

LE MINISTERE TALLEYRAND
9 JUILLET - 26 SEPTEMBRE 1815
PAR
LEON MUEL
Pendant le règne de Louis XVIII, six ministères se sont succédés. Par ordonnance du 9 juillet 1815, il a composé comme suit son premier ministère :
Présidence du Conseil et Affaires Etrangères : Prince de Talleyrand.
Finances : Baron Louis.
Police générale : Duc d’Otrante.
Justice et garde des Sceaux : Baron Pasquier.
Guerre : Maréchal Gouvion- St-Cyr.
Marine et Colonies : Comte de Jaucourt.
Maison du Roi : Duc de Richelieu
Intérieur : confié provisoirement au ministre de la justice.
La duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI, rentrée aux Tuileries le 11 septembre seulement, avait à l’annonce d’une visite de tous les ministres, déclaré que « ne pouvant prendre sur elle de supporter froidement la vue de l’un de ces hommes qui avaient envoyé son père à l’échafaud, elle ne recevrait pas le duc d’Otrante ». D’autre part, M. Lainé, député, interrogé par le baron Pasquier sur les dispositions de la nouvelle Chambre à l’égard du cabinet, avait répondu : « La présence de Fouché dans le cabinet semble à la Chambre une monstruosité ; si le ministère se présente devant elle avec le duc d’Otrante, ce dernier l’entraînera inévitablement dans sa chute. » M. de Talleyrand, informé de ces propos, n’hésita plus ; une négociation fut immédiatement entamée avec Fouché qui, le 19 septembre, remit sa démission aux mains du président du Conseil en échange du titre d’ambassadeur auprès de la petite cour de Dresde. Cinq jours après, le 24, effrayé à la pensée des colères qu’avaient dû susciter ses actes des trois derniers mois, croyant voir à chaque pas le bras d’une victime ou d’un vengeur se lever sur lui, Fouché, caché sous un épais déguisement, fuyait silencieusement de Paris, et ne quittait ces mystérieuses précautions qu’après avoir franchi la frontière.
Louis XVIII avait récemment appris de la bouche de l’empereur Alexandre lui-même que la Russie, de toutes les puissances celle qui était le plus favorable à la France, nous prêterait un concours plus bienveillant dans les négociations qui allaient s’ouvrir, si la politique française était représentée par un homme moins antipathique que M. de Talleyrand.
La nouvelle Chambre était hostile au cabinet, et en particulier au chef de ce cabinet ; elle trouvait que la présence dans le conseil du roi, de M. de Talleyrand, ancien évêque marié, était un scandale. M. de Talleyrand, persuadé que, dans une telle situation, la menace d’une retraite en masse du cabinet engagerait Louis XVIII à soutenir énergiquement le ministère contre la Chambre, fait part de son projet à ses collègues, et le 24 septembre, se rendant aux Tuileries, il fait au roi le tableau des difficultés que présentaient les négociations avec les souverains alliés, parle ensuite des dispositions peu favorables de la nouvelle Chambre, puis il ajoute : « Que le ministère ne pourrait rester aux affaires s’il ne présentait pas devant la Chambre avec un appui personnel, particulier du roi, et si Sa Majesté ne faisait pas connaître sa volonté très ferme de le soutenir envers et contre tous, en raison de la gravité des circonstances. Que dans le cas où ses collègues et lui n’obtiendraient pas l’appui qu’ils espéraient, ils se verraient obligés de remettre leurs portefeuilles au roi. »
La perspective d’une lutte à soutenir contre la Chambre avait causé de l’humeur à Louis XVIII ; en entendant la dernière phrase de M. de Talleyrand, son humeur devient de l’irritation : « Eh bien ! dit-il, si le cabinet donne sa démission je nommerai d’autres ministres ». M. de Talleyrand, d’abord interdit, réplique : « Ainsi le roi accepte nos démissions ? » Louis XVIII ne répond rien. M. de Talleyrand se retire. Le ministère était renversé.
Par ordonnance du 28 septembre, le prince de Talleyrand a été nommé ministre d’Etat et grand chambellan ; cette ordonnance était ainsi motivée : « Voulant donner à notre fidèle et aimé le prince de Talleyrand une marque de notre satisfaction pour les services qu’il nous a rendus, et reconnaître sa fidélité à notre personne, nous avons ordonné, etc… »
Le prince de Talleyrand a été remplacé par le duc de Richelieu, le 24 septembre aux affaires étrangères, et le 26 à la présidence du Conseil.





