

RAPPORT
DE
TALLEYRAND
AU
PRESIDENT DU DIRECTOIRE MERLIN
AU SUJET DE L'ADJUDANT GENERAL JORRY
7 GERMINAL AN VI
[27 MARS 1798]
Citoyen Président,
Le Directoire désire que je lui envoie le détail de ce qui s’est passé entre l’adjudant général Jorry et moi.
Quelques jours après le 18 fructidor, le Directoire m’adressa Rossignol, Jorry, Communeau et un adjudant dont j’ai oublié le nom avec invitation de les employer en Italie dans l’agence secrète. Le ministre de la police Sottin me les amena lui-même et me fit connaître les intentions du Directoire. Je leur proposai d’aller à Rome, ils me demandèrent à réfléchir et à déjeuner. J’obtins de Jorry et de Communeau de partir pour l’Italie. Rossignol refusa et reçut quelques secours de la police ; l’adjudant dont j’ai oublié le nom demanda quelques jours pour se décider, et ne revint plus. Communeau demanda un passeport, cent louis et partit : je lui donnai des lettres pour le général en chef en le priant de l’employer et de le surveiller. Il m’écrit de Rome les lettres les plus absurdes que jamais agent secret ait écrites. Jorry fit avec moi le même traité que Communeau ; son passeport fut fait, son argent préparé. Il vint le lendemain me demander son argent pour les petites dispositions de son départ : on lui remit cent louis, il annonça qu’il viendrait prendre son passeport, et depuis ce temps je ne l’ai pas vu. J’ai écrit tous ces détails au ministre de la police Sottin.
Salut et respect.
Ch. Mau. Talleyrand.
Je vous préviens, Citoyen Président, qu’Isquierdo est encore ici ; il est venu ce matin chez le secrétaire général des relations extérieures pour demander à me parler : j’ai refusé de le voir, il est sorti de la maison avec beaucoup d’humeur et de plaintes.
ARCHIVES NATIONALES F/7/6152/855





