’ait fait donner ses ordres. – Je n’aurai de nouvelles de Cassel que demain, je n’en ai point de Berlin, j’ignore le contenu de la lettre du roi et je n’ai rien qui me le fasse pressentir, mais je fais des vœux pour que V.M. y trouve des explications et des assurances qui lui permettent de concilier ce qu’elle doit à ses intérêts avec son amour pour la paix. – Je joins à cet envoi une lettre de M. de Champagny. – L’estafette d’hier, qui est arrivée au milieu de la nuit, ne m’a apporté que la lettre de M. de Champagny qui fût de nature à être envoyée à V.M. – au reste je n’ai aucunes nouvelles – elles sont, ainsi que mes vœux, auprès de V.M.

Je supplie V.M., etc.

Dès que j’aurai causé avec M. de Knobelsdorf, j’expédierai un autre courrier à V.M.



Voir la lettre




CXCIV



Mayence, 5 octobre 1806. dix heures du soir.

Sire,

Deux heures après avoir adressé à V.M. la lettre du roi de Prusse, un nouveau courrier de M. de Knobelsdorf m’a apporté la note ci-jointe, datée de Paris, 1er octobre.

C’est à dessein sans doute que M. de Knobelsdorf a mis un intervalle entre l’envoi de la lettre du roi et celui de sa note, peut-être espérait-il que le ton de l’une pourrait faire une impression qui rendrait l’autre moins choquante.

Je m’abstiens de toute réflexion sur le contenu de cette note. – Je remarquerai seulement que V.M. avait pénétré avec une merveilleuse prudence la véritable cause des agitations du cabinet de Berlin : le point capital est l’indépendance des villes hanséatiques et de la Saxe et la position de Wesel, et tout cela est exprimé dans l’article 2 de la note. Le reste n’est qu’un accessoire.

M. de Knobelsdorf n’est point arrivé ; il est dix heures, je me décide à faire partir mon courrier.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXCV



Mayence, 6 octobre 1806.

Sire,

M. de Knobelsdorf est enfin arrivé ce matin 6 à Mayence, et il sort à l’instant de chez moi : voici textuellement ce qu’il m’a dit : on lui a envoyé de Berlin une lettre fermée pour V.M., avec ordre de la remettre lui-même, et une note toute faite avec ordre de la signer et de la remettre. Ce sont la lettre et la note que j’eus hier l’honneur d’adresser à V.M. On ne lui a rien écrit de plus, on n’est entré avec lui dans aucun détail ; ainsi il sait ce que je sais moi-même.

Sa conversation était pleine de doléances, qui, toutes portaient sur ce que l’on avait été mal informé chez lui, ou sur ce que ses courriers avaient été trop longtemps à venir, ou sur ce qu’il avait éprouvé des retards en route. Le fait est que la réponse aux communications que V.M. a bien voulu lui faire le dimanche 7 septembre à l’audience qu’elle a accordée aux deux ministres de Prusse, n’est arrivée que le 1er octobre.

Il m’a demandé un passeport, pour un courrier qu’il voudrait envoyer, afin de rendre compte à sa cour de l’impossibilité où il a été, vu le départ de V.M., d’exécuter littéralement l’ordre qu’il avait reçu, et de la manière dont il y a suppléé.

L’envoi d’un courrier, ne sachant point qui il voudra faire partir en cette qualité, m’a paru avoir des inconvénients, puisque, quelque route qu’il prenne, soit celle de Francfort, soit celle de Wesel, il traverserait nécessairement les stations des troupes françaises. En conséquence, je l’ai engagé sous divers prétextes mais sans affectation, à attendre que V.M. m’ait fait connaître ses intentions.

Je pris V.M., si elle approuve le départ des courriers de M. de Knobelsdorf, de me faire indiquer la route qu’ils devront suivre.

Je n’ai aucune nouvelle de M. La Forest. V.M., dans le cas où M. La Forest arriverait, et où M. de Knobelsdorf devrait partir, voudra bien me faire connaître quelle route il doit prendre.

Je joins ici une dépêche de Constantinople. Si V.M. a quelque ordre à me donner pour faire parvenir à M. le général Sébastiani (1), j’ai le projet de lui expédier un courrier dans deux ou trois jours.

S.M. l’impératrice se porte bien. Elle donne aujourd’hui à dîner à tous les Nassau, hommes et femmes, et à la landgrave de Hesse-Rottembourg, qui est sœur du prince Jean Lichtenstein.

Je supplie V.M., etc.

(1). Nommé ambassadeur à Constantinople le 2 mai précédent.



Voir la lettre




CXCVI



Mayence, 6 octobre 1806.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une lettre du ministre de Saxe à Paris, lequel annonce qu’un corps de troupes saxonnes a été mis sur le pied de guerre, et est réuni à l’armée prussienne, sous la condition que les troupes ne dépasseront point les frontières de la Saxe, qu’elles cesseront de coopérer avec l’armée prussienne, si elle se porte en avant de la Saxe, qu’elles ne prendront part à aucune opération agressive, et doivent seulement concourir à la défense commune.

Le courrier de Cassel n’est point encore arrivé.

M. Vial (1) a remis au landamman la lettre de V.M., le landamman en a adressé des copies aux cantons. On y est disposé à tout faire pour faciliter la levée.

Les lettres d’Yassy annoncent que le prince Mornezi est parti pour Constantinople ; on attendait en Moldavie le caïmacan qui doit précéder l’arrivée du nouveau prince ; mais on craignait que l’on y fût devancé par les Russes qui augmentent leurs forces sur le Dniester. Ces lettres sont du 3 au 7 septembre.

On écrit de Lisbonne qu’il n’y a aucun changement dans la station anglaise ; il ne se fait aucun débarquement ; l’escadre est toujours de six vaisseaux ; lord Saint-Vincent (2) maintient une discipline fort exacte.

Le ministre de l’ordre Teutonique se plaint des invasions que les divers princes confédérés font chaque jour sur les domaines assignés à son maître par le traité de Presbourg.

Un bulletin de Hambourg paraîtra peut-être à V.M. de quelque intérêt.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ambassadeur près de la République helvétique.



Voir la lettre

(2). Amiral anglais.



CXCVII



Mayence, 7 octobre 1806, onze heures du soir.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de M. Bignon.

La Hesse reste neutre : le roi de Prusse reconnaît sa neutralité et a promis de la respecter, tant qu’elle sera respectée par la France.

Pendant l’absence de l’électeur, cette neutralité avait été violée. Un corps sous les ordres du général Blücher avait traversé la ville même de Cassel pour se porter dans les villages voisins, sur la route de Francfort ; ce corps a été obligé de rétrograder et de repasser Cassel. M. Bourjot, que j’avais envoyé à Cassel (le même que j’avais envoyé à Berlin et qui a présenté à V.M. les dépêches de M. La Forest), a vu défiler ces troupes à leur retour. Leur honte était visible. Le général Blücher, homme violent et brutal, était d’une humeur extrême et ne pouvait le dissimuler. La violation a été réparée presque aussitôt que commise, et d’une manière très mortifiante pour le général Blücher. M. Bignon pense que le voyage de l’électrice n’aura pas lieu.

Les assurances que l’électeur s’est empressé de faire donner à M. Bignon par le gouverneur de Cassel avait qu’il fut lui-même de retour, portent un caractère de sincérité qui ne permet pas de douter que ce prince ne se trouve heureux de pouvoir rester neutre et ne le soit de bonne foi. V.M. jugera si ces assurances doivent suffire.

J’ai remis à M. le général Clarke un des chiffres de Cassel ; j’ai reçu le chiffre correspondant, il pourra s’en servir pour correspondre avec moi quand V.M. le jugera nécessaire.

Pendant que la lettre que j’ai écrite à M de Champagny, par ordre de V.M. allait à Paris, lord Lauderdale a renouvelé sa demande de passeports. M. de Champagny doit maintenant les lui avoir remis avec la note que V.M. l’a autorisé à remettre en même temps.

M. Massias me fait parvenir la lettre ci-jointe de S.A. le grand duc de Bade pour V.M.

L’escadre russe qui est à Copenhague est de quatre vaisseaux de ligne et de quatre frégates. Il n’y a point de troupes de débarquement. La lettre qui annonce cette nouvelle est du 23 septembre.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CXCVIII



Mayence, 8 octobre 1806, à minuit.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de M. La Forest antérieure à celles que V.M. a lues ; l’ancienneté de sa date la rend moins intéressante. Mais, comme servant à compléter le détail de tout ce qui s’est passé jusqu’au moment où M. d’Haugwitz a quitté Berlin, elle m’a paru devoir être mise sous les yeux de V.M.

M. Champagny a fait remettre à lord Lauderdale la note que je lui avais adressée, et une autre par laquelle il le prévenait qu’il était autorisé à lui délivrer des passeports. J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. cette lettre, ainsi que des billets de politesse et de cajolerie que l’on s’est réciproquement écrits.

M. Bourrienne annonce que M. Jacobi (1) attend à Hambourg la fin des négociations entre l’Angleterre et la Prusse.

Le quatrième jour est commencé depuis que j’ai fait partir deux courriers porteurs de la lettre du roi de Prusse et de la note de M. de Knobelsdorf qui est toujours ici. Je ne compte pas seulement les jours et les heures, je compte les instants avec une impatience que la réflexion même ne fait qu’accroître, et avec une égale tristesse, puisque je ne puis supporter le temps que les ordres de V.M. mettent à me parvenir, sans sentir de combien je suis éloigné d’elle ; mais je ne veux pas importuner V.M. de mes chagrins, et je la supplie d’agréer l’assurance du profond respect

Avec lequel je suis, etc.

(1). Ancien syndic des Etats de Lunebourg. Lors de l’occupation du Hanovre, il eut encore l’administration du pays de Lunebourg.



Voir la lettre




CXCIX



Mayence, 9 octobre 1806, au soir.

Sire,

J’ai exécuté les ordres de V.M., en adressant par un courrier extraordinaire à M. l’archichancelier de l’empire la lettre de V.M. au Sénat, les notes qu’avant mon départ de Paris j’avais remises à M. de Knobelsdorf ou reçues de lui, celle qu’il m’a envoyée de Metz et deux rapports de moi à V.M. J’ai dû en faire deux, parce que V.M. disant dans sa lettre qu’elle ignore la véritable cause de la guerre, je ne pouvais parler des motifs avoués par la Prusse que dans un rapport que V.M. n’avait pas encore reçu à l’époque où elle écrivait sa lettre.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de M. de La Rochefoucauld avec une convention qu’il a conclue pour la reprise de Cattaro. L’Autriche s’engage à fournir immédiatement pour cet objet de cinq à six mille hommes. Rien n’a été stipulé relativement à Braunau, M. de Stadion s’étant contenté des assurances verbales données par M. de La Rochefoucauld. Dans les circonstances présentes, il ne pouvait pas même être question du retour des troupes de V.M. en France.

L’Autriche sent le prix d’une alliance avec la France et la désire, mais elle est déterminée dans le moment actuel par la situation présente des affaires. Elle a trop besoin de repos pour ne pas craindre d’être entraînée dans la guerre.

Mais si V.M consentait à excepter formellement du cas d’alliance la guerre présente avec la Prusse, l’Autriche serait, je crois, disposée à conclure l’alliance et j’y trouverais deux avantages.

Le premier, de s’assurer de sa neutralité dans la guerre actuelle.

Le second, d’avoir dès à présent des garanties contre les Russes en faveur de la Porte ottomane.

Je supplie V.M. de me faire connaître à cet égard ses intentions.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CC



Mayence, 10 octobre au soir, 1806.

Sire,

J’ai exécuté les ordres de V.M. relatifs au grand-duc de Hesse et au duc de Nassau.

Le grand-duc de Hesse a fait partir ce matin à quatre heures quatre bataillons d’infanterie, un escadron de chevau-légers avec l’artillerie affectée à chaque bataillon ; ces corps se dirigent sur Wurzbourg.

On fera prendre la même route à la brigade de Westphalie, composée de trois bataillons d’infanterie aussitôt qu’elle sera en état d’entrer en campagne. Le grand duc de Hesse et le duc Nassau pressent autant que possible leurs armements.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. deux lettres de M. Bignon, l’une arrivée par la poste, l’autre par estafette.

Le résultat de ces lettres est que le roi de Prusse, après avoir consenti à ce que l’électeur restât neutre, lui a expédié depuis des courriers pour le presser, pour le sommer même, de se déclarer, en lui présentant presque l’ultimatum de se prononcer pour ou contre, que l’électeur a envoyé près du roi son ministre principal pour se défendre d’accéder à ces demandes, et pour plaider la cause de la neutralité.

Cette neutralité, qui paraissait assurée il y a quelques jours, est maintenant problématique ; j’en ai prévenu le maréchal Kellermann (1), pour qu’il prenne ses précautions dans les envois d’argent qu’il m’a dit être dans le cas de faire.

V.M. trouvera dans l’envoi de ce jour une lettre de lord Lauderdale en réponse à celle que j’avais été autorisé à lui adresser.

L’archichancelier de l’empire vient demain samedi faire sa cour à S.M. l’impératrice qui se porte bien.

La reine de Hollande est annoncée pour dimanche, et la princesse de Bade pour lundi.

Je supplie V.M., etc.

(1). Qui commandait la réserve à Strasbourg et veillait aux envois d’hommes, de munitions et de vivres.



CCI



Mayence, 11 octobre au soir, 1806.

Sire,

L’estafette de Paris ne m’a apporté aujourd’hui que quelques lettres sans intérêt. M. de Knobelsdorf, qui m’est venu voir ce matin, qui m’a demandé quelles déterminations V.M. avait prises en conséquence de sa dernière note et auquel j’ai répondu que, n’ayant point d’ordre de V.M., je ne pouvais lui dire autre chose, sinon que V.M. s’était considérée comme déliée de l’engagement qu’elle avait pris de ne point faire de notification au Sénat, m’a adressé une note pour me demander des passeports.

Je lui ai répondu que je prendrais les ordres de V.M. Je prie V.M. de vouloir bien me les donner. Je n’ai point de nouvelles de M. La Forest.

On est, dans tout ce qui environne Francfort, inquiet de ce que fera la Hesse. On doute de ses dispositions ; le prince primat, qui a dîné aujourd’hui chez l’impératrice et qui est retourné ce soir à Francfort, partage cette inquiétude. Cela me détermine à expédier les courriers par Manheim.

Le maréchal Mortier se rendra lundi à Francfort, il compte y avoir ce jour-là de cinq à six mille hommes réunis.

La dernière lettre de V.M. est déjà bien ancienne. Nous n’avons des nouvelles de V.M. que du 9 au matin. Trois jours passés sans recevoir de ses nouvelles sont trois siècles d’anxiété et de tristesse.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCII



Mayence, 13 octobre 1806.

Sire,

Le secrétaire de la légation de V.M. à Wurzbourg m’apporte la nouvelle du départ de l’archiduc grand-duc de Wurzbourg, qui craint de n’être plus en sûreté à Wurzbourg, parce que des partis prussiens s’en approchent, et qui se retire en Bavière, à Neubourg, chez la duchesse douairière de Deux-Ponts, avec laquelle il est en relation d’amitié. Il n’y restera que le temps que les évènements le forceront de se tenir éloigné de sa résidence ; c’est à regret qu’il se verrait obligé de rester longtemps en Bavière, à cause des discussions dans lesquelles il se trouve engagé avec la cour de Munich, et s’il était invité à se rendre à Mayence, M. Hirsinger pense qu’il ne balancerait pas à profiter de cette invitation. Je prie V.M. de me faire connaître ses intentions à cet égard. M. Hirsinger se rendra ici demain, après avoir vu partir le régiment du grand-duc, dont V.M. l’a chargé d’accélérer la marche.

Le 11, date de la dernière lettre de M. Bignon, on était toujours, à Cassel, dans l’indécision et l’incertitude. On avait livré à chaque régiment 186 chevaux (autrefois on en donnait 300).

Un officier envoyé par la cour de Darmstadt a remarqué que les troupes hessoises étaient disséminées de manière à ne pouvoir être facilement réunies. Il en a tiré la conséquence que la Hesse voulait rester neutre.

Le même officier a examiné la situation des Prussiens dans le pays de Munster, Paderborn et dans les provinces adjacentes. Il ne croit pas qu’ils aient au-delà de cinq à six mille hommes. Mais il doit y arriver des corps détachés de l’armée que commande le général Kalkreuth.

Je joins à cette lettre une espèce de manifeste publié à Saint-Pétersbourg le 30 août dernier et que V.M. sera peut-être bien aise de connaître.

Lord Lauderdale est parti de Paris le neuf, à neuf heures du soir.

J’avais écrit cette lettre, et en la finissant j’allais exprimer à V.M. toute ma tristesse d’avoir passé quatre jours sans nouvelles, lorsque j’ai vu arriver le courrier du prince Berthier, qui nous apporte les nouvelles des succès des troupes de V.M. ; je suis bien heureux : recevez, Sire, les plus sincères félicitations d’un des hommes du monde qui, permettez-moi de vous le dire, vous aime le plus.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCIII



Mayence, 14 octobre au soir, 1806.

Sire,

Une ordonnance prussienne partie de Naumbourg et arrivée à Hambourg le 1er octobre, a apporté à M. de Jacobi l’ordre de partir sur-le-champ pour Londres : il est en effet parti le 2, sur un cutter envoyé d’Angleterre pour le prendre.

M. Bourrienne, qui m’en donne avis par une lettre du 3, ajoute que l’on assure que le subside fourni par l’Angleterre à la Prusse sera de deux millions sterling.

Le gouvernement danois, par une note qu’il a adressée au ministre de V.M. à Copenhague, annonce que les gouverneurs des colonies danoises aux Indes occidentales ont reçu l’ordre d’apporter tous leurs soins à surveiller et à déjouer toutes les menées tendantes à fomenter et à répandre l’esprit de révolte qui a soulevé la majeure partie de l’île de Saint-Domingue contre le souverain légitime.

M. le duc d’Arenberg, nommé par V.M. colonel d’un régiment de chevau-légers qu’il est autorisé à lever dans la Belgique étant obligé de fournir un contingent comme prince de la confédération, a pensé qu’il pourrait être agréable à V.M. que ce contingent fût réuni au régiment, qui serait alors augmenté d’un escadron, que le prince lèverait dans ses états et entretiendrait entièrement à ses frais.

M. le duc d’Arenberg m’a prié de prendre à cet égard les ordres de V.M. Je la prie de me faire connaître ses intentions.

Le duc Ferdinand de Wurtemberg (le même qui était à Paris) vient d’arriver à Mayence ; il a eu l’honneur de dîner aujourd’hui chez l’impératrice, il m’a remis une lettre pour V.M. ; il brûle de voir l’Autriche liée à la France.

Je vous supplie, etc.



Voir la lettre




CCIV



Mayence, 16 octobre au soir, 1806.

Sire,

Je viens de recevoir aujourd’hui, 16 au soir, les deux lettres de V.M. du 12. J’ai adressé, selon ses ordres, des copies des deux bulletins à LL. MM. les rois de Hollande et de Naples et à S. A. I. le vice-roi d’Italie, en les prévenant que ces bulletins ne doivent point être imprimés. Les bulletins adressés à M. l’archichancelier ont pu partir ce soir.

J’examinerai avec toute l’attention que V.M. me prescrit les papiers trouvés sur le prince de Prusse (1), je conserverai les originaux et j’aurai l’honneur d’envoyer demain à V.M. une copie qu’elle puisse facilement lire.

M. l’archichancelier a reçu le 13 toutes les pièces que V.M. m’avait prescrit de lui adresser, il les a communiquées au Sénat le 14.

La dépêche ci-jointe de M. Bignon m’aurait tiré d’erreur, si j’y avais été, sur le compte de la Hesse ; mais, loin d’avoir confiance dans les protestations de l’électeur de Hesse-Cassel (2), j’avais engagé depuis huit jours M. le maréchal Kellermann à ne faire les envois importants dont il était chargé que par une autre route et les six derniers courriers adressés à V.M. ont été expédiés par Manheim.

M. de Winzingerode m’écrit en date du 14 que S.M. le roi de Wurtemberg, supposant que V.M. peut avoir eu momentanément des motifs de différer la nomination, ou du moins le départ de l’ambassadeur qu’il attendait et qui doit être chargé de demander la princesse royale (3), est allé faire dans ses Etats un voyage dont il ne sera de retour que le 25.

M. de Winzingerode me demande si cet ambassadeur est destiné à séjourner à Stuttgard jusqu’à la cérémonie du mariage par procuration, ou si, partant après la demande, il reviendra pour le mariage.

L’escadre de l’amiral Saint-Vincent a quitté Lisbonne le 28 septembre. Les lettres particulières de Paris annoncent qu’on y était inquiet pour l’escadre de l’amiral Willaumez, ainsi que pour trois frégates françaises qui avaient eu à combattre contre trois vaisseaux anglais ; tout cela n’était que des bruits de Bourse (4).

Je supplie V.M., etc.

(1). Le prince Louis de Prusse, tué le 10 octobre au combat de Saalfeld, où son corps d’armée était en présence de la gauche des Français commandée par Lannes.

(2). Ici Talleyrand se défend contre Napoléon qui, dans sa lettre du 12, lui reprochait de s’être laissé tromper par la Hesse et d’avoir cru à sa neutralité.

(3). Pour Jérôme Bonaparte. Le mariage se fit en août 1807.

(4). Willaumez, en réalité, avait plusieurs fois rencontré les Anglais et toujours avec avantage. Il était attendu à Brest.



CCV



Mayence, 17 octobre au soir, 1806.

Sire,

Les pièces communiquées au Sénat par M. l’archichancelier sont imprimées dans le Moniteur du 15, que V.M. doit recevoir par le courrier d’aujourd’hui. D’après ce qu’on me mande de Paris, et je crois cette information très exacte, la publication de ces pièces a produit le meilleur effet.

M. de Mulzbourg, ministre de Cassel, a demandé à Paris des passeports pour Cassel. On lui a répondu qu’on ne pouvait lui en donner sans autorisation. L’absence de V.M., la mienne, des affaires personnelles ont été les motifs apparents de sa demande. Mais, dans les circonstances présences, il ne l’aurait sûrement pas faite si sa cour eût été plus décidément et plus franchement disposée à rester neutre.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. deux bulletins, l’un de Hambourg du 10 octobre, l’autre de Francfort du 17. Ils sont en opposition sur ce qui concerne les Russes. M. de La Forest n’est point arrivé.

Je supplie V.M., etc.



CCVI



Mayence, 20 octobre au soir, 1806.

Sire,

M. de La Forest est arrivé aujourd’hui à Mayence ; il était parti de Berlin avec sa famille dans la nuit du 5 au 6. Il est venu par Erfurth, où on l’a gardé quelques jours, et ensuite par Cassel. M. de Knobelsdorf part demain matin par la même route.

Voici les renseignements que M. de La Forest m’a donnés. Il a été témoin du 9 au 10 d’un grand mouvement des forces prussiennes rappelées de tous les points pour se porter sur la Saale. Il paraît que le vrai motif de son long et forcé séjour à Erfurth a été de l’empêcher de rendre compte en temps utile de ses observations.

Le 12, au matin, lord Marpoth, accompagné de plusieurs secrétaires, a passé par Langensalza, il était parti de Londres le 2, et faisait la plus grande diligence : il a dû entrer en conférence avec M. d’Haugwitz le soir du 12. Le matin du 16, un des secrétaires de sa légation a passé par Mulhausen, retournant en Angleterre en toute hâte.

Quant aux Russes, M. d’Haugwitz lui-même a avoué à M. La Forest, à Erfurth, que le roi s’était vu dans le cas d’accepter leurs offres. Il paraît que des troupes russes ont commencé vers le 8 octobre à défiler par Varsovie. On avait déjà la nouvelle que vers le 14 il devait en entrer plus haut. Mais, tout calcul fait, ils ne pouvaient avoir plus d’une quarantaine de mille hommes en présence des armées françaises, dans les premiers moments, et on pensait que ce ne pouvait pas être avant la mi-novembre.

La reine a passé le 15, vers les midi, par Langensalza, fuyant vers Magdebourg ; la grande duchesse princesse de Weimar et le prince son mari ont passé dans la nuit du 15 au 16, allant rejoindre la reine.

L’impression produite par la journée du 14 (1) sera très vive à Berlin parmi tout ce qui est civil. L’armée avait besoin d’être écrasée pour rendre au cabinet la faculté de sauver l’Etat.

On paraissait craindre que l’armée française ne se portât entre Berlin et Magdebourg : on cherchera à s’y opposer et à tenter, s’il le faut, une nouvelle bataille. On craint que V.M. ne fasse occuper Custrin, Francfort-sur-l’Oder, etc., pour couper les approvisionnements venant de la Silésie, de la Poméranie, etc.

Il y a parmi les officiers prussiens des hommes si fanatiques que les serviteurs de V.M. ne peuvent veiller trop attentivement autour de sa personne ; le général Ruchel (2) s’est souvent vanté d’une manière horrible à cet égard ; le général Blücher de même ; à des dîners de corps, où étaient les princes Louis et Auguste, le général Schmettau (3) et d’autres hommes considérables, plusieurs fois ils ont dit : Ne se trouvera-t-il personne qui nous délivre, etc. Tous ces récits font frémir…, mais il faut que V.M. sache tout ; et qui est-ce qui peut avoir le courage de le lui dire, si ce ne sont pas ceux qui l’adorent ?

La note de la bataille d’Iéna ne nous est arrivée qu’aujourd’hui 20, à midi. – Je l’ai fait imprimer et je l’ai envoyée comme première nouvelle à toutes les personnes à qui les bulletins doivent être adressés. – Je vais m’occuper de la réfutation du manifeste, ou plutôt du libelle que MM. Müller et Lombard ont publié.

Je supplie V.M., etc.

(1). Date de la bataille d’Iéna.

(2). Blessé et fait prisonnier à Iéna, il fut échangé quelques jours après.

(3). En ce qui concerne Schmettau, les craintes de Talleyrand étaient vaines, puisqu’il avait reçu, à Auerstaedt, une blessure des suites de laquelle il mourut.



Voir la lettre




CCVII



Mayence, 21 octobre au soir, 1806.

Sire,

Des voyageurs arrivés aujourd’hui et qui ont suivi la route de Madgebourg, de Goettingen et de Cassel, m’ont donné les renseignements suivants :

Le 13 octobre, vers deux heures après midi, le bruit de la mort du prince Ferdinand se répandit à Berlin et y fit une impression d’autant plus vive que peu de temps auparavant on croyait à des avantages remportés par le corps commandé par le prince.

L’ordre avait été donné aux corps placés dans la Nouvelle Prusse orientale et aux extrémités septentrionales de la Prusse orientale de s’avancer vers Custrin pour y former une armée de réserve de vingt-cinq à vingt-six mille hommes.

Le 15, à sept heures du soir, à Magdebourg, il ne s’y trouvait que les troisièmes bataillons des régiments du prince Louis Ferdinand, de Kleist, de Puttkammer et de l’électeur de Hesse ; ni cabanes, ni arbres autour de la place n’avaient été abattus pour en tenir le terrain déblayé. Les routes, d’ailleurs, étaient très mauvaises. La reine était attendue à Magdebourg. Elle avait passé le 16, à trois heures de l’après-midi, à Lutten, station de poste avant Goettingen.

M. de Waits, qui quitta Weimar le lendemain de la bataille, en a fait à Cassel une relation assez fidèle. V.M. se persuadera aisément qu’on n’y parle plus que neutralité.

L’électeur a fait demander à M. Bignon des sauvegardes pour les duchesses de Saxe-Gotha et d’Anhalt, ses deux filles, pour leurs résidences et leurs propriétés ; j’ai répondu à M. Bignon, qui m’a transmis cette demande, qu’elle devait être adressée à M. le prince de Neuchâtel.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCVIII



Mayence, 22 octobre 1806.

Sire,

M. Bignon, qui doit être dans ce moment-ci auprès de V.M., l’aura instruite de tout ce qui regarde Cassel.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. une lettre de S.M. le roi de Hollande qui, dans une lettre particulière, m’annonce qu’un courrier qui lui était expédié du quartier général de V.M. a été arrêté par l’ennemi sur les frontières du duché de Berg, et m’adresse une proclamation du roi de Prusse à son armée : cette pièce est sûrement connue de V.M. ; cependant je crois devoir la lui envoyer.

J’ai attendu, pour envoyer à V.M. une copie exacte des lettres trouvées sur le prince Louis, que M. de La Forest m’eût donné quelques éclaircissements qui les rendront plus intéressantes pour V.M. Les petits noms de sociétés sont remplacés par les noms véritables, et quelques notes mises en marge expliquent ce que certains passages offrent, ou d’énigmatique, ou d’obscur. V.M. sera en état d’ordonner ce qu’on en doit faire. J’ai fait des originaux une pièce d’archives, je les ai envoyés à Paris.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCIX



Mayence, 24 octobre 1806.

Sire,

L’estafette de Paris m’a apporté aujourd’hui beaucoup de lettres, mais aucune qui puisse avoir le moindre intérêt pour V.M. ; elles sont toutes du Midi.

J’ai reçu les treizième et douzième bulletins ; l’ordre paraît être rétabli dans les postes, et les moyens de communication sont redevenus rapides ; les sixième, septième et huitième bulletins avaient été six jours à nous parvenir. Six jours sans nouvelles pour nous, pour Paris, pour l’Italie, nous affligeaient beaucoup. On en aura reçu à la fois de bien miraculeuses.

Le prince de Hesse, qui a écrit l’une des lettres interceptées, est un homme qui a passé trois ans avec Dumouriez qui a demeuré chez lui ; il est gouverneur du duché de Schleswig.

Je supplie V.M., etc.



CCX



Mayence, 24 octobre 1806.

Sire,

Les victoires de V.M. ont changé nos inquiétudes en allégresse ; nous jouissons ici de vos triomphes et de votre gloire ; mais je gémis d’être ici dans une sorte d’impuissance de rien faire pour votre service ; je suis resté seul en arrière. Quel terme V.M daignera-t-elle mettre à mon exil ?

Ni de Paris, ni d’aucun autre lieu, il n’arrive rien qui mérite de fixer l’attention de V.M.

J’ai fait imprimer ici des bulletins déjà insérés dans le Moniteur. Je les ai envoyés tous en Italie. J’ai l’honneur de les adresser à V.M. ; elle aimera peut-être à trouver réunis dans cette collection ce qu’elle ne trouverait qu’épars dans les journaux. Présenter à V.M. les bulletins de la campagne, c’est lui faire hommage de ses propres bienfaits ; je ne crois pas qu’on puisse lui offrir quelque chose de plus grand que le récit de ses exploits et le tableau de ses victoires.

C’est uniquement pour faire ce que V.M. m’ordonne que je m’occupe de répondre au manifeste de la Prusse, car je trouve que tout est réfuté par le premier bulletin de V.M. et réfuté victorieusement.

L’impératrice se porte bien, la reine de Hollande et la princesse Stéphanie vont tous les jours au-devant du courrier.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCXI



Mayence, 25 octobre, minuit, 1806.

Sire,

J’ai reçu la lettre dont V.M. m’a honoré et le quatorzième bulletin que j’adresse à M. l’archichancelier de l’empire.

M. le maréchal Mortier est parti de Francfort ce matin pour Fulde, il y arrivera avec ses troupes demain au soir (1). Ainsi, d’après l’autorisation de V.M., je partirai demain (2), après avoir expédié à V.M. les nouvelles que j’ai reçues aujourd’hui. Elles sont de Bucharest et sous la date du 4 octobre : il paraît qu’il règne en Valachie beaucoup d’inquiétude.

Il faut que V.M. me permette de lui dire que je suis bien heureux d’aller la rejoindre.

(1). Il avait reçu l’ordre de détrôner l’électeur de Hesse.

(2). Pour aller à Berlin. Napoléon lui avait donné l’ordre, le 22, de ne partir que lorsque Mortier serait à Fulde.



CCXII



Berlin, 26 novembre 1806.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. deux dépêches de M. Otto. L’une contient le portrait des ministres, des princes alliés à la cour de Munich ; l’autre renferme quelques nouvelles d’Autriche.

J’ai écrit au général Andréossy (1) pour lui recommander d’adresser chaque jour au major général et à moi toutes les informations qui pourront lui parvenir.

M. de La Rochefoucauld arrive dans le moment très fatigué. Il m’a dit en substance que les troupes de l’Autriche, divisées en trois corps dont l’un est peu éloigné de Vienne, ne montent qu’à quarante-six mille hommes, qu’on a déjà appelé une douzaine de mille hommes de ce qui était sur la frontière, qu’en ménageant par les formes l’honneur de la cour de Vienne, il ne doutait pas qu’elle ne désarmât, qu’elle était positivement et sincèrement décidée à ne prendre aucune part à cette guerre, que l’empereur dans sa dernière audience, lui avait renouvelé la parole d’honneur qu’il avait donnée à V.M de ne jamais prendre les armes contre la France s’il n’était pas attaqué, et qu’enfin V.M. pouvait faire de la cour de Vienne et avec elle tout ce qui lui plairait, pourvu que l’on garde avec elle les formes auxquelles, à raison de sa faiblesse, elle tient plus que jamais.

Tout est parfaitement calme à Berlin. Je crains que ce ne soit par bonté que V.M. m’ait dit que son absence ne serait que de quatre à cinq jours. Les plénipotentiaires prussiens n’avaient pas reçu leur courrier hier.

Je supplie V.M., etc.

(1). Alors ambassadeur à Vienne, où il avait succédé à M. de La Rochefoucauld.



Voir la lettre




CCXIII



Berlin, 26 novembre 1806.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. quelques lettres qui m’ont été remises pour elle. J’y joins une note des plénipotentiaires prussiens qui sont fort inquiets et du retard de leurs courriers et du départ de V.M.

Je n’ai point de lettre du général Andréossy. M. de La Rochefoucauld, sur lequel il a compté probablement pour rendre compte de la situation de Vienne, persiste à dire, avec les formes les plus assurées, que V.M. est maîtresse de faire du cabinet de Vienne ce qu’elle voudra.

Il ne faut, à ce qu’il dit, que le lui demander et le lui demander avec ouverture et confiance.

Il n’a pas cessé de pleuvoir à Berlin depuis le départ de V.M.

Le nombre des princes est augmenté d’un représentant de la maison d’Anhalt.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCXIV



Berlin, 27 novembre 1806.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. la réponse du chargé d’affaires de Suède à la communication que M. Bourrienne lui a faite. Le roi de Suède ne veut point entrer en négociation ; il paraît être rentré dans un de ses accès de folie.

Les plénipotentiaires prussiens n’ont point reçu le courrier qu’ils attendent depuis lundi ; ils montrent une grande inquiétude occasionnée par ce retard.

Je n’ai point de lettre du général Andréossy.

Berlin est parfaitement calme, il n’a pas cessé une minute de pleuvoir depuis le départ de V.M.

Le corps d’armée du prince Ponte-Corvo y est arrivé aujourd’hui.

Les princes de Saxe sont toujours ici ; on dit l’électeur en chemin, mais on ne sait pas s’il continuera sa route ; la députation de Hanovre est toujours ici.

Je supplie V.M., etc.



CCXV



Berlin, 28 novembre 1806.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. deux lettres qui annoncent que son décret relatif aux marchandises anglaises commence à être exécuté. Une lettre du prince d’Orange qui désire que sa famille ait la permission de se rendre à Berlin.

Les plénipotentiaires prussiens ont reçu un courrier qui leur apprend simplement la non-ratification et qui leur annonce un officier porteur des dépêches du roi.

L’électeur de Saxe paraît avoir fait la moitié du chemin, il devait arriver ce soir ; on dit dans la ville qu’il rétrograde.

V.M. a-t-elle des ordres à donner à M. de La Rochefoucauld ? Il reste à Berlin à les attendre.

M. Durant viendra jusqu’à Posen tâcher de s’y rendre utile et pour y attendre les ordres de V.M. relativement à sa mission.

Berlin est parfaitement tranquille ; il fourmille de princes de la maison de Saxe.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCXVI



Berlin, 29 novembre 1806.

Sire,

Les deux dépêches de M. Otto, que j’ai l’honneur d’adresser à V.M. donnent sur les intentions de la cour de Vienne des aperçus tout à fait contraires aux rapports de M. de La Rochefoucauld, dont j’ai eu l’honneur de rendre compte à V.M. Mais V.M. ne manquera pas d’apercevoir que les informations de M. Otto viennent de sources indirectes et éloignées.

L’électeur de Saxe s’étant mis en route pour se rendre auprès de V.M. et ayant appris qu’elle a quitté Berlin, a été incertain s’il ne rétrograderait pas. Après diverses hésitations il a continué sa route, s’est flatté que le voyage de V.M. ne serait que de quatre ou cinq jours, comme nous l’avions dit dans les premiers moments, et il est arrivé ici. Il loge chez son ministre, où il est bien. Une heure après son arrivée, il a envoyé son grand écuyer pour me l’annoncer, et, le soir, il a fait mettre une carte à ma porte : ce matin je lui ai fait demander à quelle heure il voudrait bien me recevoir, et j’y ai été à midi.

J’ai trouvé un homme simple, avec des manières nobles, parlant bien et montrant un grand respect et une grande reconnaissance pour V.M. Il désire passionnément que V.M. lui donne des ordres ; de quelque nature qu’ils soient, il montre non-seulement des dispositions mais de l’impatience à les exécuter.

Tous les bruits de la ville annoncent que l’armistice n’a pas été ratifié ; je n’ai point vu les plénipotentiaires ; ils ont reçu un courrier qui leur en annonce un autre qu’ils attendent aujourd’hui.

Tous mes préparatifs sont faits pour rejoindre V.M., et je n’attends plus que les derniers ordres dont elle daignera m’honorer. Je suppose qu’elle fera dire quelque chose à l’électeur qui me paraît décidé à attendre ici des nouvelles de la marche de V.M.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCXVII



Berlin, 30 novembre 1806.

Sire,

J’étais dans l’attente des communications que les plénipotentiaires prussiens auraient à me faire ; car, d’après les ordres de V.M., je n’avais pas dû les informer moi-même de la non-ratification. Hier au soir ils vinrent chez moi, me dire que leur courrier était de retour et m’annoncèrent que le roi n’avait pas ratifié. Il n’a point ratifié, m’ont-ils dit, à cause de l’article relatif à la retraite des Russes. Le roi n’a point voulu contracter une obligation qu’il est hors d’état de remplir ; il ne peut éloigner les Russes par la force ; il ne peut l’obtenir d’eux qu’ils se retirent, les Russes ayant déclaré que, d’après l’appel fait aux Polonais et les mouvements insurrectionnels dans la partie prussienne de la Pologne, ce n’était pas l’affaire de la Prusse seule, que c’était aussi celle de la Russie, et le roi, m’ont-ils ajouté, ne peut empêcher les Russes de pourvoir à leurs propres intérêts.

Le roi a d’ailleurs fait connaître partout où il était nécessaire la déclaration que V.M. me charge de faire aux plénipotentiaires touchant les conditions sans lesquelles V.M. avait résolu de ne restituer aucune de ses conquêtes.

M. de Zastrow, l’aide de camp du roi, a l’ordre de se rendre, si V.M. le permet, au quartier général de V.M., pour y être prêt à recevoir tel ordre que V.M. jugera convenable de lui donner.

M. de Lucchesini a, de son côté, l’ordre de se rendre avec l’agrément de V.M., dans tout lieu qu’il plaira à V.M. de désigner pour y ouvrir, reprendre, ou suivre des négociations.

Le bruit s’étant répandu ce matin que j’allais partir pour rejoindre V.M., l’électeur de Saxe a désiré me voir ; ce qui paraît le toucher davantage, c’est que l’administration civile de son pays lui soit rendue, et il promet que pour tout ce qui serait relatif soit au payement des contributions imposées par le traité, soit aux fournitures à faire aux troupes qui continueraient à traverser les Etats saxons, V.M. n’aura pas de plus fidèle administrateur qu’il le sera lui-même, c’est l’expression dont il s’est servi et qu’il aime, car il me l’a répétée deux fois. – Du reste, il y a autour de lui une solennité dont le grand chambellan de Bose n’est qu’un faible échantillon ; son confesseur est dans son cortège.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCXVIII



Berlin, 30 novembre, neuf heures du soir, 1806.

Sire,

J’ai reçu aujourd’hui 30, à quatre heures après midi, la lettre dont V.M. m’a honoré. J’ai fait connaître ses intentions à M. Maret, au général Clarke, aux plénipotentiaires prussiens, et aux envoyés de Saxe. J’avais exécuté les ordres de V.M. de manière à être en route demain à midi. MM. de Lucchesini et de Zastrow partiront le jour suivant et prendront la route prescrite. Les plénipotentiaires saxons partiront aussi après-demain pour Posen ; l’électeur quittera Berlin qu’à midi afin de lui rendre quelques hommages avant mon départ.

Je suis toujours sans dépêches du général Andréossy ; je vais lui écrire dans le sens que me prescrit V.M.

Deux raisons me feront quitter Berlin avec joie. Je me rapproche de V.M. ; et, si après ce motif un autre mérite d’être compté, je laisserai ici un grand nombre de solliciteurs qui m’obsèdent et qui m’accablent. – Je marcherai sans m’arrêter ; V.M. m’a fait l’honneur de me mander qu’il ne me faudrait que trente-six heures de marche, mais je vois avec regret que son courrier a été cinquante heures en chemin.

Le grand duc de Darmstadt a envoyé ici M. de Morainville, son aide de camp, pour offrir deux mille hommes d’infanterie et quatre cents hommes de cavalerie au-delà de son contingent, si V.M. consent à lui avancer un million de livres nécessaires pour lever, équiper et solder ses troupes pendant un an. Le remboursement aurait lieu de la manière et aux époques que V.M. aurait fixées.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCXIX



Varsovie, 27 décembre 1806.

Sire,

J’ai reçu deux lettres du chargé d’affaires de V.M. à Copenhague, l’une du 9, l’autre du 15 décembre.

M. Désaugiers (1) m’écrit de Kiel, où est le prince royal. Il lui avait donné, dans une audience particulière qui lui avait été accordée, connaissance du décret impérial du 21 novembre, et, après avoir donné tous les développements convenables aux considérations qui avaient porté V.M. à user de représailles contre l’Angleterre, il a demandé que le gouvernement danois, secondant les vues de V.M., fît défendre toute correspondance avec l’Angleterre et ne permit l’établissement d’aucun bureau de postes anglaises dans ses Etats. Sur ce point, les intentions de V.M. seront remplies : le gouvernement danois a refusé aux Anglais la permission de placer des bureaux de postes dans les ports danois. Le corps d’armée dans le Holstein ayant été dissous, les ordres que V.M. m’avait ordonné de transmettre à M. Désaugiers se trouvent complètement exécutés.

M. Désaugiers annonce l’arrivée dans la rade de Copenhague d’un vaisseau anglais sur lequel se trouvait le général Hutchinson chargé d’une mission pour Pétersbourg (2).

Le roi de Suède continue de rassembler à Malmoë toutes les troupes dont il peut disposer.

Les ratifications du traité de paix avec la cour de Saxe ont été échangées à Dresde le 20. J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une lettre de M. de Thiard (3) et un rouleau de cartes.

M. de Thiard me mande qu’il est impossible que les 1.500 chevaux demandés dans le moment présent en Saxe soient fournis ; ils n’ont conservé que le seul régiment de cuirassiers de l’électeur, composé de 500 chevaux : du reste M. de Thiard dit qu’on leur a tout pris ; qu’il ne leur reste pas un cheval, pas une balle, pas une carabine. Quant à l’infanterie, il leur faudra peu de temps pour exécuter les ordres de V.M., en les poussant un peu.

Une lettre du lieutenant colonel Blaum aide de camp de l’archiduc Charles, adressée au général Linsichlen (au service d’Autriche et retiré à Dresde avec pension), dit que l’archiduc Charles visite chaque jour le duc Albert son oncle, dont il doit hériter, que tous les deux sentent la nécessité de maintenir la paix, la désirent, et qu’il n’est nullement question de guerre à Vienne. >P>Des lettres d’Amérique annoncent que l’opinion publique du pays n’était occupée que de l’affaire Miranda.

Il paraît que, par des avis de la Trinité du 13 septembre on apprend un nouveau débarquement sur le continent espagnol, près de Valencia. Miranda doit y avoir eu des avantages. Toutes les possessions espagnoles de ce côté paraissent en très mauvais état de défense et l’on assure que les Anglais y portent quelques forces tirées de la Barbade et de la Jamaïque.

La question de la présidence des Etats-Unis est entre M. Clinton et M. Monroë : le général Turreau demande qui il faut soutenir. C’est fort difficile à répondre ; tous les deux se sont montrés partisans de la France ; mais l’intérêt d’un Américain change fort vite sa politique.

Je sens que j’écris à V.M. des choses qui, au moment où elles lui arrivent, sont de peu d’intérêt ; mais lui écrire est une manière de me rapprocher d’elle et j’ai bien besoin de celle-là, puisque c’est la seule qui me soit permise.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ce diplomate, qui était attaché à la légation de Copenhague depuis le temps du Directoire, était frère du célèbre chansonnier.

(2). Il alla aussi trouver le roi de Prusse, on ne sait trop pourquoi, puisqu’il avait mission d’exciter les cabinets du Nord à résister à Napoléon et que la Prusse ne pouvait plus résister depuis Iéna.

(3). Alors gouverneur de Dresde.



CCXX



Varsovie, 29 décembre 1806, six heures du soir.

Sire,

La lettre dont V.M. m’a honoré m’a causé un plaisir bien vif en m’apprenant les nouveaux succès de ses armes, mais ce plaisir n’a point été sans mélange, à cause des fatigues et des privations auxquelles V.M. est exposée, et qui, par cela même que V.M. dédaigne de les compter pour quelque chose, affectent plus péniblement ceux de ses serviteurs qui ne sont point appelés à les partager.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une nouvelle dépêche du général Andréossy, apportée par M. de Montesquiou (1).

Le décret relatif aux marchandises anglaises a été inséré en entier dans la Gazette de Vienne. Depuis lors, le change sur l’Angleterre a cessé d’être coté à la Bourse.

Le ministre anglais (M. Adair) avait envoyé des lettres à la poste ; on les a refusées en disant qu’on ne pouvait recevoir que les lettres qui pouvaient parvenir à leur destination. Il a été obligé de les expédier par la voie de Trieste.

L’Autriche ouvre complètement la Gallicie, et le gouverneur général de Gallicie a envoyé à M. le prince de Neuchâtel le colonel du régiment de l’empereur, nommé le comte de Heippe ; je l’ai vu ; sa mission était d’annoncer qu’il avait reçu l’ordre positif, non-seulement de permettre, mais de faciliter le passage de toutes les denrées de la Gallicie par eau et par terre. Ce colonel a vu le gouverneur Gouvion (2) : il n’avait point de lettre à remettre ; il remplissait une mission, toute de politesse, et mettait beaucoup de prix à ce que son zèle fût remarqué.

Les dépêches de M. Otto, que j’ai l’honneur d’adresser à V.M., n’ont d’intérêt que par les nouvelles des agents bavarois sur ce qui se passe en Bohême ; et cet intérêt est très affaibli par la raison que toutes ces nouvelles sont vaines et qu’elles sont même contradictoires.

La dépêche ci-jointe de M. Dupont-Chaumont explique les embarras où se trouve en ce moment la Hollande : le roi attend avec impatience des directions de V.M. sur son administration intérieure. Il pense qu’un emprunt ne pourrait pas se faire.

M. de Thiard désirerait vivement être rappelé auprès de V.M. ou être employé activement dans le militaire ; il désirerait commander le contingent saxon ; cela paraîtrait convenir au roi de Saxe.

M. et Mme Paër (3) sont arrivés ici, ainsi que Brizy.

Les ministres de Nassau, de Wurtemberg sont arrivés : on en annonce un nouveau de Bade et un ministre du prince primat (4).

Je supplie V.M., etc.

(1). Le baron Eugène de Montesquiou, officier d’ordonnance de Napoléon.

(2). Le général Gouvion Saint-Cyr, alors gouverneur de Varsovie.

(3). Paër, compositeur italien, était maître de chapelle de l’électeur de Saxe ; à cette époque Napoléon l’attacha à sa personne. Mme Paër était une cantatrice de talent.

(4). C’est-à-dire le grand-duc de Francfort, Charles de Dalberg, ancien électeur, en titre sinon en fait, de Mayence et ancien archichancelier de l’empire germanique. Lors de la constitution de la Confédération du Rhin, il avait reçu Francfort et son territoire, réunis à la partie de l’ancien électorat de Mayence situé sur la rive droite du Rhin, et en outre le titre de prince primat.



CCXXI



Varsovie, 30 décembre 1806.

Sire,

Un courrier me remet en ce moment les dépêches de Constantinople et de Vienne que j’ai l’honneur d’adresser à V.M.

Le cabinet de Vienne s’est expliqué sur l’échange des galères, il ne se prête point à cette proposition. Du reste, il ne paraît pas montrer un grand intérêt aux affaires du Levant, quoique M. de Stadion ait assuré que le cabinet avait fait remettre à celui de Saint-Pétersbourg des notes très fortes sur l’occupation de la Moldavie, notes dont eux-mêmes, à Vienne, n’attendent aucun effet.

Le courrier qui apporte les lettres de Constantinople en est parti le 10 décembre. On avait depuis quelques jours la nouvelle de l’invasion des Russes en Moldavie, où ils avaient répandu d’avance qu’ils ne se présentaient qu’en amis. La Porte poursuivait ses préparatifs, et faisait rassembler des troupes sur le Danube.

Le général Sébastiani (1) paraît avoir donné des conseils sur les armements à faire et sur les points qu’il faut mettre en défense. Son plan tient à l’opinion dans laquelle il est que les Russes vont tenter de s’unir aux Serviens, aux Monténégrins ; ils vont tenter, à ce qu’il pense, de révolter la Morée et de mettre en feu tout le pays où il y a des Grecs.

Pour que V.M. puisse comparer les opinions de Constantinople avec les notions recueillies sur la marche des Russes dans les environs des pays où ils sont, je dois lui rendre compte de ce que j’ai su par mon courrier (homme fort intelligent), qui est revenu par la Valachie.

Les Russes n’étaient plus à Bucharest : Mustapha Baraïctar (2), successeur de Tersanick Oglou à Roustchouck et disposé à défendre l’Empire ottoman, les avait prévenus à Bucharest, en envoyant dans cette ville un corps de quatre à six mille hommes, dès qu’il avait été informé de l’entrée des Russes en Moldavie : le pacha de Widdin devait y envoyer un autre corps.

Le courrier ajoute que Mustapha, informé de l’arrestation du consul général à Yassy, a fait arrêter à Bucharest le consul de Russie et l’a fait conduire à Roustchouck. Les lettres de Bucharest, qui ne sont que du 6 décembre, ne parlent pas de cet événement : mais lorsque le courrier y a passé le 15, le consul de Russie était arrêté.

Si la Valachie et la Bulgarie sont passablement gardées, les communications des Russes avec la Servie et le Monténégro se trouveraient interrompues.

On dit dans le pays que les Russes ont en Moldavie environ vingt mille hommes.

L’ambassadeur de Perse et le ministre ottoman n’étaient pas encore partis de Constantinople. On croyait qu’ils se mettraient en route dans quelques jours. Le Grand Seigneur regarde l’alliance comme déjà conclue et il s’abandonne avec confiance aux dispositions de V.M.

Quoique les lettres du consul de V.M. à Bafra soient d’une date très ancienne et que nous en ayons reçu de plus récentes, je les joins cependant ici, parce qu’elles annoncent les bonnes dispositions de Kilidj Beg, prince des Abazes, qui, par sa position près de la Georgie, peut être employé avec avantage dans la guerre de la Perse contre la Russie, et couvrir à l’orient de la mer Noire les frontières ottomanes.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ambassadeur à Constantinople.

(2). Il devint grand-vizir en 1808 et mourut d’une façon tragique le 15 novembre de la même année. Il avait succédé à Tersanick en 1804.



CCXXII



Varsovie, 3 février 1807.

Sire,

La dépêche de M. de Zastrow (1) et la note du cabinet russe semblent au premier aperçu annoncer moins de facilité que d’obstacles, mais la date est déjà un peu ancienne ; et, après tout, les dispositions de la Russie dépendront des évènements et les évènements dépendront de V.M.

Le rapport que V.M. m’a ordonné sera prêt, quoique je sois bien persuadé que ses soins l’auront rendu inutile.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. des dépêches de Vienne ; elle y trouvera joints un tableau de la levée extraordinaire ordonnée dans chaque province russe et des extraits de lettres de Saint-Pétersbourg. Quoique tout cela soit vieux, les détails n’en sont point indignes de l’attention de V.M., qui y trouvera une lettre dans laquelle figure un nommé Barducci, originaire de Corse.

Je me suis occupé des instructions relatives à la Perse. Parmi les personnes que je connais, celles qui me paraîtraient plus propres à remplir cette mission serait (sic) M. Vigouroux, qui est maintenant à Naples, ou en chemin pour venir à Paris. Il a bien servi à Corfou. M. Séguier, consul à Trieste, a beaucoup voyagé dans l’Inde, il est homme d’entreprise. J’en proposerais un troisième dont le nom est Bergeret : c’est un homme plein d’esprit et fort entreprenant ; il était dans la marine, il arrive de l’Ile de France, il vient de passer trois ans dans l’Inde. C’est celui en qui, personnellement, j’aurais le plus de confiance. C’était l’ami intime de l’amiral Bruix, qui me l’a fait connaître il y a environ dix ans. Comme il avait éprouvé des oppositions dans la marine, et qu’il avait de l’activité à employer, il est parti pour l’Ile de France sur un bâtiment qui était à lui et à quelques-uns de ses amis. A Posen, j’ai eu l’honneur de remettre à V.M. une lettre de lui ; il s’adresse à V.M. pour y être employé parce qu’il me paraît être en dissentiment d’opinion avec le ministre de la marine. Il est maintenant à Paris, et serait disposé à tout. On pourrait lui mander de se rendre ici pour recevoir des ordres (2).

Les Hambourgeois demandent que leurs navires, sur leur lest, puissent sortir pour les ports de France, ou pour les pays alliés de la France, et que les bâtiments qui partent chaque année pour la grande pêche puissent y aller. Ces deux demandes me paraissent sans inconvénient, car ils vont chercher d’une part des marchandises de France, et de l’autre, ils vont faire une pêche qui ne peut que diminuer celle des Anglais.

Je supplie V.M., etc.

(1). Aide de camp du roi de Prusse.

(2). Talleyrand en fut pour ses éloges. Ce fut le général Gardane que Napoléon envoyé en Perse.



CCXXIII



Varsovie, 5 février 1807.

Sire,

Le général Andréossy, dont j’ai l’honneur d’envoyer une lettre à V.M., annonce que le prince Gagarin, arrivé à Vienne, est chargé de demander le concours de l’Autriche, en vertu du traité de 1794, par lequel les trois puissances copartageantes se sont garanti mutuellement la partie de la Pologne échue à chacune d’elles ; mais ce n’est encore là qu’un bruit sans certitude. L’archiduc Charles, qui n’aime point les Russes, sert de contrepoids à toutes les intrigues du parti russe.

M. de Vincent a envoyé dans la Gallicie, mais nous n’avons encore rien appris des Russes par cette voie.

S.M. le roi de Hollande envoie une députation à V.M., pour la complimenter en son nom et au nom de la nation hollandaise ; ces messieurs demandent où ils peuvent se rendre ; j’ai indiqué Varsovie.

La cour de Madrid consent à mettre à la disposition de V.M. quatorze mille Espagnols, y compris les six mille qui sont en Toscane. Le commandant de ce corps sera ou M. Offaril (1) ou M. de Castanos, gouverneur du camp de Saint-Roch ; celui qui plaira le plus à V.M. sera choisi ; la cour de Madrid désirerait que ce fût M. Offaril.

Le prince de la Paix, nommé amiral des forces navales d’Espagne, adresse à V.M. une lettre pour lui en faire part.

Je supplie V.M., etc.

(1). Gonzalo O Farrill commandait déjà le contingent espagnol en Toscane. Ce fut le marquis de la Romana qui lui succéda dans ce commandement et qui conduisit ces troupes dans l’Allemagne du Nord.



CCXXIV



Varsovie, 6 février 1807.

Sire,

Les nouvelles que je reçois du prince de Neuchâtel me rendent bien heureux. Je comptais bien fermement sur le succès d’opérations dirigées par V.M., mais l’attachement et l’absence ne sont jamais sans inquiétude.

Je n’ai rien de nouveau à transmettre à V.M. ; la correspondance est nulle. Il ne m’est rien parvenu par la Gallicie.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. des lettres que je reçois pour elle.

Je la supplie d’agréer, avec mes félicitations, l’hommage, etc.



CCXXV



Varsovie, 8 février 1807 deux heures après midi.

Sire,

Le général Andréossy a remis à l’empereur d’Autriche la lettre de V.M. L’empereur lui a dit qu’il ne pouvait que se louer des bontés de V.M., de la manière dont elle avait accueilli les officiers qu’il avait envoyés près d’elle, et des mesures sévères prises pour réprimer ou prévenir sur les frontières de la Gallicie tout ce qui serait contraire au bon ordre.

Le général Andréossy paraît prendre beaucoup d’ascendant sur les Russes ; cela me revient de plusieurs côtés.

Le général Andréossy a envoyé un officier à Widdin.

L’Angleterre fournit à la Russie un subside de deux millions sterling ; cela paraît certain.

Nous n’apprenons point de nouvelles des Russes, sur lesquelles on puisse compter, par la voie de la Gallicie. M. Jaubert est arrivé ce matin ici (1). Il a laissé l’ambassadeur persan près de Temeswar, il le suppose arrivé aujourd’hui à Vienne ; le ministre de la Porte Ottomane arrivera plus tard ; M. Jaubert l’a laissé à Andrinople. Tous deux ont les pouvoirs les plus étendus pour conclure une alliance dont V.M. dictera les conditions.

C’est le 3 janvier que M. Jaubert est parti de Constantinople. La guerre, quoiqu’elle fût déclarée, n’était pas dans les intentions des ministres ottomans. L’invasion des Russes l’avait rendue nécessaire. On n’a pu l’éviter, mais on ne la voulait pas. Il résulte de cet éloignement pour la guerre de la lenteur dans les préparatifs. M. Jaubert ne croit pas que les Turcs aient plus de soixante mille hommes sur le Danube, d’autres troupes y arrivent ; mais lentement. Si les Russes n’ont pas encore tenté le passage du Danube, c’est qu’ils n’ont que vingt-deux à vingt-cinq mille hommes.

Il n’y a eu avant l’entrée des Russes à Bucharest qu’un engagement peu important. Les Turcs y ont perdu environ cinq cents hommes, et depuis ils ont obtenu un avantage près d’Ibraïl (2), où ils ont tué aux Russes trois cents hommes.

De tous les pachas qui ont été en état de révolte contre la Porte, le pacha de Janina est celui sur lequel on peut compter le plus, il peut fournir quarante mille hommes : le pacha de Widdin se tient à l’écart ; il se plaint du peu d’égards que la Porte a pour lui. Il est jaloux du commandement donné à Mustapha Baraïctar, qui commande toute l’avant-garde des Turcs. Il annonce qu’il se bornera à défendre son pachalick si les Russes veulent y entrer.

Widdin est le seul point par où nous puissions communiquer avec Constantinople : Paswan Oglou laisse ce passage ouvert.

Les Serviens sont maîtres de la ville et de la citadelle de Belgrade. M. Jaubert, à son passage à Nicopolis, qui est sur la rive méridionale du Danube, entre Roustchouk et Widdin, a vu les Russes sur l’autre rive. Ils étaient en petit nombre.

Ypsilanti (3) a été nommé par les Russes chef des deux principautés. M. Jaubert croit le prince Moruzzi (4) toujours d’intelligence avec les Russes, quoique les dehors de sa conduite ne laissent aucune prise sur lui.

M. Jaubert doute que Passwan Oglou se prête volontiers à l’établissement d’un officier français à Widdin. Cet homme est ombrageux et craint toujours de voir épier ses démarches. M. Jaubert l’a vu avec peine ; d’abord il s’y refusait. Les Français, disait-il, sont trop amis de la Porte pour être les miens ; il s’est cependant entretenu longtemps avec lui et a beaucoup parlé des hauts faits de V.M.

Partout M. Jaubert a remarqué la plus grande confiance en V.M.

Les dernières nouvelles que nous avons de V.M. sont du 4, à midi. Nous n’avons rien reçu depuis la lettre que m’a écrite le maréchal Berthier. Nous ne recevons plus de nouvelles de Paris.

Je supplie V.M., etc.

(1). Il revenait de sa mission en Perse.

(2). Braïla.

(3). Ypsilanti, ancien hospodar destitué par la Porte en 1806.

(4). Moruzzi, ancien hospodar.



CCXXVI



Varsovie, 9 février 1807, onze heures du soir.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une lettre de M. Otto concernant un Hanovrien nommé Busch, qui, venu à Munich sous le comte d’Ahlfeld, s’était introduit dans les meilleures maisons, et jusque chez le roi, à la table duquel il a dîné, et a été surpris volant. De là, arrêté, mis en prison, où il a révélé son véritable nom. Il était espion de la Prusse, correspondait avec le général Ruchel ; la lettre de M. Otto renferme beaucoup de détails à cet égard : on le gardera en prison jusqu’à ce que V.M. ait fait connaître par le major général ses intentions.

Le contingent a dû partir le 5 février pour Posen.

L’Angleterre a ordonné la saisie de tous les bâtiments neutres faisant le cabotage, soit en France, soit dans les ports interdits aux vaisseaux anglais par le décret du 21 novembre (1). Le chargé d’affaires de V.M. à Copenhague qui m’annonce cette représaille me mande que les Danois, au commerce desquels cela met de nouvelles entraves, en sont très mécontents.

M. le général Clarke m’adresse des lettres que Mme la duchesse de Cobourg écrit à V.M., au roi de Prusse et au gentilhomme qui accompagne son fils resté, à ce qu’elle dit, dangereusement malade à Koenigberg.

La seconde compagnie de dragons à cheval que le prince de Hohenzollern devait fournir, est prête à marcher, et n’attend que les ordres du prince de Neuchâtel.

M. Lesseps, consul de V.M. à Saint-Pétersbourg, est arrivé ce matin à Varsovie.

Voici le résultat de ce qu’il m’a dit avoir précédé son voyage et avoir observé et appris depuis qu’il est en route :

La nouvelle de la bataille d’Iéna parvint de très bonne heure à Pétersbourg ; mais on la tint secrète jusqu’au 15 novembre. Le premier mouvement des Russes fut de se réjouir des désastres de la Prusse, parce qu’on se souvenait de sa conduite dans le temps d’Austerlitz. Ensuite, on sentit qu’elles pouvaient être les conséquences de la bataille d’Iéna ; et l’empereur de Russie fit rassembler sans bruit toutes ses troupes disponibles en Pologne, et en envoya quelques-unes en Prusse.

Le 28 novembre, un ukase provoqué par le général Kamenski (2), ordonna le départ des agents français et l’expulsion de tous les particuliers français qui refuseraient de se soumettre aux conditions qui leur étaient imposées. Ces conditions étaient, pour les Français domiciliés, de se faire sujets russes, et pour les autres de donner caution et de promettre qu’ils n’entretiendraient aucune relation avec la France.

Une sorte d’excommunication a été lancée contre V.M. par le Saint Synode, ce qui d’abord a excité le fanatisme de la populace et a amené ensuite une sorte d’explosion patriotique ; les villes, le commerce et les plus riches seigneurs s’empressent de faire des offrandes. Le jour que M. Lesseps a quitté Saint-Pétersbourg, il a appris qu’un général russe, nommé Passeck, dînant avec plusieurs de ses amis qu’il cherchait à animer, leur déclara qu’il avait sacrifié deux cent mille roubles pour organiser un corps d’hommes dévoués qui devaient mettre tout en œuvre pour approcher de V.M., soit dans une affaire, soit en se faisant faire prisonnier, et lui porter le coup mortel. Quoique ce soit le propos et le projet d’un homme ivre, je supplie V.M. d’observer combien des fanatiques et des barbares sont capables des entreprises les plus atroces. M. Lesseps insiste sur le danger qu’il y aurait à ne pas surveiller extrêmement les prisonnier, à plus forte raison sur le danger de les employer comme on le fait.

M. Lesseps, dans les derniers temps de sa mission à Pétersbourg, n’a eu personnellement qu’à se louer des égards qu’on a eus pour lui. M. de Budberg (3), qu’il a vu trois fois, lui a dit à sa dernière audience : L’empereur veut la paix, mais une paix solide et honorable ; il fera de grands efforts pour l’obtenir, et ce n’est que pour y parvenir, qu’il a employé d’aussi puissants moyens. Si, contre toute attente, le succès ne répondait pas à ses espérances, il aurait du moins la satisfaction d’avoir donné à l’Europe une nouvelle preuve de sa loyauté et de sa fidélité envers ses alliés. – Ce que j’ai souligné m’a été littéralement dit par M. de Lesseps, qui en avait pris note. – Dans cette dernière conférence, M. de Budberg témoigna combien l’empereur avait désapprouvé l’arrestation de M. Reinhard ; il doit être maintenant relâché. C’est le prince Dolgorouki, aide de camp de l’empereur qui, sans ordres, aurait fait arrêter M. Reinhard. Du reste, M. Dolgorouki est mort à Pétersbourg d’une fièvre maligne (4) avant le départ de M. Lesseps.

M. Lesseps a passé par Riga, Memel et Koenigsberg. Le trésor du roi de Prusse était arrivé à Riga. Entre Riga et Memel étaient les chevaux du roi, qui était disposé à se retirer aussitôt qu’il apprendrait que les Russes avaient été battus et que les Français s’avanceraient.

A Memel, où M. Lesseps est resté plusieurs jours, il a vu deux fois M. de Zastrow et M. de Knobelsdorf. Le premier a paru se plaindre de ce que V.M. avait lié le sort de la Prusse à celui de la Russie et de l’Angleterre. Il a prié M. Lesseps de faire tout ce qu’il pourrait pour qu’on fût, du côté de la France, disposé à la paix. M. de Lesseps regarde comme indubitable que le roi aurait fait de nouvelles tentatives pour obtenir une paix actuelle, s’il eût l’espoir de réussir.

C’est à Freystadt, près de Graudens, que M. de Lesseps a rencontré la division du général Lestocq (2). Le roi a autour de lui environ quinze cents hommes.

Nous apprenons aujourd’hui que le général Essen (6) quitte sa position et se reporte vers le Prusse.

Le général Kamensky est devenu fou (7).

Buxhodwen (8) est à son gouvernement de Riga.

Un habitant portugais, arrivé le 9 janvier à Lisbonne, confirme la nouvelle de la reprise de Buenos-Ayres par les Espagnols (9).

Je supplie V.M., etc.

(1). Décret établissant le blocus continental, daté de Berlin, 21 novembre 1806.

(2). Celui qui reçut, à la fin de 1806, le commandement des troupes russes en Pologne.

(3). Ministre russe des affaires étrangères.

(4). Voir plus loin, la lettre du 4 mars 1807, p. 325.

(5). Général prussien.

(6). Un des généraux russes.

(7). Il ne reprit un commandement qu’en 1809.

(8). Général russe qui commandait sous les ordres de Kamensky.

(9). Sur les Anglais.



CCXXVII



Varsovie, 14 février 1807, deux heures du matin.

Sire,

Les rapports de l’officier autrichien qui commande le cordon, et auxquels M. de Vincent (1) paraît ajouter foi, annoncent que quinze mille Cosaques du Don sont réunis dans les environs de Dubno, près d’Ostrog. M. de Vincent vient d’en être prévenu dans le moment par un exprès. Ils annonçaient le projet de se rapprocher de la Vistule pour inquiéter les derrières de l’armée.

Je supplie V.M., etc.

(1). Le général Baron de Vincent représentait l’Autriche auprès de Napoléon en Pologne.



CCXXVIII



Varsovie, 15 février 1807, trois heures après midi.

Sire,

Une information arrivée à M. le général Duroc par plusieurs voies, et à moi par la Gallicie, porte que le général Essen garde ses positions et qu’il a rappelé divers corps qu’il avait détachés vers la Prusse, ce qui avait donné lieu au bruit qu’il se portait lui-même de ce côté avec toutes les forces qu’il commande.

Le duc de Saxe-Weimar arrive ici aujourd’hui, ainsi que la duchesse de Cobourg douairière.

L’ambassadeur persan sera ici dans quatre ou cinq jours ; je lui ai fait préparer un logement. Je me bornerai à lui faire la réception et les politesses les plus propres à le contenter, jusqu’à ce que j’aie reçu des ordres de V.M. par rapport à lui.

L’ambassadeur ottoman ne sera ici que dans huit ou dix jours.

Ce sont là les seules nouvelles que j’aie aujourd’hui à mander à V.M. Je me refuse la satisfaction de lui écrire de longues lettres parce qu’il me serait trop difficile de ne pas leur communiquer l’impression de l’inquiétude et de la tristesse dont je ne puis me défendre en songeant aux périls auxquels V.M. ne cesse point de s’exposer.

Je supplie V.M., etc.

Les dernières lettres que nous avons de V.M. sont du 9.



CCXXIX



Varsovie, 16 février 1807, six heures du soir.

Sire,

J’ai reçu la lettre dont V.M. m’a honoré en date du 12. J’envoie toujours les bulletins à Constantinople et à Vienne ; j’y envoie même les simples nouvelles, lorsqu’elles ont un caractère de certitude.

Nous avons toute raison de croire que le général Savary a été attaqué aujourd’hui par le général Essen (1). Les avis reçus par la voie de Gallicie s’accordent sur ce point avec ceux qu’on a eus d’ailleurs. Le général Essen, ayant appelé les corps qu’il avait détachés vers la Prusse, a sous ses ordres de 25 à 26 mille hommes.

V.M. sait sûrement que les opérations de la division Essen sont dirigées par un Hollandais nommé Aspermann, et qu’un Wurtembergeois nommé Phul dirige celles de l’armée de Bénigsen (2).

Dans une lettre du général Essen que je viens de voir, il écrit que la perte des Russes, d’après les rapports de l’affaire du 8 (3) qui lui ont été faits, est de douze à quatorze mille hommes. Du reste, cette lettre ne contient aucun détail, il dit qu’ils se sont retirés ; sa lettre finit par une ou deux phrases de jactance.

Je supplie V.M., etc.

(1). A Ostrolinka : les Russes furent battus.

(2). Général russe.

(3). La bataille d’Eylau.



CCXXX



Varsovie, 18 février 1807.

Sire,

M. de Vincent est venu ce soir m’annoncer que sa cour, sur la demande de M. de Metternich, ambassadeur d’Autriche près de V.M., était disposée à lui accorder un congé de quinze jours ou trois semaines, motivé par des affaires de famille fort importantes.

V.M. jugera quelle induction il convient de tirer, dans les circonstances présentes, de cette communication que je m’empresse de lui transmettre et que M. de Vincent m’a faite avec des formes pour ainsi dire caressantes, comme s’il eût voulu prévenir ou dissiper l’impression qu’il jugeait qu’elle pouvait faire.

Le général Essen n’a point attaqué hier, comme on le croyait.

Le roi de Suède a offert à l’ordre de Malte l’île de Gothland à titre de fief perpétuel, pour être son chef-lieu. Les chevaliers assemblés, en Sicile, n’ont pris encore aucune délibération ; ils ne croient pas pouvoir décider pour l’ordre entier.

Je supplie V.M., etc.



CCXXXI



Varsovie, 19 février 1807, trois heures.

Sire,

Les nouvelles de Gallicie qui m’étaient parvenues et que j’ai eu l’honneur d’adresser à V.M., se sont trouvées exactes. Le général Savary a été attaqué le 16, comme on l’avait annoncé, et les Russes avaient au-delà de vingt-cinq mille hommes. – Tout ce qui est parvenu à Varsovie, soit par la voie polonaise, soit par les relations de Gallicie, annonce que les Russes ont perdu beaucoup de monde : ils ont été battus complètement ; c’est ce que tout le monde disait hier soir.

Je viens d’apprendre que le général Bron et l’adjudant Fournier, qui venaient de Naples et se rendaient à la grande armée, ont été faits prisonniers en Silésie par des partisans prussiens. Précédemment, M. de Globerg, officier saxon chargé de préparer les logements du contingent de Saxe, avait été arrêté à Duntzlau.

Je supplie V.M., etc.



CCXXXII



Varsovie, 20 février 1807, dix heures du soir.

Sire,

Il ne nous est point venu aujourd’hui de nouvelles de Gallicie. Les glaces ayant rompu le pont sur la Vistule, on ne peut communiquer avec la Gallicie que par un assez long détour. Je mande exactement à V.M. ce que je reçois par cette voie, c’est-à-dire par le général Vincent, ce qui la met en état de comparer les relations avec celles que nous recevons exactement par le général Savary et que le général Duroc se charge de faire parvenir à V.M.

La députation de Hollande est arrivée ici ; elle est composée de quatre membres : je n’ai rien reçu de Vienne. – Le duc de Weimar, qui était en route, a reçu l’avis qu’il devait immédiatement fournir son contingent, et est retourné immédiatement pour disposer le départ et l’équipement de ses troupes. J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. deux extraits de journaux anglais. La lecture du budget intéressera V.M.

On mande de Dresde que les fabrications de toute espèce se fond à Vienne avec une grande ardeur. Rien n’annonce que la cour de Vienne veuille sortir du système de neutralité : car on ajoute qu’elle envoie des troupes également sur toutes les frontières, sur celles de Valachie et de Moldavie, comme sur celles de Silésie. C’est du chargé d’affaires de V.M. à Dresde, que vient cette information, qu’il tient du ministre de Dresde à Vienne.

Les dernières lettres de V.M. arrivées à Varsovie étaient du 13 février. Sept jours ainsi passés sans nouvelles directes de V.M. rendent notre situation très pénible.

Je supplie V.M., etc.



CCXXXIII



Varsovie, 22 février 1807.

Sire,

La députation hollandaise est ici ; elle y attend les ordres de V.M.

L’ambassadeur persan n’est point encore arrivé, et nous sommes sans nouvelles de sa part et aussi sans nouvelles de Vienne.

M. le grand maréchal va demain à Sierock. Nous ne savons point l’arrivée de M. de Saint-Aignan (1), porteur des dernières communications de Vienne et de la copie de la dépêche qu’avait reçue M. de Vincent, qui serait très fâché que sa dépêche eût été prise. Je crois que M. de Saint-Aignan aura été obligé de faire un détour et sera maintenant auprès de V.M.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. la copie de la lettre écrite par le général Bénigsen à l’empereur Alexandre. Cette lettre est véritablement celle écrite, sans aucun changement, par le général Bénigsen.

Des informations que se sont procurées et qu’ont envoyées à leurs cours les ministres d’Angleterre et d’Autriche, il résulte que les Russes ont eu à la bataille du 8 un général tué, vingt généraux blessés, sept cent quarante-deux officiers blessés ou tués.

Le quartier général de Königsberg (2) est composé de quinze mille hommes.

La ligne suit la Prëgel en cantonnements resserrés.

A Altenburg est le corps prussien Lestocq. Quinze mille Cosaques sont vers Rastenburg pour inquiéter l’armée française.

Le corps de Zemeguntzky est à Johannisberg.

Le corps d’Essen est dans son ancienne position, c’est-à-dire à Tykoczyn, Zambrow et Nurr. Les avant-postes sont à Brock.

L’opinion des Autrichiens est qu’avec les dispositions actuelles des Russes, il ne peut y avoir de quartier d’hiver sur lequel on puisse compter qu’après un armistice.

Tous les détails que j’ai l’honneur d’envoyer à V.M. m’ont été donnés par deux personnes différentes et placées l’une et l’autre sur le cordon de la Gallicie : elles s’accordent avec M. de Vincent, sans s’être concertées.

Je supplie V.M., etc.

(1). Aide de camp de Napoléon.

(2). Où était le roi de Prusse.



CCXXXIV



Varsovie, 23 février 1807, deux heures après midi.

Sire,

L’ambassadeur persan, arrivé à Vienne le 8 de ce mois, en est parti le 14 à midi. Il sera à Varsovie demain ou après-demain.

L’ambassadeur ottoman arriva à Vienne le 12, il en a dû partir le 16.

J’ai prévenu le gouvernement de Varsovie de la prochaine arrivée de l’un et de l’autre, en l’invitant à leur donner à chacun une garde, premièrement par égard pour leur caractère, et ensuite pour écarter la foule d’importuns que la curiosité ne manquera pas d’attirer autour d’eux et de leurs hôtels.

Le général Andréossy a fait aux deux ambassadeur une réception brillante, dont il rend compte dans la dépêche que j’ai l’honneur d’adresser à V.M.

Le prince de Hohenzollern-Hechingen, qui sort de chez moi, m’annonce que plusieurs courriers partis d’ici pour le quartier général ont été interceptés, ce qui me rend inquiet sur le sort de plusieurs lettres que j’ai eu l’honneur d’écrire à V.M, notamment de celle où je lui annonçais le retour de M. Lesseps et lui transmettais les renseignements qu’il m’avait donnés, et dont voici la substance (1) :

A son départ de Pétersbourg, l’empereur Alexandre croyait de son devoir et de son honneur de faire la guerre avec vigueur. On avait ordonné une levée fort considérable (c’était le 6 janvier). Les popes excitaient le peuple par des prédications ; on faisait de toutes parts des dons volontaires. Un général Passeck s’était vanté d’avoir donné deux cent mille roubles pour former un corps d’hommes choisis et dévoués qui, soit dans la mêlée, soit en se rendant prisonniers, chercheraient à s’approcher de la personne de V.M.

M. Lesseps en passant à Memel avait vu deux fois M. de Zastrow, et deux fois M. de Knobelsdorf. Le premier lui avait témoigné le plus vif désir de la paix et lui avait paru peiné de ce qu’on liait sort à celui de la Russie.

Tout ceci n’est probablement qu’une répétition, mais j’aime mieux répéter deux fois l’avis relatif au général Passeck que d’avoir à craindre qu’il ne soit pas parvenu à V.M.

Je supplie V.M., etc.

(1). Le 26, Napoléon répondait qu’aucun courrier n’avait été intercepté.



CCXXXV



Varsovie, 27 février 1807, onze heures du soir.

Sire,

J’ai préparé tout le travail que l’arrivée des ambassadeurs persan et turc m’avait paru rendre nécessaire ; mais ils ne sont arrivés ni l’un ni l’autre. Le courrier qui doit précéder de vingt-quatre heures l’ambassadeur persan n’a pas encore passé le cordon autrichien. Le gouverneur de Varsovie leur a assigné de très bons logements.

Je supplie V.M., etc.



CCXXXVI



Varsovie, 28 février 1807, quatre heures après midi.

Sire,

Les lettres de V.M. en date du 23 viennent de me parvenir aujourd’hui 27 et je m’empresse d’avoir l’honneur d’y répondre.

L’ambassadeur de Perse et l’ambassadeur ottoman ne sont point encore arrivés. Un courrier venant de Vienne les a rencontrés en route. Ils se sont retardés en s’efforçant de se gagner de vitesse ; des querelles se sont élevées entre leurs gens, qui même ont été jusqu'à se battre. Ils ne seront ici que dimanche ou lundi, c’est-à-dire le 1er ou le 2 mars. J’ai préparé, à tout événement, ce qui pouvait être fait avec eux dans toutes les suppositions. Je soumettrai ce travail à V.M. après ma première conférence avec l’ambassadeur persan, dès que je saurai s’il y a ou non quelque chose à faire avec lui.

M. de Vincent proteste que le congé accordé à M. de Metternich et dont il est possible qu’il ne fasse pas usage, il dit même probable, n’a d’autre motif que les affaires personnelles de la famille Metternich ; le père vient, ne sachant comment se tirer des embarras dans lesquels le jette le roi de Wurtemberg, dans la souveraineté duquel sont situées plusieurs de ses possessions en Souabe (1). Cependant, l’annonce de ce congé a dû me frapper dans les circonstances présentes, où rien n’est à négliger, et certainement à Paris, le départ de M. de Metternich ferait un mauvais effet. Du reste, dans le cas où M. de Metternich voudrait profiter du congé, ou qu’il ne recevrait pas un contre-ordre de sa cour, il faudrait toujours que l’on m’écrivît ici de Paris avant de lui donner un passeport. Ce sont les ordres que j’ai donnés en quittant Paris.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. une lettre du général Andréossy et les divers lettres et papiers qu’elle annonce. Le général Andréossy continue à avoir à se plaindre de M. de Stadion (2) et de sa partialité pour les Russes : mais il annonce avoir obtenu l’exportation de trente mille quintaux de grains pour la Dalmatie.

Après que j’aurai vu les ambassadeurs turc et persan et que j’aurai reçu la réponse de V.M. sur le résultat de ma première conférence ; je partirai pour Thorn dès que V.M. m’en donnera l’ordre, et je me débarrasserai auparavant de tous les ministres, envoyés, que j’engagerai à prendre la route de Berlin.

Je supplie V.M., etc.

(1). Cette phrase incomplète est reproduite telle qu’elle est dans l’original.

(2). Alors ministre.



Voir la lettre




CCXXXVII



Varsovie, 28 février 1807, onze heures et demie du soir.

Sire,

Je reçois en ce moment les ordres de V.M. en date du 26.

J’ai déjà prévenu, sans affectation et sans insistance, les membres du corps diplomatique qui sont à Varsovie qui, pouvant d’un moment à l’autre quitter cette ville, il était convenable qu’ils se rendissent eux-mêmes à Berlin. Je dois des remerciements à V.M. de m’avoir donné des ordres qui me permettent de les éloigner. Plusieurs partiront dès après-demain.

Je vais m’occuper sans délai et sans relâche de l’exécution des ordres de V.M. concernant les voitures et les approvisionnements pour Thorn et la cavalerie polonaise. Je suivrai à cet égard l’impulsion déjà donnée par M. le grand maréchal, et par M. Daru (1) qui quittent Varsovie, l’un et l’autre, demain 1er mars.

Je ne sais comment ont été commises les fautes dont V.M. se plaint (2), et si le prince Poniatowski y a pris quelque part ; mais je lui dois auprès de V.M. le témoignage qu’il ne saurait mettre dans ses fonctions plus de zèle et de dévouement qu’il ne fait, M. Maret et M. le général Duroc, qui ont suivi de près son administration, lui rendent la même justice : mais il est fort mal secondé, et quelqu’effort qu’il fasse, il ne peut pas obtenir une correspondance suivie de la part des corps qui sont à l’armée.

Je supplie V.M., etc.

(1). Intendant général.

(2). Relativement à la désorganisation de l’armée polonaise.



Voir la lettre




CCXXXVIII



Varsovie, 28 février 1807, onze heures du soir.

Sire,

M. Outrey, l’interprète de M. Romieu qui accompagne l’ambassadeur de Perse, est arrivé ce matin à Varsovie. L’ambassadeur a passé la dernière nuit et arrivera ce soir probablement : l’ambassadeur turc sera ici demain au soir.

J’ai interrogé M. Outrey, comme j’avais interrogé M. Jaubert, sur la nature et l’étendue des relations qu’on peut espérer d’établir entre les trois empires.

Par les traités de 1708 et de 1715, la Perse avait accordé à la France tous les avantages que celle-ci pouvait désirer en matière de commerce. Ces traités seront sans difficulté renouvelés et, même, si besoin est, accrus par des concessions nouvelles.

La Perse et la Turquie entreront volontiers avec la France dans une alliance commune, soit temporaire, soit perpétuelle, contre la Russie. Mais entreront-elles aussi volontiers dans une alliance contre l’Angleterre ? C’est ce que M. Outrey et M. Jaubert ne peuvent pas assurer.

La Perse n’a même pas l’ombre d’une marine. Elle ne peut donc attaquer les Anglais par mer. Par terre, elle ne confine aucune de leurs possessions. Elle n’y peut arriver que par le pays des Afghans et le Kurdistan. Ainsi, avant de pouvoir exécuter les stipulations de l’alliance qu’elle aurait faite avec nous, il faudrait qu’elle en fît d’autres avec plusieurs nations. M. Jaubert pense que, débarrassée de la guerre avec les Russes, elle entraînerait assez facilement ces nations par son influence. Mais, dans une guerre contre la Perse, les Anglais n’auraient-ils pas toujours et pour ainsi dire nécessairement, les Russes pour alliés ?

La Perse, dans une double guerre, serait obligée de défendre ses frontières septentrionales contre les Russes, et ses frontières méridionales contre les Anglais qui, avec leurs vaisseaux, pourraient toujours les insulter. Serait-elle en état de porter en même temps dans l’Inde une armée considérable ? De telles entreprises surpasseraient de beaucoup ses forces. Elle peut lever et entretenir un assez grand nombre de troupes ; mais dans ses armées il y a des hommes et point de soldats. Les soixante mille hommes qu’elle a sur les frontières du nord, et que M. Jaubert a vus, sont tenus en échec par dix mille Russes.

D’un autre côté, la Perse, en interdisant le passage par ses Etats aux convois et aux facteurs anglais, et en interrompant entre l’Angleterre et l’Inde toute communication par terre, peut faire aux Anglais un mal énorme.

C’est pourquoi M. Jaubert désirerait que la Perse fût mise, non point en état d’hostilité déclarée, mais en état de refroidissement et de mésintelligence avec l’Angleterre, de sorte que, sans se compromettre trop elle-même, elle fît aux Anglais, tout le mal qu’elle peut réellement leur faire.

D’un autre côté, la Turquie, dans une guerre maritime, aurait peu à espérer et beaucoup à craindre : si elle a une autre guerre, elle n’aura même plus le moyen de résister aux Russes sur la mer Noire, ce qu’elle peut faire aujourd’hui sans trop de désavantage.

Il paraîtrait naturel que l’alliance (dans quelque hypothèse qu’elle soit faite) fût commune et réciproque entre les trois empires. M. Jaubert pense néanmoins qu’il vaut mieux que V.M. fasse une alliance séparée avec la Perse et une autre avec la Turquie ; il fonde son opinion sur ce que la Perse et la Turquie ont des intérêts si différents qu’il deviendrait presqu’impossible de les accorder.

A tout événement, j’ai ébauché, d’après les idées que je viens d’exposer, un projet de traité que j’aurai l’honneur d’adresser demain à V.M.

Je la supplie de me donner ses ordres sur les points suivants :

Dois-je proposer aux deux ambassadeurs une alliance commune et réciproque entre les trois empires, ou à chacun d’eux une alliance séparée avec la France ?

Dois-je proposer l’alliance pour un temps ou pour toujours ? Contre la Russie seulement ou contre la Russie et l’Angleterre, même pour la guerre actuelle ?

Dois-je la proposer comme devant être conclue immédiatement, ou comme devant l’être plus tard, et dans des moments plus libres ?

Dans cette dernière hypothèse, qui me paraît de beaucoup préférable, dois-je inviter les ambassadeurs à se rendre, après quelques jours de repos, à Berlin et de là à Paris ? M. Jaubert ne devrait-il pas alors les accompagner (1) ?

L’inquiétude qu’excitera en Europe, et surtout en Angleterre, leur présence, et l’idée qu’ils viennent pour s’allier avec la France produira seule un grand effet, tel qu’il permette de différer et de renvoyer à Paris la conclusion du traité quelconque que V.M. voudra adopter.

Je supplie V.M., etc.

(1). L’avis de Napoléon fut que le traité avec la Perse pouvait être fait à Paris, plus tard, mais que le traité avec la Porte devait être conclu au plus tôt. L’essentiel, pour le moment, était de connaître l’objet du voyage de l’ambassadeur turc.



Voir la lettre




CCXXXIX



Varsovie, 28 février 1807, dix heures du soir.

Sire,

M. de Vincent me demande journellement une réponse aux dernières communications qu’il m’a faites. Il me répète sans cesse : « Ne voulez-vous rien faire avec nous, ni par nous ? Nous ne sommes engagés avec personne. » Il m’a dit ces propres mots aujourd’hui même.

Si je dois partir pour Thorn avant d’avoir pu lui répondre, que devra-t-il faire lui-même ? Rester ici, ce qui lui déplairait beaucoup ; ou s’en aller sans réponse, ce qui l’affligerait, parce que cela lui paraît susceptible d’être mal expliqué ?

M. de Vincent, à qui je faisais aujourd’hui des reproches des difficultés que nous éprouvions pour tirer des subsistances de la Gallicie, m’a remis une liste de voitures attelées qui avaient apporté des approvisionnements, et qui ont été retenues, et le sont encore, au grand détriment des propriétaires.

M. Otto, à qui M. de Montgelas a communiqué les rapports du ministre de Bavière à Vienne, en a inséré la substance dans les dépêches que j’ai l’honneur d’adresser à V.M. Il y a joint les nouvelles qu’il a recueillies ailleurs, ce qui forme un ensemble composé de détails souvent contradictoires.

Le Hanovrien nommé Busch, dont il était question dans une ancienne dépêche de M. Otto, et sur le sort duquel on attendait les ordres de V.M., a essayé de se laisser mourir de faim : ce Hanovrien était un espion prussien.

Le chargé d’affaires de V.M. à Copenhague, a quelques explications avec le gouvernement, relativement à une correspondance qu’il croit se suivre entre l’Angleterre et le Danemark.

On parle beaucoup dans le Nord d’une expédition combinée que les Anglais et les Suédois doivent faire dans le printemps.

L’extrait que je joins ici donne quelques indications à cet égard.

Je supplie V.M., etc.



Voir la lettre




CCXL



Varsovie, 2 mars 1807, deux heures après-midi.

Sire,

J’ai communiqué au gouvernement et au gouverneur de Varsovie les résultats de l’affaire du 26 (1). J’en ai envoyé la nouvelle à Vienne, à Constantinople, à Berlin et à Paris. J’ai fait aussi connaître à Vienne et à Constantinople la situation des armées.

J’ai envoyé à Berlin pour les journaux allemands, et à Paris pour les journaux français, des articles contenant les renseignements que V.M. m’a fournis sur l’armée russe. J’en ai tu la source, et pour qu’on ne la soupçonnât pas, je n’ai point nommé le général Bragation (2).

J’ai invité de vive voix et par écrit le prince Poniatowski à diriger immédiatement avec toute la célérité possible vers le quartier-général de V.M. tout ce qui existe de cavalerie polonaise.

J’ai pressé M. le gouverneur de Varsovie de faire toutes les démarches possibles, pour des envois de biscuits et de farine à Thorn. Voici à cet égard la position des subsistances à Varsovie

Il y a 337.760 rations de biscuit ; 103.000 rations de pain ; 20.000 quintaux de grains ; 12.000 quintaux de farines.

Quatre bateaux sont promis pour après-demain, 4 mars ; ils porteront à Thorn environ six milliers pesant.

Trois autres bateaux seront à la disposition de l’ordonnateur, quelques jours plus tard.

M. de Vincent, qui était fâché de ce qu’on avait accordé un congé à M. de Metternich, parce qu’il sentait que cela pouvait donner lieu à des interprétations défavorables, quoiqu’il les croie sans fondement, vient de m’annoncer que, sur les observations qu’il a envoyées à Vienne, le congé a été révoqué, et que M. de Metternich n’en fera pas usage. On paraît s’attacher à Vienne, et M. de Vincent le proteste, à ne rien faire qui soit susceptible d’être mal interprété : mais on attend avec grande impatience une réponse aux communications que M. de Vincent a faites.

J’ai eu ce matin la visite de l’ambassadeur de Perse. J’ai été très content de lui ; il fera tout ce qui plaira à V.M., dans le temps et dans le lieu que V.M. le voudra : il a les pouvoirs les plus étendus à cet égard, à ce qu’il m’a dit. Mais, aussi mal pourvu que le sont les Orientaux, il a besoin qu’on lui fournisse des voitures : du reste, il pourra partir pour Berlin jeudi et l’ambassadeur turc vendredi.

Tous les ministres qui étaient ici partiront successivement pour Berlin, à dater de demain. M. et Mme Paër partent aussi (3).

Je crains que les nouvelles de la bataille d’Eylau ne soient arrivées que tard à Paris. - Le courrier Lange, parti le 11 au soir d’ici, a été dévalisé, quoiqu’il eût une escorte de quatre-vingts chevau-légers bavarois, commandée par le lieutenant Hirchfeld. Sagan et ses environs paraissent être un des principaux points de ralliement des partisans prussiens.

Je prie V.M. de vouloir bien me faire connaître ses intentions relativement aux consuls qui étaient à Pétersbourg, en Moldavie, en Valachie et sur la mer Noire et qui tous sont ici. - Il me paraîtrait qu’on peut les laisser retourner à Paris plusieurs en ont besoin pour leur santé. M. Reinhard plus encore que les autres : ils sont tous avec leur famille.

Quatre députés de Mecklembourg sont arrivés ; je les renvoie.

Je supplie V.M., etc.

(1). Le combat de Braunsberg.

(2). Général Russe.

(3). Mme Paër était enceinte et allait faire ses couches à Paris.



Voir la lettre




CCXLI



Varsovie, 3 mars 1807, quatre heures après midi.

Sire,

Aujourd’hui sont parties pour Osterode (1), par la rive droite de la Vistule et sous l’escorte de vingt soldats polonais et de deux gendarmes, quarante voitures portant trente et un mille six cent vingt rations de pain. Un second convoi partira demain matin par la même route, et pour la même destination : les voitures sont devenues très rares.

La Vistule est navigable : le ministre de l’intérieur a fait partir hier plusieurs hommes avec des fonds pour acheter tous les bateaux que l’on pourra trouver : on ne peut compter encore que sur ceux annoncés dans ma lettre d’hier. Le gouverneur se plaint de la lenteur de la commission ; il est d’ailleurs malade et a une extinction de voix ; mais cela ne sera pas grand’chose, demain il pourra sortir.

Le prince Poniatowski a adressé à tous les corps de cavalerie en formation dans divers endroits l’ordre de se diriger sans délai et dans l’état où ils se trouvent sur le quartier général de V.M. Il m’a écrit à ce sujet la lettre ci-jointe.

M. le baron de Vincent et M. le colonel de Neipperg (2) (celui qui commande le cordon), m’ont confirmé ce qui a été dit à V.M. sur la fatigue et la lassitude des Russes. Ils pensent l’un et l’autre et disent que la Russie s’annonce pour être beaucoup plus traitable.

Le jeune duc de Cobourg m’a adressé de Memel la lettre ci-jointe pour V.M. Celle qu’il m’a écrite à moi-même contenait le certificat ci-joint de M. Hanlard, qui l’a traité dans sa maladie, qui paraît avoir été très grave.

Les députés de Mecklembourg, avant de partir, m’ont remis le mémoire que j’ai l’honneur d’adresser à V.M.

M. le maréchal Masséna est arrivé hier matin à Pulstuck à onze heures du matin. Le général Savary, qui l’y a vu, n’étant pas certain que la route directe de Pulstuck à Osterode fût libre et sûre, est revenu hier au soir à Varsovie et est parti immédiatement pour le quartier-général, où il se rend par Thorn.

M. de Winzingerode et deux autres ministres ou envoyés sont partis ce matin pour Berlin. Vendredi, l’ambassadeur persan se mettra en marche.

J’ai vu ce matin l’ambassadeur ottoman : il est muni de tous les pouvoirs nécessaires pour contracter les engagements qui conviendront à V.M. - Il se rendra à Berlin deux jours après l’ambassadeur persan. Son voeu est de se rendre à Paris comme ambassadeur et de remplacer celui qui y est.

Le prince de Waldeck restera ici le dernier, parce qu’il s’est démis le pied dans les rues de Varsovie. Depuis vingt jours il est dans son lit : son regret est extrême de n’avoir pu rendre ses devoirs à V.M. C’est un brave et excellent homme.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. deux bulletins du gouvernement provisoire.

Mme Lannes part demain pour Paris ; elle passe par Vienne.

Je supplie V.M., etc.

(1). Où Napoléon avait son quartier général.

(2). Il était alors feld-maréchal-lieutenant ; c’est ce personnage qui devint l’époux de Marie-Louise, après la mort de Napoléon.



Voir la lettre




CCXLII



Varsovie, 4 mars 1807, onze heures du soir.

Sire,

Un de mes courriers arrivé ce matin m’a remis deux dépêches chiffrées du général Sébastiani en date du 27 et du 30 janvier.

A La première était jointe la copie d’une lettre que le général Sébastiani a écrite à V.M., mais que je crains que V.M. n’ait pas reçue. Deux notes de la Porte ottomane à l’ambassadeur de V.M., le manifeste de la Sublime Porte, un tableau des forces de terre de l’Empire ottoman et la traduction des lettres de créance données à Mouley effendi pour résider auprès de V.M. comme roi d’Italie.

La seconde dépêche était accompagnée d’une note du ministre d’Angleterre à la Sublime Porte, d’une lettre du même au chargé d’affaires de Danemark, et de deux lettres, l’une officielle, l’autre particulière du baron de Budberg à M. d’Italinski (1) (ces deux dernières ont été interceptées).

J’ai l’honneur d’adresser le tout à V.M. le 25 janvier, jour de la conférence, M. Arbuthnot, ministre d’Angleterre, avouant le concert qui existait entre l’Angleterre et la Russie et que c’était par une suite de ce concert que les troupes russes étaient entrées en Moldavie, déclara que si la Porte ne consentait pas à renouveler son ancienne alliance avec la Russie et l’Angleterre et à renvoyer l’ambassadeur de France, la paix entre l’empire ottoman et l’Angleterre serait inévitablement rompue.

Le 29, M. Arbuthnot se retira précipitamment avec tous les négociants anglais à bord de la frégate l’Endymion, qui était depuis quelque temps dans le port de Constantinople. De là, il adressa une note portant que le refus réitéré qu’on lui avait fait de passeports pour ses courriers et les justes raisons qu’il avait de craindre pour sa propre sûreté lui avaient fait un devoir de se retirer avec les négociants de sa nation vers la flotille anglaise stationnée à Thénédos. La frégate coupa ses câbles, laissa ses ancres et fit voile en toute diligence.

La flotte anglaise est sous les ordres de l’amiral Collingwood : l’escadre russe dans la Méditerranée devait se réunir à elle : le général Sébastiani craignait de les voir paraître devant Constantinople, les châteaux des Dardanelles n’étant point en état de faire une longue résistance. Constantinople même n’était défendu que par sa situation naturelle. On élevait à la hâte des batteries ; le général Sébastiani dirigeait les ouvrages ; il se proposait de concourir lui-même à la défense de la ville et d’y employer cent matelots qu’il jugeait propres à faire le service de l’artillerie, ce qui montre combien peu les Turcs ont de moyens. Il avait envoyé aux Dardanelles un de ses aides de camp pour organiser et prolonger le plus longtemps possible la défense.

Pendant la durée de la guerre, ou du moins pendant la durée du danger, le passage par le canal de Constantinople sera fermé aux habitants de toutes les nations pour empêcher que les Russes et les Anglais ne pénètrent à la faveur d’un bâtiment ou d’un pavillon neutre.

Les Anglais, n’ayant point de troupes de débarquement, ne peuvent s’emparer de Constantinople ; mais la flotte turque pourrait se trouver exposée dans le port même, qui est mal abrité : ce qui faisait craindre au général Sébastiani que le divan, si les escadres combinées devaient à paraître devant Constantinople, ne souscrivît à des conditions honteuses : et au moment où il fermait sa dépêche du 30, il apprenait que la Porte voulait tâcher encore d’éviter la guerre avec les Anglais. Le Tartare que V.M. a vu était parti de Constantinople le 1er janvier (2).

Les femmes et les enfants des négociants anglais étant restés à Constantinople étaient dans de vives alarmes ; le général Sébastiani les a fait rassurer ; il a invité la Porte ottomane à ne pas les inquiéter ; mais il a été convenu que l’embargo serait mis sur tous les bâtiments anglais qui se trouveraient dans les ports de l’empire et que les marchandises anglaises seraient confisquées.

Avant la guerre, les Ottomans avaient cent soixante et dix-neuf mille hommes de troupes ; ils ont ordonné une levée de deux cent sept mille cinq cent. L’état remis par la Porte ottomane et qui est joint à cette lettre indique les points où ces troupes doivent agir : mais le général Sébastiani ne dissimule point que ces trois cent quatre vingt-six mille hommes ne font pas une véritable armée.

Une convention a été faite entre la porte et les Serviens. Ils rentrent dans leurs foyers et remettent à la Porte Belgrade et toute leur artillerie.

Passwan Oglou est mort. Hamet Serdar, l’un de ses lieutenants, lui succède : quoique rebelle, il sera mieux disposé pour la Porte ; du moins on le présume ; il est ennemi des Russes.

Depuis la prise de Bucharest, il paraît qu’il n’y a point eu d’action entre les Russes et les Turcs.

Le général Sébastiani annonce que l’armée sur le Danube fait bonne contenance : le grand visir a dû partir le 22 février pour en aller prendre le commandement.

Sa hautesse a conféré le grand ordre du Croissant au général Sébastiani et le petit ordre à MM. Ruffin et Franchini. Le reis effendi m’a écrit pour en demander l’agrément à S.M.

Le marquis d’Almenara, autrefois M. d’Hervas, montre dans ses fonctions de ministre d’Espagne tout le zèle et le dévouement d’un Français.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ministre de Russie à Constantinople.

(2). Il est parlé de ce Tartare dans le Bulletin de la grande armée du 29 janvier. Il y est dit qu’il allait à Londres de la part de la Porte.



Voir la lettre




CCXLIII



Varsovie, 4 mars 1807, onze heures du soir.

Sire,

Les voitures expédiées à Osterode (1) avant-hier et hier par la rive droite de la Vistule doivent y être rendues le huitième jour ; elles doivent porter au delà de quarante mille rations.

Un bateau chargé de soixante-neuf tonneaux, parti cet après-midi, porte dix mille rations de biscuit.

Les bateaux descendront de Varsovie à Thorn en trois jours et demi ou quatre jours.

Je joins ici le rapport de la Commission de gouvernement (2).

Tous les jours le nombre des ministres accrédités auprès de V.M. diminue ; ils partent successivement.

C’est M. de Winzingerode, aide de camp de l’empereur Alexandre, qui a tué en duel M. Dolgorouki que l’on avait fait passer pour mort d’une fièvre maligne (3).

Je supplie V.M., etc.

(1). Quartier général de Napoléon.

(2). Qui formait le gouvernement national de la Pologne.

(3). Voir plus haut, lettre CCXXVI.



Voir la lettre




CCXLIV



Varsovie, 5 mars 1807, cinq heures du soir.

Sire,

Je reçois dans le moment la lettre que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire en date du 3, par M. Kozichelski, officier polonais. Le courrier expédié la veille et dont V.M. me fait l’honneur de parler n’est pas arrivé.

Aucun bateau du pont de Thorn n’a été employé pour transporter des vivres. Dix-huit bateaux sont placés, les autres bateaux, madriers et poutres sont prêts, il ne manque que les ancres que l’on attend d’un moment à l’autre : le gouverneur continue à se plaindre de la lenteur de la commission.

Le général Le Marois (1) était parti depuis quelques heures ; j’ai envoyé un courrier le chercher, et il n’est pas douteux qu’il ne le joigne dans la journée : ainsi il sera ici très probablement dans la nuit.

Les ambassadeurs de Perse et de Turquie sont disposés à partir pour Berlin : mais, en ne les pressant pas, comme il est toujours difficile de mettre les Orientaux en mouvement, je les retiendrai ici sans peine jusqu’à ce que V.M. m’ait donné de nouveaux ordres à leur sujet.

L’intention de la Turquie est de conclure un traité d’alliance. – On lui donnera toute l’étendue que voudra V.M. Le projet de triple alliance que j’avais conçu pourra très aisément être réduit à la Turquie seulement, si V.M. le désire ne terminer d’abord qu’avec elle.

La dépêche du général Andréossy que j’ai l’honneur d’adresser à V.M. m’est arrivée ce matin.

Les nouvelles des agents russes égarent de plus en plus l’opinion à Vienne : le gouvernement est toujours indécis, mais il dissimule mal son penchant pour les Russes.

Le prince de Pless est, à ce qu’on croit, en Bohême, dans une terre de la duchesse de Courlande ; il a été suivi par 400 hommes qui ont jeté leurs armes et sont entrés comme particuliers en Bohême. M. Dumoutiers, dans une lettre de Dresde, a aussi parlé de ces quatre cents hommes : M. de Vincent le nie.

Ce soir, je verrai M. de Vincent ; je lui parlerai dans le sens que V.M. me prescrit et j’aurai l’honneur de lui rendre compte demain de ma conversation.

Une lettre, qui aurait dû être jointe à l’envoi d’hier, était restée à V.M. ; c’est le courrier de Constantinople qui l’a apportée.

Je joins ici les bulletins des travaux de la Commission du gouvernement.

Je supplie V.M. de croire au bonheur que m’a fait l’article de sa lettre où elle me permet d’espérer qu’elle viendra prendre quelque repos à Varsovie.

Je prie V.M. de recevoir, etc.

(1). Aide de camp de Napoléon.



Voir la lettre




CCXLV



Varsovie, 7 mars 1807, neuf heures du soir.

Sire,

Un courrier de Constantinople m’a apporté deux dépêches du général Sébastiani, en date du 9 et du 10 février, et une dépêche du général Andréossy du 1er mars ; j’ai l’honneur de les adresser à V.M.

Les instructions de la cour de Vienne sont toujours suspectes au général Andréossy. Il la croit secrètement d’accord avec les Russes ; il la croit affligée de ce que l’invasion de la Valachie et de la Moldavie n’ont point eu l’effet qu’on s’en promettait qui était d’effrayer les Turcs ; il la croit affligée de ce que Czerni Georges (1), le chef des Serviens, a fait sa paix avec la Porte ; il croit qu’elle avait favorisé la prise de Belgrade par les insurgés ; il croit qu’elle a été au moment de se déclarer contre la France, que son dessein n’est qu’ajourné, qu’elle le couve dans l’ombre et le silence et qu’elle en prépare l’exécution en faisant une levée de quatre-vingt mille hommes dans ses Etats allemands, et en prenant des mesures pour obtenir de la Hongrie soit huit régiments nouveaux, soit une force équivalente, sous le nom de milice.

Toutefois le général Andréossy reproche à l’archiduc Charles de se réjouir également et des pertes des Russes et des pertes des Français qu’il regarde les uns et les autres comme les plus cruels ennemis de l’Autriche.

Ce n’est plus avec 400 hommes seulement, mais avec 1.400 que le prince de Pless doit être entré en Bohême. Ces hommes étaient des cavaliers montés : on achète les chevaux, on a envoyé les hommes à Budweiss. Le prince de Pless et les officiers qu’il a avec lui doivent, dit-on retourner par la Gallicie. Le général Andréossy croit cette nouvelle vraie ; mais il n’en a pas néanmoins une certitude complète. J’ai déjà eu l’honneur d’écrire à V.M. que M. de Vincent niait absolument le fait.

La Porte ottomane désire de faire avec V.M. une alliance offensive et défensive : son ambassadeur a des pleins pouvoirs pour la conclure, et il est autorisé à stipuler le passage des troupes françaises sur quelque portion du territoire ottoman que ce soit.

Le prince Moruzzi a essayé de tromper le général Andréossy et nous, en parlant d’une confédération de pachas qu’il formait, et la Porte en lui parlant de sa liaison avec nous.

Le 9 février, date de la principale dépêche du général Sébastiani, le Divan ne montrait plus la même vigueur contre les Anglais : l’opinion de Constantinople était peu favorable à une guerre contre eux : on cherchait à éviter cette guerre ; mais les Anglais paraissaient la vouloir, à ce que croit M. Sébastiani. Le contre-amiral Louis était à Ténédos avec quatre vaisseaux et trois frégates. L’amiral Collingwood devait arriver avec une flotte dont la force n’était pas connue : les Russes avaient dans la Méditerranée 14 vaisseaux et trois mille hommes de débarquement ; et, quoiqu’ils pussent se porter sur Cattaro, il était possible qu’il se réunissent aux Anglais. Les châteaux des Dardanelles n’étaient point dans un état rassurant ; on y travaillait, mais avec lenteur. Quelques-uns disaient que les Anglais voulaient agir contre l’Egypte ; mais il paraissait plus probable au général Sébastiani qu’ils agiraient contre la capitale pour opérer une diversion puissante en faveur des Russes.

Sa Hautesse a écrit à V.M. une lettre dont j’ai l’honneur de lui adresser la traduction. Cette lettre contient la reconnaissance des rois de Naples et de Hollande.

Le général Sébastiani, informé par une lettre du commissaire général de V.M. à Smyrne (cette lettre annoncée par la dépêche n’y est pas jointe) que les Anglais avaient enlevé dans le port de Smyrne des matelots français, a demandé à la Porte l’arrestation de tous les Anglais qui se trouveraient dans toute l’étendue de l’empire ottoman.

Mustapha Baraïctar, agha de Roustchouck, a été nommé pacha à trois queues et général en chef. Il dirige les opérations de l’armée en attendant l’arrivée du grand visir, qui a dû quitter Constantinople le 25 février et se porter à Ismaïl, pour y prendre l’offensive contre les Russes.

Quelques engagements qui ont eu lieu en Valachie ont été en faveur des Turcs. Les Russes se sont repliés sur Bucharest et s’y tiennent renfermés. La nouvelle des engagements est contenue dans les lettres du 1er drogman de la Porte qui sont ci-jointes.

Le père du prince Ypsilanti a été décapité, et, suivant l’usage, ses biens ont été confisqués. Il avait à Thérapia une très belle maison de campagne que le Grand Seigneur a achetée de ses propres deniers et a fait offrir au général Sébastiani pour être le palais d’été des ambassadeurs de France. Le général Sébastiani demande, à cet égard, les ordres de V.M. (2).

Le courrier, parti le 11 février de Constantinople, a rencontré deux jours après le consul de Russie à Bucharest que l’on conduisait prisonnier à Constantinople ; il a vu beaucoup de troupes qui se rendaient par détachement sur le Danube.

Le 20 février, à son arrivée à Widdin, tout était calme : un parti avait désiré que l’autorité de Passwan Oglou pût passer à son fils, qui n’a que onze ans ; mais un parti plus considérable s’était déclaré pour Hamet Serdar, dont il a été question dans mes précédentes dépêches. Il jouissait à cette époque d’une autorité non contestée et se disposait à faire passer huit mille hommes en Valachie contre les Russes.

Le pont de Praga sera rétabli lundi, 9, à midi, de manière à pouvoir y passer ; je m’en suis assuré.

Trente mille rations de biscuits partiront demain matin, ainsi que cinq à six cents quintaux de farine.

La division bavaroise est arrivée aujourd’hui : elle est en bon état. On la dit être de sept à huit mille hommes. J’ai exécuté les ordres de V.M. relativement au prince Poniatowski. Tous les bataillons polonais qui se trouvaient à Varsovie, Nieporent et Sierock seront dirigés sur Niedenbourg, ainsi que le régiment levé par le prince Sulkowski, que V.M. prend à son service.

Le prince Poniatowski n’a point reçu encore la lettre que V.M. m’annonce lui avoir été écrite par le major général sur cet objet. Il suppose que les ordres de V.M. auront été adressés au maréchal Masséna, sous le commandement duquel la première légion polonaise a été placée. La formation du régiment de chevau-légers polonais éprouve des retards qui tiennent à la nécessité de prendre des informations sur les personnes qui se présentent dans les divers départements. Les chambres administratives n’ont point encore envoyé leurs rapports à Varsovie. J’ai donné au maréchal Masséna communication de ma lette au prince Poniatowski, afin qu’ils puissent, chacun en ce qui le concerne, veiller à l’exécution des ordres de V.M. Le prince Poniatowski observe qu’il serait nécessaire de donner une organisation absolument différente aux régiments de chevau-légers s’ils devaient être formés de jeunes gens comme ceux qui composent la garde d’honneur, puisque ceux-ci ont tous le grade d’officier. Il craint qu’on ne trouve pas dans le pays les chevaux nécessaires pour monter ce régiment, la presque totalité des chevaux propres au service de la cavalerie étant déjà employée.

Je joins ici le bulletin des travaux de la Commission du gouvernement.

Une lettre que je reçois de Madrid m’apprend que le roi d’Espagne est atteint d’une maladie grave ; M. de Beauharnais dit qu’elle a tous les caractères de l’hydropisie : ses forces diminuent chaque jour.

Je supplie V.M., etc.

On attend ici, demain au soir, le maréchal Masséna.

(1). Georges Pétrovitch, surnommé Czerni ou Kara George (George le Noir).

(2). Napoléon accepta, et la maison des Ypsilanti est habitée depuis cette époque par les ambassadeurs de France.



CCXLVI



Varsovie, 8 mars 1807, cinq heures après midi.

Sire,

J’ai exécuté tous les ordres dont V.M. m’a honoré en date du 6.

Les ambassadeur persan et ottoman resteront et attendront ici V.M. ; ils ne sont point pressés.

J’ai fait à l’ambassadeur persan les questions que V.M. me prescrit. J’ai eu pour cela ce matin avec lui une conférence de deux heures.

L’ambassadeur a des pouvoirs pour une alliance offensive et défensive.

Ce que la Porte veut, c’est l’intégrité de son territoire et son indépendance parfaite ; si elle peut souhaiter quelque chose encore, c’est de recouvrer la Crimée. Mais c’est un souhait très subordonné aux évènements.

La Porte dirige ses principales forces en Valachie et en Moldavie, où elle a été attaquée ; elle en enverra aussi contre les Russes en Géorgie.

La Porte verrait avec plaisir des troupes françaises en Valachie et en Moldavie, si elles y arrivaient par la Pologne ; mais elle n’est pas assez maîtresse des peuples de la Bosnie, ni assez sûre des dispositions de ses habitants pour ne pas craindre que des troupes étrangères qui arriveraient de ce côté ne fussent exposées à beaucoup d’inconvénients et d’embarras.

Des troupes étrangères, même françaises, pour couvrir ou défendre Constantinople, causeraient plus d’effroi que de satisfaction.

Si des troupes étaient envoyées en Valachie et en Moldavie, il n’y aurait aucune difficulté pour le commandement, il n’y en aurait aucune pour les subsistances.

Mais l’envoi de troupes françaises n’a pas été prévu par les instructions de l’ambassadeur ; il n’est chargé que de demander l’envoi d’officiers français et il insiste sur ce point. La Porte a des troupes nombreuses, mais mal organisées, elle a besoin d’officiers qui les dirigent.

J’ai adressé il y a trois jours à V.M. un état des forces de terre de l’empire ottoman, remis par la Porte au général Sébastiani.

J’ai eu quelque peine à faire comprendre à l’ambassadeur ce que c’était qu’un congrès.

S’il y avait un congrès, il serait obligé de demander de nouvelles instructions.

Ma mission, a-t-il répété plusieurs fois, a bien plutôt la guerre pour objet que la paix.

L’ambassadeur, parti de Constantinople depuis deux mois et demi, ignore complètement ce qui s’est passé avec les Anglais ; il ne sait que mal les nouvelles de ce qui s’est passé à l’armée sur le Danube. V.M. a sous les yeux des lettres jusqu’à la date du 9 février. J’ai donné connaissance à l’ambassadeur des succès des armées ottomanes.

J’ai vu les membres de la commission de gouvernement, ainsi que le directeur de la guerre, et je leur ai fait part du projet qu’avait V.M. d’envoyer en Valachie et Moldavie trente mille Français, sous le commandement du maréchal Masséna, qui se réuniraient à 40.000 venant de Dalmatie sous les ordres du général Marmont, et de joindre aux trente mille hommes du maréchal Masséna quinze mille Polonais, qui resteraient à Kaminiec pour opérer une insurrection dans cette partie de la Pologne. Celui des membres du gouvernement à qui je me suis adressé d’abord pour faire cette confidence est M. Stanislas Potocki, parce qu’il a des terres aux environs de Kaminiec.

Le général Le Marois est arrivé hier au soir. Il rendra compte exactement à V.M. de l’état des subsistances, il s’est chargé de presser le départ des bateaux et des voitures.

Le maréchal Masséna est de retour ; demain il passe en revue le corps bavarois.

Demain à midi, comme j’ai eue l’honneur de le mander à V.M., le pont sera fini.

J’ai l’honneur de renvoyer à V.M. les lettres du général commandant à Braunau. Les avis que ces lettres renferment coïncident avec ceux contenus dans les dépêches du général Andréossy que j’ai eu l’honneur d’envoyer à V.M. Sans ajouter une foi entière aux divers rapports qui nous parviennent, il paraît clair qu’inquiet de sa position, tourmenté de voir la guerre sur toutes ses frontières, elle (1) se prépare à tout événement, et bien certainement son inquiétude augmentera encore si elle apprend que V.M. est dans l’intention d’envoyer sur le Danube et sur le Dniester soixante mille hommes ; elle ne peut manquer de l’apprendre, si la nouvelle en arrive au camp des Russes.

J’ai vu le prince Poniatowski. La cavalerie envoyée au quartier général est équipée : celle qui n’a point encore d’équipement ne partira qu’après l’avoir reçu et on emploie tous moyens pour presser à cet égard.

Il n’y avait à Posen d’autres armes de cavalerie à la disposition du directeur de la guerre que quinze cents sabres et autant de paires de pistolets : on les fait venir ici ; elles ne sont pas encore arrivées.

Il n’y avait à Varsovie aucun objet qui pût servir à l’armement et à l’équipement de la cavalerie. Le directeur de la guerre a demandé au prince Jérôme (2) de lui en donner des magasins de Breslau : le prince a accordé quelques centaines de gibernes et de sabres qui sont maintenant en route.

Les bataillons de la première légion polonaise qui sont en état n’attendent, pour se rendre à Neidenbourg que d’avoir été relevés dans les postes qu’ils occupent sous le commandement de M. le général (sic) Masséna.

Les appartements de V.M. sont prêts à la recevoir. J’annonce, suivant ses ordres, à tout le monde sa prochaine arrivée.

Une lettre du général Le Marois que j’adresse à V.M. lui apprendra sans doute qu’il est parti, aujourd’hui 8 deux bateaux, dont l’un contient quarante tonneaux de farine brute de seigle, pesant 171 quintaux, et l’autre cinquante-quatre mille cinq cent quarante-huit livres de biscuit.

Je supplie V.M., etc.

(1). La phrase est reproduite telle qu’elle est dans l’original.

(2). Qui commandait, avec le grade de général de division, le corps d’armée occupant la Silésie, corps composé de Bavarois et de Wurtembergeois.



CCXLVII



Varsovie, 9 mars 1807, six heures du soir.

Sire,

Aujourd’hui, à midi, des voitures ont passé sur le pont.

Le maréchal Masséna a passé ce matin en revue les Bavarois : le prince donne à cette occasion un grand dîner auquel j’assisterai.

J’ai vu ce matin M. Horodyski, que la lettre de V.M. (1) désigne sous le nom de Statoriski, et M. Neyman, signataire du mémoire que V.M. m’a fait l’honneur de m’adresser.

M. Neyman est parti le 19 janvier de Oslamow pour Kaminiec : il a été envoyé par les représentants de l’association patriotique de Podolie, de Kiovie, de l’Ukraine polonaise et d’une partie de la Volhynie.

Ces représentants sont Messieurs :

Augustin Trzecielski, âgé de 34 ans et jouissant d’un revenu de soixante mille de nos francs ; il est le président ;

Le lieutenant colonel de Malinowki ;

Le major Radnievicz ;

M. Neyman, qui a servi dans l’armée française en Italie.

Ils ont été choisis par un grand nombre de principales familles notamment par le comte de Starzinski, Orloski fils (le père est dans le parti russe), la famille Soboleski et la famille Marchinski ; toutes ces familles ont un revenu d’environ cent vingt mille francs de notre monnaie.

Messieurs Neyman et Horodyski assurent que les grandes familles (celle des Branicki exceptée) se réuniront à l’association patriotique : ils disent que le comte Stanislas Potocki, celui que j’ai vu hier, et qui a des terres près de Kaminiec, n’a aucune influence dans le pays. Ces messieurs n’ont point de pouvoirs écrits ; ils correspondent entre eux et se font reconnaître les uns des autres par des mots de ralliement.

Il y a à Kaminiec et à Kiew quelques canons turcs, c’est-à-dire d’une grande longueur. Kaminiec n’a qu’une garnison de six cents hommes, qui sont plutôt des troupes de police. On s’en emparerait aisément, et ils s’en chargent. Un régiment de hussards de mille hommes était, le 19 janvier, cantonné à deux lieues de Kaminiec. Il y a des magasins dans les environs.

Les Russes ont très peu de dépôts dans ces contrées. A Haman, près Kiew, il y a quelques centaines d’hommes. Tous les dépôts qui existent seraient enlevés au premier coup de main.

Les pays désignés sont riches et peuvent nourrir une armée considérable pendant plusieurs mois : on y trouvera du froment, des bœufs, de l’eau-de-vie en abondance ; et dans la Podolie et l’Ukraine une grande quantité de chevaux et de fourrages.

Voici quelques peuvent être les forces de l’insurrection : M. Augustin Trzecielski peut faire insurger cinq mille hommes dans la province de Kiovie ; la Podolie peut fournir six mille hommes ; M. Malinowski a la plus grande influence dans cette province. La levée serait toute en cavalerie, l’infanterie n’est point en usage. La levée de la province de Kiovie consisterait principalement en cosaques. Il n’y a point de munitions de guerre, point de fusils ; mais seulement quelques sabres, des pistolets et des piques.

L’insurrection peut soutenir l’effort de la milice du pays, qui est assez nombreuse et composée pour la plus grande partie de paysans russes, et dont le chef-lieu est à Vinnitza : l’insurrection, dis-je, peut soutenir l’effort de cette milice deux ou trois semaines, c’est-à-dire le temps que mettraient à revenir dans le pays les troupes qui sont en Valachie et en Moldavie.

L’insurrection aurait à sa disposition dès les premiers moments environ cent mille ducats, ou douze cent mille francs.

Le quarante-deuxième jour fixé après la parole donnée par V.M. à M. Horodyski, l’insurrection aurait lieu.

Tels sont les renseignements que j’ai obtenus de ces deux Messieurs ; ils me paraissent s’étendre à tous les points que V.M. peut désirer de connaître.

M. Horodyski est attaché comme conseiller à la chambre administrative du département de Varsovie ; il se rendrait au premier ordre, et secrètement, au quartier général de V.M., ou dans tel lieu où V.M. daignerait l’appeler.

Il est parti ce matin pour Osterode dix mille huit cents rations de pain sur sept voitures de rouliers (2).

Plusieurs bateaux sont en chargement et seraient partis si les moyens de transport des boulangeries au quai ne manquaient pas.

J’ai fait connaître au commissaire ordonnateur les derniers ordres de V.M. pour l’envoi des farines à Pulstuck et Praznitz, et de grains à Thorn. – J’ai vu et écrit au prince Poniatowski pour la formation et le complètement de son corps d’observation polonais et pour les pouvoirs à donner au général Zajonczek (3).

Je supplie V.M., etc.

(1). La lettre du 6 mars (Corresp. XIV, 400).

(2). Napoléon se plaignait qu’il fallût huit jours pour que les vivres arrivassent de Varsovie à Osterode.

(3). Il commandait le corps d’observation polonais.



CCXLVIII



Varsovie, 10 mars 1807, trois heures après midi.

Sire,

Tous les rapports venant des Gallicies disent que les Autrichiens se fortifient dans ces provinces. Ces rapports s’accordent avec les dépêches du général Andréossy, les lettres du général commandant à Braunau et ce que M. Dumoutiers m’écrit de Dresde en date du 3. D’après les avis qu’il reçoit et qui sont parvenus au cabinet de Dresde, on fait des enrôlements extraordinaires dans toute la monarchie autrichienne. La seule petite ville et seigneurie de Töplitz en Bohême a été obligée de fournir le 14 du mois dernier quarante recrues. On forme en ce moment des magasins à Leipa en Bohême. En rendant compte hier à V.M. de ma conversation avec MM. Horodyski et Neyman, j’oubliai de rappeler ce que V.M. se souvient d’avoir lu dans une dépêche du général Andréossy d’il y a environ un mois, que l’on supposait à Vienne que la Russie, si elle était attaquée sur son territoire, demanderait l’exécution du traité défensif que les deux puissances doivent avoir entre elles, mais que je ne connais pas. Le bruit s’est répandu à Dresde que le prince de Pless avait demandé et obtenu du gouvernement autrichien la permission d’entrer en Bohême avec quelques chariots couverts renfermant, à ce que l’on suppose, des caisses militaires et autres objets de prix appartenant au roi de Prusse.

Plusieurs bataillons du contingent saxon étant au passage de la Wartha et non loin de Posen se sont révoltés contre leurs chefs, ont tiré sur eux et ont voulu rétrograder ; le chargé d’affaires de V.M. attribue ce désordre principalement au fanatisme religieux.

M. le maréchal Masséna est reparti ce matin pour Pulstuck.

La santé de M. le maréchal Lannes est plutôt bonne que mauvaise, dans sa chambre il a l’air de se mieux porter ; mais les variations de la température et les impressions du froid le font souffrir.

Monsieur le commissaire ordonnateur estime que, pour nourrir pendant vingt jours le corps de M. le maréchal Masséna qu’il suppose de vingt-cinq mille hommes, il faut environ six mille quintaux de grain en farine. Cette quantité se trouve déjà ou à peu près à Sierock, Nieporent et Pulstuck : ce qui peut manquer sera ajouté. Si au lieu de vingt-cinq mille hommes il n’y en a que vingt mille, cela fait une livre et demie de farine par homme par jour.

On a, tant à Varsovie qu’à Praga, dix-huit mille quintaux de grain. On peut en moudre en vingt jours dix mille quintaux à raison de cinq cents par jour. En gardant cette quantité, comme V.M. l’a prescrit, il y aura un surplus de plus de huit mille quintaux, qui seront expédiés pour Thorn.

Huit mille neuf cent six-sept quintaux de farine sont dans les magasins de Varsovie et de Praga. La consommation journalière, en y comprenant la fabrication du biscuit est, de sept cents quintaux environ.

Sur la quantité totale de huit mille neuf cent six-sept il pourra en être expédié cinq à six mille pour Thorn, où il en a déjà été envoyé deux mille.

Un bateau parti hier en portait quatre cent vingt sept, avec trente-cinq mille deux cent sept rations de biscuit.

Une lettre du ministre de V.M. en Suisse annonce que les gouvernements cantonaux sont disposés à faire les plus grands sacrifices pour accélérer le recrutement. Le 15 février, le premier régiment avait déjà recruté quinze cents hommes, et il sera au complet pour le printemps.

V.M. aura trouvé dans la Gazette de Varsovie du 9 la nouvelle que j’y ai fait insérer, des avantages remportés par les Turcs.

Je joins ici les extraits des gazettes allemandes qui renferment quelques notices assez piquantes sur les généraux russes.

Je supplie V.M., etc.



CCXLIX



Varsovie, 11 mars 1807, cinq heures après midi.

Sire,

Deux dépêches que j’ai reçues ce matin de M. Otto ne contiennent que les nouvelles déjà données par le général Andréossy et par le commandant de Braunau sur les recrutements qui se font en Autriche. Ce n’est point une confirmation de ces nouvelles, ce n’en est que la répétition. M. Otto annonce qu’il les tient du général Andréossy et du commandant de Braunau, avec lesquels il est en correspondance. C’est pourquoi je n’envoie point ces dépêches à V.M. ; j’ai seulement l’honneur de lui adresser un état de distribution de l’armée autrichienne en janvier dernier, qui s’y trouvait joint.

Une troisième dépêche de M. Otto est relative au nommé Busch, dont il a été plusieurs fois question dans sa correspondance. C’est ou un voleur ou un espion, et peut-être l’un et l’autre.

Le colonel Neyman demande que le plus profond secret soit gardé sur les noms des représentants de l’association patriotique de Kiovie, Podolie, etc. Leur président, le comte Trzecielski, ayant été il y a quelques années emprisonné comme suspect et torturé, feu son père ne le sauva qu’en sacrifiant des sommes considérables.

Trois bateaux sont partis hier au soir ; ils portent quatre-vingt-quatre mille huit cent quarante-six rations de biscuit, quarante-cinq quintaux de grains et treize mille cinq cent cinquante paires de souliers.

Six bateaux sont maintenant en chargement et partiront peut-être ce soir.

D’après une lettre que j’ai reçue du grand maréchal cette nuit, j’ai prévenu le commissaire ordonnateur et le gouverneur qu’il ne devait être fait aucune expédition et que les hommes isolés ne devaient point se rendre à Osterode par la rive droite de la Vistule jusqu’à nouvel ordre.

Je joins ici le bulletin de Varsovie du 10 et la séance de la Commission du 9.

Je reçois en ce moment (quatre heures après midi) la lettre que V.M m’a fait l’honneur de m’écrire le 9, apportée par un aide de camp du maréchal Lannes. Je verrai ce soir M. de Vincent et demain je rendrai compte à V.M. de notre conférence. – J’expédierai aussi demain au général Andréossy conformément aux ordres de V.M.

Je n’ai pas laissé passer un seul jour sans avoir l’honneur d’écrire à V.M. des lettres presque toujours volumineuses ; ainsi il sera facile à V.M. de s’assurer si quelqu’une avait été interceptée.

V.M. n’a pas encore désigné la personne qu’elle se proposait d’envoyer en Perse. J’ai eu l’honneur de lui présenter M. Bergeret et de lui indiquer qui il était et d’où venait ma confiance en lui. Quoique marin, c’est la mission politique que je désirerais qui lui fût confiée. Il est éminemment propre à la remplir.

V.M. m’a fait l’honneur de m’informer des ordres qu’elle a donnés au ministre de la marine de préparer deux frégates pour cette mission. Le ministre m’a écrit à cet égard, je lui ai répondu sans entrer dans les détails, n’y étant pas autorisé.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. deux projets de lettres, l’un à l’empereur de Perse, l’autre à son fils, dont V.M. a reçu une lettre, et un projet d’instruction pour l’envoyé dont V.M. aura fait choix.

L’empereur de Perse me paraît vouloir établir des rapports bien fréquents avec V.M. ; car il envoie un de ses aides de camp, qui vient d’arriver à Constantinople, avec de nouvelles lettres de son maître pour V.M., auprès de laquelle il a ordre de se rendre : sa suite est de dix-sept personnes.

C’est l’arrivée de ce nouveau Persan qui fait que je mets sous les yeux de V.M. ces projets d’instruction et de lettres dont je croyais qu’on ne ferait usage que lorsque V.M. aurait vu l’ambassadeur.

Je supplie V.M., etc.



CCL



Varsovie, 12 mars 1807, huit heures du soir.

Sire,

Je vis hier au soir M. de Vincent : je lui fis connaître que V.M. était disposée à conclure avec l’Autriche un traité éventuel ; je lui dis sur quelles bases je pouvais être autorisé à le signer.

J’ai employé de mon mieux tous les raisonnements que V.M. m’a elle-même fournis.

S.M., lui ai-je dit, est depuis longtemps convaincue que l’Europe ne peut jouir d’une paix durable qu’autant que l’Autriche ou la Russie s’entendront avec la France pour y établir et y maintenir le repos. C’est dans cette vue qu’elle a proposé plusieurs fois et qu’elle propose encore à l’Autriche de s’unir avec elle. Une alliance de la France soit avec l’Autriche, soit avec la Russie, est commandée par le besoin du repos qui est devenu le besoin de tous les peuples. Elle en sera, pour ainsi dire, un effet nécessaire : et tôt ou tard elle aura lieu. S.M. préfère que ce soit avec vous. Si, par vos hésitations et vos incertitudes, vous vous mettez dans le cas de nous lier avec les Russes, j’ose vous dire que vous vous préparez d’amers regrets.

M. de Vincent m’a paru sentir dans son entier tout ce que je lui disais : mais il n’avait point de pouvoirs pour rien signer ; il ne pouvait que rendre compte et demander des ordres. Cependant, il ne m’a point caché que les bases proposées lui paraissaient satisfaisantes. Il a senti ce que l’une d’elles avait de rassurant pour l’Autriche, puisque la disposition où est V.M. de rendre au roi de Prusse son trône et ses Etats fait évanouir ses deux principaux sujets d’inquiétude.

J’ai pressé M. de Vincent de me faire connaître à son tour et avec la même franchise ce que voulait l’Autriche, ce qu’elle désirait ; il n’était pas préparé à cette question, il n’avait pas d’instructions d’après lesquelles il pût répondre catégoriquement. Il y avait néanmoins un point sur lequel il n’hésitait point à manifester l’opinion de sa cour. Le séjour de l’armée française en Allemagne après la paix de Presbourg, a été, m’a-t-il dit, le principal objet de la sollicitude de toutes les puissances ; si les cabinets de Berlin, de Pétersbourg et le nôtre même, vous étaient ouverts, vous verriez que rien ne les a plus occupés. Si le traité signé par M. d’Oubril (1) a trouvé un grand nombre de partisans en Russie, si l’empereur Alexandre a voulu le ratifier, si l’Autriche a désiré qu’il fût ratifié, et s’il a fallu une puissante intrigue anglaise pour l’empêcher, c’est uniquement parce que l’évacuation de l’Allemagne y avait été stipulée. Tout cela me porte à croire que ma cour demandera, non pas que vous retiriez toutes vos troupes de l’Allemagne, mais que, la paix faite sur le continent, vous consentiez à n’y en laisser, jusqu'à la paix avec l’Angleterre, qu’un nombre déterminé.

M. de Vincent entrevoit plutôt des désirs que des demandes ou même des espérances relativement à la Dalmatie. Il est certain, m’a-t-il dit, que l’Autriche attacherait un grand prix à cette possession.

J’ai fait la question suivante à M. de Vincent : Si nous sommes une fois d’accord, vous joindrez-vous à nous pour conquérir la paix ? - Il m’a répondu : Nous voulons éviter tout engagement qui nous mènerait à la guerre, nous emploierons d’ailleurs tous nos moyens de persuasion et d’influence, mais nous ne voulons pas faire la guerre ; il a ajouté : si nous n’y sommes pas forcés. Pourquoi ai-je repris, si vous ne voulez pas faire la guerre, recrutez-vous avec tant d’activité ? - Nous ne voulons pas faire la guerre, m’a-t-il répondu, mais nous voulons être toujours prêts. - Au surplus, il m’a promis des réponses positives au retour de son courrier, qui est parti ce soir. J’ai informé le général Andréossy de l’état des choses et je lui ai adressé les instructions que V.M. m’a prescrit de lui donner.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. les bulletins des séances de la Commission des 10 et11 mars, ainsi que le bulletin de Varsovie d’aujourd’hui.

V.M. trouvera dans l’expédition de ce jour des extraits des papiers anglais transmis par les gazettes de Hambourg, et d’une date fraîche.

Il est parti hier au soir pour Thorn quatre bateaux portant soixante et un mille trois cent trente-quatre rations de biscuit et sept cent cinquante quintaux de froment. Ces bateaux ont à bord, pour plus de sûreté, une petite escorte armée.

Le commissaire se propose d’expédier par la Vistule jusqu'à Thorn des rations de pain qu’il suppose pour être facilement transportées de Thorn à Osterode. Je l’ai engagé à continuer jusqu'à ce que la route directe par la droite de la Vistule soit libre.

Je supplie V.M., etc.

(1). Le traité du 20 juillet 1806, qui ne fut pas ratifié par l’empereur Alexandre.



CCLI



Varsovie, 13 mars 1807, cinq heures et demie du soir.

Sire,

Dans le récit que j’eus, hier, l’honneur d’adresser à V.M., de ma conférence avec M. de Vincent, j’ai omis deux particularités : l’une, que M. de Vincent témoigne de la surprise et de la joie d’apprendre la démolition des places de Silésie ; il restait dans l’armée autrichienne une vieille inquiétude sur la force de ces places (1) ; l’autre, qu’il voulait aller lui-même à Vienne rendre compte de notre conférence et demander des ordres. Je l’en ai dissuadé, sans néanmoins lui faire connaître mon motif : il m’a paru que son départ donnerait lieu à mille conjectures et à mille rumeurs, qu’il est bon de prévenir.

Le bruit s’est répandu hier dans Varsovie que la reine de Prusse était allée à Mittau : ce bruit ne me paraît avoir aucun caractère de vraisemblance ; mais il sort de la maison Radziwill.

J’ai envoyé par un officier polonais à M. le maréchal Masséna la lettre que V.M. m’a fait l’honneur de m’adresser pour lui. Il avait quitté Varsovie mardi 10, à sept heures du matin : la division bavaroise est partie le jour suivant.

Le général Suchet, qui était malade, part demain au soir pour retourner à sa division : il est venu me parler du besoin qu’elle avait de souliers ; j’en ai prévenu l’ordonnateur.

Le maréchal Lannes a été fort content de la lettre qu’il a reçue de V.M.

S.M. le roi de Hollande prie V.M. de vouloir bien autoriser M. Dupont-Chaumont et M. Serrurier à recevoir, l’un la grande croix et l’autre la petite décoration de son ordre royal qu’elle leur a conféré.

Je joins ici les bulletins de Varsovie et des séances de la Commission.

Il est parti hier au soir pour Thorn trois bateaux portant quarante-trois mille neuf cent vingt-huit rations de biscuit, cinq cent trente-quatre quintaux de seigle et quatre cent soixante et dix quintaux de froment.

L’officier polonais chargé des dépêches de V.M. en date du 12 arrive dans le moment. Je vais mettre à l’exécution de ses ordres toute la célérité possible, je verrai dans la soirée toutes les personnes qui doivent y concourir ; et, demain, j’aurai l’honneur d’en rendre compte à V.M.

La lettre de V.M. pour Son Altesse impériale le prince Jérôme va partir dans le moment.

Je supplie V.M., etc.

(1). Breslau, Schweidniz et Brieg, dont les fortifications avaient été détruites.



CCLII



Varsovie, 14 mars 1807, cinq heures du soir.

Sire,

V.M. voudra bien se rappeler que j’ai eu l’honneur de lui écrire deux fois sur un projet d’insurrection dans la Pologne russe.

L’une, après en avoir parlé avec des membres de la Commission du gouvernement.

L’autre, après ma conversation avec le conseiller Horodyski et M. Neyman.

Les membres de la Commission, manquant de renseignements suffisants et un peu plus circonspects, avaient besoin d’envoyer un agent sur les lieux. Ils rédigent maintenant un mémoire qu’ils me remettront demain et que j’adresserai immédiatement à V.M.

Messieurs Horodyski et Neyman, mieux informés, à ce qu’il paraît, ou plus hardis ont donné les détails que j’ai eu l’honneur d’adresser à V.M., desquels il résulte qu’ils ne demandent pas qu’un corps de troupes françaises arrive avant l’insurrection, pourvu qu’il en arrive un dans les quinze jours ou trois semaines qui la suivront et qu’on le sache en marche. Ils ne croient pas que les insurgés puissent tenir au-delà de deux à trois semaines.

Il m’a paru au contraire, par les questions qui m’ont été faites, que les membres de la Commission de gouvernement voudraient que les troupes françaises arrivassent d’abord.

Je supplie V.M., etc.



CCLIII



Varsovie, 14 mars 1807, six heures du soir.

Sire,

Il est parti hier au soir trois bateaux qui portaient treize cent quarante-neuf quintaux de farine et trente mille rations de pain.

Il reste à Varsovie deux cent mille rations de biscuit ; on en fabrique chaque jour vingt-quatre mille : il y a cent mille rations de pain. Voilà exactement sur quoi V.M. peut compter.

Demain, il partira trois bateaux portant de douze à quinze cents quintaux de farine : demain encore seront chargées cinq voitures de rouliers, portant cinq mille pintes d’eau-de-vie.

Je fais les plus grands efforts pour que l’on ait des moyens de transport et par eau et par terre, me conformant aux ordres de V.M., autant qu’il est possible.

J’ai vu les membres de la Commission de gouvernement, je leur ai écrit dans les termes les plus pressants.

Le gouverneur, l’ordonnateur et le général Le Marois, ainsi que moi, ne sommes pas un moment sans faire les démarches que nous croyons pouvoir être utiles ou excitatives.

Le général Le Marois rend compte avec détail à V.M. de ce que nous faisons, et de ce que nous espérons.

Les difficultés de transport nous désolent ; ce qui les rend aussi grandes, c’est qu’on ne nous renvoie rien de ce que nous expédions (1).

On a de riz ici que celui qu’on tire de Thorn et de Bromberg.

On a envoyé acheter du riz à Cracovie.

Je joins ici les bulletins de la ville et de la Commission.

Je supplie V.M., etc.

(1). Comme voitures. Dans une lettre du 12 mars, Napoléon accusait l’artillerie d’en prendre trop et disait que les vivres devaient passer avant tout.



CCLIV



Varsovie, 14 mars 1807, six heures du soir.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. quatre dépêches qui me sont arrivées cette nuit du général Andréossy, deux de M. Mériage, secrétaire d’ambassade à Vienne, qui a été envoyé à Widdin, conformément aux ordres de V.M. (1) ; la quatrième est du général Sébastiani.

Le recrutement se poursuit en Autriche avec une activité extraordinaire. Il doit être complété pour le 1er avril : la plupart des régiments allemands ont six cents hommes au-delà du complet du pied de paix ; les dragons et cuirassiers ont plus de chevaux que d’hommes pour les monter. Les autorités civiles doivent fournir pour le 13 mai un état de l’effectif en hommes et en objets de tout genre accessoires pour entrer en campagne. Sept régiments ont été envoyés dans la haute Autriche, sur les frontières de l’Inn, et un égal nombre à Budweiss.

On forme des magasins sur les confins de la Bavière et aux environs de Salzbourg. Des marchés considérables ont été passés pour des blés, des avoines et des charrois. L’archiduc Charles a dû répondre à un officier qui lui demandait une place dans un corps franc (corps que l’on ne forme qu’en temps de guerre) qu’il n’attendrait pas longtemps.

Tous ces mouvements, ces préparatifs semblent annoncer des dispositions guerrières, mais le général Andréossy pense qu’elles peuvent aussi ne prouver autre chose, sinon que l’Autriche est inquiète. Elle l’est de la marche des Turcs, elle l’est de la présence des Russes sur les flancs de la Hongrie et des Gallicies. Son commerce avec le Levant est interrompu, les ressources qu’elle tirait de la Moldavie pour les subsistances d’une partie des pays héréditaires est tarie (sic).

D’un autre côté, les finances de l’Autriche sont dans un état déplorable, les palliatifs employés contre le mal n’ont fait que l’aggraver.

M. de Stadion paraît mécontent de ce qu’un conseiller nommé Barducci (Corse d’origine) se trouve intermédiaire entre l’empereur et lui.

On doit, dit-on, proposer à la prochaine diète de Hongrie une milice permanente de cent mille hommes ; cela éprouvera sûrement beaucoup de difficulté.

M. Mériage, en arrivant à Widdin, vingt jours après la mort de Passwann Oglou, a trouvé l’autorité confiée à une espèce de conseil dirigé par Molla Agha, l’un des lieutenants de Passwan Oglou, qui, en mourant, lui a laissé le gouvernement. Si la Porte le nomme, il la servira avec zèle, et il a des moyens : mais, si elle veut le déplacer, il saura se défendre. Le nombre de ses troupes est 25 à 30 mille ; ils lui sont dévoués : il a bien accueilli M. Mériage.

M. Mériage n’a pu se procurer que des renseignements imparfaits sur la situation des forces respectives des Russes et des Turcs.

On disait l’armée commandée par Mustapha Baraïctar de 56.000 hommes.

Le prince Ypsilanti a insurgé en Valachie 50.000 Grecs ou Valaques.

Molla Agha disait que les Russes et les insurgés ne faisaient ensemble que 70.000.

Les Russes n’ont pas tenté de s’unir aux Serviens ; ils n’ont point passé l’Alt.

L’escadre anglaise s’est montrée à Ténédos, et réunie à la division du contre-amiral Louis, qui s’est trouvée forte alors de 24 voiles.

M. Arbuthnot a adressé à la Porte une note par laquelle il annonce que l’escadre doit passer les Dardanelles et se rendre à Constantinople pour y replacer les affaires au point où elles étaient avant la déclaration de guerre de la Porte à la Russie. Cette note a jeté le divan et la ville dans la plus grande consternation. Cependant le général Sébastiani a obtenu qu’il fût donné les ordres les plus précis de défendre le passage, mais il est persuadé qu’il sera forcé et que l’escadre paraissant devant Constantinople, la Porte souscrira aux demandes de l’Angleterre.

Le général Sébastiani cherche à soutenir le courage du cabinet ; il est particulièrement content du reis effendi, dont la conduite lui paraît mériter, dans ce moment de crise, les plus grands éloges. Le général Sébastiani a présenté à cette occasion une note dont copie est ci-jointe.

Je supplie V.M., etc.

(1). M. Auguste Boppe a publié, en 1886, sur La Mission de l’adjudant-commandant Mériage à Widdin une notice qui éclaire singulièrement l’histoire de cette contrée pendant la période de 1807 à 1809.



CCLV



Varsovie, 15 mars 1807, sept heures du soir.

Sire,

J’ai vu ce matin le général Cazals (1), il m’a donné les renseignements suivants sur les travaux de Praga, Sierock et Modelin :

Toutes les pièces d’artillerie, c’est-à-dire vingt-cinq bouches à feu, seront en batterie à Praga le 18 mars.

Le 30 mars, le corps de la place sera entièrement achevé et conséquemment la place en état de défense.

Il restera à revêtir la contrescarpe, ce qui prendra tout le mois d’avril, avec le nombre actuel d’ouvriers, qui est de dix-huit cents, et qui doit chaque jour augmenter.

La place pourra être défendue par quinze cents hommes.

A Sierock, les moyens manquent. On n’a point de moyens de transport, ce qui met dans l’impossibilité de faire les travaux nécessaires pour les revêtements, ou les palissades qui pourraient les remplacer. On manque aussi de bras ; il n’y a point de paysans ; tous les villages des environs sont déserts. M. le maréchal Masséna m’a dit, étant ici, qu’il était dans l’intention d’y envoyer deux mille quatre cents Bavarois ; il n’y point d’autres troupes qu’il puisse employer à ces travaux. Ainsi le général Cazals ne peut indiquer, à un mois près, l’époque où ils seront achevés.

La défense de Sierock exigera au moins trois mille hommes.

Les travaux à Modelin sont plus avancés qu’à Sierock. Les saillants des ouvrages pourront être armés à la fin de mars. La défense de Modelin exigera de deux à trois mille hommes.

Le général Le Marois a été ce matin à Sierock.

Je supplie V.M., etc.

(1). Officier du génie qui dirigeait les travaux du pont en construction à Praga ainsi que ceux des fortifications de cette ville.



CCLVI



Varsovie, 13 mars 1807, huit heures.

Sire,

Le vent contraire a empêché hier les bateaux de partir.

Soixante et cinq mille rations de biscuit partent ce soir, elles descendront la Vistule jusqu’à Plock, où elles seront chargées sur deux cents voitures, pour être transportées à Osterode.

Les cinq mille pintes d’eau-de-vie annoncées par ma lettre d’hier seront en route à trois heures de cette nuit et arriveront le 23 à Osterode.

A dix heures du matin, trois autres voitures de rouliers partiront chargées aussi d’eau-de-vie et seront à Osterode le 24. Demain au soir, quinze à vingt mille rations de pain prendront aussi la route d’Osterode sur cinquante petites voitures.

Les bateaux ne nous manquent plus : on en a acheté à peu près ce qu’il fallait. Un commissaire des guerres, M. Mutreci, a été envoyé hier dans le cercle de Rawa pour y rassembler tout ce qu’il y a de disponible.

On n’a point encore de riz. On en espère pour après demain quelques quintaux. Il y a un employé des vivres à Cracovie qui s’occupe de cet objet.

Je supplie V.M., etc.



CCLVII



Varsovie, 15 mars 1807, huit heures du soir.

Sire,

Monsieur le maréchal Masséna m’a adressé pour V.M. la lettre ci-jointe, en réponse à celle que je lui avais transmise. Il m’écrit qu’il est allé à Ostrolinka, dans l’intention de s’assurer si l’ennemi y était en forces et si les deux ponts sur la Narew étaient rétablis ; il n’a vu à Ostrolinka que deux hommes à cheval et pas un homme d’infanterie. Les ponts ont été réparés par les habitants, pour leurs communications seulement ; ils sont trop faibles pour que de l’artillerie puisse y passer.

Les princes de Schwarzbourg, qui sollicitent leur admission dans la confédération du Rhin, offrent de fournir dès à présent un contingent de 500 hommes, qui pourront être prêts dans un mois, attendu que quatre cents hommes sont déjà sur pied ; qu’est-ce que V.M. ordonne de leur répondre ? L’offre est contenue dans une lettre ci-jointe.

J’ai remis la lettre de V.M. au prince royal de la Bavière.

Le prince de Bade est disposé, un peu plus qu’il ne faut, à ne pas aller à Carlsruhe (1). Il rejoindra avec grand plaisir V.M. Son désir est de ne pas servir sous un chef polonais ; mais il veut servir, et, en toutes circonstances, il montre de l’ambition.

Je supplie V.M., etc.

(1). Il avait épousé Stéphanie de Beauharnais, nièce du premier époux de Joséphine. En répondant à Talleyrand, Napoléon disait, le 18 mars : « Puisque le prince de Bade veut venir avec moi, qu’il vienne. Je suis cependant fâché qu’il n’aille pas faire un enfant à sa femme. »



CCLVIII



Varsovie, 15 mars 1807, huit heures du soir.

Sire,

J’ai fait à l’ambassadeur ottoman et à l’ambassadeur de Perse les demandes que V.M. m’a chargé de leur faire sur le nombre et la qualité des militaires qu’ils désirent avoir à leur service.

L’ambassadeur persan, dont je suis chaque jour plus content, m’a remis la lettre ci-jointe, que j’ai l’honneur d’adresser à V.M. Il l’informe des succès remportés par les troupes persanes à l’orient de la mer Caspienne sur les Usbecks, les peuples du Candahar et de Caboul, et à l’occident de cette mer sur les Russes.

Ahmet Khan a pris Pembh et a tué ou fait prisonniers tous les Russes qui se trouvaient dans cette place. Le prince Abou Myrza était à cinq journées de Tiflis. Les Russes ayant fait des propositions d’accommodement, il leur a été répondu que la Perse était l’alliée de la France et ne pouvait faire la paix sans le concours de V.M.

La conquête du Candahar et de Caboul rapproche les Persans des possessions anglaises de l’Inde.

L’ambassadeur désigne lui-même à V.M. le nombre et l’espèce des officiers dont il demande l’envoi en Perse : ce sont des instructeurs pour les manœuvres et pour l’artillerie, des pontonniers et des mineurs. Il demande douze ou quinze personnes tout au plus.

L’ambassadeur ottoman, qui est fort désagréable dans les communications, dit et répète qu’il a besoin d’officiers, mais qu’il ne veut les demander qu’après la conclusion du traité d’alliance. Il vaudrait mieux que cet envoi fût stipulé dans le traité.

Autant j’ai trouvé d’ardeur, d’esprit et d’amabilité dans nos communications avec le Persan, autant je trouve de réserve et de contrainte dans mes communications avec l’ambassadeur de la Sublime Porte.

Les nouvelles que ce dernier a reçues de Constantinople ne sont que la répétition d’une partie seulement de celles qui ont été déjà données par le général Sébastiani.

Je rédigerai un précis des évènements des derniers six mois et je le remettrai aux deux ambassadeurs, qui le feront traduire chacun dans sa langue, et après qu’il aura été revu par M. Outrey, que j’ai avec moi, ils l’expédieront à Téhéran et à Constantinople. Ce travail sera prêt au moment de l’arrivée des lettres que V.M. m’annonce pour le roi de Perse, et que je prie de vouloir bien ne pas oublier que Abou Myrza attend aussi une réponse. Abou Myrza est le fils du Schah, il écrit à V.M., et il commande les troupes.

Les lettres de Janina dont V.M. m’a fait le renvoi portent la date du 22 décembre ; elles annoncent les dispositions prises à cette époque par Ali Pacha contre les Russes. Il leur avait fermé ses ports ; il avait occupé Prévéza ; son fils était établi à Arta ; il avait donné l’ordre de faire des levées en Thessalie et en Macédoine, et au mois de janvier il devait avoir sur pied vingt-cinq mille hommes. On supposait que les Russes pourraient en avoir dix mille à lui opposer, en comptant les habitants qu’ils parviendraient à soulever ; Ali Pacha avait envoyé près des généraux français à Raguse et en Dalmatie pour demander quelques munitions et quelques officiers. Il paraissant dévoué à V.M. et très sensible à l’intérêt qu’elle lui a fait exprimer.

Le courrier qui a apporté les dépêches dont j’ai eu l’honneur d’envoyer hier au soir le déchiffrement à V.M., a rencontré sur sa route beaucoup de troupes qui se rendaient à Roustchouk, quelques prisonniers russes, et deux cents têtes que Mustapha Baraïctar envoyait à Constantinople.

M. Pouqueville (1) pense que le moyen de détacher les Grecs de la Russie serait que la France fît créer un patriarche de l’Adriatique.

Je supplie V.M., etc.

(1). Commissaire général près d’Ali Pacha, à Janina.



CCLIX



Varsovie, 15 mars 1807, huit heures du soir.

Sire,

La première légion polonaise doit être composée de quatre régiments d’infanterie, de deux régiments de cavalerie, de trois compagnies d’artillerie, d’une de sapeurs, d’une pour le train.

Chaque régiment d’infanterie doit avoir deux mille cinq cents hommes.

Chaque régiment de cavalerie mille cinquante.

Les cinq compagnies d’artilleurs, de sapeurs et de train, sept cent cinquante-six hommes en tout.

Ainsi, le complet de la première légion en militaires de toutes armes doit être de douze mille huit cent cinquante-six.

L’effectif est actuellement de sept mille quatre à cinq cents.

Voici les détails :

Le premier régiment d’infanterie est fort de dix-huit cent soixante et un hommes, dont quatre cent soixante et quatorze sont dans les hôpitaux.

Le second régiment est de dix-huit cent vingt-trois hommes.

Le troisième, de dix-sept cent quarante-quatre hommes, dont trois cent seize dans les hôpitaux.

Le quatrième régiment, en formation à Plock, a mille soixante et dix-huit hommes, selon les derniers rapports : il augmente journellement.

Les premiers, troisième et quatrième régiments d’infanterie sont réunis au corps du général Zajonczek, le second est au corps du général Dombrowski (1).

Voilà pour l’infanterie.

Le premier régiment de cavalerie est au corps du général Dombrowski. On le dit fort de huit cent six chevaux.

Le second régiment est en marche pour se rendre à Neidenbourg. Il est fort de sept cent quatre-vingt-quatorze hommes, y compris l’escadron en formation à Varsovie, lequel a des détachements à Sierock et Pulstuck.

Voilà pour la cavalerie.

Une compagnie d’artillerie est partie avec les canons français qui sont venus de Sierock, le reste de l’artillerie est à Praga et à Varsovie, où elle se complète avec toute l’activité possible.

Dans les dépôts de l’artillerie à Varsovie, il ne se trouve aucune pièce ni caisson en état d’être mis en campagne.

Les dépôts de la première légion ne consistent maintenant qu’en malades, dont le nombre se monte à environ seize cents.

Les ordres les plus pressants ont été donnés dans les départements qui doivent compléter chaque corps pour qu’ils fournissent le plus tôt possible le nombre d’hommes nécessaire.

Tous les officiers que V.M. a fait venir d’Italie ont eu l’ordre dès le 6 mars de rejoindre à Neidenbourg où le général Zajonczek les placera.

D’après les lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire, il n’y a plus qu’un objet sur lequel j’ai à lui donner des éclaircissements : c’est la formation d’un régiment de chevau-légers destinés à entrer dans la garde de V.M. La Commission de gouvernement a fait tout ce qui a dépendu d’elle pour hâter cette formation. Mais la sévérité et les conditions d’admission font qu’il n’y a encore qu’un très petit nombre de sujets. Les départements n’ont pas encore fait de rapport. La ville de Varsovie a fourni environ quarante jeunes gens, lesquels demandent qu’en attendant la formation du corps il leur soit assigné un fonds pour leur subsistance. Le directeur de la guerre pressera, autant qu’il est possible, la formation de ce corps. Le premier régiment d’infanterie est commandé par le colonel comte Grabowski.

Le second régiment d’infanterie, par le comte Stanislas Potocki ;

Le troisième, par M. Zaltowski ;

Le quatrième, par le comte Félix Potocki.

Le premier régiment de cavalerie est commandé par le colonel Dombrowski.

Le second, par le colonel Zwasliowski.

Je supplie V.M., etc.

(1). Dombrowski commandait dans le district de Posen.



CCLX



Varsovie, 16 mars 1807, deux heures après midi.

Sire,

Au lieu de cinq mille pintes d’eau-de-vie que j’annonçais à V.M. dans ma lettre d’hier et qui devaient partir dans la nuit, il en a été expédié huit mille deux cent soixante.

Aujourd’hui, vers trois heures après midi, il en partira une quantité à peu près égale.

L’eau-de-vie déjà achetée tire à sa fin : pour satisfaire à l’envoi ordonné par V.M. de deux mille pintes par jour, il est nécessaire que l’ordonnateur s’en procure, ce dont il va s’occuper. Il me paraît sûr d’en trouver.

Trente mille rations de pain partiront aujourd’hui pour Osterode, par la rive droite.

Le vent contraire a arrêté dans la rivière les deux bateaux qui avaient été chargés hier au soir et qui portent soixante et six mille six cent soixante et six rations de biscuits. Le vent tombe ; ainsi probablement ils pourront partir dans la journée.

Le vent qui arrête les transports fait aller les moulins.

J’ai eu plusieurs conférences avec le ministre de l’intérieur. Il doit me communiquer aujourd’hui par lequel (sic) le gouvernement s’engagerait à fournir comme entrepreneur trente mille quintaux de grains, deux mille quintaux de viande et deux cent cinquante mille rations de fourrages, foin et avoine. – J’ai préféré que l’entreprise fût faite par le gouvernement lui-même : cela rend sa surveillance plus active et me donne, à moi, le moyen de m’en prendre à quelqu’un si les engagements ne sont pas tenus : de plus, le gouvernement communiquera ses sous-marchés à l’ordonnateur.

Le ministre de l’intérieur me paraît disposé à fournir par entreprise cent cinquante voitures, qu’il achèterait et dont il se servirait pour faire le service des transports : il demande pour l’une et l’autre entreprises des avances. – Lorsque j’aurai ses propositions écrites, j’en rendrai compte à V.M. : ce sera probablement par le courrier de demain.

Je supplie V.M., etc.



CCLXI



Varsovie, 16 mars 1807, deux heures après midi.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. le mémoire relatif à une insurrection dans le midi de la Pologne russe, rédigé par les membres de la Commission de gouvernement.

Ils croient les habitants très disposés à une insurrection ; mais ils ne s’y porteront qu’autant qu’ils se sentiront appuyés par une force capable de soutenir leur premier effort et ils regardent comme nécessaire l’apparition d’une armée française.

Ils diffèrent des renseignements donnés par MM. Horodyski et Neyman sur un article très essentiel, celui des subsistances, en ce qu’ils disent que l’armée française devrait traverser une étendue de pays d’environ quarante lieues, qui est basse, marécageuse et infertile, de sorte qu’il serait, selon eux, de toute nécessité de pouvoir tirer clandestinement des vivres de la Gallicie par le moyen des Juifs.

Au surplus, ils se proposent d’établir une chaîne d’agents secrets et sûrs entre Varsovie et les pays à insurger ; cette chaîne traversera la Gallicie.

D’après toutes les difficultés que leur mémoire présente, il me paraît bien difficile que l’on obtienne un résultat tant soit peu considérable dans un délai d’un mois. Ces messieurs veulent aussi, comme mesure préalable, que le rétablissement de la Pologne soit proclamé.

Je supplie V.M., etc.

P.S. – V.M. pourra comparer les deux plans en se faisant mettre sous les yeux la lettre où j’ai eu l’honneur de rendre compte de ma conférence avec MM. Horodyski et Neyman.



CCLXII



Varsovie, 17 mars 1807, cinq heures.

Sire,

Toutes les eaux-de-vie que j’avais annoncées à V.M. sont parties hier.

Il y en a quinze mille quatre cent soixante et dix pintes dans quatre-vingt dix-huit tonneaux chargés sur dix voitures de roulage.

Cinquante-trois petites voitures partirent aussi hier au soir avec vingt-cinq mille deux cent quatre-vingt-huit rations de pain.

Les deux bateaux chargés de biscuit, que le vent contraire avait retenus, sont aussi partis. On en charge maintenant trois autres qui porteront à Thorn de la farine et du grain.

De mes lettres au gouvernement et de mes fréquentes conférences, il est résulté qu’il met toute l’activité possible dans les choses qui dépendent de lui. Le gouverneur m’en paraît même fort content.

Voici où j’en suis avec le ministre de l’intérieur : >P>Il propose de substituer aux rouliers dont on s’est servi jusqu’à présent pour les transports et qui s’épuisent, l’établissement de relais formés par cent cinquante voitures, que la commission achèterait et placerait à des distances convenables.

Cent cinquante voitures porteraient chacune cent quintaux par mois, tandis que celles des rouliers n’en portent que quarante, et le prix de transport par quintal, qui est maintenant de 14 fr. 80, serait réduit à 11 fr. 10 (ce qui fait une économie considérable de la réalité de laquelle M. le commissaire Pradel, que j’ai consulté, est convaincu).

V.M. aurait par ce moyen quinze mille quintaux par mois, d’une manière assurée ; mais le ministre de l’intérieur, qui manque de fonds, demande pour l’achat des voitures et l’établissement du relais, une avance de 250.000 francs imputables et à valoir sur le prix des transports tels que V.M. aurait à les payer. Si V.M. approuve cette proposition, je la prie de vouloir bien faire connaître ses intentions à l’intendant général pour que le payeur soit autorisé à faire les avances demandées.

Le ministre de l’intérieur m’avait aussi parlé d’un projet de fournitures, par entreprises, dont le gouvernement se chargerait, mais il ne m’a pas encore donné tous les éclaircissements dont j’ai besoin pour que l’affaire soit bien nette : je les aurai demain.

Je supplie V.M., etc.



CCLXIII



Varsovie, 17 mars 1807, cinq heures après midi.

Sire,

L’ordonnateur sort dans le moment de chez moi et m’a dit qu’il y a aujourd’hui à quatre heures du soir :

Deux cent trente mille rations de biscuit et cent quarante-cinq mille rations de pain qui sont confectionnées.

On en a fait hier jusqu’à vingt-sept mille.

Mais aujourd’hui les voitures manquent. Les commissaires que l’on a envoyés du côté de Rawa et de Petrikow, n’ont pas encore pu en procurer.

Il est très urgent que V.M. veuille bien prononcer sur le projet de relais conçu par le gouvernement.

Les 200.000 francs dont V.M., par sa lettre du 12 mars, m’annonçait qu’elle avait autorisé que le payement fût fait ici au lieu de l’être à Berlin, ont été payés à Berlin, de sorte que l’autorisation donnée par V.M. a été sans effet.

C’est ce que vient de m’assurer le payeur de l’armée, que j’ai fait appeler. Comme le corps du général Zajonczek devait être payé sur ces 200.000 francs, V.M. aura quelques dispositions à prendre à cet égard.

V.M. aura vu que nous faisons tout ce qui est possible pour multiplier et presser les envois ; mais, dans la route, il y a des voitures soit de pain, soit d’eau-de-vie qui ne sont pas très en sûreté, pace qu’elles sont ou sans escorte ou avec des escortes très faibles et sans officiers ; le gouverneur trouve qu’on lui laisse bien peu de moyens à cet égard.

Le prince de Bavière (1), à qui j’ai parlé de l’intention de V.M. auprès d’elle (sic), en est fort aise.

Je supplie V.M., etc.

(1). Napoléon lui avait écrit directement pour l’informer de son intention de l’appeler auprès de lui. (Corresp. XIV, 432). Ce prince de Bavière est celui qui régna depuis sous le nom de Louis 1er.



CCLXIV



Varsovie, 17 mars 1807, cinq heures après midi.

Sire,

J’ai reçu ce matin les deux lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire en date du 14 et du 15. Tous les ordres qu’elles renferment sont exécutés.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une proclamation du général Bénigsen (1) aux peuples allemands. L’ancienneté de sa date, puisqu’elle est du 13 février, me ferait croire qu’elle a dû tomber déjà sous les yeux de V.M.

Je l’aurais regardée comme apocryphe, si je n’avais la certitude que le général Essen l’a envoyée en Gallicie : c’est de là qu’elle me vient.

Le roi d’Espagne a fait mettre à la disposition de l’ambassadeur de V.M. deux de ses chevaux les plus propres à remplacer un cheval espagnol que V.M. aimait à monter. Le prince de la Paix demande la permission d’y joindre deux de ses chevaux d’élite.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. les bulletins de Varsovie et de la Commission.

Je supplie V.M., etc.

(1). Le général russe.



CCLXV



Varsovie, 18 mars 1807, six heures du matin.

Sire,

M. de Vincent m’a fait annoncer ce matin qu’il venait de recevoir des dépêches de Vienne et qu’il me demandait une conférence : je l’ai vu immédiatement.

A l’époque où il exprimait ici les vœux de sa cour pour le rétablissement de la paix, et la disposition où elle était d’y concourir par ses bons offices, M. de Meerveldt (1) avait l’ordre de faire à Pétersbourg une démarche semblable. Il a eu à ce sujet plusieurs conférences avec M. le baron de Budberg : celui-ci lui a dit que le cabinet prussien avait déjà fait parvenir à Pétersbourg des paroles conciliatrices, mais que la Prusse, ayant la paix à faire pour son propre compte, ayant tout perdu, et devant naturellement désirer de recouvrer le plus possible, n’était pas dans une situation où elle pût être un bon intermédiaire et remplir les vues de la Russie, que l’Autriche était dans un cas différent, que sa médiation était plus désintéressée, qu’elle devait à ce titre convenir à toutes les parties, qu’on pouvait dès lors s’en promettre d’heureux fruits et que, par cette raison, l’empereur Alexandre accepterait avec plaisir les bons offices de l’Autriche. M. de Meerveldt en a aussitôt informé sa cour par une dépêche datée du 16 février.

La Russie, considérant comme deux guerres distinctes celle qu’elle a avec la France et celle qu’elle a avec l’Empire ottoman est disposée à les terminer l’une et l’autre simultanément, mais par des paix distinctes, et toutes deux sans la médiation de l’Autriche.

Relativement à la France, M. de Budberg paraît s’être contenté de manifester l’intention de traiter. S’il a indiqué des conditions, la dépêche reçue par M. de Vincent n’en parle pas. Quant à l’Empire ottoman, il a indiqué les anciens traités comme devant être la base du rétablissement de la paix, au moyen de quoi la Russie retirerait ses troupes du territoire ottoman et renoncerait à rien acquérir sur la Turquie. – V.M. remarquera sans doute que par le rétablissement de la paix sur la base des anciens traités, l’Empire ottoman ne recouvrerait pas son entière indépendance ; j’en ai fait l’observation à M. de Vincent : mais il pense que cette proposition de la Russie n’est qu’une première ouverture qu’elle sera amenée à modifier au point de renoncer à l’influence qu’elle a acquise par le traité de Sistowa (2) sur la Valachie et la Moldavie.

J’ai demandé à M. de Vincent s’il me ferait sur ces objets une communication écrite ; il m’a répondu qu’il n’en avait pas l’ordre, probablement, m’a-t-il dit, parce que les choses n’étaient pas assez avancées. J’aurais désiré d’avoir une copie de la dépêche de M. de Stadion pour l’envoyer à V.M. ; M. de Vincent n’était pas autorisé à me la donner ; mais il m’a fait lire la dépêche ; je l’ai lue deux fois, de manière que je n’ai pas la crainte de ne point avoir présenté le vrai sens dans la lettre que j’ai l’honneur d’écrire à V.M.

J’ai parlé à M. de Vincent des démarches de sa cour comme ne pouvant manquer d’être appréciées ; mais je ne pouvais, lui ai-je dit, lui faire aucune réponse sur le fond même de ses communications, les avantages remportés par l’armée française ayant dû influer sur les dispositions du cabinet de Pétersbourg, qui depuis les conférences de M de Budberg avec M. de Meerveldt, a dû se trouver bien informé de l’état des choses.

Je supplie V.M., etc.

(1). Le comte de Meerveldt ou Merfeldt, général autrichien, ambassadeur à Saint-Pétersbourg depuis la paix de Presbourg.

(2). Conclu entre la Porte et l’Autriche en août 1791.



CCLXVI



Varsovie, 18 mars 1807, six heures du soir.

Sire,

Le gouvernement sur la demande réitérée que je lui ai faite, s’est décidé à envoyer à Plock un de ses membres ; il a choisi M. Wybicki, qui part demain. On lui a donné les pouvoirs les plus illimités sur toutes les matières d’administration et de haute police.

Demain, on donne ici pour la fête de S.M. l’impératrice un spectacle gratis et illuminations.

Je joins ici les bulletins de la Commission et de Varsovie.

Je supplie V.M., etc.



CCLXVII



Varsovie, 19 mars 1807, quatre heures.

Sire,

Les lettres du 17 que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire, viennent de m’être remises.

V.M. en arrivant ici trouvera tout préparé à la recevoir. Ses appartements sont prêts : il y a pour la chambre, l’office, la cuisine, les écuries, le nombre nécessaire au service quand bien même V.M. passerait ici huit jours, au lieu de deux ou trois seulement.

On sait que V.M. doit venir, que le jour seul est incertain et qu’elle sera à Varsovie quand on la croira encore à Osterode. Je dois néanmoins faire observer à V.M. que la semaine prochaine est la semaine sainte.

Il est parti hier quarante-huit mille rations de biscuit qui prendront à Plock la route d’Osterode par terre. Il est en outre parti pour Thorn cinq cent quatre-vingt-treize quintaux et demi de farine et quatorze mille pintes de vin blanc, destiné pour les hôpitaux.

Le gouvernement m’écrit pour me demander la levée du séquestre mis sur les marchandises anglaises qui se trouveraient ici. Les possesseurs de ces marchandises ont versé dans la caisse de l’armée moitié en numéraire, moitié en lettres de change, les sommes dont ils étaient détenteurs envers les maisons et fabriques anglaises. Les marchandises, ce versement fait, devaient être libres. Cependant, le séquestre subsiste encore et les marchandises dépérissent. Cela est fort bien détaillé dans la lettre ci-jointe du ministre de l’intérieur. V.M. voudra bien me faire connaître ses ordres à cet égard.

Aujourd’hui, les spectacles sont gratis, et il y a illumination pour la Sainte-Joséphine.

J’ai repris toutes les lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire depuis son départ jusqu’au 17 de ce mois inclusivement ; les ordres qu’elles contenaient ont été tous sans exception exécutés.

Les princes de Bavière et de Bade attendent toujours les ordres de V.M.

Je supplie V.M., etc.



CCLXVIII



Varsovie, 20 mars 1807, quatre heures après midi.

Sire,

J’ai reçu la lettre que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire en date du 18 mars.

Demain je serai en état de donner à V.M.des renseignements sur la position du général Essen.

D’après les nouvelles qui viennent de la Gallicie, le corps de Bénigsen doit être dans ses anciennes positions sur la Passarge : les Prussiens, à la droite des Russes au nombre de quinze à seize mille hommes, et leur quartier général à Péterswald. Je ne mande cela à V.M., qui en est souvent beaucoup mieux instruite, que pour l’informer des on-dit.

Il y a à Pulstuck trois mille Bavarois et dans ce nombre le régiment du prince royal ; cent hommes de e régiment ont déserté en Gallicie. En général, si on laisse les Bavarois près des frontières, on doit d’attendre à une grande désertion parmi ceux qui ont été levés dans les pays ci-devant autrichiens que la paix de Presbourg a donnés à la Bavière.

L’empereur de Russie n’est point venu et ne viendra pas à Memel, à ce que dit le général Essen.

La proclamation de Bénigsen que j’ai eu l’honneur d’envoyer à V.M. et que j’étais tenté de regarder comme apocryphe est positivement de lui et on en a, à ce qu’il paraît, fait passer un grand nombre d’exemplaires en Allemagne.

V.M. sait que l’une des trois compagnies d’artillerie de la première légion polonaise est partie pour Neidenbourg. Je dirai au prince Poniatowski que les deux autres peuvent rester à Praga.

Le prince Poniatowski adresse aujourd’hui à M. Maret quelques observations sur l’organisation des chevau-légers.

J’ai rédigé un article, il y a déjà quelques jours, sur les avances de la Turquie et de la Perse.

Le prince de Bade se dispose à rejoindre V.M.

Le prince de Bavière attend toujours des ordres ; ceux qui l’appelleraient au quartier-général me paraîtraient les meilleurs pour lui.

J’espère que je pourrai adresser demain à V.M. le rapport du général Cazals avec l’état, les plans et profils qu’elle demande (1). Demain j’adresserai aussi le rapport sur Schmezbourg.

Un bateau chargé de grains et d’effets d’hôpitaux part aujourd’hui pour Thorn. Il a été impossible de se procurer hier aucune voiture. Cent bœufs ont été expédiés pour le cinquième corps. Le ministre de l’intérieur, que je presse chaque jour, regarde les moyens qu’il a proposés et qui sont sous les yeux de V.M. comme les seuls dont on puisse attendre un bon résultat.

Je joins ici les bulletins de la Commission et de Varsovie.

V.M. m’a recommandé de détruire les faux bruits qui courent à Varsovie ; ils changent de nature et d’objet avec tant de rapidité qu’ils se détruisent eux-mêmes sans beaucoup d’efforts.

Je supplie V.M., etc.

(1). Relatifs aux fortifications de Praga, en avant de Varsovie.



CCLXIX



Varsovie, 21 mars 1807, six heures du soir.

Sire,

J’ai reçu dans la nuit les lettres du 19 que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire. J’ai vu ce matin M. de Vincent et je lui ai parlé dans le sens que V.M. me prescrivait. J’ai placé dans la conversation, sans y mettre d’affectation, le détail des forces dont V.M. peut disposer. Il m’a répondu que nous avions, par les communications dernières qu’il m’a faites et qui sont sous les yeux de V.M., la preuve des dispositions pacifiques de sa cour et que la correspondance journalière qu’il avait avec son gouvernement ne lui permettait pas d’en douter.

Quant à la patrouille autrichienne qui doit être allée à Sierock, il avait de la peine à le croire, mais il allait envoyer sur-le-champ au commandant du cordon pour éclaircir le fait.

J’écris au général Andréossy comme V.M. me l’ordonne et je répandrai les informations relatives à l’augmentation et aux dispositions qui peuvent être faites des forces de V.M.

J’ai eu l’honneur de mander à V.M. qu’on ne peut avoir de riz que par des marchés faits à Thorn et à Bromberg, ici il est trop rare et trop cher. Quant à l’eau-de-vie, nous n’en manquerons pas ; l’ordonnateur a besoin de passer un nouveau marché, je l’y autorise : demain j’en donnerai le détail à V.M. il s’agit d’une partie d’eau-de-vie de cinquante mille pintes.

M. de Metternich a reçu l’ordre de rester à Paris et de dire qu’il ne demandait plus de passeports.

On me mande de Naples que les troupes qui étaient en Sicile, et partie de celles qui se trouvaient à Naples ont dû être embarquées, et faire voile pour la Turquie : c’est de M. de Gallo que me vient cette nouvelle.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche du général Vial, à laquelle est joint un état du recrutement fait dans tous les cantons à l’époque du 1er février.

Le nombre des recrues montait alors à trois mille deux cent cinquante et un. Il a augmenté depuis et le 20 février, le capitaine recruteur du premier régiment disait au général Vial qu’il ne fallait plus que trois cents hommes pour que ce régiment fût au complet.

Le prince de Bade part demain au soir pour le quartier général ; c’est là ce qu’il préfère à tout, même aux douceurs de Manheim, où la princesse se fait adorer. Les lettres que le baron Dalberg a reçues sont remplies d’éloges de la princesse. C’est sa vieille mère qui lui écrit qu’elle réunit tous les vieux suffrages.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. le rapport, les plans et profils qu’elle m’a ordonné de demander au général Cazals, dans sa lettre du 18 ; l’état de l’artillerie se trouve dans le rapport.

V.M. trouvera ci-joint le rapport qu’elle m’a ordonné de mettre sous ses yeux, concernant la maison de Schwarzbourg. Le motif que j’ai supposé à V.M. m’a porté à joindre l’état du contingent que pouvaient fournir plusieurs autres maisons qui ont refusé d’être de la confédération du Nord et qui demandent depuis longtemps à être admises dans la Confédération du Rhin.

V.M. sera peut-être bien aise d’avoir sous les yeux l’état des forces autrichiennes dans les deux Gallicies.

Il y a dans la Gallicie occidentale trois régiments d’infanterie, savoir :

Reuss-Grailk ; Jellachich ; Auersperg.

Il y a de plus un régiment de hussards : Hesse-Hambourg.

Deux régiments de cuirassiers : Lorraine ; Sommariva ; et quatre escadrons des hussards du régiment de l’Empereur.

Dans la Gallicie orientale il y a un régiment d’infanterie de ligne.

Un régiment de hussards : Palatinat ; et quatre escadrons du régiment de hussards de l’Empereur.

Ce qui fait pour les deux Gallicies quatre régiments d’infanterie formant : 8.000 hommes ; six régiments de cavalerie formant : 3.500 hommes ; en tout : 11.500 hommes.

Avant la guerre, les Autrichiens avaient dans les deux Gallicies deux régiments de plus.

Je n’aurai que demain des nouvelles sûres du corps d’Essen. Les nouvelles polonaises ou bavaroises à cet égard ne m’inspirent aucune confiance. Les membres de la Commission en donnent de contradictoires. Je tire d’une meilleure source celles que j’adresse à V.M. qui pourra se souvenir qu’à l’époque où le général Savary devait être attaqué, comme il le fut en effet, j’avais pu adresser à Osterode sur les desseins, la marche et les forces de l’ennemi, des détails que l’événement a montrés parfaitement exacts.

Je joins ici une adresse ou espèce de lettre pastorale du synode russe à tout le clergé et à tous les fidèles de la religion grecque. On a cherché à la beaucoup répandre : cette production est pleine de folies.

Je supplie V.M., etc.



CCLXX



Varsovie, 22 mars 1807, huit heures du soir.

Sire,

Les lettres du 20 que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire m’ont été remises cette nuit.

J’ai fait inviter M. de Vincent à une conférence.

Je lui ai dit que sa dernière communication n’étant point officielle je n’avais point de réponse officielle à lui faire : il a très bien entendu cela. Je lui ai fait pressentir que la réponse, quand j’en aurais une à lui faire, pourrait être favorable, mais que préalablement, l’Autriche devait être dans une situation toute pacifique. Je lui ai alors reparlé des armements dont je lui avais déjà parlé conformément aux ordres que V.M. m’avait précédemment donnés. Ces armements, m’a-t-il répondu, n’existent pas. Je vous ai assuré hier, je vous répète aujourd’hui que l’armée n’a point été mise sur le pied de guerre. Son organisation subit, après la paix de Presbourg, des réformes dont l’effet subsiste toujours. Les régiments d’infanterie, qui sont au nombre de soixante-quatre, ont été diminués chacun de deux compagnies, le système de conscription a été changé : la durée du service, autrefois illimitée, est limitée aujourd’hui. Les hommes qui ont eu des congés en 1806 devaient être remplacés, la dernière levée n’a point eu d’autre objet. On a levé autant d’hommes qu’il fallait pour les remplacer, et pas un au-delà. On n’a rappelé de semestriers que ce qu’on en rappelle régulièrement chaque année : on a rappelé ceux qui, depuis trois ans en semestre, étaient en tour pour revenir aux différents corps auxquels ils sont attachés. Les nouveaux et ceux qui ne sont rappelés qu’en temps de guerre, ne l’ont pas été. Outre les soixante et quatre régiments d’infanterie de ligne, il y en a dix-sept qu’on nomme régiments de frontières : ces régiments sont stationnés depuis l’Adriatique jusqu’à la Moldavie ; dans les deux Gallicies il n’y a pas douze mille hommes, avant cette guerre on y en tenait habituellement de quinze à seize.

Voilà, m’a dit M. de Vincent, l’exacte vérité. Il a ajouté : On nous avait offert en dépôt les places de la Silésie ; nous les avons refusées. Nous avons de liens avec personne, nous sommes trop indépendants. Sur quels fondements donc nous supposerait-on des vues contre vous ? Nous sommes bien éloignés d’en avoir. Les communications et les offres dont j’ai été chargé le prouvent assez. Jamais nous n’avons songé à nous préparer pour l’attaque dans aucune circonstance et nous serions bien affligés d’avoir à nous préparer pour la défense. Ceci, M. de Vincent l’a répété deux fois ; ce qui me l’a fait remarquer. Si ce cas, a-t-il continué, arrivait malheureusement, ce ne serait ni par la volonté de ma cour, ni par celle de l’empereur Napoléon, ce ne serait ni votre faute ni la mienne ; mais il y a chez nous et chez vous tant de brouillons qui sont si avides à recueillir et à répandre les bruits les plus faux, qu’on ne peut trop multiplier les occasions de s’entendre. Pour moi, j’aurai des remerciements à vous faire toutes les fois que vous me mettrez dans le cas de vous donner des explications. De là, M. de Vincent a passé à des vœux pour la paix. Il dit constamment que l’Autriche lui paraît seule dans le cas d’y contribuer : il a insisté, comme dans la conversation précédente, sur l’impuissance de la Prusse : et véritablement, au point où en sont aujourd’hui les choses, et d’après les expressions dont s’est servi M. de Budberg en parlant de la Prusse à M. Meerveldt, que V.M. aura trouvées dans une de mes précédentes dépêches et que j’ai rapportées mot pour mot, ayant mis une grande importance à les retenir, il est peu vraisemblable que la Russie laisse à la Prusse aucune influence dans les affaires communes, ni même aucune liberté dans ses propres affaires. Au surplus, M. de Vincent expédie ce soir un courrier à sa cour, et de mon côté j’écris au général Andréossy, non pour qu’il provoque des conférences, mais pour qu’il soit instruit et qu’au besoin il tienne le langage que V.M. m’a chargé de lui prescrire.

Voici la position et la situation du corps d’Essen dont V.M. m’avait ordonné de m’informer. Le quartier-général est à Zambrow. A Bronsk sont deux bataillons de chasseurs et un polk de Cosaques qui tiennent des avant-postes à Popew. A Ostrolenka les Russes travaillent à une espèce de tête de pont. Leurs avant-postes s’étendent jusqu’à l’Omuleff. C’est entre Zambrow et Ostrolenka que se trouve la plus grande partie du corps d’Essen, qui n’excède pas seize mille hommes.

Au-delà de la Narew et à Ostrolenka commandent les généraux Lewis et Wittgenstein ; ce dernier a fait quelques excursions sur Willenbourg et Neidenbourg : il passe pour un bon officier, il est Westphalien et probablement de la même famille que l’ancien ministre de Prusse à Cassel.

La reine de Prusse est toujours à Memel.

Hier on ne put rien expédier, ni par eau, à cause du vent, ni par terre, faute de voitures.

Aujourd’hui, cinquante-six voitures portant vingt cinq mille deux cent soixante et six rations de biscuit sont parties pour Osterode.

Deux grands bateaux chargés de grains et de biscuit sont retenus par le mauvais temps, on doute même qu’ils puissent partir demain.

Nous sommes dans le dernier degré d’embarras parce que l’on n’a aucun homme sûr pour accompagner les convois, dont plusieurs ont été pillés par ceux qui devaient les protéger.

Je supplie V.M., etc.



CCLXXI



Varsovie, 23 mars 1807, huit heures du soir.

Sire,

M. de Vincent qui, d’après les reproches que je lui avais faits, s’est empressé de vérifier si le territoire polonais avait été violé par une patrouille autrichienne qui fût allée à Sierock, comme V.M. m’avait fait l’honneur de me le mander par sa lettre du 19 mars, m’a remis ce matin un rapport du commandant du cordon autrichien, un certificat du général Barille, lequel commande depuis deux mois à Sierock, et un autre certificat de l’officier bavarois qui commande le corps cantonné à Arzikow : j’ai l’honneur d’adresser à V.M. ces trois pièces qui toutes trois sont datées d’hier, 22 mars, elles prouvent de la manière la plus complète qu’aucune patrouille autrichienne n’a paru ni à Sierock ni dans l’intervalle qui sépare cette place du territoire autrichien. Il paraît même que plusieurs détachements bavarois qui allaient de Varsovie à la Narew, s’étant trompés de chemin, sont entrés en Gallicie et qu’on s’est contenté de les remettre sur leur vraie route, voilant l’erreur des Bavarois sous le prétexte que le délit commis par des habitants de Varsovie qui ont abattu les poteaux placés sur les frontières de la Gallicie et de la Pologne prussienne n’est pas encore réparé.

M. Neyman, membre et député de l’association patriotique des provinces de Podolie, Kiovie, etc., m’annonce l’arrivée à Varsovie de deux exprès qui lui sont envoyés par le président de l’association. Ces exprès ont quitté le pays le 1er mars et ont laissé tout le monde dans les mêmes dispositions où lui, Neyman, les a déjà représentés, c’est-à-dire prêts à exécuter les ordres que V.M. voudra leur donner.

J’ai autorisé le payeur du cinquième corps à avancer à l’ordonnateur une somme de 12.000 francs pour acquitter les salaires journaliers des boulangers et ouvriers employés à la confection et aux transports du pain et du biscuit. La chose était extrêmement urgente, car, au moment où j’en ai été prévenu, une partie des ouvriers avaient quitté et le reste ne consentait à attendre qu’un jour : ce sont des gens de la dernière classe, qui vivent de leur salaire du jour et qu’on ne retrouve plus dès qu’on les a laissés aller. J’avais d’ailleurs toute raison d’être content d’eux, car on était parvenu à porter, comme V.M. le désirait, la fabrication du biscuit à trente mille rations par jour.

Le vent du nord a empêché de partir les bateaux chargés aujourd’hui pour Thorn. On a expédié pour le cinquième corps de vingt-cinq à vingt-six mille rations de biscuit et trois mille cinq cent cinquante six pintes d’eau-de-vie.

Le prince de Bade est parti ce matin à sept heures pour rejoindre V.M.

Le prince de Bavière est allé à Pulstuck voir sa division ; il reviendra dans deux ou trois jours.

Je joins ici deux bulletins de la Commission de gouvernement et de la police de la ville.

La Commission écrit aujourd’hui aux chambres administratives et aux commissaires pour les militaires disséminés ; le tout sera fait très secrètement. J’adresserai à V.M. les états à mesure qu’ils me parviendront.

Je supplie V.M., etc.



CCLXXII



Varsovie, 24 mars 1807, quatre heures après midi.

Sire,

Je viens de recevoir trois lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire sous la date du 22 mars.

Celles que j’ai eu l’honneur de lui adresser les quatre derniers jours roulent presque en entier sur l’Autriche, ses dispositions, l’état de son armée, les forces qu’elle a en Gallicie, où il ne se trouve pas douze mille hommes aujourd’hui : tous mes yeux sont ouverts de ce côté.

Par ses lettres du 19 et du 20, V.M. m’avait ordonné de faire connaître à M. de Vincent, qu’indépendamment de cent quarante mille hommes qu’elle avait dans ses dépôts elle levait quatre-vingt mille hommes de la conscription de 1808, qu’elle avait en outre créé dix légions de réserve de cinq bataillons chacune, pour la défense des côtes, ce qui lui permettrait de faire marcher sur-le-champ en Bavière les armées de Normandie et de Bretagne, c’est-à-dire 80 mille hommes, si l’Autriche donnait la moindre inquiétude ; que l’armée d’Italie était telle qu’elle n’avait jamais été, que vingt mille hommes de la conscription de 1807 passaient les Alpes pour la renforcer etc. etc. J’ai dit toutes ces choses à M. de Vincent ; je les ai aussi mandées comme V.M. me le prescrivait, au général Andréossy, et la cour de Vienne ne peut tarder à en être informée.

C’est pourquoi V.M., voulant bien me laisser le choix ou d’envoyer au général Andréossy le message (1) de V.M. et le rapport du ministre de la guerre, ou de les faire imprimer, ou enfin de les communiquer à quelques ministres alliés ; c’est le dernier parti que je préfère pour le moment, sauf à les faire imprimer ici plus tard, ayant actuellement et chaque jour à exciter la Commission pour diverses mesures et craignant que quelques phrases du message, et particulièrement le nombre de huit millions d’habitants laissés à la Prusse (2), ne refroidissement le zèle parmi des gens très faciles à s’alarmer.

J’enverrai par le courrier de demain à V.M. un projet de circulaire aux princes de la Confédération.

Un nommé Barocco avait fabriqué un bulletin russe sous la direction d’un comte Cassini, ancien ministre de Russie à Rome et maintenant à Trieste. Ce bulletin que j’ai reçu par la poste ordinaire est rempli de folies et d’impertinences ; le gouvernement autrichien en ayant été informé, la police de Trieste a eu l’ordre de mander M. de Cassini et de lui signifier que s’il donnait lieu à quelque mécontentement de cette nature toute protection lui serait refusée et qu’il serait expulsé du territoire.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. des lettres de M. Otto donnant sur les recrutements et les préparatifs de l’Autriche des nouvelles pour et contre.

Ce matin, deux bateaux chargés, l’un de cinquante mille quatre cents rations de biscuits, l’autre de sept cent vingt quintaux de seigle et destinés, le premier pour Plock et le second pour Thorn, n’attendaient qu’un vent favorable, et il le devient.

On attend aujourd’hui des voitures des cercles voisins ; hier au soir il n’y en avait pas une seule au parc. Les difficultés de transport sont les plus embarrassantes à surmonter.

Je joins ici les bulletins de la Commission du gouvernement.

Je supplie V.M., etc.

(1). Le message au Sénat, daté d’Osterode le 20 mars, où Napoléon parlait de ses dispositions pacifiques à l’égard de la Prusse et demandait l’autorisation de lever de suite la conscription de 1808.

(2). « Nous sommes prêts, disait Napoléon, à rendre à ces huit millions d’habitants conquis par nos armes la tranquillité, et au roi de Prusse sa capitale ». Il est à remarquer que la Prusse d’avant la guerre comptait onze millions d’habitants.



CCLXXIII



Varsovie, 25 mars 1807, six heures du soir.

Sire,

M. de Gravenrhaut, ministre de Bavière, m’a remis les deux lettres de V.M. datées du 22 mars.

Je dois avant tout prier V.M. d’agréer mes remerciements pour l’honorable commission dont elle a bien voulu me charger à l’égard de ses officiers et soldats blessés. Je m’empresserai de la remplir aussitôt que j’aurai l’état que j’ai demandé à M. le gouverneur et qu’il fait faire en ce moment (1).

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. un projet de lettre aux princes confédérés ; il m’a paru que l’intention de V.M. était d’écrire elle-même cette lettre : M. Méneval a le protocole. Si V.M. préférait que la lettre fût écrite par moi aux ministres des cours confédérées, le changement de forme que le projet devrait subir serait bien facile, du moment que V.M. aurait approuvé le fond et qu’elle aurait bien voulu me faire renvoyer le projet.

V.M. m’a ordonné de lui dire ce que je pensais que les confédérés pouvaient faire.

Plusieurs des cours confédérées n’ont fourni qu’avec beaucoup de peine et quelques-unes n’ont pas fourni leur contingent entier, non qu’elles aient manqué d’hommes, mais parce que leurs finances sont épuisées, et qu’elles n’ont point de crédit. C’est le cas de presque toutes, de la Bavière, de Bade, de Darmstadt et de la Saxe. – Bade doit avoir obtenu de V.M. que (sic) six mille hommes au lieu de huit, à cause de l’état de ses finances : le contingent pour la Saxe, fixé à vingt mille hommes, a été réduit à six mille hommes seulement pour la présente campagne, à cause des vingt-cinq millions que la Saxe doit payer. Le grand-duc de Hesse-Darmstadt avait offert de fournir au-delà de son contingent deux mille hommes d’infanterie et quatre cents hommes de cavalerie, mais il demandait un prêt d’un million, et a pour cet objet un commissaire auprès du prince de Neuchâtel.

Le grand-duc de Wurzbourg a cent quatre-vingt mille sujets et a fourni deux mille hommes. Si le fait est exact, cela excède la proportion d’un sur cent qui a servi de base vis-à-vis de tous les confédérés. – Les princes de Nassau ont déjà donné près de sept cents hommes au-delà de leur contingent. Le duc d’Arenberg a été autorisé à fondre son contingent dans le régiment de chasseurs belges dont il est colonel. – Le prince de Hohenzollern, au lieu de cent quatre-vingt-treize hommes d’infanterie, fournit un escadron de cavalerie. – Le prince primat a donné tout ce qu’il avait. Les princes de Salm, d’Isembourg et de la Leyen n’ont guère que de la bonne volonté. Il semble donc très difficile que les confédérés puissent fournir un supplément de contingent, à moins qu’il ne leur fût donné des secours d’argent ; car parmi eux il y a des pays où l’on pourrait trouver des hommes.

J’ai prévenu M. de Thiard qu’il ne sera plus compté parmi les chambellans de V.M. Je n’ai pu apprendre sans un vif regret que V.M. ait éprouvé des chagrins par un homme qu’elle comblait de ses bontés. Par quelle fatalité a-t-il pu se laisser égarer, lui à qui j’avais vu tant de dévouement, de zèle ? Il m’a écrit de sa route, et j’envoie sa lettre à M. le maréchal Duroc. Quand le sénateur Jaucourt, qui l’aime, apprendra cette nouvelle, il sera bien affligé (2).

Une lettre du général Vial, en date du 4 mars, annonce que le recrutement va généralement assez bien en Suisse, que le mois de février a donné beaucoup de monde, que le mois de mars en donne également, qu’au premier mai les quatre régiments ne seront pas sans doute au complet, mais que ce qui restera à faire pour les compléter sera d’une exécution plus facile.

Sept voitures de roulage et cinquante-cinq voitures de réquisition sont parties ce matin pour Osterode.

Elles portent vingt-six mille deux cent quatre-vingt-onze rations de biscuit – dix mille cent soixante rations de paix, et quatorze cent quatre-vingt-onze livres de riz.

Je supplie V.M., etc.

(1). Par une lettre du 22 mars, Napoléon avait chargé Talleyrand de distribuer un napoléon à chaque soldat blessé, d’en donner cinq aux officiers, et de se rendre lui-même aux hôpitaux pour faire cette répartition.

(2). Le comte de Thiard, alors gouverneur de Dresde, était un ancien émigré. Il était resté secrètement fidèle à ses opinions royalistes et tout en acceptant les bienfaits de Napoléon voyait avec peine celui-ci grandir chaque jour. Des lettres qu’il écrivait à sa femme furent interceptées et Napoléon y ayant découvert les véritables sentiments du comte de Thiard lui en témoigna son mécontentement. Thiard pour toute réponse donna sa démission, et l’empereur l’exila dans ses terres de Saône-et-Loire. Cet exil cessa deux ans après, mais l’ancien émigré n’occupa plus aucun emploi.



CCLXXIV



Varsovie, 26 mars 1807, neuf heures du soir.

Sire,

Le prince Borghèse, parti hier d’Osterode à deux heures, est arrivé à huit aujourd’hui ; il me prie de rendre à V.M. ce témoignage de son extrême diligence.

Dans le paquet dont V.M. avait bien voulu le charger pour moi, j’ai trouvé le numéro 23 des dépêches du général Andréossy ; j’ai l’honneur d’adresser à V.M. les trois numéros suivants. – Le 25ème est celui qui offre le plus d’intérêt comme donnant des nouvelles de Constantinople depuis le 19 février jusqu’au 26. – L’escadre anglaise, commandée non par l’amiral Collingwood, mais par l’amiral Duckworth, força le passage des Dardanelles le 19 février, et n’éprouva que de légers dommages. L’escadre turque, composée d’un vaisseau de 74 et de 5 belles frégates, était mouillée au-dessous du château, la presque totalité des équipages était à terre, parce que c’était la seconde fête du Baïram. L’amiral Duckworth fit brûler cette escadre : il partagea ses forces de la manière suivante : il avait dix-sept bâtiments de guerre, il en renvoya 5 à Ténédos, en laissa 2 entre les Dardanelles et Gallipoli et s’avança vers Constantinople avec six vaisseaux, dont 2 à trois ponts, trois frégates et un brick. Ce fut le 20, à cinq heures du soir, qu’il parut devant la ville et mouilla à deux portées de canon. Le lendemain, 21, M. Arbuthnoth envoya un parlementaire, pour demander que la Porte envoyât à bord de la flotte un négociateur. Ilhac Bey fut envoyé. – Toute la journée du 21 se passa en pourparlers : les quatre jours suivants, les négociations continuèrent ; et le 26 elles n’étaient ni terminées ni rompues. Pendant ce temps, on faisait à Constantinople les plus grands préparatifs, et la dépêche donne à cet égard les détails les plus intéressants. Les demandes des Anglais paraissaient, même à Constantinople effrayée, monstrueuses. – Les deux autres dépêches du général Andréossy roulent sur l’Autriche. Je lui avais fait connaître, conformément aux ordres de V.M., mes conférences avec M. de Vincent et leur objet : je lui avais particulièrement recommandé de chercher à s’assurer de ce que voulait l’Autriche et de ce qu’elle désirait. C’est à cela qu’il répond dans son numéro 28, en disant qu’elle ne veut rien pour le moment, mais qu’elle voudrait trouver l’occasion de suivre son penchant contre nous sans se compromettre.

Il résulte, au surplus, des rapports du général Andréossy, que l’Autriche ne songe point à attaquer, mais seulement à se défendre ; que, pouvant être attaquée de tous côtés, elle fait aussi de tous côtés des préparatifs de défense, et qu’elle attend les évènements. Si, en effet, elle attend les évènements, il me semble que c’est là ce que nous désirons qu’elle fasse. – Les instructions que j’ai données au général Andréossy et que je lui ai renouvelées, sont de mettre dans ses rapports avec le cabinet toute la circonspection et la mesure que V.M. m’avait chargé de lui recommander.

La proclamation de Bénigsen a été portée à Wurzbourg, et répandue de nuit dans les rues de la ville, on ne sait par qui : elle était imprimée ; elle est tombée entre les mains des gardes de la police et des patrouilles militaires, qui en ont ramassé avant le jour une trentaine d’exemplaires : j’en ai deux entre les mains. Le grand duc, instruit de cet événement, a donné sur-le-champ l’ordre de faire des perquisitions sévères dans toutes les imprimeries et bureaux de poste, et de redoubler de vigilance pour arrêter la circulation de cet écrit.

L’ordre que V.M. m’avait donné relativement aux militaires disséminés dans les villages et qu’elle désirait qui fût secret, était publié, lorsque je l’ai reçu, par ordre du gouverneur, dans la Gazette de Varsovie.

Il est parti aujourd’hui pour Osterode cinq mille sept cent soixante rations de pain et deux mille cinq cent quatre-vingt-trois pintes d’eau-de-vie.

Je joins ici le bulletin de la Commission de gouvernement.

Je supplie V.M., etc.

V.M. trouvera ci-joint les observations du général Cazals, qui ont fait partir l’expédition de ce jour une heure plus tard que de coutume. Par le convoi d’après-demain, le plan qu’elle m’a fait l’honneur de me demander lui sera envoyé.



CCLXXV



Varsovie, 27 mars 1807, neuf heures du soir.

Sire,

Aujourd’hui, je suis sans nouvelles de la Gallicie, j’ai pris mes mesures pour en avoir demain.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. deux dépêches de son ministre en Hollande ; on s’occupe dans ce royaume d’augmenter les forces de terre et l’on fait tout pour que l’armée soit au printemps sur le meilleur pied. Aux premiers beaux jours, le roi prendra son camp de Zeyest. – Le roi a rétabli l’ancienne noblesse hollandaise dans ses titres, droits et privilèges, à ce que me mande le général Chaumont.

Le décret impérial qui défend le transit des laines d’Espagne par la France porte un coup sensible aux manufactures hollandaises, la guerre les empêchant de faire venir cet article par mer. Le ministère hollandais représente ce décret comme inutile à la France, pernicieux pour la Hollande et profitable aux Anglais, qui cessent par là d’avoir les Hollandais pour concurrents dans les marchés du Nord : et le roi demande sur ce sujet une exception en faveur de la Hollande.

Le chargé d’affaires de V.M. en Danemark écrit que le barn d’Arnfeldt, commandant de Stralsund, ayant demandé des renforts en hommes et en artillerie, il lui a été envoyé de Stockholm plusieurs régiments de dragons et trente à quarante pièces de canon. De Gothenbourg il a été pareillement envoyé cent cinquante artilleurs, avec douze canons de fer, d’une nouvelle invention.

Trois vaisseaux de ligne suédois qui ont mouillé dans la baie danoise de Kiogge sont allés à Landscrone prendre des troupes pour Stralsund, dont la garnison doit être portée à dix-huit mille hommes.

En Suède, on répand que les Russes doivent aussi venir à Stralsund. – M. de Bernstorff ne pense pas qu’il y vienne d’Anglais. Il croit que toutes les expéditions anglaises seront dirigées vers les côtes de France, et que les soins de la Baltique sont laissés aux Suédois et aux Russes.

Le consul de V.M. à Janina écrit en date du 8 janvier, que les Albanais qui étaient au service des Russes et en Sicile sont rappelés, que toutes les places de Morée vont être occupées par les Albanais, que cette province est tranquille, que les Maniotes ont refusé les offres des Anglais et des Russes, que Corfou est en état de siège, qu’il y a dans la place quatre cent soixante pièces de canon et une garnison de deux milles hommes, et que les vœux des insulaires sont pour la France.

M. Vigouroux, qui était à Corfou, est arrivé à Paris.

J’ai relu plus d’une fois le dernier message de V.M. ; il produira, je n’en doute pas, le meilleur effet ; il me tarde qu’il soit connu en Europe, mais il le sera toujours assez tôt ici. L’Autriche qui, certainement sera bien aise que les choses s’arrangent, sera fâchée seulement qu’elles s’arrangent sans son intervention. Après-demain, 29, j’enverrai à Vienne l’expédition du message, de sorte qu’il ne sera pas plus tôt à Vienne qu’à Paris, où il doit être dans les premiers jours d’avril.

L’Espagne a témoigné précédemment qu’elle était prête à mettre à la disposition de V.M. les quatorze mille hommes qui lui ont été demandés et dont la division de Livourne fait partie. J’écris à M. de Beauharnais de demander que ces troupes partent incessamment, que celles qui viendront de l’Espagne soient dirigées sur Anvers, celles de Livourne sur Augsbourg. Je ne vois rien qui s’oppose à ce qu’elles partent sur-le-champ.

M. d’Aubusson présente à V.M. diverses demandes : celle d’une indemnité pour ses dépenses, celle d’une augmentation de traitement, celle d’une ambassade plus considérable et celle de sa démission : de toutes ces demandes, je sais bien laquelle j’accepterais, je les soumets toutes à V.M. ; je joins ici sa lettre.

Il est parti aujourd’hui pour Marienwerder, par la Vistule, deux bateaux portant cinq cent deux quintaux de seigle, et quarante-cinq mille cinq cent huit rations de biscuit. Ces bateaux avaient à bord quatre cents hommes, ce qui n’a pas permis d’y mettre plus de subsistances. Demain, il partira cent bœufs pour le quartier général de V.M.

Je supplie V.M., etc.



CCLXXVI



Varsovie, 28 mars 1807, huit heures du soir.

Sire,

Le général Cazals vient de me prévenir qu’il ne pourra me donner que demain avant le départ de mon courrier le plan que V.M. a demandé : il a eu besoin de ce délai pour le faire exact et complet.

J’ai reçu les trois lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire le 26 mars, dont l’une m’annonce un rapport du commandant de Sierock ; ce rapport n’était pas joint à la lettre. D’un autre côté, le général Le Marois me dit que le commandant dont il s’agit n’est plus à Sierock.

M. de Vincent n’a point encore de courrier de sa cour ; aussitôt qu’il en aura reçu un, je lui ferai les questions que V.M. me prescrit et les ouvertures qu’elle autorise.

J’ai la certitude que les rapports de M. de Vincent à sa cour sont tous dans le sens et l’esprit que nous pouvons désirer : ceux de M. de Bellegarde, qui est, je crois, à Léopold, sont opposés. Le général Andréossy a des instructions répétées qui lui recommandent de tenir un langage amical et rassurant.

Le message de V.M. et le rapport du ministre de la guerre paraîtront dans la Gazette de Varsovie le lendemain de Pâques : les fêtes suspendent tout travail.

En Gallicie, tout est tranquille. Le bruit y est répandu qu’il est question d’un armistice. Une lettre d’Essen, que j’ai vue, en date du 26 mars, dit que les Prussiens ont levé et armé douze nouveaux bataillons, composés moitié de vieilles troupes, moitié de recrues, lesquels sont partis de Memel pour l’armée. Il ajoute que l’armée de Bénigsen est renforcée de vingt bataillons de troupes de Sibérie, la plupart de chasseurs, et qu’elle va l’être incessamment par la garde de l’empereur, qui a passé à Riga le 18 mars, et à laquelle sont joints plusieurs régiments, qui appartiennent à la première division militaire. Essen parle en outre de quelques affaires d’avant-postes, dans lesquelles il prétend avoir eu de l’avantage ; ses positions sont toujours les mêmes.

Ce matin, sont partis pour le quartier général de V.M. les cent bœufs annoncés dans ma dépêche d’hier. Demain étant le jour de Pâques, l’ordonnateur craint que personne, juifs et chrétiens, ne veuille travailler. D’après les ordres de V.M., je vais l’autoriser à passer avec la Commission de gouvernement un marché sur les bases indiquées dans le rapport de M. Daru.

De cent quarante artilleurs prussiens que V.M. avait ordonné au général Clarke (1) de faire conduire à Milan, il n’en est arrivé que quarante-trois. L’officier qui les conduisait a déposé que les quatre-vingt-dix-sept autres avaient été embauchés dans le Tyrol par des recruteurs autrichiens. Le roi de Bavière a ordonné une enquête sévère et approuvé de faire punir exemplairement qui conque serait convaincu d’avoir trempé dans cet embauchage. L’abbé de Stadion, frère du ministre, et ministre d’Autriche en Bavière, est arrivé à Munich. Il n’a, à sa première entrevue avec M. de Montgelas, parlé que de paix, d’amitié et de bon voisinage. M. Otto m’annonce que la vice-reine d’Italie est heureusement accouchée d’une princesse : V.M. voudra bien me permettre de lui en faire mon très humble compliment ; j’eusse préféré de le lui faire pour un prince.

Le chargé d’affaires de V.M. à Dresde m’a adressé un état de répartition, non pas de toute l’armée autrichienne, mais de la plus grande partie de cette armée. J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. cet état, qui est d’ailleurs un peu confus. Le même chargé d’affaires dit que le recrutement continue en Autriche avec beaucoup d’activité, mais que toutes les lettres de Vienne sont à la paix, et que l’archiduc Charles a lui-même écrit à sa sœur l’archiduchesse Thérèse, qui est à Dresde, qu’il n’y avait point à craindre que la guerre eût lieu.

Le général Vial m’a envoyé l’état ci-joint des recrues faites par le premier régiment suisse dans la dernière quinzaine de février ; il ajoute que ce régiment va se trouver au complet.

D’après un ordre de la cour de Vienne, arrivé à Fiume le 27 février, les effets et approvisionnements rassemblés pour l’expédition des Autrichiens à Cattaro, ont été vendus à l’encan. Les chevaux de transport ont été renvoyés et les régiments d’Alvinzi, Saint-Julien et Bellegarde ont été prévenus qu’ils ne s’embarqueront pas : cette nouvelle vient du consul de Trieste.

Je joins ici les bulletins de la Commission de gouvernement ; la ville est en pleine dévotion ; depuis hier, les jeunes femmes et les jeunes gens ne quittent plus les églises.

Je supplie V.M., etc.

(1). Alors gouverneur de Berlin.



CCLXXVII



Varsovie, 29 mars 1807, huit heures du soir.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. le nouveau plan des fortifications de Praga, lequel comprend le camp retranché, comme V.M. le désirait ; il est accompagné de notes explicatives.

V.M. m’avait ordonné de faire avancer par le délégué du payeur, qui est à Varsovie, les deux cent mille francs qu’elle a bien voulu accorder pour la solde de la division bavaroise, mais cette somme ne se trouve pas dans la caisse ; j’ai prévenu avant-hier M. Daru de la disposition de V.M., pour qu’il fasse ici les fonds nécessaires à cet objet de dépense.

Le message devant paraître après demain dans la Gazette de Varsovie, j’en ai donné lecture ce soir à M. de Vincent, qui expédiera demain un courrier à sa cour. Pour encourager ses bons rapports et ses bonnes dispositions, je lui ai donné, en termes généraux, l’espoir d’une réponse favorable aux communications officielles qu’il pourra être chargé de me faire. J’envoye le message au général Andréossy : il est envoyé de ce matin au général Clarke qui le fera traduire et imprimer dans la Gazette de Berlin.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une lettre de Vienne en date du 23 mars : il en résulte que les conversations que V.M. m’a ordonné d’avoir avec M. de Vincent ont produit un bon effet. Le général Andréossy, tout en soupçonnant les arrière-pensées de la cour de Vienne, paraît croire qu’elle est beaucoup plus calme, que sa politique, comme j’ai toujours eu l’honneur de le mander à V.M., était de temporiser. On croit à Vienne notre position fort bonne ; et les Russes, malgré leurs mensonges et leurs jactances, ne sont point parvenus à en imposer au cabinet.

On n’a point eu à Vienne de nouvelles de Constantinople depuis celles du 26 février que j’ai eu l’honneur d’adresser à V.M.

Le courrier du général Marmont qui se rend au quartier général de V.M. m’a apporté une lettre de Constantinople qui n’est qu’un duplicata de celle du 27 janvier que V.M. connaît.

Des nouvelles que je reçois du royaume de Naples m’annoncent que le roi a fixé son quartier général à Bénévent, afin, est-il dit dans l’ordre publié à ce sujet, d’être plus à portée de l’Adriatique. Les habitants souffrent d’une mesure qui paraît mal répondre à son objet puisque Bénévent est à quatre-vingt milles de l’Adriatique et plus voisin de la Méditerranée. L’un des députés napolitains qui étaient ici il y a quelques semaines m’a dit une chose qui peut servir à m’expliquer cette disposition. Le système de Naples, me disait-il, est de donner des dégoûts au possesseur de Bénévent ; c’était l’ancien système, et c’est encore le nouveau. Je lui répondis que aujourd’hui l’on ne parviendrait pas à son but, puisque Bénévent était un don de S.M. et un fief qui relevait d’elle. Je compte assurément pour rien ici mes intérêts propres, quoiqu’ils aient été grandement lésés, mais je ne puis voir sans recourir à V.M. des sacrifices non accessoires imposés à des sujets de V.M., qui a daigné me confier le soin de les rendre heureux.

Aujourd’hui, jour de Pâques, tous les travaux sont suspendus et rien n’a pu partir. Mais, trois bateaux sont en chargement pour Marienwerder et partiront demain. Demain aussi on expédiera de la bière pour Pulstuck.

M. de Vincent reçoit de sa cour note sur note, dont il me parle chaque jour, pour réclamer des marchandises, à la vérité d’origine anglaise, mais achetées et payées par des sujets autrichiens et qui ont été saisies sur l’Elbe et particulièrement à Hambourg. – V.M. trouvera peut-être convenable de donner sur ce point quelque faveur à l’Autriche qui, après le décret du 21 novembre (1), a suspendu la correspondance entre le commerce autrichien et l’Angleterre. Je joins ici sa dernière note.

Je supplie V.M, etc.

(1). Le décret établissant le blocus continental.



CCLXXVIII



Varsovie, 29 mars 1807, huit heures du soir.

Sire,

Je me suis procuré les diverses pièces dont j’avais besoin pour pouvoir parler, en connaissance de cause avec le directeur de l’intérieur, des contributions en nature qui doivent être fournies par les départements polonais et de ce qui concerne les approvisionnements de Varsovie. Je le verrai demain, et j’aurai ensuite l’honneur de rendre compte à V.M.

Aujourd’hui, il est parti pour le quartier général un convoi de cent bœufs.

Quatre bateaux sont en chargement pour Sierock.

Le prince royal de Bavière va demain matin à Pulstuck.

Un marchand de Varsovie qui fait commerce de draps fins en a envoyé aujourd’hui, comme V.M. le désirait, une partie à Thorn : le directeur de l’intérieur a excité les marchands de Posen qui tirent des draps de France à en envoyer aussi à Thorn : il est persuadé qu’ils le feront ; il demande que l’on assure le transport : j’ai écrit à cet égard au gouverneur de Posen.

Je viens d’écrire aux ministres de V.M. à Copenhague, Dresde et Stuttgard de partir immédiatement pour leurs postes respectifs où ils trouveront entre les mains des chargés d’affaires leurs lettres de créance dont je viens d’adresser des modèles à M. Maret.

Dans une de mes dernières lettres j’ai eu l’honneur d’adresser à V.M. l’extrait d’une dépêche de son chargé d’affaires à Copenhague : - la date en était très fraîche, car elle était du 14 mars. Je viens de lui prescrire d’envoyer chaque semaine un courrier à M. Bourrienne, qui lui-même devra en expédier un au général Clarke, par qui ses dépêches nous parviendront.

Dans l’une des trois lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire le 29, elle disait :

Si les Turcs ont du courage, les Anglais en seront les dupes ; l’événement a justifié sa prévoyance. J’ai l’honneur de lui adresser deux lettres du général Sébastiani, l’une et l’autre en date du 3 mars. Elles sont venues par Widdin. Il me paraît que le général Sébastiani entre la dernière lettre que j’ai reçue et celle-ci en avait écrit au moins une qui n’est pas encore arrivée.

Les Anglais ont été amusés pendant cinq jours par des pourparlers ; pendant ce temps-là on a mis Constantinople dans le plus respectable état de défense, ainsi que l’entrée du port, la côte d’Asie et le passage du Bosphore. Trois cents pièces de canon ont été mises en batterie sur tous ces points. Le général Sébastiani, aidé de quatre officiers venus de Dalmatie, a dirigé tous les travaux. Toutes les personnes attachées à l’ambassade, le ministre d’Espagne et sa légation, ainsi que tous les ministres turcs se sont portés aux travaux. Plus de cent mille hommes se sont trouvés sous les armes. Le Grand Seigneur a fait alors signifier à l’amiral Duckworth qu’avant de poursuivre la négociation il fallait qu’il s’éloignât de Constantinople et repassât les Dardanelles.

Le 1er mars, la flotte anglaise a mis à la voile et est allée mouiller à Nagara, qui est situé à une lieue du vieux château d’Asie. La flotte turque, commandée par le nouveau capital pacha s’est mise à sa poursuite, à la vérité contre le vœu du général Sébastiani ; mais il a été impossible de retenir l’ardeur des équipages.

Le 4, au départ du courrier, on n’en avait point encore de nouvelles. La flotte turque est composée de neuf vaisseaux, six frégates et cinq corvettes ; la flotte anglaise n’était que de sept devant Constantinople, mais elle en aura retrouvé deux aux Dardanelles ; et il me semble qu’elle en a laissé cinq à Ténédos.

Le Grand Seigneur, visitant les travaux faits pour la défense du sérail, a fait appeler le général Sébastiani ; et après lui avoir témoigné sa satisfaction dans les termes les plus flatteurs, il lui a déclaré que l’animosité des Anglais et leur violence n’avaient d’autre cause que l’attachement qu’il manifeste pour V.M., et la ferme résolution dans laquelle il est de persister dans les mêmes sentiments. Le Grand Seigneur a demandé cinq cents artilleurs français pour être employés à la défense de Constantinople. Le général Sébastiani a écrit au général Marmont (1) pour les avoir, et des ordres sont déjà donnés pour qu’ils trouvent sur la route tout ce qui leur est nécessaire.

Je joins ici une lettre de Widdin, une nouvelle lettre du roi de Perse, et une dépêche de M. Otto.

V.M. trouvera ci-joint l’extrait des journaux allemands et le bulletin de Varsovie.

Je supplie V.M., etc.

(1). Il commandait en Dalmatie.



CCLXXIX



Varsovie, 30 mars 1807, neuf heures du soir.

Sire,

J’eus hier l’honneur d’annoncer à V.M. que j’avais donné lecture de son message à M. de Vincent, ainsi que du rapport du ministre de la guerre. Sans avoir des conférences proprement dites avec M. de Vincent, je m’entretiens souvent avec lui, je mets de l’intérêt à le rapprocher de moi, j’ai pour lui des égards de politesse auxquels je me suis aperçu qu’il est sensible. Cela influe sur les dispositions personnelles, sur sa correspondance avec M. de Bellegarde (1), sur les rapports qu’il fait à sa cour et, conséquemment, sur les dispositions de celle-ci. Cela me fournit un moyen d’être instruit de beaucoup de choses que je ne pourrais savoir autrement.

Au milieu de nos conversations plus ou moins indifférentes, nous sommes quelquefois passagèrement ramenés vers les grands objets de la paix, de la guerre, de l’alliance et je saisis naturellement les occasions de placer dans son esprit les idées que V.M. est bien aise de faire parvenir à Vienne. Il est venu me voir ce matin et m’a apporté une lettre que lui écrit M. de Stadion, mais qui ne répond point aux sujets de notre dernière conférence : j’ai lu cette lettre, elle respire un sentiment de calme. Il en résulte pour moi que la cour de Vienne tient à sa neutralité, et qu’elle serait très flattée que son intervention dans les affaires actuelles fut admise. « Si vous l’admettiez, m’a dit M. de Vincent, l’empereur ne voudrait pas nous laisser des troupes françaises à Braunau » ; j’ai répondu que je ne connaissais pas l’intention de l’empereur à cet égard, que la question de Cattaro n’étant pas finie je n’avais pas été dans le cas de pressentir V.M. sur cet objet : nous n’aurons probablement rien de positif de Vienne, avant cinq ou six jours. Demain j’aurai des nouvelles d’Essen par la Gallicie.

Le colonel Neyman, ce député de l’association de la Pologne méridionale, m’a remis le mémoire ci-joint dans lequel il explique en vingt et un articles ce qu’il voudrait que fit la Commission de gouvernement. Tout cela est de la grande révolution.

Je joins ici un extrait des nouvelles de Londres, quoi que je suppose que V.M. doit en avoir de plus fraîches par Elbing.

Il est parti aujourd’hui pour Marienwerder deux bateaux qui portent cent mille deux cent quarante rations de pain : les bateaux ont à bord une petite escorte.

Quelques ordres, particulièrement celui qui regarde la division bavaroise, à laquelle V.M. accordait deux cent mille francs, ne peuvent être exécutés encore, parce que le payeur n’a pas les fonds suffisants. J’ai écrit à M. Daru en lui donnant le détail des besoins, et lui faisant connaître les ordres de V.M.

Je reçois dans le moment la lettre de V.M. en date du 28. Je vais me procurer le décret relatif aux contributions, les rapports de M. Daru, l’état des fournitures faites jusqu’à présent, et j’aurai ensuite une conférence avec le ministre de l’intérieur. Je rendrai compte à V.M. de ce qu’il m’aura dit et de ce que j’aurai moi-même appris.

Je vais tenir prête la lettre qui doit accompagner celle de V.M. aux princes confédérés, afin de pouvoir la faire partir dès que M. Maret me l’aura adressée.

Je supplie V.M., etc.

(1). Feld-maréchal ; il avait alors le gouvernement civil et militaire des Gallicies.



CCLXXX



Varsovie, 1er avril 1807.

Sire,

Je retrouve dans mes papiers une lettre du général Andréossy du 23 mars que je croyais avoir adressée à V.M. et dont je ne lui ai envoyé que l’extrait, ayant oublié de la joindre avec ma lettre : elle fait partie de mon expédition de ce jour.

En adressant hier à V.M. les deux dépêches du général Andréossy (1) datées du 3 mars, je présumais avec raison qu’il en était resté plusieurs en arrière : il m’a écrit le 20 et le 24, sa dépêche du 20 ne m’est point arrivée ; j’ai reçu celle du 24 ce matin, et j’ai l’honneur de l’envoyer à V.M. Elle a moins d’intérêt aujourd’hui, n’offrant que quelques détails d’une crise dont le dénouement est connu. Les nouvelles qu’elle renferme sont à très peu de chose près les mêmes que celles qui se trouvaient dans la lettre du général Andréossy.

Une lettre de M. Mériage du 9 mars, deux lettres de Routchouck parlent du succès obtenu par les Turcs en Valachie et près d’Ismaïl dans tous les combats qui sont suivi l’occupation des deux principautés.

Mustapha Baraïctar, qui commande l’armée turque, a quarante mille hommes. Molla Agha, lorsqu’il sera gouverneur de Widdin (et la Porte doit le nommer) pourra y joindre vingt mille hommes. Il a déjà envoyé un corps de troupes dans la petite Valachie : Baraïctar en a dirigé un autre sur Bucharest ; et l’on ne croit pas que les Russes puissent se maintenir dans leurs positions. – Je fais faire sur cela des articles de journaux pour ici et pour Berlin ; j’en enverrai aussi à Paris.

V.M. dans l’une de ses lettres du 30, me demande quelle peut avoir été l’intention du prince de la Paix en faisant remettre par M. de Masserano (2) la note que le ministre de la guerre a reçue. Le prince de la Paix n’a fait que ce que nous lui avons demandé : il n’y a point eu de convention signée pour l’envoi des troupes, mais il y avait eu une demande formelle que V.M. m’avait ordonné de faire et d’après laquelle l’ordre a été donné aux quatorze mille hommes de se tenir prêts à partir au premier signal. C’était pour assurer la subsistance et l’entretien de ces troupes que l’ambassadeur d’Espagne a écrit. Au surplus, j’ai mandé à M. de Beauharnais, il y a déjà plusieurs jours, conformément aux ordres de V.M., que les quatorze mille hommes devaient partir sans délai : j’écrirai de nouveau demain en Etrurie et à Madrid ; ainsi qu’à M. Dupont-Chaumont.

Aujourd’hui, j’ai donné à dîner à M. Neipperg, qui est venu ici avec sa femme. – Les dernières nouvelles qui lui ont été données par le général Essen et par ses agents ont été confirmées. Les vingt bataillons de Sibérie sont arrivés au gros corps d’armée ; la garde, qui est en marche, n’y est pas encore : l’empereur a eu beaucoup de peine à se décider à la laisser partir ; c’est ce que mandent les lettres de Pétersbourg. Essen est toujours dans la même position : il ne paraît pas qu’il y ait eu des renforts de son côté.

Tout est tranquille en Gallicie : et, malgré tous les recrutements qui se font dans la monarchie autrichienne et que je crois que l’on exagère, les dispositions de la cour de Vienne, que j’étudie chez tous ses agents et dans tous ses détails, me paraissent toujours tendre à rester neutre, à concilier, et à se mêler de la conciliation : l’idée de médiation l’occupe et lui plaît.

J’ai vu hier et ce matin M. Breza, directeur de l’intérieur. Après une longue conversation, dans laquelle ses idées m’ont paru fort confuses, nous sommes arrivés à ce résultat-ci :

M. Breza croit que la totalité de la contribution en nature n’a pas été acquittée, mais il pense qu’il s’en faut de fort peu. Il dit que les versements n’ont pas été faits régulièrement et aux lieux où ils devaient primitivement l’être, ce qui rend les comptes très difficiles à établir d’une manière régulière. – La commission consentira, à ce qu’il m’a dit, et il devait la consulter ce soir, à faire l’approvisionnement de Varsovie, sous la condition que les versements qu’elle fera pour cet objet seront à valoir pour la contribution en nature, si elle n’est pas totalement acquittée, ou pour les fournitures qu’elle devra faire d’après le marché qui va se conclure entre elle et l’ordonnateur dans le cas où la contribution se trouverait être payée. Le district de Varsovie a complètement payé la sienne.

Je joins ici les bulletins des travaux de la Commission de gouvernement.

Le prince de Bavière est parti ce matin pour Pulstuck.

Je supplie V.M., etc.

(1). Sans doute Talleyrand a voulu dire Sébastiani, sans cela la fin du paragraphe ne se comprendrait pas. Du reste, il semble que la lettre du 3 mars à laquelle Talleyrand fait allusion est bien celle de Sébastiani dont il est parlé plus haut, dans la lettre CCLXXVIII.

(2). Ambassadeur d’Espagne à Paris.



CCLXXXI



Varsovie, 2 avril 1807, neuf heures du matin.

Sire,

Les Russes font des préparatifs comme s’ils voulaient jeter un pont sur le Bug au-delà de Sierock et en deçà de la frontière autrichienne. Un homme attaché au quartier général d’Essen a donné cette indication, mais ce même homme a dit confidentiellement que ce ne serait qu’une feinte, les Russes voulant seulement attirer l’attention de ce côté pour agir sur leur droite, où se trouve le gros de leurs forces. J’ignore jusqu’à quel point cette confidence est vraie, mais je sais positivement qu’elle a été faite. M. de Niepperg, qui en est informé et qui est retourné ce matin chez lui, m’a dit qu’il allait veiller très attentivement les mouvements des Russes, parce que si la disposition annoncée les conduisait à mettre le pied sur le territoire autrichien, il ferait sur-le-champ tirer sur eux : M. de Vincent m’a répété que tels sont leurs ordres.

Le quartier général d’Essen est toujours à Zembrow. Il a avec lui au plus quinze mille hommes, ayant détaché deux de ses divisions il y a environ trois semaines, ainsi que j’ai eu l’honneur de le mander alors à V.M. Le général Wittgenstein avec un régiment de hussards et un polk de Cosaques a dû se porter avant-hier sur Willenberg pour interrompre les communications et inquiéter le général Zajonczek. V.M. connaît sûrement les positions de M. le maréchal Masséna. J’ai reçu ce matin une lettre dans laquelle il me dit qu’il occupe toujours depuis Pulstuck jusqu’à Ostrolenka la rive droite de la Narew, et depuis Ostrolenka jusqu’à Willenberg la rive droite de l’Omulew. Il ajoute que sa gauche est liée, à Malga, avec le corps d’observation du général Zajonczek, que ce point est le seul qui soit fréquemment inquiété par les Cosaques, mais qu’ils sont devenus moins hardis depuis qu’il leur a tué deux cent cinquante hommes dans une reconnaissance qu’il a poussée au-delà d’Ortelsburg. Il me dit enfin qu’il fait construire à Drezzewo un petit réduit en forme de tête de pont sur l’Omulew. Il me mande qu’il est peu informé de la position des forces qui sont devant lui parce que les Cosaques et les hussards servent à masquer les mouvements de l’infanterie et du corps d’armée : je lui adresse les renseignements que j’ai pu recueillir, et je continuerai de le faire.

Il est positif que la division de l’armée russe dont la garde impériale fait partie a quitté Riga le 18 mars de notre style : le chef de la garde est le même qu’elle avait l’année dernière. Je crois, mais sans en être sûr, qu’il s’appelle Bihicoff ; je m’en assurerai. Les troupes de Sibérie sont décidément arrivées au corps de Bénigsen ; ce sont des chasseurs à pied ; j’ai mandé à V.M. qu’il y en avait vingt bataillons ; mais j’ignore le complet et l’effectif de chacun.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une lettre de Copenhague du 21 mars.

Je reçois dans le moment des journaux anglais qui embrassent l’intervalle du 25 février au 17 mars ; j’en envoie à V.M. un premier extrait ; j’aurai l’honneur de lui en adresser demain un second.

Je joins ici les bulletins de police et de gouvernement de Varsovie.

Ce matin il est parti pour Pulstuck cent quatorze mille six cent soixante-sept rations de biscuit, cinq cents quintaux de farine et quatre tonneaux d’eau-de-vie, faisant quinze mille trois cent soixante rations.

L’ordonnateur se plaint toujours de manquer de moyens de transport. Les traitements qu’éprouvent les voitures dégoûtent singulièrement ces gens-là ; il y en avait ce matin onze chez l’ordonnateur qui étaient revenus sans voitures et sans chevaux, après avoir été battus par ceux qui les leur ont pris.

Je supplie V.M., etc.



CCLXXXII



Varsovie, 3 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

Je reçois les lettres de V.M. du 31 mars. Hier j’eus l’honneur de lui mander que le corps d’Essen n’était pas de plus de quinze mille hommes : ce n’est pas à ce corps mais à l’armée de Bénigsen qu’était destiné le renfort dont parlaient mes dernières lettres. Tout me porte à croire que les vingt bataillons de chasseurs à pied de Sibérie sont arrivés au gros corps d’armée, et que la garde, comme j’ai eu l’honneur de le mander à V.M. avait quitté Riga le 18 mars de notre style.

Je n’ai reçu que trois lettres de V.M. pour les princes confédérés : ces trois lettres sont pour les rois de Saxe, de Bavière et de Wurtemberg. Il n’y en avait ni pour le grand-duc de Berg, ni pour Bade, ni pour Darmstadt : je suppose que l’intention de V.M. est de ne point leur demander de supplément de contingent. S’il en était autrement, et que son intention fut de ne pas écrire elle-même, je la supplie de me donner ses ordres.

J‘ai exécuté les ordres de V.M. vis-à-vis de MM. Dupont-Chaumont, Désaugiers et Bourrienne.

J’ai parlé au directeur de la guerre, et je lui ai ensuite écrit sur la désorganisation des troupes polonaises et sur le mauvais état où se trouvent les différentes légions et en particulier la première. J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. la réponse qu’il m’a faite ; elle est terminée par l’assurance que le gouvernement employera tous ses efforts pour compléter tous les corps.

J’ai aussi l’honneur d’envoyer à V.M. une lettre de son chargé d’affaires à Carlsruhe. Cette lettre, fort vieille, m’est parvenue ce matin par je ne sais quel retard : elle est relative à l’acte qui déclare les comtes de Hochberg habiles à succéder dans le cas d’extinction de la ligne masculine de Bade, et elle intéresse par l’observation que fait M. Massias que cet acte, s’il était érigé en loi, priverait Mme la princesse Stéphanie, ses filles, les reines de Bavière, de Suède, de Pétersbourg (sic) des droits de succession qui leur appartiennent par les constitutions libres du pays.

Il est parti aujourd’hui, 3 avril, cent cinquante bœufs pour Osterode, six tonneaux d’eau-de-vie pour Sierock, faisant quinze mille trois cent trente-deux rations, et six autres tonneaux pour Modelin, faisant quinze mille cent soixante et huit rations.

V.M. trouvera dans l’envoi de ce jour un second extrait du reste des papiers anglais qui m’étaient arrivés et qui vont jusqu’au 17 mars.

Le prince Borghèse part demain matin pour retourner au quartier général ; il exécute en retournant différents ordres que V.M. lui a donnés.

Aujourd’hui il y a un grand bal à Varsovie chez Mme Potocka.

Je joins ici les rapports de la commission de gouvernement.

Le général Wreede est arrivé ici ce matin et va rejoindre le prince royal (1) à Pulstuck.

Le marché autorisé par V.M. a été passé aujourd’hui par le commissaire ordonnateur avec le directeur de l’intérieur. Les bases ont été prises d’après les observations de M. l’intendant général, auquel j’ai écrit pour les avances que ce marché nécessite.

Je supplie V.M., etc.

(1). Le prince royal de Bavière ; le général de Wreede, feld-maréchal, commandait le contingent fourni par la Bavière.



CCLXXXIII



Varsovie, 4 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de Vienne du 28 mars, une de Constantinople du 10, deux de Widdin des 20 et 22, enfin deux dépêches du consul de V.M. à Bagdad, datées d’Alep, le 16 décembre.

Le général Andréossy, qui dans ses dépêches précédentes avait attribué les recrutements et les préparatifs de l’Autriche au dessein qu’il lui supposait de prendre les armées françaises à revers, et qui, en dernier lieu, avait pensé qu’ils pouvaient bien n’avoir réellement d’autre cause que l’inquiétude, et d’autre objet que la défense, paraît aujourd’hui ne pas douter qu’ils ne fussent destinés contre l’Empire ottoman dont, selon lui, le cabinet de Vienne a depuis longtemps projeté et même arrêté le partage avec l’Angleterre et la Russie. Cette opinion, il est vrai, s’accorde mal avec la distribution des forces autrichiennes : assurément le cabinet de Vienne voulant agir contre l’Empire ottoman ne se serait pas borné à tenir comme il le fait, sur l’immense ligne des frontières de cet empire dix-sept régiments qui ne sont guère que des milices et n’aurait pas laissé le gros de ses forces disséminé dans la Haute-Autriche, dans la Bohême et au nord de la Hongrie : cette opinion s’accorde mal encore avec l’opinion où le général Andréossy annonce lui-même qu’on était à Vienne, que les Anglais essayeraient d’effrayer la Porte et de l’entraîner par la peur, mais qu’ils éviteraient d’en venir aux dernières violences ; s’il était vrai d’ailleurs que l’Autriche convoitât quelque partie de l’Empire ottoman, elle sait bien que c’est du côté de la France qu’elle trouverait ou l’obstacle le plus insurmontable ou l’appui le plus irrésistible ; et elle n’aurait pas manqué de saisir avidement les propositions éventuelles que V.M. m’avait autorisé à lui faire dans les premiers jours de janvier dernier. M. le général Andréossy dit que le cabinet de Vienne a été fort affligé du non succès des Anglais à Constantinople ; M. de Vincent, à qui j’ai été bien aise d’annoncer ces nouvelles, m’a montré un plaisir personnel très grand et m’a dit : On en sera charmé chez nous. – Mais le général Andréossy paraît s’être arrangé pour trouver plausible tout ce qui peut nous faire suspecter d’une manière ou de l’autre les intentions de la cour de Vienne.

Je lui ai écrit le 8, le 11, le 12, le 19, le 22, et le 31 mars, lui donnant successivement les instructions que V.M. me prescrivait de lui donner. Il devait, d’après ses instructions, ne rien proposer, mais s’attacher à pénétrer les intentions du cabinet mettre adroitement M. de Stadion sur la voie de s’ouvrir et de s’expliquer avec lui. Le langage qu’il aurait à tenir à raison des ouvertures qui lui seraient faites lui était, pour chaque circonstance, tracé d’après les ordres de V.M. ; il a vu M. de Stadion, qui lui a dit que la Russie écouterait volontiers des propositions de paix et évacuerait sans difficultés la Valachie et la Moldavie, et qui a ajouté que l’Angleterre elle-même avait besoin de la paix. C’était le cas de répéter à M. de Stadion une partie de ce que j’avais dit ici à M. de Vincent, et dont j’avais instruit en très grands détails le général Andréossy, mais, trouvant que M. de Stadion ne s’ouvrait pas assez à son gré, il paraît avoir gardé le silence.

Ce que M. de Stadion doit lui avoir dit des rapports de M. de Vincent me semble entièrement inexplicable : car j’ai lu les lettres originales de M. de Stadion à M. de Vincent qui prouvent que celui-ci a bien exactement transmis ce que je lui ai dit, c’est-à-dire tout ce que V.M. m’avait ordonné de lui dire, et dans lesquelles il n’est nullement question de ces prétendues formules dilatoires dont il aurait l’air de se plaindre. Ce que je vois de plus clair dans tout cela, c’est que le général Andréossy et M. de Stadion n’ont aucune confiance l’un dans l’autre, et que de leurs relations il sortira difficilement rien qui mène à un rapprochement : les choses sont ici sur un autre pied et heureusement dans les meilleurs termes.

La dépêche de Constantinople que j’ai l’honneur d’envoyer à V.M. annonce que les Anglais ont repassé les Dardanelles, et ils paraissent avoir beaucoup souffert des batteries turques. Sa Hautesse a été charmée d’apprendre que V.M. se proposait de joindre six vaisseaux français à l’escadre turque pour agir dans la mer Noire, et d’y embarquer quelques compagnies d’artillerie. Elle désire que V.M. y joigne deux compagnies d’artillerie légère pour faire une descente en Crimée, où son intention, si V.M. l’approuve, est d’envoyer dix mille hommes : elle désire aussi des officiers de marine et des contremaîtres. Le Grand seigneur recevra avec plaisir, à ce que mande le général Sébastiani, vingt-cinq mille Français allant à Widdin et de là directement sur le Dniester. On recevra garnison française dans les forts que V.M. désire de faire occuper près de Raguse. Les Anglais qui étaient à Constantinople ont été arrêtés, leurs propriétés confisquées, et le débit des marchandises prohibé. Une lettre du Grand Seigneur, écrite, sur notre demande, au dey d’Alger, lui prescrit d’attaquer les Anglais et de traiter les Français en amis. Le capitan pacha actuel étant parent du dey, on ne doute pas qu’il ne le détermine à obéir à cet ordre, au moins en tant qu’il regarde les Français. Les hostilités sont commencées en Géorgie : les Grecs se conduisent bien ; l’esprit public est excellent.

On a appris par des lettres de Téhéran du 31 décembre de nouveaux succès des Persans contre les Russes. A la dépêche de M. le général Sébastiani sont jointes toutes les pièces de la négociation avec les Anglais.

Le même courrier apporte une lettre de Sa Hautesse pour V.M. qui en trouvera la traduction ci-jointe.

Les lettres de Widdin annoncent que les Serviens cherchent à forcer le passage du Danube entre Widdin et Orsowa pour se réunir aux Russes en Valachie : ils ont massacré à Belgrade le pacha et six cents Turcs. La nouvelle a été apportée par cinq personnes qui ont échappé au massacre. Le gouverneur de Widdin a envoyé des troupes contre eux. Mustapha Baraïctar paraît inquiété par quelques mouvements de révolte ; il a des ennemis à Widdin : on l’y accuse d’être lié avec Ypsilanti ; et l’on craint que l’armée qu’il commande n’agisse pas avec vigueur avant l’arrivée du grand vizir.

V.M. se rappellera que le grand vizir devait être rendu à l’armée du 25 au 30 (sic) février.

Le prince Suzzo (1) m’écrit une lettre particulière par laquelle il témoigne (sic) qu’un corps d’armée française puisse se rendre sur le Dniester.

J’ai eu l’honneur d’annoncer à V.M. que le roi de Perse avait envoyé près d’elle un second officier : les lettres d’Alep disent que l’objet de sa mission est de féliciter V.M. sur ses victoires, de faire connaître que le roi de Perse est dans l’intention de supprimer les privilèges des Anglais dans ses Etats, de demander la conclusion d’un traité d’alliance et l’envoi de M. Rousseau fils (2) comme agent français en Perse.

M. Rousseau est fort estimé dans le pays et V.M. a eu sous les yeux des mémoires de lui qui lui ont paru avoir beaucoup d’intérêt. Ce prince persan qui se dit l’ami de V.M. a quarante-huit enfants mâles, dont la liste se trouve jointe aux dépêches d’Alep.

Le général Le Marois est parti ce matin pour faire avec le prince Borghèse les courses que V.M. lui avait ordonnées : il avait reçu des rapports qu’il avait adressés à V.M. et que j’ai lus. J’avais prévenu le maréchal Masséna de ces préparatifs dans la journée d’hier. J’ai peine à croire que les Russes s’aventurent à passer le Bug : avec les quinze mille hommes que nous sommes fondés à croire former le camp d’Essen, une pareille entreprise paraîtrait une folie : je persiste dans l’idée que ces préparatifs ne sont que pour une feinte ; mais dans cette hypothèse même ils paraissent avoir quelque dessein d’agir sur leur droite. Demain j’espère avoir des nouvelles par la Gallicie qui m’apprendront s’il y a quelque mouvement ou changement du côté d’Essen.

Je joins ici les bulletins du gouvernement polonais. Aujourd’hui sont partis par Marienwerder, par la Vistule, neuf cent quatre-vingt-dix-huit quintaux de farine de froment et cent onze quintaux de farine de seigle.

Je supplie V.M., etc.

(1). Nouvel hospodar de Valachie.

(2). Consul de France à Bassora ; il accompagna l’ambassade à Téhéran en qualité de secrétaire.



CCLXXXIV



Varsovie, 5 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

Les nouvelles des préparatifs des Russes sur le Bug se confirment. Ils en font, à ce que l’on dit, à Grauna, à Nurr, à Brok, comme si leur intention était de jeter des ponts sur tous ces points, ce qui n’est nullement probable. Mais il est certain que depuis plusieurs jours ils ont réuni à Wyskowo, vis-à-vis de la rive autrichienne, une grande quantité de bois et de matériaux de toute espèce que deux cent charpentiers sont employés à mettre en œuvre. Ils ont en même temps répandu des bruits de tout genre, mais dont le but principal était d’être remarqués sur ce point.

Toutes les troupes du cordon autrichien se sont réunis sur avis de Wyskowo ; et l’officier qui les commande a écrit au général Essen une lettre très ferme, lui demandant à quoi tendaient ces préparatifs et déclarant qu’il s’opposerait par la force à toute violation du territoire autrichien : le général Essen n’a pas encore répondu. Je persiste à penser que tout cela n’est que feinte et que l’intention des Russes est d’engager V.M. à détacher des troupes de son corps d’armée pour renforcer le maréchal Masséna. Mon opinion se trouve fortifiée par le dire d’Essen, qui prétendait hier avoir reçu des renforts, tandis que tous les renforts nouvellement arrivés ont été portés au corps d’armée de Bénigsen. Il n’y a dans les environs de Wyskowo qu’un polk de Cosaques. Ce n’est probablement pas avec cela qu’Essen compte passer le Bug. V.M. sait sûrement que dans une petite affaire avec le général Zajonczek, les russes ont perdu l’adjudant-major Karpoff, officier dont Essen faisait beaucoup de cas et que les cosaques aimaient. – Les Russes forment dans ce moment une artillerie volante de Cosaques.

Le bruit de Varsovie est que l’empereur Alexandre vient à Vilna : cela s’est dit aussi en Gallicie.

J’ai fait ce matin la visite de tous les hôpitaux de Varsovie ; - j’ai distribué aux blessés d’Ostrolenka la gratification que V.M. veut bien leur accorder ; j’ai écouté auprès de leur lit leurs petites demandes particulières, et je les ai laissés contents. En général les hôpitaux sont bien, excepté un : des mesures seront prises dès demain pour répartir les malades qui s’y trouvent dans les autres hôpitaux. Je ne sais à quel compte V.M. a pu estimer les blessés d’Ostrolenka, mais ils ne vont pas à quatre cents.

Ce matin, il est parti pour Osterode cinquante-neuf mille huit cent cinquante rations de biscuits et cent cinquante bœufs ; sept tonneaux d’eau-de-vie contenant onze cent soixante-seize pintes sont aussi partis ce matin pour Sierock.

Le général Le Marois qui avait été avec le prince Borghèse jusqu’à Modelin, est revenu ce matin.

J’ai reçu aujourd’hui des lettres de V.M. du 2 et du 3, et je vais exécuter les ordres qu’elle me donne.

Le dey d’Alger ne se conduit pas comme le Grand Seigneur ; car des lettres du 13 février annoncent qu’il a livré aux Anglais la pêche du corail et les concessions dont nous jouissons. Il a lui-même écrit au roi d’Angleterre que nous en jouissions depuis deux siècles ; il est vrai que nous lui payons annuellement dix-huit mille piastres fortes et que les Anglais lui en ont donné cinquante mille. Mais tout cela pourra être changé par la lettre que le Grand Seigneur a écrite au dey et que V.M. avait fait demander qu’il écrivît.

A l’époque du 26 février, le dey d’Alger était au moment de marcher contre Tunis : l’artillerie était déjà embarquée. La querelle entre Alger et Tunis tient à d’anciennes rivalités qui s’apaisent de temps en temps et qui renaissent.

Je viens d’apprendre la mort de M. Pfeffel. VM. perd en lui un serviteur fidèle, reconnaissant et honoré de toute l’Europe. Il avait quatre-vingt-un ans, cinquante ans de service aux affaires étrangères, il ne laisse aucune fortune (1). Sa veuve n’a pour vivre que ce que V.M. voudra bien lui donner : je dois dire à V.M. que sa mort me fait beaucoup de peine.

Je supplie V.M., etc.

(1). Pfeffel avait été attaché, en 1768, au ministère des affaires étrangères en qualité de jurisconsulte. Déplacé lors de la Révolution, il ne fut rappelé qu’en 1800 et il devint membre de la commission mixte de l’octroi du Rhin, place qu’il occupa jusqu’au 19 mars 1807, jour de sa mort.



CCLXXXV



Varsovie, 6 avril 1807, 9 h. du matin.

Sire,

J’ai eu l’honneur de mander hier à V.M. que le commandant du cordon autrichien avait écrit au général Essen une lettre très ferme pour lui demander des explications catégoriques sur les préparatifs que les Russes paraissaient faire à la rive droite du Bug et vis-à-vis de la Gallicie. Le général Essen a répondu que toutes les suppositions du général autrichien étaient sans fondement, qu’il n’avait point l’intention de passer le Bug à Wyskowo ni sur aucun autre point en face de la Gallicie, que les matériaux rassemblés à Wyskowo n’étaient point destinés à un tel usage, que les barques qui avaient été réunies ne l’avaient été que pour garder la rive et empêcher les communications des gentilshommes polonais entre eux. Il dit expressément qu’il ne se trouve à Wyskowo aucun rassemblement de troupes, mais seulement un polk de Cosaques ; il paraît n’avoir reçu aucun renfort : cela se trouve conforme avec ce qui nous était revenu précédemment. – J’ai eu cette réponse du général Essen sous les yeux. – Les Autrichiens ont fait, à tout événement, avancer de l’artillerie vis-à-vis Wyskowo. Cette démonstration, que je regarde comme surabondante, prouve du moins que l’Autriche veut, à tout prix, garder sa neutralité.

Le général Mouton (1) est arrivé et m’a remis les dépêches de V.M. Les lettres qu’elle écrit au sultan Sélim et au roi de Perse vont être expédiées : le même courrier portera à Widdin les ordres de V.M. – Le précis des évènements que V.M. avait eu la bonté de m’annoncer renferme tout ce qui peut exciter les Turcs et animer leur courage. Il paraîtra, dans les deux langues, dans la prochaine Gazette de Varsovie ; je l’envoie ce soir à Berlin pour y être aussi traduit et imprimé.

Le général Mouton n’est resté avec moi que quelques moments : il ne m’a rien dit, sinon qu’après une conversation qu’il devait avoir avec le général Le Marois, chez qui il allait, il se pourrait qu’il eût aussi à me parler. C’était à la fois montrer une réserve dont je n’ai pas deviné la cause, et annoncer une conférence dont je ne pénètre pas l’objet ; je ne l’ai pas encore revu, et devant faire partir cette lettre, je ne pourrai rendre compte que demain à V.M de notre entretien.

Je n’ai reçu aujourd’hui ni par estafette ni par courrier aucune dépêche.

Ce matin, 6, est parti pour Marienwerder en passant par Thorn un bateau chargé de cinquante-cinq tonneaux de farine, faisant deux cent trente-quatre quintaux : soixante-seize tonneaux de biscuit contenant onze mille quatre cent vingt-neuf rations, soixante-quatre tonneaux d’eau-de-vie contenant dix mille deux cent soixante-six pintes.

Je supplie V.M., etc.

(1). Celui qui devint comte de Lobau après Wagram. Il était alors aide de camp de Napoléon.



CCLXXXVI



Varsovie, 7 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

M. de Vincent a reçu ce matin un courrier de sa cour, et il est venu m’apporter lui-même les deux notes que j’ai l’honneur d’adresser à V.M.

La note principale, qui a été envoyée de Vienne à M. de Vincent contient l’offre positive et officielle de l’intervention amicale et des bons offices de l’Autriche pour le rétablissement de la paix en Europe.

Persuadé qu’une paix solide et assurée ne peut être obtenue que par les soins réunis des puissances principalement intéressées dans la guerre et par une négociation dans laquelle on combinerait autant que possible les rapports essentiels de toutes les parties, l’empereur François annonce qu’il fait en même temps l’offre de ses bons offices à tous les cabinets qui devront d’abord intervenir dans les conférences, c’est-à-dire aux cours de France, de Londres, de Berlin et de Pétersbourg. Il ne se permet point de suggérer un mode particulier de négociations, ni de rien préjuger sur les préalables qu’on pourrait trouver nécessaire de fixer pour un premier rapprochement, mais il propose pour être le lieu des négociations tel endroit de sa monarchie dont la situation serait trouvée réciproquement convenable.

M. de Vincent m’a dit en me remettant cette note : « On espère à Vienne qu’elle sera favorablement reçue, d’autant plus que dans les propositions qu’elle renferme on s’est rapproché autant qu’il a été possible de celles qui ont été faites à Memel de la part de l’empereur Napoléon, et qui de Memel ont été communiquées à Vienne ». – J’ai lu les notes en présence de M. de Vincent, et je lui ai dit : « Il n’est point, dans tout cela, question de la Turquie, et l’empereur ne peut entendre à des propositions, de quelque nature qu’elles soient dans lesquelles la Turquie, m’a dit M. de Vincent, n’est pas nommée, il est vrai, mais elle est bien clairement indiquée. Les cabinets nommés sont ceux dont l’Autriche a précédemment sondé les dispositions. C’est tellement l’intention et le désir de ma cour que la Turquie soit comprise dans la paix que l’offre que je suis chargé de faire ici et qui sera faite dans les mêmes termes à Londres, Pétersbourg et Memel, sera communiquée à la cour de Constantinople, et qu’un courrier a été expédié pour cet effet. » M. de Vincent m’a présenté alors la dépêche qu’il a reçue de M. de Stadion et qui le lui dit positivement. « Au surplus, que notre intervention soit acceptée sous la réserve expresse que la Turquie prendra part aux négociations, cela ne fera, nous en sommes sûrs, de difficultés d’aucun côté. » - J’ai demandé à M. de Vincent ce qu’il fallait entendre par les préalables dont parle la note. « Je ne vois pas, m’a-t-il répondu que ce puisse être autre chose qu’un armistice et les conditions auxquelles il serait fait. Mais ma cour ne se croira en mesure de le proposer qu’autant que son intervention aura été acceptée. – L’empereur, ai-je repris, a fait connaître par ses derniers messages les conditions auxquelles il est disposé à traiter de la paix : ces conditions sont justes et modérées. Votre note ne dit rien des dispositions de nos ennemis à cet égard. – Mon opinion, m’a répondu M. de Vincent, est qu’on tiendra pour fait ce qui est fait, et que les négociations auront pour objet, non un retour sur le passé, mais la sécurité de l’avenir ; et, m’a-t-il ajouté, ce que je vous dis là comme mon opinion, est aussi celle de ma cour.

Les nouvelles que j’ai eu l’honneur de mander à V.M. sur les renforts reçus par le corps d’armée de Bénigsen et sur la marche de la garde impériale, sont tirées des lettres du général Essen que j’ai lues, de la conversation d’un de ses aides de camp venant de l’armée de Bénigsen, de lettres diverses reçues en Gallicie. Les lettres du général Essen sont adressées à M. de Niepperg, commandant le cordon autrichien. Le rapport de l’aide de camp a été fait à un officier du cordon qui en a rendu compte à M. de Vincent. Les mêmes nouvelles se trouvent aussi dans les journaux de Hambourg annonçant le départ de la garde de Pétersbourg à des dates qui correspondent exactement à celle de son passage à Riga : V.M. a eu, il y a déjà plusieurs courriers, l’extrait de ces journaux sous les yeux.

En général, quand j’annonce une nouvelle comme venant de Gallicie c’est comme si je disais : M. de Neipperg ou M. de Vincent ont reçu du quartier général d’Essen tel rapport, tel avis, M. de Neipperg a observé telle chose.

Le bruit, hier au soir, était répandu que V.M. allait arriver. Les lettres que j’ai reçues ce matin du quartier général par un officier polonais ont détruit cette espérance. J’en ai un double regret. Je suis privé du bonheur de voir V.M. ; et je sens combien quelques moments de sa présence seraient bons ici où les esprits sont toujours prêts à tomber dans le découragement. Je les soutiens et les anime de mon mieux. Je me convaincs chaque jour davantage qu’abandonnés à eux-mêmes ils ne feraient rien ni pour eux ni pour nous.

Je supplie V.M., etc.



CCLXXXVII



Varsovie, 8 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

J’ai reçu les lettres de V.M. en date du 6. Tout ce qui est écrit par V.M. aux princes confédérés est parti. Le major des chevau-légers polonais n’est pas encore arrivé. Je viens d’écrire en Saxe et Saxe-Weimar pour les contingents.

J’ai eu l’honneur de parler plusieurs fois à V.M. des marchandises anglaises séquestrées ici. Le gouvernement attend avec impatience une réponse de V.M à cet égard.

Le directeur de l’intérieur m’a adressé, conformément à une demande que j’ai faite à la Commission de gouvernement par ordre de V.M., l’état ci-joint des militaires français qui se trouvent dans un des districts polonais, il me remettra les autres états à mesure qu’ils lui arriveront.

Le marché, approuvé par l’administration de la guerre, a été signé par l’ordonnateur Pradel et le directeur de l’intérieur. Son exécution commencera dès que la commission aura reçu l’avance stipulée.

L’ordonnateur a fait le 25 mars, comme j’ai eu l’honneur de l’annoncer à V.M. dans le temps, un marché de cent mille pintes d’eau-de-vie, lequel a été approuvé par M. l’intendant général. Si V.M. désire que l’on en ait une plus grande quantité, il paraît facile de s’en procurer par ou sans l’entremise de la Commission de gouvernement.

La contribution en nature que V.M. paraît vouloir étendre au département de Plock, n’y était point applicable d’après le décret du 13 novembre 1806. Ce département a fourni depuis l’arrivée de l’armée française et fournit encore journellement aux réquisitions du 5ème corps d’armée ; ce qui fait qu’il est totalement épuisé.

La Commission de gouvernement s’est chargée d’approvisionner Varsovie ; mais ce qu’elle fournira sera à valoir sur ce qui reste dû de la contribution en nature par les autres départements compris dans le décret du 13 (celui de Varsovie ayant fourni la sienne) ou après l’entier acquittement de cette contribution, sur le marché que vient de passer l’ordonnateur.

Je joins ici les bulletins de la police et de la commission avec un rapport du directeur de police qui, sur des alarmes mal conçues et plus maladroitement répandues dans la ville à l’occasion du dessein que l’on supposait aux Russes de passer le Bug, a envoyé des émissaires pour examiner l’état des choses. Ces émissaires ont vu précisément les mêmes choses que j’ai eu l’honneur de mander à V.M. : et certainement, il n’y a là rien d’alarmant. V.M. paraît avoir trouvé que le gouverneur a trop partagé l’inquiétude du moment ; je l’ai trouvé aussi et je le lui ai dit : mais on est ici tellement entouré de gens inquiets que l’on a de la peine à ne le pas devenir ; j’ai tous les jours quelqu’occasion qui me fait sentir la nécessité de les calmer. Si V.M. a trouvé déplacée la démarche du gouverneur auprès de M. de Vincent, elle a été une affaire de zèle ; car, en général, nous sommes ici sur le ton de la grande dignité vis-à-vis des Autrichiens.

Il est parti pour Marienwerder, hier 7 au soir, depuis le départ de ma lettre, trente-neuf mille deux cent quatre-vingt-deux rations de biscuit, aujourd’hui il ne partira rien. L’ordonnateur me dit que le manque total de voitures ne lui permet plus de rien expédier pour Osterode que par eau. Il ajoute que les moyens de transport lui manquent pour le charroi des magasins à la rivière, c’est pourquoi il désirerait vivement que la proposition faite pour l’entreprise du voiturage de Varsovie à Osterode fût adoptée. Il y voit de l’économie et un moyen régulier et sûr de faire le service. V.M. a depuis longtemps cette proposition sous les yeux.

Je supplie V.M., etc.



CCLXXXVIII



Varsovie, 9 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. deux dépêches pour (sic) le général Vial : l’une du 21, l’autre du 24 mars. A la première est jointe un tableau des recrues faites dans tous les cantons pendant la totalité du mois de février. Dans la seconde, il parle du régiment que V.M. a eu l’intention de faire passer à la solde du roi de Naples. Le général Vial a préparé les esprits à ce que, indépendamment de ce régiment, la Suisse en fournisse quatre à V.M. : il croit que la proposition officielle peut en être faite sans inconvénient ; il demande de derniers ordres.

Le marché passé par l’ordonnateur et que l’intendant général a approuvé, va commencer à avoir son exécution, quoique l’avance stipulée ne soit pas encore effectuée, mais j’ai assuré qu’elle le serait. Sans cela l’ordonnateur n’aurait pas pu se procurer de viande et en envoyer à Osterode, comme V.M. l’avait ordonné.

Je joins ici un extrait des journaux de Hambourg du 28 au 31 mars.

Une lettre de la princesse Stéphanie que j’envoie aujourd’hui au prince de Bade l’invite à retourner auprès d’elle. Cette lettre est dans un style qui doit lui rendre cette invitation agréable : la margrave me paraît y avoir eu part. J’envoie à V.M. les bulletins de police et du gouvernement.

J’aurai demain des rapports de Gallicie. Le général Mouton part demain et passe par Praznitz, quartier général du maréchal Masséna.

Je ne sais si j’ai eu l’honneur de mander à V.M. que M. de Vincent en me remettant les notes que j’ai eu l’honneur d’adresser par le courrier d’avant-hier m’a répété plusieurs fois : « Vous avez maintenant la preuve que j’ai eu raison de vous dire que nous n’avions d’engagement avec personne. » M. de Stadion, dans sa dépêche, le lui répète de la manière la plus positive

L’officier que V.M. a nommé major des chevau-légers polonais qui doivent faire partie de sa garde n’est pas encore arrivé.

Le prince de Bavière est toujours à sa division.

La lettre de l’empereur persan à V.M. n’était point datée. J’en ai demandé la raison à l’ambassadeur qui m’a répondu que ne point dater était de l’inférieur au supérieur une marque de respect et toujours une marque d’égards : tel est l’usage de cette partie de l’Orient. Mais, du reste, la lettre est de la fin de septembre, époque du départ de Joussef Agha, qui en était porteur.

Je supplie V.M., etc.



CCLXXXIX



Varsovie, 10 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

Je ne sais si dans les rapports qui sont adressés à V.M., il est toujours question du dessein des Russes de jeter un pont sur le Bug ; le général Essen a mis fin à cette ridicule comédie, et il a même fait des excuses aux Autrichiens. On soupçonne, sans pourtant en être sûr, qu’il a envoyé des détachements de son corps d’armée vers sa droite. Ce soupçon est venu aux officiers et au commandant du cordon autrichien d’après des rapports que cependant ils ne garantissent pas. Si cela est fondé, cela prouve évidemment que leur démonstration sur le Bug n’était qu’une mauvaise feinte. – Un aide de camp de M. le maréchal Masséna, qui s’appelle Menou, étant allé au cordon, a dit au commandant que le grand maréchal Duroc était parti pour Memel. A la manière dont cette nouvelle, que je savais être fausse, m’a été rendue, j’ai pu voir clairement que ce que craignent le plus les Autrichiens, c’est que leur intervention ne soit pas admise, ce qui pour moi est une épreuve qu’on peut être parfaitement tranquille sur toutes leurs suppositions.

Le major qui devait former les chevau-légers polonais n’est pas encore arrivé.

Le général Mouton qui devait partir aujourd’hui a fait ce matin la revue d’un corps de Bavarois et il ne part que demain.

J’ai demandé au directeur de la guerre, comme V.M. me le prescrivait, quel était l’emplacement, le complet, l’effectif des différents corps qui composent l’armée polonaise, le nombre d’hommes présents sous les drapeaux, l’époque à laquelle ces différents corps ont commencé d’être à la solde du gouvernement polonais et ce qui a été payé de cette solde. Le directeur de la guerre a répondu à ces différentes questions par la note et les trois tableaux ci-joints.

V.M. trouvera également ci-joints les bulletins de la police et du gouvernement.

Je supplie V.M., etc.



CCXC



Varsovie, 11 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

J’ai reçu la lettre que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire le 9. La seconde lettre de V.M. pour le Grand Seigneur partira demain. – M. Rousseau est à Alep et ne peut venir ici. J’écris au général Sébastiani de le prévenir qu’il doit se tenir prêt à se rendre en Perse et que ses instructions lui seront incessamment adressées. Ces instructions seront celles que j’ai eu l’honneur d’adresser à V.M. avec les changements qu’elle aura ordonnés. – Le major des chevau-légers polonais est, m’a-t-on dit, arrivé à Varsovie : je ne l’ai point encore vu : je le fais chercher pour le voir demain matin et le présenter à la Commission.

Les rapports qui se sont établis entre le général Essen et le commandant du cordon autrichien sont l’effet naturel des circonstances et ne vont jamais au-delà de ce que permet la neutralité, du moins jusqu’à présent. Les mêmes rapports existent entre le commandant autrichien et les autorités de Varsovie. La Russie, dont le système est de ménager l’Autriche, a ordonné à tous ses généraux, ainsi qu’à son ambassadeur à Vienne de mettre dans leurs relations avec l’Autriche toutes sortes d’égards : les Autrichiens y répondent, mais sont fermes quand il le faut. C’est de ce système d’égards de la part des Russes que naissent les communications dont j’ai eu connaissance et dont j’ai rendu compte immédiatement à V.M. Cela fait que nous avons par les Autrichiens des nouvelles des Russes que nous n’aurions pas autrement, puisque chaque jour le maréchal Masséna m’en demande ; et les Russes, par la même voie, ne peuvent apprendre de nous que les nouvelles de la ville, et encore je ne le crois pas.

Le maréchal Masséna a eu copie de la correspondance entre le général Essen et le comte de Neipperg à Wyscowo au sujet des préparatifs des Russes : il doit l’avoir envoyée à V.M., qui peut juger combien ce que j’ai eu l’honneur de lui mander était conforme à ce que je n’avais fait que lire.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche de Vienne, une de la Haye, une de Dresde.

M. de Stadion a donné au général Andréossy copie de la note qui m’a été remise ici par M. de Vincent et que j’ai eu l’honneur d’adresser à V.M. Le général Andréossy qui, dans sa dernière dépêche annonçait qu’il ne fallait rien attendre de positif de la part de l’Autriche qui ne voulait que gagner du temps a dû, en recevant cette note, éprouver une sorte d’étonnement, dont il paraît qu’en effet il n’a pu se défendre : mais il n’a pas été longtemps incertain sur l’opinion qu’il devait prendre de la note, il n’y a trouvé qu’un mélange de mauvaise volonté et de mauvaise foi : et comme ni l’objet de la note ni les termes dans lesquels elle est conçue n’auraient pu lui fournir la preuve de cette opinion, il remonte pour l’établir jusqu’aux temps qui ont précédé la guerre dernière, rapporte d’une manière défavorable quelques évènements subséquents et réunit dans cette dernière lettre toutes les contradictions qui se trouvaient éparses dans les autres. Il établit que l’Autriche ne peut pas compter sur son armée, dont le tiers est composé d’hommes de Gallicie, qu’elle est hors d’état de réparer le désordre de ses finances, qu’elle a des oppositions à craindre de la part des Hongrois, que par toutes ces raisons elle est dans l’impuissance de faire la guerre et qu’elle le sent ; il convient expressément qu’elle a refusé la Silésie que lui offrait la Prusse si elle voulait se déclarer contre nous (en cela comme en beaucoup d’autres choses le général Andréossy se trompe, car ce n’est pas la Silésie que la Prusse offrait en propriété, mais seulement les places de guerre en dépôt), il dit que les ambassadeurs russe et anglais sont mécontents d’elle et ne le cachent pas. Tout ce que dit là le général Andréossy je l’ai pensé, dit et répété depuis deux mois ; j’en ai tiré la conséquence naturelle que l’Autriche ne voulait que la paix pour elle et autour d’elle et que sa plus grande ambition était de concourir à son rétablissement ; le général Andréossy, au contraire, prétend que l’Autriche n’attend pour se déclarer contre nous, que l’occasion, qu’elle convoite l’Empire ottoman qu’en offrant ses bons offices pour la paix elle est non seulement de mauvaise foi (ce qui à la rigueur pourrait être), mais encore de mauvaise volonté, ce qui est véritablement incompréhensible. Je suis fâché de me croire obligé de fatiguer V.M. de ces détails et de cette espèce d’argumentation ; mais, sur des intérêts aussi graves, il est dans mon devoir et dans mon attachement pour elle de lui soumettre mes opinions.

L’empereur d’Autriche est parti pour Bade le 3 avril : M. de Stadion a dû le suivre le 7 ; V.M. ne trouve-t-elle pas convenable que M. Andréossy s’y rende ?

Le corps hollandais en Allemagne a été composé de cinq bataillons d’environ six cents hommes chacun, ce qui le porte à quinze mille hommes : ces cinq bataillons vont à Hambourg.

Un commissaire des guerres nommé Le Marquant a fait pour l’approvisionnement d’Erfurth des réquisitions qui paraissent exorbitantes à ceux à qui il les fait. On s’adresse pour cet objet à la Saxe royale, aux maisons ducales de Saxe, à celle de Schwarzbourg. Ces princes ne croyent point qu’il soit dans l’intention de V.M. de demander chez eux des livraisons gratuites et surtout d’objets que le pays ne produit point tels que le vin et le houblon qu’il faut faire venir d’Autriche ou du midi de l’Allemagne à grands frais : ils réclament en conséquence. Tel est l’objet de la lettre de M. Dumoutiers à laquelle sont jointes des notes de bose. M. Dumoutiers demande des instructions à ce sujet.

Le général Le Marois et le général Mouton ont sûrement informé V.M. qu’un corps de Bavarois qui se trouve ici a refusé d’être passé en revue par le général Mouton. Je n’ai pu avoir sur les motifs réels de ce refus les renseignements que m’eût donnés M. Gravenrhaut, qui est auprès du prince royal. Mon opinion est qu’il tient à un système de la cour de Munich, dont j’ai cru apercevoir des indices dans plusieurs occasions. Il m’a semblé que cette cour affectait, depuis les agrandissements que la dernière paix lui a procurés, de se considérer comme puissance simplement alliée, et tout ce que je vois me porte à craindre que de nouveaux agrandissements ne la ramenassent aux anciennes variations de sa politique.

Des lettres d’Espagne du 14 et du 15 mars annoncent que le roi a fait notifier à tous les ministres des puissances alliées qu’il adoptait toutes les dispositions du décret rendu par V.M. sur le blocus des Iles Britanniques ; il a ordonné que ce décret fût exécuté dans ses Etats et que toute propriété anglaise sans exception fût confisquée. Je l’ai fait de cette nouvelle un article pour les journaux. – Il n’y a rien de nouveau sur la santé du roi d’Espagne.

Je joins ici le duplicata que j’ai reçu de la lettre de M. Verninac. Je ne sais pas si V.M. se rappelle que M. Dobson est un Arménien qui n’a aucun crédit en Suède, et qui a été très longtemps simple drogman et ensuite chargé d’affaires à la Porte. Il vit en France assez péniblement depuis beaucoup d’années, il cherche des souscriptions pour un livre qu’il fait depuis vingt ans, et tous les hivers, je donne quelques louis à sa femme.

Il est parti aujourd’hui pour Marienwerder cinquante-trois mille cent vingt rations de pain, soixante-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix huit rations de biscuit et cent cinquante bœufs pour Osterode.

Quoique les avances promises ne soient pas encore faites la Commission de gouvernement, sur ma parole, a commencé ses versements.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. les bulletins de la police et de la Commission.

Je supplie V.M., etc.



CCXCI



Varsovie, 12 avril 1807, quatre heures après midi.

Sire,

Une nouvelle que j’apprends à l’instant même me paraît de nature à être envoyée immédiatement à V.M. et sans attendre l’heure ordinaire du départ des courriers.

Je viens de lire une lettre originale du général Essen, datée d’hier 11, dans laquelle se trouve le paragraphe suivant que je transcris littéralement :

« L’empereur, mon maître, et le roi de Prusse doivent être arrivés à l’heure qu’il est au quartier général à Bartenstein. L’arrivée de ces deux princes en cet endroit paraît annoncer une bataille prochaine à moins que le sort n’en dispose autrement (ces mots sont soulignés dans la lettre), l’ennemi dans ce moment ne paraît faire la guerre qu’aux habitants, etc. »

La lettre du général Essen n’a pas l’air d’avoir été écrite pour donner cette nouvelle. Son objet principal paraît être relatif aux passeports des personnes qui vont des Gallicies à la droite du Bug. Il propose à cet égard un règlement fort strict.

Les Autrichiens postés à Radzimin, à l’extrémité nord-ouest de la Gallicie, près la Narew, disent avoir entendu pendant deux jours une canonnade ; ce n’est qu’un rapport d’après lequel on suppose qu’il y a eu quelque affaire du côté de Praznitz et de Mlawa.

Je supplie V.M., etc.



CCXCII



Varsovie, 12 avril au soir, 1807.

Sire,

Il circule parmi les officiers bavarois qui sont ici qu’il y a eu en Bavière une conspiration dirigée contre V.M. ; que cette conspiration était dirigée contre V.M. (sic) ; que cette conspiration a été découverte ; que cela a conduit M. de Leyden, homme marquant en Bavière, à se tuer. On nomme comme complices M. de Lerchenfeld et quelques autres qui doivent se trouver arrêtés pour cette cause. J’ignore ce qu’il peut y avoir de vrai dans ce bruit qui fait la matière des conversations des troupes bavaroises, car je n’ai rien appris directement à cet égard. S’il y a quelque chose de plus, je le saurai demain par un Allemand qui est au service de Bavière, capitaine dans le corps qui est ici et que je connais.

Il y a eu aujourd’hui un exercice à feu dont le général Le Marois rend compte à V.M.

Les chargements et départs se font avec assez d’activité : mais c’est aujourd’hui dimanche, jour où il y a toujours quelque ralentissement.

Je supplie V.M., etc.



CCXCIII



Varsovie, 13 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

La lettre que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire le 11 ne m’étant remise qu’en ce moment où le courrier pour le quartier général, à cause du passage des rivières, doit être expédié, je ne pourrai lui envoyer que demain le projet qu’elle m’ordonne de lui soumettre.

Les deux officiers de la garde de V.M. envoyés pour être major et aide-major des chevau-légers polonais devaient être présentés aujourd’hui à la Commission de gouvernement qui les attendait ; un malentendu, à ce qu’ils m’ont dit, mais sur lequel je me suis cru obligé de m’expliquer d’une manière assez sévère, a fait qu’ils ne seront présentés que demain. Du reste, la Commission était prévenue et bien disposée. Le prince Poniatowski fera de son côté, ainsi qu’il me l’a témoigné, tout ce qui peut contribuer à rendre la formation des chevau-légers plus prompte et le corps mieux organisé.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. deux lettres de Copenhague des 28 et 31 mars. Les lettres d’Angleterre que l’on y a reçues disent qu’une flotte de 12 vaisseaux de ligne sous les ordres de l’amiral Russel est sur le point de partir pour la Baltique. Je n’ai point reçu par cette voie des papiers anglais. Des lettres de la margrave de Bade que j’ai lues me font croire que de tous les coalisés le roi de Suède sera le dernier à écouter ses intérêts et à faire taire sa passion. La margrave s’en explique à peu près dans ces termes.

Le roi de Suède a fait notifier à Copenhague le blocus des différents ports de la Baltique occupés par les Français.

Le consul de V.M. à Stettin blâme les mesures prises dans cette ville par l’administration française comme nuisibles aux approvisionnements de la grande armée. Des vins, particulièrement lui font faire cette réflexion. Je joins ici sa lettre.

Dans le pays de Darmstadt il y a eu une petite insurrection au sujet de la conscription militaire, mais cela ne paraît pas sérieux, comme V.M. le verra par la lettre de M. Helflinger que j’ai l’honneur de lui envoyer.

M. de Beauharnais envoye l’état des troupes espagnoles qui doivent se rendre d’Espagne et de Toscane dans le Hanovre. La date de sa lettre est du 19 mars ; celle du départ des troupes n’est pas indiquée. Leur nombre est de seize mille deux cent cinquante-quatre hommes. Le ministre de Russie s’est plaint de cette expédition et a demandé si c’était une déclaration de guerre : le prince, sans répondre à cela comme question, a dit : « Rien ne m’empêchera de tenir mes engagements avec la France ».

Ce que j’ai eu hier l’honneur de mander à V.M. comme un bruit circulant dans l’armée bavaroise à Varsovie m’a été confirmé par l’officier que j’ai vu ce matin qui m’a dit que ce bruit n’était qu’un cailletage d’armée, mais qu’il avait occupé l’oisiveté pendant deux ou trois jours.

En me tenant indépendant de toute espèce de partis, ce qui est assez difficile ici où c’est cet esprit qui domine, je vois des gens de tous les partis et je suis suffisamment bien avec eux. Je dois en juger par la confiance qu’ils montrent dans ce que je leur dis ou ce que je leur promets. Les avances stipulées pour les subsistances ne sont pas faites, et l’argent n’est pas arrivé ; mais le marché s’exécute parce que j’ai promis que le payement serait religieusement tenu. J’excite, je soutiens et je ranime autant que je puis, mais les moindres évènements font un orage. J’en suis aujourd’hui à donner des explications sur le départ des secrétaires de M. Maret qui vont le rejoindre : le départ des équipages de V.M. avait occupé tout le monde. Je n’ai pas aimé l’importance que le prince Sapieha a mis à la mission dont il était chargé et surtout l’importance qu’il a voulu se donner à lui-même. Les expressions : j’en fait faire, je ferai donner, je ferai ôter, ne valent rien dans une ville de partis où toute la journée je vais au-devant de tous les amours-propres. V.M. saura sûrement que les nominations pour le corps des chevau-légers ont exigé d’employer, dans plus d’un sens, des lénitifs.

Je joins ici les bulletins de la Commission de gouvernement et de la police.

Ce matin, pour Marienwerder sont parties cinquante et un mille deux cent quatre-vingts rations de biscuit et cent cinquante bœufs pour Osterode.

Le général Le Marois rend compte à V.M. du mouvement des corps polonais à l’égard desquels il a reçu des ordres.

Je supplie V.M., etc.



CCXCIV



Varsovie, 14 avril au soir, 1807.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M., d’après ses ordres, un projet de réponse à la note du cabinet de Vienne. Ce projet serait beaucoup mieux si je l’avais fait auprès de V.M. J’ai cherché dans les lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire l’esprit dans lequel il devait être rédigé, et j’ai tâché de conserver toutes les idées auxquelles elle m’a paru tenir. J’ai cru que V.M. acceptant l’offre du cabinet de Vienne devait se lier le moins possible et rester dans les termes des déclarations qu’elle a faites par ses derniers messages. - Je n’ai point parlé d’armistice (ce que j’aurais trouvé inconvenable dans notre belle position), mais j’ai néanmoins répondu au mot de préalables qui se trouve dans la note de Vienne, en faisant entendre que ces préalables ne doivent rien changer à la situation actuelle des belligérants ce qui signifie que si, par préalables, on entend un armistice, comme je le crois, il ne peut être conclu que sur la base du status praesens. Je désire avoir rempli les vues de V.M. dans cette réponse, j’y ai porté tous mes soins.

Aujourd’hui, il est parti pour Osterode cent cinquante bœufs, ce qui, joint aux huit cents déjà fournis, fait neuf cent cinquante sur les mille demandés. V.M. m’avait fait l’honneur de me mander que sur les fonds venant de Breslau ou d’ailleurs une partie de sept cent cinquante mille francs serait donnée à la Commission de gouvernement, en avances sur le marché qu’elle exécute provisoirement. Le payeur vient de me dire qu’il avait reçu les fonds annoncés, mais que tous avaient une destination, de sorte qu’il n’y a pas un sol pour le gouvernement : j’ai recommandé au payeur et à l’ordonnateur de n’en rien dire pour ne pas arrêter les versements.

Les difficultés augmenteront bientôt par le défaut de discipline : V.M. en aura la preuve dans un ordre dont je joins ici la copie, qui a été donné par un colonel bavarois nommé Piron : cet ordre inquiète tout ce qui est chargé de quelque service ; - je l’ai fait connaître au gouverneur, afin qu’il use de son autorité pour obvier à de pareilles violences.

Je joins ici les bulletins de la Commission de gouvernement et de la police.

J’ai recommandé au major et aide major des chevau-légers de correspondre chaque jour avec M. le maréchal Bessières sur tout ce qui concerne la formation du corps des chevau-légers : tous les membres du gouvernement se prêtent à l’accélérer.

Je supplie V.M., etc.



CCXCV



Varsovie, 15 avril 1807.

Sire,

J’ai reçu hier au soir, 14, les deux lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire le 12. Aujourd’hui, M. Jaubert part avec l’officier polonais porteur de mes dépêches et il sera, comme V.M. l’a ordonné, le 17 rendu auprès d’elle.

J’ai vu ce matin l’ambassadeur persan. Je lui ai demandé le secret le plus absolu sur les communications que j’avais à lui faire : il les a reçues avec une grande satisfaction. Dix mille fusils avec des baïonnettes lui paraissent suffire parce que, m’a-t-il dit, dès qu’ils auront des modèles ils en feront chez eux, ayant tous les instruments nécessaires pour cela. L’envoi des officiers le satisfait beaucoup ; ceux qu’il paraît le plus désirer sont les officiers de génie. Quant à des soldats, il assure qu’on n’en manquera pas pour remplir les cadres : je l’ai vu content de tout, mais il m’a témoigné un vif désir de voir V.M. avant qu’elle ait donné ses instructions à son ambassadeur : « Je puis, m’a-t-il dit, donner à l’empereur des informations que dix années de correspondances ne lui procureront pas, et que, dans le pays même, des étrangers, quelque séjour qu’ils y fassent, ne sauraient se procurer. Ces informations, je les dois au rang que j’occupe, à la considération que j’occupe dans le militaire et dans le civil, aux différentes places de toute nature que j’ai remplies et à la confiance entière que mon souverain m’accorde. » Il a ajouté : « Je suis moins un ambassadeur qu’un homme d’affaires. Comme homme d’affaires, je puis aller vers l’empereur sans suite, à cheval s’il le faut, comme un courrier ; je laisserai mon monde ici » ; et tout cela il me l’a dit avec effusion et chaleur. Les termes et le ton de cet ambassadeur me portent à croire qu’il ne peut pas être suppléé auprès de V.M.

Un des jeunes gens qui était second secrétaire de légation à Berlin désirerait fort être dans la mission de V.M. en Perse. - S’il y avait des accidents, je trouve qu’un troisième secrétaire n’est pas de trop. Ce jeune homme est intelligent, peut rendre de bons comptes, il a été formé à l’école de M. La Forest pendant quatre ans. Je désirerais que V.M. eût la bonté de l’attacher à l’ambassade commet troisième secrétaire.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. une lettre de Copenhague sous la date du 4 avril.

Ce matin, j’ai reçu par la poste les papiers anglais jusqu’au 20 mars inclusivement. J’ai l’honneur d’en adresser un extrait à V.M. Les papiers parlent non d’un changement fait mais d’un changement qui se prépare dans le ministère. Si la liste donnée par le journal nommé Le Courrier est suivie dans la composition de la nouvelle administration, ce sera un ministère Pitt dans sa pureté. Les membres les plus distingués de ce ministère seraient lord Melville, M. Canning. V.M. connaît lord Hawkesbury. - Le chancelier de l’Echiquier, lord Castlereagh, passe pour un homme d’esprit. - Le duc de Portland est un homme de paille, qui a quitté l’opposition dont il était le chef nominal lorsque M. Fox était le chef réel, à l’époque de la Révolution française, à laquelle il s’est montré très opposé. Du reste, il est fort vieux et fort riche.

Je joins ici les bulletins du gouvernement.

Le major des chevau-légers rend compte au maréchal Bessières de l’opération dont il est chargé. Quelque activité qu’on y mette, il y aura des difficultés à vaincre qui ralentiront la formation de ce corps.

Je supplie V.M., etc.



CCXCVI



Varsovie, 16 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

J’ai reçu hier au soir la lettre de V.M. en date du 13 et cette nuit les deux lettres qu’elle m’a fait l’honneur de m’écrire le 14. J’avais transmis à V.M. non pas comme positivement vraie, mais seulement comme importante si elle était vraie, la nouvelle donnée par le général Essen. Et c’est comme telle que je l’ai envoyée par un courrier que j’ai fait partir immédiatement après l’avoir reçue.

J’avais dû marquer à V.M. que la lettre du général Essen n’avait pas l’air d’avoir été écrite pour donner cette nouvelle, parce que sa lettre avait pour objet principal un arrangement de passeports. Mais, soit par indiscrétion, soit par manie, soit par ruse, il n’écrit jamais une lettre, quelqu’en soit l’objet, dans laquelle il n’y ait deux ou trois phrases de politique.

Le système des Russes est d’être bien pour les Autrichiens, le caractère des Russes les porte à se rendre importants ; voilà pourquoi les généraux font des confidences. De leur côté les Autrichiens veulent se rendre agréables à V.M., et c’est pour cela qu’ils nous disent ce qu’ils savent. Il est de fait qu’ils nous ont dit jusqu'à présent la vérité sur la force, les positions et les mouvements du corps du général Essen. Et c’est par cette voie que nous fûmes informés des marches de l’ennemi contre le général Savary. Tout ce qu’Essen avait dit se trouva exact, et conforme à ce que le général Duroc et moi mandâmes le jour même à V.M.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. deux lettres de M. Otto : - L’une renferme des nouvelles satisfaisantes de l’Autriche ; l’autre est relative à l’état des finances bavaroises qui me paraissent en assez mauvais ordre.

Dans un journal anglais nommé le Times, du 18 mars, se trouve un article dont j’ai l’honneur d’adresser l’extrait à V.M. : sa lecture me paraît devoir l’intéresser. J’ai cru devoir en faire quelques paragraphes pour les journaux de Varsovie et de Berlin.

Au moment même, je reçois les journaux anglais jusqu’au 27 mars, ils renferment l’organisation définitive du ministère. Je n’ai que le temps d’en envoyer à V.M. un sommaire bien abrégé ; demain j’aurai l’honneur de lui adresser des extraits très complets et très détaillés.

Demain, M. de Neipperg, commandant du cordon, vient à Varsovie, et j’aurai l’honneur de mander à V.M. les nouvelles que j’aurai pu avoir par cette voie.

Il est parti hier au soir six cent dix-neuf quintaux de farine pour Plock - sept mille huit cent trente pintes de vin pour Thorn, et quarante-neuf mille six cent cinquante-deux rations de biscuit pour Marienwerder.

On suivra désormais pour les envois les directions données par M. le général Duroc et reçues ce matin : on n’enverra plus de pain.

Je joins ici les bulletins du gouvernement et de la police.

Je supplie V.M., etc.



CCXCVII



Varsovie, 17 avril 1807, huit heures du soir.

Sire,

J’ai été assez incommodé cette nuit et tout le jour pour ne pouvoir écrire ce soir à V.M. que quelques lignes. Mon mal qui a été assez violent aujourd’hui sera, à ce que j’espère, emporté demain pour l’émétique.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une vieille lettre du général Sébastiani qui nous manquait, et qui était annoncée dans celles que nous avons reçues. L’intérêt de cette lettre n’est plus qu’historique.

Une dépêche de Widdin du 29 mars, avec une note de la situation des Russes en Valachie, m’a été apportée en même temps qu’une lettre de Vienne du général Andréossy ; je les joins ici.

Les Russes ont, à ce qui nous vient par la Gallicie, décidément abandonné leur idée de pont sur le Bug et paraissent avoir réuni des radeaux pour les faire descendre jusqu'à Sierock et en brûler le pont : on dit cela fort aisé à empêcher. En général, on parle avec beaucoup de mépris en Gallicie de tout ce que les Russes ont essayé depuis quinze jours de ce côté. - M. Neipperg, qui devait venir aujourd’hui à Varsovie, n’y est pas venu.

J’envoie à V.M. les extraits des journaux anglais jusqu’au 27 mars. Les nouvelles qu’ils donnent placent l’opinion contre le nouveau ministère ; et c’est toujours bon parce qu’alors on est obligé de recourir aux idées de paix, qui sont les seules véritablement populaires en Angleterre.

Je supplie V.M., etc.



CCXCVIII



Varsovie, 17 avril 1807, onze heures du soir.

Sire,

Ma première lettre est déjà partie, et je fais rappeler le porteur pour lui remettre celle-ci.

V.M. sait de qui et par qui j’ai les nouvelles de Gallicie. Celles de ce soir portent que le prince Constantin a passé le 21 mars à Mittau avec la seconde colonne des gardes. On ajoute que l’empereur Alexandre et le roi de Prusse sont sans aucun doute au quartier général à Bartenstein, les divisions d’Orenburg et de Wiborg arrivent en Lithuanie : presque toute l’infanterie en chariots.

Le nombre des radeaux dont j’ai parlé dans ma lettre de ce jour est de douze : les Russes ne font autre chose que de les essayer dans l’eau et de les en retirer.

Le maréchal Masséna qui, sur quelques rapports, avait pris de l’inquiétude relativement au pont du Bug a envoyé sur les lieux deux de ses aides de camp qui se sont assurés par leurs propres yeux qu’il n’y avait point de préparatifs pour en faire, et que les choses sont précisément telles que j’ai eu l’honneur de le mander à V.M.

Je supplie V.M., etc.



CCXCIX



Varsovie, 18 avril 1807, huit heures du soir.

Sire,

Je n’ai aujourd’hui aucune nouvelle importante à transmettre à V.M.

De mon mal d’hier, il ne me reste aujourd’hui que des douleurs d’entrailles incommodes, mais tolérables, et dont j’espère être bientôt débarrassé.

J’ai signé aujourd’hui les traités d’accession, je les ai adressés aujourd’hui à M. le grand maréchal, qui les mettra sous les yeux de V.M.

M. Rozniecki arrivant de Naples et attaché au roi comme écuyer m’est venu voir ce matin, on le dit habile ; c’est sa réputation ici ; il m’a paru homme d’esprit : je l’ai trouvé seulement un peu passionné comme le sont tous les Polonais qui ont quelque valeur.

M. de Vincent attend la réponse à sa note ; il n’avait rien de nouveau aujourd’hui de Gallicie ; toute sa conversation est en espérances, mais n’a point de nouvel aliment parce qu’il n’a point reçu de courrier depuis l’arrivée de celui qui lui a apporté la note. L’empereur et M. de Stadion étant en Hongrie, les communications sont retardées.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. quelques extraits de journaux, et les bulletins de la Commission de gouvernement et de la police.

Il est parti aujourd’hui pour Sierock huit mille deux cent soixante-six rations de biscuit, vingt-quatre mille cinq cent soixante rations de pain et environ deux mille pintes d’eau-de-vie.

On fait en ce moment un chargement pour Modelin ; il sera composé de pain et d’eau-de-vie.

Je supplie V.M., etc.



CCC



Varsovie, 19 avril 1807, quatre heures après midi.

Sire,

J’ai reçu hier au soir les deux lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire en date du 16 au soir.

La note pour Vienne m’a paru remplir parfaitement l’objet que V.M. s’est proposé ; elle est noble, simple, vraie, et j’espère qu’elle remplira complètement l’attente de la cour de Vienne. Je l’ai adressée ce matin à M. de Vincent, mais je ne pourrai rendre compte que demain à V.M. de l’impression qu’elle lui aura faite et qui certainement sera bonne, car, bien que je doive le voir aujourd’hui, je ne veux pas retarder l’envoi des renseignements que cette lettre contient.

La substitution que j’ai faite de quelques mots à d’autres, telle que celle du mot moyen au mot voie dans la quatrième phrase m’a paru nécessaire, pour plus d’exactitude grammaticale ; mais ne fait au sens aucune altération, même la plus légère. V.M. la trouvera ici telle que M. de Vincent l’a reçue.

L’empereur d’Autriche est revenu à Vienne le 11 avril, rappelé par l’état de l’impératrice, qui paraît être à la mort et que des lettres arrivées ce matin disent sans espérance. M. de Stadion a dû revenir aussi à Vienne le 21 au soir. Je n’ai point encore de nouvelles du général Andréossy. La mort de l’impératrice ôterait au parti de la guerre un de ses principaux appuis ; ce serait une femme de moins et une femme de quelqu’influence parmi celles qui ne nous aiment pas.

Les Russes ont à Wyscowo cent vingt-sept barques et douze radeaux déjà faits : ils construisent le treizième et veulent en porter le nombre à vingt-sept. Ils ont fait pour cela de grands abattis dans les bois, et ils occupent chaque jour deux cents paysans à ce travail.

Parmi les conjectures que l’on peut former sur leurs projets, ne serait-il pas permis de s’arrêter à une que l’indiscrétion de quelques officiers russes du génie a fait naître ?

Il ne m’est plus permis de douter que l’empereur Alexandre ne soit arrivé à l’armée ; les renseignements à cet égard se multiplient ; et, ce qui est plus, son arrivée a été mise à l’ordre du corps d’armée d’Essen.

Tous les Russes de ce corps en tirent la conséquence que l’on se battra, ils disent qu’il y aura une grande affaire ; et, dans l’espoir d’un succès, dont leur présomption les flatte, ne se prépareraient-ils pas à se porter sur la Vistule et à y jeter un pont ? Ne serait-ce pas à cela que sont destinés et les barques qu’ils rassemblent et les radeaux qu’ils construisent. Ils les feraient descendre par le Bug. C’est du moins ce que les ingénieurs russes ont fait entendre, et il est certain que leurs préparatifs sont de beaucoup au-delà de ce qu’exigeaient les desseins qu’on leur avait d’abord supposés, soit de jeter un pont sur le Bug, soit de brûler le point de Sierock.

Il est parti aujourd’hui pour Osterode cent bœufs qui complètent le nombre d’animaux que l’on avait demandé pour le grand quartier général.

Nous nous trouvons dans l’embarras pour le marché fait avec le gouvernement. L’ordonnateur m’en rendra compte avec détails ce soir et demain j’aurai l’honneur d’en instruire V.M.

Je supplie V.M., etc.



CCCI



Varsovie, 20 avril 1807, dix heures du soir.

Sire,

J’ai vu hier au soir M. de Vincent ; il était inquiet de n’avoir point trouvé dans la note que je lui avais envoyée le matin le mot de médiation ; il me le témoigna d’abord en me disant : « Nous vous avons offert notre médiation, et vous n’acceptez que notre intervention amicale. – Quelle différence y faites-vous, lui dis-je, vous-même dans votre note employez l’expression dont nous nous sommes servis comme synonyme de médiation : toutes les phrases de la note donnent à l’intervention le sens que vous désirez ». Et nous relûmes la note ensemble. – M. de Vincent se montra alors pleinement satisfait ; il m’assura que sa cour ne le serait pas moins ; il ne doutait pas que les autres cours ne nommasent sur-le-champ des plénipotentiaires. Son opinion est qu’un des plénipotentiaires russes sera M. de Stackelberg, qui est venu à l’armée avec l’empereur Alexandre. M. de Stackelberg a été ministre de Russie en Hollande ; V.M. l’a vu à Paris ; c’est un homme d’un caractère modéré : la correspondance de M. de Sémonville en donne cette idée. – « La médiation acceptée, m’a dit M. de Vincent, il faudra penser à un armistice ; notre devoir sera d’en proposer un et nous le ferons » - je me suis contenté de lui répondre : « Je ne connais point à cet égard les idées de l’empereur ; mais je suppose qu’un armistice sur la base du status praesens du moment de la signature doit convenir à tout le monde ; du reste, lui ai-je répété, l’empereur ne m’en a point parlé. » - Pour ce qui est du lieu des négociations. M. de Vincent m’a dit que les Gallicies ne conviendraient ni à la Russie ni à la Prusse, ni à l’Autriche elle-même : le nom de Prague lui est venu plusieurs fois, et il m’a observé qu’on regardait chez lui cette ville comme une de celles qui pouvaient convenir davantage à la France.

L’empereur Alexandre, à ce que l’on a dit, a invité le roi de Prusse à venir le joindre, ne voulant point aller lui-même à Memel par un motif de délicatesse personnel à la reine.

La présence de l’empereur et du grand-duc Constantin ne change rien au commandement de l’armée, qui reste toujours sous les ordres de Bénigsen.

Depuis que l’on sait à Varsovie que l’empereur Alexandre est à l’armée, tout le monde, gouvernants et gouvernés, s’attendent à un armistice.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. deux lettres de son consul général en Bosnie. Elles parlent de l’affection du pacha pour les Français, et des intrigues auxquelles cette affection l’expose.

V.M. trouvera ci-joint un extrait des papiers anglais jusqu’au 3 avril.

Il est parti aujourd’hui cinquante bœufs pour le quartier général du cinquième corps. Dix mille rations de pain, deux cent treize quintaux de seigle et deux mille cinq cent vingt pintes d’eau-de-vie sont partis pour Sierock ce matin et sont destinés pour le cinquième corps.

La commission de gouvernement se plaint amèrement de ce qu’on n’exécute pas avec elle le marché fait par l’ordonnateur et revêtu de l’approbation de l’intendant général. Son zèle s’est, en conséquence, fort refroidi : je presse M. Breza, autant qu’il est possible, mais il prétend être en avance de plus de cent mille écus. Du reste, l’ordonnateur fait un rapport fort circonstancié à M. l’intendant général, qui en rendra compte à V.M. ; ainsi je ne la fatiguerai pas de ces détails qu’elle doit avoir déjà sous les yeux, d’après ce que vient de me dire l’ordonnateur.

Je joins ici les bulletins de la commission et de la police.

Je supplie V.M., etc.



CCCII



Varsovie, 21 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

J’ai reçu les lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire le 18 et le 19.

Je viens de faire partir toutes celles qu’elle m’ordonnait d’écrire à Copenhague et Hambourg pour correspondre avec Berlin ; à Dresde, Munich, Wurzbourg, Stuttgard, darmstadt, et au pays de Nassau, soit, pour la réunion du côté d’Erfurth de quelques corps de cavalerie et d’infanterie confédérés aux vingt mille Français qui doivent s’y rendre, soit pour le recrutement des contingents, soit enfin pour l’envoi de douze cents Saxons à Breslau.

L’un des agents envoyés par la commission de gouvernement dans la Russie rouge est de retour ; il a trouvé et laissé les esprits dans la disposition de faire fort ce que V.M. voudra leur ordonner.

Le comte Stanislas Potocki est venu me donner cette nouvelle ce matin ; il a ajouté avec regret que les Russes paraissaient être instruits de quelques projets insurrectionnels de ce côté. V.M. se rappellera qu’elle avait trouvé dans le temps qu’il n’y avait pas de mal à ce que le bruit s’en répandit dans le corps russe ; cela s’est fait fort naturellement. Du reste, les Russes ne paraissent pas avoir pris d’autres précautions que de faire changer de place à quelques-uns de leurs magasins dans ce pays.

Une fabrication de faux napoléons d’or a été découverte dans le pays de Vaud, à ce que me mande le général Vial : on instruit le procès des coupables qui ont été saisis.

Une lettre de la Corogne, en date du 31 mars, annonce que l’escadre anglaise est venue reprendre sa station devant le port : elle est composée de cinq vaisseaux, d’une frégate et d’un brick.

L’escadre anglaise qui était devant Cadix, à la date du 29 mars, était composée de onze vaisseaux, trois frégates, deux bricks.

Un mouvement insurrectionnel qui avait eu lieu dans le comté d’Erbach (pays de Darmstadt), était calmé à la date du 4 avril, il était occasionné par la conscription, et avait retardé l’envoi des recrues du grand-duc.

Il est parti aujourd’hui pour Osterode vingt et un tonneaux d’eau-de-vie contenant trois mille deux cent cinquante-neuf pintes, et pour Sierock mille cinquante rations d’avoine. Demain, il partira une assez grande quantité de bœufs.

Je vais lire les papiers anglais que je n’avais pas reçus, et que V.M. a bien voulu me faire envoyer ; demain, j’aurai l’honneur de lui en rendre compte.

Le général Le Marois n’est pas de retour.

Je supplie V.M., etc.



CCCIII



Varsovie, 22 avril 1807, dix heures du soir.

Sire,

Il ne m’est arrivé aujourd’hui ni dépêches ni nouvelles.

L’ambassadeur persan, enchanté d’avoir la permission de se rendre auprès de V.M. part demain à quatre heures du matin. Il suivra la route de Thorn, qui est la plus longue, mais où il y aura plus facilement des chevaux. Il y arrivera le 25. J’en ai prévenu par un courrier le général Rapp. Il va avec quatre voitures : deux officiers polonais l’accompagnent. Si V.M., après l’avoir vu, jugeait à propos de suivre l’idée qu’elle m’avait chargé de lui faire connaître et qui était de l’envoyer à Paris, elle l’y trouvera sinon disposé du moins préparé ; car j’ai eu soin de l’entretenir toujours dans cette idée. J’ai été étonné de la quantité de choses qu’il a pour ainsi dire devinées sur la situation de l’Europe : cela donne à croire qu’un voyage en France serait mis à profit, et qu’il en rapporterait une opinion utile dans son pays où il est un homme principal. M. Outrey, qui sert d’interprète à l’ambassadeur persan, est le même qui avait accompagné M. Romieu à Téhéran. C’est un homme de mérite et de courage, fort dévoué au service de V.M.

J’ai lu les papiers anglais que V.M. avait bien voulu me faire envoyer. Après la rentrée du parlement seulement, qui était fixée au 10 avril, on pourra connaître les conséquences probables du changement opéré dans le ministère. Jusqu’ici il n’y a que des débats de journalistes. Il paraît que lord Melville est ministre derrière le rideau : il est plus capable qu’aucun de ceux qui le sont en titre. Parmi ceux-ci, celui qui a le plus d’esprit est M. Canning, jeune homme sans entours, jeté dans les affaires par M. Pitt. Il doit avoir de trente-cinq à trente-six ans. En général, tout ce nouveau ministère est composé de gens qui tiennent au parti du roi, mais, comme j’ai eu l’honneur de le mander à V.M., que le besoin de se populariser, si l’affaire des catholiques prend mal dans le pays, peut conduire à des idées de paix.

La Commission de gouvernement se plaint de ce que les officiers français qui se trouvent dans le district de Bromberg protègent les Allemands fermiers des biens nationaux qui sont redevables au trésor de quatre-vingt mille écus de Prusse en empêchant les exécutions militaires polonaises d’agir contre ceux qui sont en retard. M. le comte Stanislas Potocki est venu de la part des membres du gouvernement me prier d’en écrire à V.M. ; il a ajouté que les militaires disséminés dans ce district y sont en trop grand nombre pour que l’autorité locale puisse avoir quelque effet. Il pense au reste que vingt-cinq gendarmes suffiraient pour tout remettre en ordre. Pour le présent, il est impossible à la Commission de se procurer la liste de ces militaires. – Le général Le Marois est de retour.

Aujourd’hui il est parti pour Thorn trente-deux mille sept cent cinquante rations de biscuit et vingt-cinq tonneaux de vin de Hongrie pour les hôpitaux. Pour Osterode, cinquante et un quintaux de farine de seigle.

Je supplie V.M., etc.



CCCIV



Varsovie, 23 avril 1807, quatre heures après midi.

Sire,

J’apprends avec un grand plaisir que les évènements répondent en Poméranie à l’attente de V.M. et que les Suédois poursuivis regagnent en toute hâte, avec beaucoup de perte et en désordre les murs de Stralsund (1). Ils triomphaient déjà de leur petit succès, comme V.M. le verra par le rapport fait au roi de Suède sous la date du 4 avril, et dont un extrait se trouve joint à la dépêche de Copenhague que j’ai l’honneur d’envoyer à V.M. Elle trouvera aussi dans cet envoi une dépêche de Munich, à laquelle se trouve jointe une rapsodie de proclamation russe que l’on distribue à la main dans le Tyrol, et une dépêche de Dresde en date du 10 avril. M. Dumoutiers entre dans de grands détails sur l’état présent de l’armée saxonne : et il donne aussi des nouvelles de l’Autriche dont le contour est tout à fait pacifique. Les nouvelles de Berlin disent l’impératrice d’Autriche morte ; ici l’on n’en sait rien ; M. de Vincent n’a point de nouvelles de sa cour depuis plusieurs jours.

L’ambassadeur persan est parti ce matin, il va par le route de Thorn où il sera dans la journée du 25 ; le général Rapp en est prévenu.

Nos dernières nouvelles de Constantinople sont du 10 mars ; aujourd’hui nous pourrions en avoir du 30 : je ne suis pas inquiet, mais impatient de ce retard.

Je joins ici un bulletin de nouvelles hambourgeoises où les Suédois jouent un grand rôle.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. les bulletins de la Commission de gouvernement et de la police.

Ce matin, il est parti cinquante bœufs pour le cinquième corps d’armée.

Je supplie V.M., etc.

(1). Ils avaient été battus par Mortier.



CCCV



Varsovie, 24 avril 1807, dix heures du soir.

Sire,

J’ai reçu aujourd’hui à diverses heures du jour les trois lettres que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire le 21, le 22 et 23. J’ai dit constamment à M. de Vincent dans mon langage officiel que l’armistice ne me regardait pas, que je n’en étais point chargé (1), que je ne connaissais rien à ces choses là, aussi ne lui en ai-je jamais ouvert la bouche le premier. Mais, lorsque, après avoir reçu la note par laquelle l’intervention de sa cour est acceptée, M. de Vincent m’a parlé lui-même de l’armistice dans les formes de la pure conversation, j’ai cru, en répondant comme je l’ai fait, laisser la question bien entière, car le status praesens au moment de la signature, et ce sont là mes expressions, ne signifie rien que ce qu’on veut lui faire signifier au moment de la signature, qu’on est le maître de différer ou de rapprocher autant qu’on le veut. Je puis d’ailleurs affirmer à V.M. que M. de Vincent n’a pas eu de ce que je lui ai dit une autre idée. Quant au fond de la question en elle-même, mon opinion est que, lorsque l’armistice sera proposé et que V.M. aura choisi le lieu et les personnes qui devront en traiter, le meilleur moyen de gagner du temps sera de proposer pour base le status praesens que les Russes, j’en suis persuadé, ne voudront pas adopter : du reste, jamais question ne fut moins préjugée.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. une dépêche de Constantinople du 22 mars, une de Widdin du 6 avril et une de Vienne du 16.

La dépêche du général Sébastiani et les nombreuses pièces qui y sont jointes, sont toutes du plus grand intérêt. Dans le midi de la Turquie d’Europe toutes les affaires vont bien : les Dardanelles sont en bon état de défense. L’escadre anglaise a regagné Malte assez endommagée : l’escadre russe assiège Ténédos qui se défend bien.

Sur les bords du Danube, et à une date plus récente, les choses n’étaient pas dans une aussi bonne situation : mais le grand vizir arrive avec une armée considérable, et tous les moyens de réunir toutes les opinions contre les Russes.

L’impératrice d’Autriche est morte et l’empereur est retourné à Bude. Le pamphlet dont parle M. Andréossy est en langue allemande, je ne pourrai l’envoyer que demain à V.M. parce que toutes ces dépêches de Constantinople et de Vienne ne me sont parvenues qu’aujourd’hui.

A la suite de l’extrait ci-joint de quelques articles arriérés de journaux anglais, V.M. remarquera un article d’Altona, sous la date du 14 avril, annonçant que le général Stuart, qui est à Copenhague, doit se rendre à Memel ou à Dantzick.

Je ne sais si V.M. a vu dans un journal anglais appelé le Times, ce que l’on prétend être le plan de la bataille d’Eylau : je le joins ici, tel qu’il est tiré d’après le journal du 6 avril.

Il est parti cette nuit pour Sierock quatre cent soixante-deux quintaux de farine soixante et un quintaux de froment et quinze de seigle.

Je supplie V.M., etc.

(1). Napoléon avait reproché à Talleyrand de s’être trop avancé à cet égard.



CCCVI

Varsovie, 27 avril au soir, 1807.


Sire,

Aujourd’hui je n’ai rien appris par la Gallicie. Il n’y a point eu de rapport, ni du cordon, ni de l’armée d’Essen. Je n’ai reçu d’ailleurs aucune dépêche ; et je n’ai l’honneur d’écrire à V.M. que parce que je me suis fait un devoir de lui écrire tous les jours : car même il n’y a point eu aujourd’hui d’expédition ou d’envoi de subsistances, le vent contraire retenant deux bateaux chargés pour Marienwerder.

Je garde avec M. de Vincent le plus profond silence sur tout ce qui regarde la médiation ; il attend vers le milieu de la semaine une réponse de sa cour ou plutôt des ordres, en conséquence de la note que V.M. m’a ordonné de lui remettre. Il paraît par les lettres de Vienne que V.M. m’a renvoyées que les idées de médiation y sont fort répandues et fort goûtées.

Nous sommes ici fort dans l’embarras pour les fourrages.

Je supplie V.M., etc.



CCCVII



Varsovie, 28 avril 1807, neuf heures du soir.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. une dépêche en date du 23 avril, deux de Hollande, deux de Munich et deux de Copenhague. V.M. verra que ses ordres ont été exécutés partout. Le roi de Hollande a dû répondre à V.M. sur ce qui concerne le rétablissement de l’ancienne noblesse : et il s’est aussi réservé de lui faire connaître l’état de son armée.

J’ai reçu la lettre que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire le 26. J’expédie en conséquence un courrier à Constantinople (1).

Je n’ai point eu sur les mouvements des Russes (sic) ; j’ai su seulement par la voie par laquelle V.M. sait que je suis instruit que les rapports annonçaient un mouvement dans l’armée russe ; et je me suis empressé de faire parvenir cet avis : depuis deux jours je n’en ai reçu aucun par la Gallicie : on me fait espérer des nouvelles pour demain.

Je garde toujours le silence avec M. de Vincent : mais, ayant vu, il y a déjà longtemps, dans ses mains une copie de la lettre que V.M. avait écrite au roi de Prusse, nous ne devons pas douter que la dernière communication ne soit déjà connue de la cour de Vienne.

V.M. aura probablement reçu les journaux anglais qui parlent de la rentrée du Parlement : je n’en sais encore que ce qui se trouve dans une gazette de Hambourg dont, à tout hasard, j’ai l’honneur d’envoyer un extrait à V.M. Cette gazette m’est venue par Francfort ; car il ne m’arrive plus directement de papiers nouvelles ; le roi de Hollande me retient mes journaux anglais, et, à Berlin, on me retient mes journaux allemands.

Aujourd’hui, il est parti pour Marienwerder trente-cinq mille sept cent dix-huit rations de biscuit, trois cent trente-cinq quintaux de farine de seigle, et soixante-dix-huit de farine de méteil.

Les fourrages nous manquent toujours.

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. les bulletins du gouvernement.

Je supplie V.M., etc.

(1). Pour faire connaître que l’empereur ne traitera pas sans ses alliés et ne séparera pas sa cause de celle de la Porte.



CCCVIII



Varsovie, 29 avril 1807, dix heures du soir.

Sire,

J’ai reçu aujourd’hui par la Gallicie les nouvelles suivantes :

M. de Novosilzov est, ainsi que M. de Budberg, à Bartenstein, et il opine hautement pour la paix.

L’inaction de l’armée de Bénigsen fait que l’on dit au corps d’Essen qu’il doit y avoir eu des pourparlers : cependant, leur opinion, et surtout leur verbiage, tend à faire croire que l’on entreprendra quelque chose pour sauver Dantzick. Du reste, Essen ne paraît pas avoir rien de positif à cet égard.

Manstein, l’ancien gouverneur de Dantzick, s’est tué.

Kalkreuth, qui le remplace, a toute la confiance des deux armées.

Bénigsen l’a également ; il est toujours en grande faveur auprès de l’empereur Alexandre, qui ne veut prendre aucun commandement.

Le général Essen a la pierre : c’est le motif qu’il donne à sa retraite. Il est remplacé, comme je l’ai mandé à V.M., par le général Düzcov.

Les préparatifs des Russes à Wyscowo semblent terminés ; et leurs radeaux à peu de jours près d’être lancés à l’eau. Ils sont sous la garde d’un très faible piquet d’infanterie qui sort de la compagnie qui est en garnison à Wyscowo. Tous les mouvements sur le Bug se réduisent à ceux de huit compagnies du régiment de Jaroslawsky, qui se sont relevées les unes les autres, tant au Bug qu’à la Narew : ce sont de simples changements de poste.

Michelson est relevé, à cause de sa caducité et de l’activité qu’exige la guerre actuelle, par le général Kaurring.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. un projet d’instruction pour le général Gardane qu’elle me demande par sa lettre du 27. Si V.M. ne les a pas reçues plutôt, c’est qu’elle m’avait annoncé par une lettre précédente qu’elle en ferait rédiger sous ses yeux par M. Maret.

Dans la lettre de ce jour, V.M. fait mention d’un ambassadeur persan ; j’aurai l’honneur de lui faire observer que l’officier persan qui a apporté la dernière lettre que V.M. a reçues du roi de Perse n’est point ambassadeur, mais un simple aide de camp du roi, lequel se rend ici, comme V.M. l’a ordonné, mais sans rien apporter, puisque M. le général Sébastiani a transmis la lettre dont il était chargé. Cet officier est un homme beaucoup moins considérable que ne l’est l’ambassadeur qui est auprès de V.M., celui-ci étant un des grands de l’empire, je regretterai un peu qu’il n’ait pas pu prendre une idée de la France en France même.

Il est parti aujourd’hui pour le cinquième corps six cent vingt huit quintaux de farine de seigle et trois mille cent vingt pintes d’eau-de-vie.

Un bateau chargé de biscuit et de farine destinés pour Osterode partira ce soir pour Plock.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. les bulletins de la Commission et de la Police.

Je supplie V.M., etc.

P.S. Le comte Stanislas Potocki est nommé par le gouvernement pour se rendre auprès de V.M.



CCCIX



Varsovie, 30 avril 1807.

Sire,

Des lettres du consul général de V.M. à Venise (M. Bessières) en date des 24, 28 et 31 mars annoncent que la Bosnie est tranquille et que les habitants sont disposés à combattre les Russes si ceux-ci les attaquent, mais qu’on les engagera difficilement à les aller chercher sur le Danube. Les Monténégrins, ajoute M. Bessières, restent dans leurs montagnes, où ils sont contenus par les menaces du pacha de Scutari. – Toutes ces nouvelles sont bien vieilles. – Barocco, l’auteur d’un pamphlet anti-français et qui était un instrument de l’ancien ministre de Russie à Rome, a été chassé de Trieste, ainsi qu’un nommé Zanpinelli et cinq ou six autres de la même trempe : la police de Trieste a voulu se débarrasser de ces gens-là.

Ce sont là les seules nouvelles que j’aie aujourd’hui à transmettre à V.M. Il ne m’est rien venu aujourd’hui ni par estafette, ni par courrier ni de Gallicie.

Dimanche, 3, il y aura ici une bénédiction de drapeaux et des fêtes tout le jour.

Le membre du gouvernement à qui V.M. a permis de se rendre auprès d’elle part samedi.

Nous avons craint un moment de manquer de froment ; mais M. Breza m’a rassuré par les promesses les plus positives. Cet article ne manquera pas.

Aujourd’hui il est parti pour Osterode quatre cent trente-quatre quintaux de farine de seigle bluté et deux cent trente-quatre quintaux de farine aussi de seigle brut, avec treize mille cent onze rations de biscuit.

Je joins ici un extrait des journaux allemands et des bulletins du gouvernement.

Je supplie V.M., etc.



CCCX



Varsovie, 1er mai 1807, huit heures du soir.

Sire,

J’ai reçu la lettre que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire le 29. Demain, dans la journée, j’aurai vu les membres du gouvernement et les personnes qu’il est naturel que je voie avant de partir. Je tiendrai vis à vis d’elles le langage que V.M. m’a prescrit : et après demain je partirai et ferai toute diligence pour avoir le plus tôt le bonheur de la revoir. Obligé de porter mes chiffres avec moi pour pouvoir lire une partie des lettres qui peuvent m’arriver, je passerai par Thorn.

Comme il part demain matin un membre du gouvernement pour se rendre auprès de V.M., j’ai pensé qu’elle ferait avec lui les dispositions qui concernent le département de la guerre : ses ordres n’étant pas formels, prévoyant d’ailleurs des difficultés qui demanderaient plus de temps que je n’en ai, j’ai laissé les choses dans le même état.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. une lettre de Copenhague. Suivant cette lettre, il n’est bruit en Angleterre et en Danemark que d’une expédition dans la Baltique ; M. de Bernstorff n’y croit pas (1). – On parle à Copenhague d’une entrevue qui doit avoir lieu vers la fin d’avril entre le roi de Suède, l’amiral russe et le général Stuart. Tout cela ne serait guère d’accord avec la suspension d’armes.

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. un extrait des journaux anglais tiré des gazettes allemandes ; et les bulletins de la Commission.

Je ne sais rien de la Gallicie. M. de Vincent est malade : je ne l’ai pas vu de la journée.

Il est parti aujourd’hui pour Osterode cent quarante quintaux de farine pure et cinquante et un quintaux de farine brute de seigle. – Pour le cinquième corps, il est parti cinquante bœufs.

Je supplie V.M., etc.

(1). La confiance de ce ministre fut bien cruellement déçue puisque ce fut au cours de cette expédition que les Anglais bombardèrent Copenhague.



CCCXI



Varsovie, 2 mai 1807.

Sire,

Je n’ai aujourd’hui à adresser à V.M. que les deux dépêches ci-jointes de Dresde et de Darmstadt. On tente de toutes parts avec beaucoup de zèle le recrutement et l’augmentation du contingent. Tous les confédérés me paraissent se donner beaucoup de mouvement pour compléter à cet égard les désirs de V.M.

Je viens d’annoncer à M. de Vincent, qui était un peu malade hier, mais qui est bien aujourd’hui, que V.M. m’appelait auprès d’elle pour quelques jours ; il ne m’en a point paru étonné, mais un peu peiné, parce que tous les rapports qui lui reviennent par la Gallicie annoncent qu’il y a des pourparlers au quartier général et qu’il espérait qu’il sortait de là quelque communication à lui faire.

J’ai vu le gouvernement, à qui j’ai plus parlé de mon retour que de mon départ.

Aujourd’hui, je dois voir l’ambassadeur turc qui m’attendra ici assez patiemment.

Demain je partira pour Thorn.

Les nouvelles de la Gallicie n’annoncent rien que de tranquille du côté de l’armée d’Essen.

Je supplie V.M. etc.



CCCXII



Varsovie, 3 mai 1807.

Sire,

Voulant faire parvenir plus tôt à V.M. une dépêche de son chargé d’affaires à Copenhague, et la situation dans laquelle je laisse les magasins et les hôpitaux de Varsovie, je remets à un aide de camp du ministre de la guerre, qui se rend directement au quartier général, la présente lettre.

J’ai assisté ce matin à la bénédiction des drapeaux : la cérémonie a été fort brillante. La Commission de gouvernement m’a prié instamment de retarder mon départ de quelques heures pour me trouver à cette cérémonie : je laisse Varsovie fort confiant et fort tranquille.

Je supplie V.M., etc.



CCCXIII



Finkenstein, 31 mai 1807, onze heures du matin.

Sire,

J’ai reçu ce matin par un courrier de V.M. revenant de Varsovie la dépêche de M. de Vincent que j’ai l’honneur d’adresser à V.M. Ce courrier n’ m’a point apporté de lettres particulières ni de M. de Vincent, ni de M. Dalberg (1).

M. de Vincent annonce que l’Angleterre a accepté la médiation de l’Autriche : il l’annonce et ne le notifie pas. L’objet principal de sa dépêche est d’obtenir l’agrément de V.M. pour qu’il puisse venir au quartier général continuer la négociation dont il est chargé.

V.M. m’ayant ordonné hier de lui adresser les lettres que je pourrais recevoir de M. de Vincent, j’attendrai ici ses ordres pour la réponse que je devrai lui faire, et je ne partirai pour Dantzick qu’après les avoir reçus.

Je supplie V.M.

(1). Commissaire du grand-duc de Bade auprès de Napoléon. Il était neveu du prince primat.



CCCXIV



Finkestein, 2 juin 1807.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. la réponse de M. de Vincent à la lettre que V.M. m’ordonna de lui écrire le 27 mai.

La correspondance d’hier et d’aujourd’hui ne présente que le petit nombre de lettres qui se trouvent jointes à cette dépêche. Le commissaire de V.M. à Trieste se plaint des difficultés qu’il éprouve de la part du gouvernement autrichien. Les lettres de l’ambassadeur d’Espagne sont relatives aux Toscans qui devaient être arrêtés sur la demande de M. d’Aubusson, et à l’événement de Prato où des Suisses ont été insultés par la populace. M. de Massérano donne des explications assez faibles et cherche à justifier le gouvernement toscan.

Je suis toujours dans l’attente des ordres de V.M. dont nous n’avons point de nouvelles depuis son départ.

Je supplie V.M., etc.



CCCXV



Dantzick, 10 juin 1807.

Sire,

Je suis arrivé dimanche au soir à Dantzick. C’est la ville du monde la plus tranquille : le général Rapp m’y paraît fort bien vu : les habitants commencent à ouvrir leurs boutiques. M. Méneval y est arrivé hier au soir, il est très faible, mais beaucoup mieux. J’ai été fort étonné de trouver encore ici le prince de Bade que je croyais parti ; il m’a dit qu’il avait encore quelques affaires à finir pour son corps d’armée et pour lesquelles il avait écrit à son ministre à Varsovie. Je le croirais décidé à partir demain, quoique je n’aye pas aperçu en lui un grand zèle de départ. En tout, je l’ai trouvé comme à son ordinaire, fort caché. – Je ne puis point parler de nouvelles à V.M., Dantzik étant maintenant le lieu du monde où il en arrive le moins.

J’ai écrit hier à M. de Vincent comme V.M. me l’avait ordonné, je lui mande seulement que nous avons été attaqués sur différents point de la ligne, que nous avons repoussé l’ennemi, et que je suis ici.

J’ai écrit avant de partir de Finkenstein à M. le général Andréossy, qui maintenant ne pourra, si V.M. ne lui fait pas donner des informations directes, en recevoir de moi que tard.

V.M. a daigné me promettre de me donner de ses nouvelles, et j’en ai bien besoin.

Je supplie V.M., etc.



CCCXVI



Dantzick, 11 juin 1807, six heures du soir.

Sire,

Je reçois dans le moment par un courrier les deux lettres ci-jointes : celle qui n’est pas signée est de M. Dalberg. M. de Vincent n’a reçu que depuis sa lettre écrite celle par laquelle je lui annonçais mon départ pour Dantzick. Il paraît, comme V.M. l’avait prévu, que la Russie et la Prusse n’acceptent point complètement la médiation de l’Autriche. Ceci a l’avantage d’éloigner toute idée d’intelligence secrète entre la Russie et l’Autriche et laisse à la fois à V.M. toute la bonne grâce et l’utilité de l’acceptation et toute liberté de faire avec les belligérants tout ce qu’elle jugera convenable. – Je ne répondrai à M. de Vincent et à M. Dalberg que quand V.M. m’aura fait connaître ses ordres.

Je supplie V.M., etc.



CCCXVII



Dantzick, 15 juin 1807, quatre heures après midi.

Sire,

J’ai l’honneur d’adresser à V.M. le très petit nombre de lettres qui m’est parvenu, et dont les unes contiennent ou des renseignements de quelqu’intérêt ou des demandes qui nécessitent les ordres de V.M.

M. Otto pressant la cour de Munich [de former] une nouvelle brigade a reçu pour réponse qu’on ne le pouvait faire sans dégarnir les places sur l’Inn et dans le Tyrol, et qu’en conséquence, il fallait un ordre exprès de V.M., transmis par M. le major général à cet égard. A la dépêche est joint un état des forces bavaroises. – Le gouvernement bavarois demande de plus qu’il soit convenu d’un mode pour constater le montant des fournitures qui seront faites aux troupes qui traversent son territoire.

M. Didelot donne avis de révélations qui lui ont été faites et qui coïncident avec d’anciens avis survenus il y a quelques semaines.

V.M. sait sûrement que cinq à six mille Siciliens ont débarqué à Reggio ; c’est ce fait que rapporte la lettre de M. Gallo qui est ci-jointe, et dans laquelle il se trouve beaucoup de détails sur la situation du royaume à l’époque du 23 mai.

Les lettres de Bosnie et Raguse et Venise sont vieilles ; elles parlent de succès contre les Russes et les Monténégrins.

Je joins ici des lettres du vice-roi d’Italie qui viennent dans une lettre de M. Otto.

Le gouverneur de la ville (1) rend compte à V.M. de la situation des choses ici. Nous sommes hors de la route des nouvelles de toute espèce : celles du quartier général sont les seules pour lesquelles j’aie une vive impatience.

Le prince de Bade est parti hier pour le Rhin.

Nous avons vu défiler hier ici avec grand plaisir des prisonniers russes.

On envoie à V.M. l’extrait des journaux anglais jusqu’au 29. C’est le parti opposé au ministère qui l’a emporté à l’élection de Westminster.

Je supplie V.M., etc.

(1). Le général Rapp.



CCCXVIII



Dantzick, 17 juin 1807.

Sire,

Un bruit arrive de toutes parts qu’une grande bataille (1) a été livrée et gagnée complètement par V.M., que les routes sont couvertes des courriers qui en portent la nouvelle en divers lieux et que le prince Borghèse la porte lui-même à Paris. Ce bruit a trop éminemment tous les caractères de la vérité pour que le manque d’informations officielles soit capable de modérer ma joie, et que je diffère de la témoigner à V.M. en la priant de vouloir bien en agréer l’expression. J’attendrai néanmoins avec une avide impatience les détails d’un événement qui aura une si puissante influence sur tout l’avenir.

Du reste, je n’ai point eu de nouvelles communications de M. de Vincent, qui attend toujours une réponse de moi, pour laquelle j’attends les ordres de V.M.

Je la supplie de recevoir, etc.

(1). Celle de Friedland, livrée le 14.



CCCXIX



Dantzick, 18 juin 1807.

Sire,

J’apprends enfin, quelques détails de la bataille de Friedland ; et j’en connais à présent assez pour savoir qu’elle sera comptée parmi les plus célèbres dont l’histoire perpétuera le souvenir (1). Mais ce n’est pas seulement sous des rapports de gloire que je me plais à l’envisager, j’aime à la considérer comme un avant-coureur, comme un garant de la paix ; comme devant procurer à V.M. le repos qu’au prix de tant de fatigues, de privations et de dangers elle assure à ses peuples ; j’aime à la considérer comme la dernière qu’elle sera forcée de remporter ; c’est par là qu’elle m’est chère ; car toute belle qu’elle est, je dois l’avouer elle perdrait à mes yeux plus que je ne puis dire si V.M. devait marcher à de nouveaux combats et s’exposer à de nouveaux périls sur lesquels mon attachement s’alarme d’autant plus facilement que je sais trop combien V.M. les méprise.

Je n’essaye pas de mander aucune nouvelle à V.M. car il n’en vient ici que du quartier général et la ville n’en produit aucune.

Je supplie V.M., etc.

(1). « Mes enfants ont dignement célébré l’anniversaire de la bataille de Marengo, écrivait Napoléon à Joséphine, le 15 juin ; la bataille de Friedland sera aussi célèbre et est aussi glorieuse pour mon peuple ». C’est en effet le 14 juin 1800 qui est la date de la bataille de Marengo.



CCCXX



Dantzick, 20 juin 1807.

Sire,

Un officier envoyé par M. de Vincent m’a apporté la lettre que j’ai l’honneur d’adresser à V.M. et à laquelle sont jointes des copies des réponses faites par les cours de Londres, de Pétersbourg et de Berlin à l’offre d’intervention de la cour de Vienne.

Les trois cours acceptent conditionnellement l’offre de l’Autriche, ou plutôt elles promettent de l’accepter, celle de Londres si ses alliés l’acceptent, les deux autres lorsqu’elles sauront sur quelles bases V.M. consentira de traiter, et si ces bases leur conviennent.

Ainsi, l’esprit de ces réponses est le même que celui des dernières lettres du roi de Prusse.

Une chose digne de remarque c’est qu’en jugeant des dispositions des trois cours par le ton général de leurs notes, on est conduit à ce résultat que l’Angleterre, de qui selon toute apparence on devait attendre le plus de difficultés, se montre la plus facile et que la Prusse, à qui il était naturel de supposer le plus d’empressement pour la paix, en a le moins. Les trois cours semblent tenir leurs intérêts unis, si la nécessité ne les force point à les séparer, nécessité que la victoire de Friedland et les évènements qui en sont la suite peuvent amener.

La réponse anglaise est faite par le nouveau ministère et confirme ce que j’ai toujours pensé que ce ministère a besoin de la paix pour se soutenir.

Quant à l’Autriche son embarras est visible. Elle sent bien que la manière dont son intervention a été acceptée, c’est à peu près comme si elle ne l’était pas du tout ; et quoiqu’elle évite d’en convenir elle le dit assez clairement en se bornant à communiquer purement et simplement ces réponses sans y joindre aucune demande. Elle a presque l’air de regarder son rôle comme à peu près fini. Elle ne sait comment aller plus loin, comment demander des explications, n’en ayant point à offrir et quand V.M. n’en a point demandé pour accepter son intervention.

Je supplie V.M., etc.



CCCXXI



Dantzick, 22 juin 1807.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. une nouvelle lettre de M. de Vincent à laquelle est jointe une lettre de S.M. l’empereur d’Autriche pour V.M. C’est probablement la réponse aux communications que V.M. a faites directement à ce prince.

M. de Vincent renouvelle la demande de pouvoir se rapprocher de V.M.

Je supplie V.M., etc.



CCCXXII



Dantzick, 22 juin 1807.

Sire,

Un officier venant de Widdin et arrivé ce matin ici m’a remis deux lettres de M. Mériage que j’ai l’honneur d’adresser à V.M.

L’une d’elles annonce un événement fort important, la déposition et la mort du sultan Sélim et de douze personnages influents.

Ces évènements sont du 29 mai et ont par conséquent 24 jours de date. Cependant, je n’ai reçu aucune nouvelle directe de Constantinople et il n’y en avait point de Vienne.

Le nouveau sultan Mustapha serait fils du sultan Abdul-Hamid, oncle et prédécesseur du sultan Sélim. Il est âgé d’environ 38 ans. Il passe pour n’être pas ami des Russes.

Ibrahim effendi, l’une des victimes, était dévoué à la France. Le chef du Nisam Gérid, le capidgi bachi et Osman effendi avaient paru dans les derniers temps favorables à la France.

Cependant, il paraît positif que l’influence de la Russie n’est pour rien dans la révolution qui vient de s’opérer, et qu’elle n’est que la suite du mouvement qui avait eu lieu au mois de septembre dernier en Roumélie et jusqu’aux portes de Constantinople. Les prétextes de ce mouvement étaient précisément les mêmes que ceux qu’on met en avant aujourd’hui. L’absence du grand vizir et des principaux membres du gouvernement a pu être pour quelque chose dans cette révolution, si la nouvelle est telle qu’on nous la mande.

L’autre lettre donne des détails militaires ; l’armée russe avait passé le Danube sur trois points.

Je fais continuer au porteur de ces dépêches, officier de l’état-major du général Marmont, sa route pour le quartier général de V.M., présumant que V.M. serait bien aise de l’interroger elle-même : M. Mériage annonce qu’il connaît bien l’état du pays et la situation militaire des deux côtés.

Je supplie V.M., etc.



CCCXXIII



Dantzick, 23 juin 1807.

Sire,

J’ai reçu aujourd’hui, à dix heures du matin, la lettre que V.M. m’a fait l’honneur de m’écrire le 20, et ce soir je me mettrai en route pour Koenigsberg. V.M. a amené en un moment ses affaires à un point où je n’aurais jamais osé me promettre de les voir arriver de longtemps. Mais j’admire ; V.M. depuis longtemps m’a accoutumé aux prodiges.

Je supplie V.M., etc.



CCCXXIV



Koenigsberg, 25 juin 1807.

Sire,

Les nouvelles des victoires de V.M., puis le 5 jusqu’au 18 (1), avaient été transmises à M. Mériage, au général Andréossy et au général Sébastiani. Ces différents envois me laissant sans courriers du Levant, j’ai expédié à Constantinople un officier aide de camp du général Savary et dont il me répond. – Il sera porteur de mes dépêches de Vienne, Widdin et Constantinople. Il n’y a aucun pays où l’on ne doive admirer le superbe armistice (2) que V.M. vient de conclure : le représentant polonais qui est ici est parfaitement content.

Je supplie V.M., etc.

(1). La Campagne des dix jours que termina Friedland.

(2). Il conduisait l’armée française jusqu’au bord du Niémen.



CCCXXV



Paris, 4 août 1807.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. une lettre de son ministre en Hollande avec des papiers anglais d’une très fraîche date, qui donnent l’idée d’une tentative de leur part sur le continent.

Je supplie V.M., etc.



CCCXXVI



Paris, 4 août 1807.

Note

Consultats,

Ce dossier renferme un rapport relatif à l’arrivée de l’ambassadeur du Maroc, chargé de présenter les chevaux que son suzerain envoie à V.M.

J’y joins une note relative à la réception que l’ancien gouvernement était dans l’usage de faire et qu’il a faite au dernier ambassadeur de Maroc, en 1777.

1° Une note de l’agent des relations extérieures à Marseille, qui contient quelques renseignements sur la personne de l’envoyé ;

2° Une lettre du préfet qui me paraît le recevoir un peu trop magnifiquement ;

3° Une copie de l’itinéraire que V.M. avait adopté pour le dernier ambassadeur de Tunis.

Cet itinéraire me paraît entraîner trop de dépenses. Il serait suffisant, à ce que je crois, d’envoyer deux serviteurs interprètes de mon département, et de payer la poste de l’ambassadeur.

V.M. trouvera aussi dans ce dossier les lettres consulaires arrivées aujourd’hui.



CCCXXVII



Paris, 6 août 1807.

Note

La correspondance politique de ce jour se compose :

1° D’un bulletin de Varsovie, auquel on joint le tableau des approvisionnements de la place ;

2° D’une lettre de M. le prince Masserano, qui annonce l’envoi d’un ambassadeur extraordinaire de la reine d’Etrurie.

3° D’un tableau des domaines royaux du pays de Bayreuth ;

4° D’une lettre de M. Otto, qui rend compte des suites de l’arrestation d’un embaucheur autrichien. L’instruction paraît compromettre le ministre de Wurzbourg à Munich.

La députation de Dantzick vient d’arriver à Paris dans le moment.

Une lettre de la margrave est jointe à ce dossier.



CCCXXVIII



Paris, 8 août 1807.

Note

V.M. trouvera dans le second portefeuille que j’ai l’honneur de lui envoyer des lettres des 25 et 28 juillet dernier. M. Didelot présente différentes conjectures sur l’objet de l’expédition anglaise dans la Baltique. Les dernier avis qu’il avait reçus d’Elseneur annonçaient que l’escadre anglaise y était attendue dans deux ou trois jours.

Le roi de Suède a dû quitter Stralsund pour se rendre à Malmoë.

Les lettres de la Haye et de Hambourg n’apprennent rien sur l’expédition préparée dans les ports d’Angleterre.

Le prince primat a dû partir de Francfort le 4.

Le prince de Nassau est arrivé ici pour complimenter V.M.

Le landamman arrive la semaine prochaine.

Un ministre de Gotha a une lettre du duc à remettre à V.M.

L’ambassadeur de la reine d’Etrurie est arrivé.

Le prince de la Leyen est ici depuis deux jours.

Le prince d’Isembourg arrive ici demain, ainsi que le fils du prince de Darmstadt.



CCCXXIX




Paris, le 10 août 1807.

Sire,

Les occupations de M. Maret retardant jusqu’à ce soir la remise officielle des portefeuilles, j’ai l’honneur d’adresser encore une fois la correspondance du département à V.M. : elle contient des lettres venues de Vienne par courrier.

J’ai exécuté les ordres de V.M., en parlant ce matin, comme elle l’avait ordonné, à M. de Knobelsdorf et en écrivant à MM. Otto et Massias ; je n’ai point encore vu M. de Metternich, mais je le verrai ce soir.

L’envoi que j’ai l’honneur de faire à V.M. aujourd’hui sera le dernier acte de mon ministère ; le premier et le dernier sentiment de ma vie sera la reconnaissance et le dévouement

Je supplie V.M., etc.



CCCXXX



Paris, 22 avril 1808.

Sire,

J’ai reçu de Pétersbourg une lettre de M. le marquis Douglas qui en refermait une pour V.M. que j’ai l’honneur de lui envoyer.

Il me mande que la lettre qu’il prend la liberté d’écrire à V.M. a pour objet de demander l’agrément de passer par la France pour retourner en Angleterre, sa santé lui rendant extrêmement pénibles les longs trajets de mer (1). Je crois convenable de transmettre à V.M. les renseignements que j’ai sur le personnel (sic) de M. Douglas. Il est fils aîné du duc d’Hamilton. Son goût pour les arts et la musique l’a fait voyager en Italie et en Allemagne. Il n’a occupé aucun emploi jusqu’au ministère de M. Fox dont il professait les principes. M. Fox le fit nommer ambassadeur en Russie. Sa famille a possédé trois duchés-prairies, d’Hamilton en Ecosse, de Brandon en Angleterre, de Châtellerault en France. Sa position lui donne plusieurs voix au parlement et son opinion nous était très favorable. M. de Caulaincourt (2) paraît avoir été très content de M. Douglas.

Je supplie V.M., etc.

Charles Maurice, prince de Bénévent.

(1). Le passeport fut accordé.

(2). Ambassadeur à Saint-Pétersbourg.



CCCXXXI



Paris, 22 avril 1808.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. une copie de la déclaration dont le comte Czernicheff, qui part demain pour Bayonne, est porteur. Il est chargé de remettre à V.M. une lettre de l’empereur Alexandre. Le comte Czernicheff est aide de camp du général Ouvarov (1). La déclaration me paraît renfermer un article qui est bien commode pour nous.

On croît dans le Nord à une entreprise sur la Norvège.

M. de Tolstoï (2) montre une grande joie de la conquête de la Finlande, elle fait en faveur de l’empereur Alexandre une impression très favorable à Pétersbourg.

Je supplie V.M., etc.

(1). Aide de camp d’Alexandre.

(2). Ambassadeur de Russie.



CCCXXXII (1)



Paris, 8 décembre 1808.

Sire,

Nous attendions aujourd’hui un bulletin sur l’affaire de Somo-Sierra (2), mais les nouvelles d’hier se sont tellement répandues que tout Paris les connaît et espère que V.M. est à Madrid (3) depuis plusieurs jours, et c’est là qu’elle ralliera tous les esprits par la perspective des bienfaits d’un noble et heureux règne. Les Espagnols dispersés, fatigués par des défaites, aliénés par des discordes, épouvantés par le spectacle de l’anarchie, doivent tendre de toutes parts à chercher un point de ralliement : et qui mieux que V.M. sait diriger les dispositions naissantes d’un peuple pour les faire servir au succès de ses vues ?

Je me suis abstenu de parler à V.M. du Corps législatif (4) depuis la première séance ; il a pris dès lors une marche si peu régulière et si mal ordonnée que j’ai cherché à savoir s’il obéissait à quelque impulsion, s’il y avait un système, si tout ce qui se faisait était le résultat d’une mauvaise communication ou d’une mauvaise organisation.

Voici quelle est mon opinion sur ce point :

Ce Corps est beaucoup trop nombreux, et il est plus mal organisé que mal composé. Le système de son institution n’est pas dans le caractère national. Des Français, de quelque classe qu’ils soient, ne peuvent pas rester assemblés sans rien dire (5). Le silence obligé est pour leur vanité, pour leur pétulance une véritable loi pénale, et le plus patient d’entre eux est naturellement porté à s’élever au-dessus de cette contrainte par le bavardage et la présomption.

Quant aux détails des petits désordres qui ont agité ce corps dans le cours de la session, ce serait leur donner trop d’importance que d’en entretenir V.M. Il y a quelque intrigue, un peu de personnalité ; mais rien de tout cela ne s’élève jusqu’à l’esprit de faction. Les deux hommes qui ont le plus d’influence sont loin d’avoir ce qu’on appelle un parti. Ils ont des amis et non des partisans. La masse du corps est sans vues et sans caractère marqué. Le président (6) a des idées sages et saines. Il est dévoué à V.M., il est engagé par toute son existence et par les intérêts de la vanité, qui sont au-dessus de l’existence pour un homme de lettres.

M. de Montesquiou est un galant homme qui montre de l’esprit, des talents et une ambition naturelle dans sa position et légitime dans un homme de son nom.

Individuellement, les autres membres sont des sujets fidèles et bien intentionnés : mais ces sentiments ne les préserveront d’aucune des inconvenances, des fausses démarches, des délibérations irréfléchies qui sont dans l’essence des institutions mal organisées.

Je ne pense cependant pas qu’un Corps délibérant et perpétuel soit sans danger en France ; et je crains bien qu’on ne soit un jour comme nécessairement entraîné à des mesures d’abolition. Néanmoins, dans tout état de cause, il faut, en France, une sorte de représentation pour voter l’impôt : on serait donc obligé de substituer un nouveau Corps à celui qui existe ; mais faut-il porter la destruction au sein même du Corps politique que V.M. a formé, et si près des bases de l’édifice de sa dynastie ? Je ne le pense pas. Il ne faut pas se priver du bénéfice du temps qui vient de s’écouler. La gloire immense que V.M. a recueillie a jeté à une grande distance en arrière de nous le point d’où nous sommes partis. L’éclat de ce règne a ébloui tous les esprits ; et les degrés par où V.M. nous a élevés au point où nous sommes ne sont plus aperçus ni mesurés par personne. Tout a vieilli pour nous en peu d’années ; et ce serait méconnaître et compromettre même les bienfaits de cet heureux prestige que de placer parmi des créations qui ont déjà un certain caractère de vétusté, le disparate d’une institution toute nouvelle. Je crois donc qu’il faut dans l’espace d’une session à l’autre chercher à diminuer et à modifier le Corps législatif, et le mettre plus en harmonie avec le système monarchique et avec le caractère national. Il me semble qu’il y aurait plus que de l’inconvénient à faire davantage.

Je supplie V.M., etc.

(1). Cette lettre n’existe pas en original, mais en copie.

(2). Du 30 novembre.

(3). Madrid avait été occupé le 4 décembre.

(4). Cette lettre répond à celle de Napoléon du 27 novembre.

(5). On sait que le Corps législatif devait voter en silence sur les projets préparés par le Conseil d’Etat.

(6). Foutanes.



CCCXXXIII (1)



Paris, fin avril 1809.

Sire,

J’ai l’honneur d’envoyer à V.M. la liste des nominations du Sénat, que j’ai présidé cette semaine, conformément aux ordres de V.M. Je me suis attaché à écarter le nom des personnes qui m’avaient été désignées par le ministre de l’intérieur, et j’ai eu peu à faire pour remplir sur ce point le devoir de ma place (2). Il suffisait de faire connaître à quelques personnes les impressions qui m’ont été données et qui ne pouvaient être que des ordres pour tout ce qui a l’honneur d’être serviteur de V.M.

A la fin de la dernière séance, nous avons eu le bonheur de pouvoir lire l’ordre du jour du 24. Il y a treize jours que V.M est absente (3), et elle a ajouté six victoires à la merveilleuse histoire de ses précédentes campagnes. Elle ne pouvait nous étonner que de cette manière ; car aucun triomphe ne pourra nous surprendre par sa grandeur, mais aucun de nous ne comprendra jamais qu’une campagne ait pu approcher si près de son terme lorsqu’on s’attendait à peine qu’elle pût être près de son début.

Je ne sais s’il me sera permis, Sire, de parler à V.M. des dangers qu’elle a consenti à courir ; ils sont connus ici de bien peu de gens. Mais j’ose l’assurer que lorsque malgré tous les efforts que l’on a raison de faire pour les cacher, l’effrayante nouvelle en sera devenue publique, tous les cœurs seront brisés de douleur et je ne crains pas d’ajouter que l’impression ira jusqu’à affaiblir la reconnaissance et l’admiration dont tous vos sujets doivent être pénétrés. Votre gloire, Sire, fait notre orgueil, mais votre vie fait notre existence (4).

Il ne me reste rien à faire ici, où je ne puis servir V.M. Tout ce qui me rappelle le temps où j’étais assez heureux pour que mes moments fussent utiles à son service, contribue à attrister mon séjour à Paris. J’y resterai encore quelques jours pour placer ma nièce dans sa nouvelle famille et j’irai aux eaux de Bourbon-l’Archambault, où mon seul désir et ma plus vive espérance seront de recevoir des nouvelles d’Allemagne. Tout éloigné que je suis de la scène de ses glorieuses entreprises, je n’existe pas moins par tous mes sentiments, par toutes mes pensées dans le premier rang de ses serviteurs qui ont placé ce qu’ils attendent personnellement de considération, de gloire et de bonheur dans l’accomplissement des grandes vues de V.M.

Je supplie V.M., etc.

(1). Cette lettre n’existe pas en original, mais en copie.

(2). Sa place de vice-grand-électeur.

(3). Napoléon avait quitté Paris le 13 avril. Le bulletin du 24 dont parle Talleyrand, daté de Ratisbonne, relate en effet six victoires, dont celle d’Eckmühl et la prise de Ratisbonne.

(4). Napoléon avait été légèrement blessé devant Ratisbonne.






FIN



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D'après les Archives du ministère des Affaires Etrangères

LETTRES A NAPOLEON * 1800-1809 * - PERRIN - PARIS - 1889 PAR PIERRE BERTRAND










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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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