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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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L. A.

DE TALLEYRAND,

ADRESSEE A

M. DE THIARD,

CHARGE DE NEGOCIER LE MARIAGE DU PRINCE EUGENE

EN DATE DU

17 BRUMAIRE AN XIII

[8 NOVEMBRE 1804]



Paris, 17 brumaire an XIII [8 novembre 1804]

J’ai reçu, Monsieur, vos deux lettres du 15 vendémiaire et du 2 brumaire, sur l’affaire dont je vous ai chargé. Il résulte de ce que vous me faites l’honneur de me mander que cette négociation particulière acquiert tous les jours de l’importance et devient de plus en plus pressante : il convient d’aller au but.

L’obstacle qui vous a frappé est certainement de nature à faire craindre quelque résistance soit fondée, soit de prétexte : mais le moyen que vous proposez de la faire lever par l’Electeur de Bade, en l’adressant à ce prince, ne peut être adopter. Cette manière indirecte a quelque chose en soi de peu élevée qui ne saurait convenir à une Cour comme la nôtre. Une intrigue heureuse, dans ces sortes de matière, ne peut s’avouer, et celle qui échouerait serait difficile et même impossible à cacher. La seule marche qui soit bienséante est d’aller directement à l’Electeur de Bavière. Vous devez lui faire demander par M. de Mongelas, [en raison de la lettre de l’Empereur que vous avez à lui remettre – ces mots se trouvent biffés dans l’original], un entretien particulier ; et là vous devez lui proposer sans détour l’alliance de la famille de Sa Majesté avec la sienne.

L’Empereur a montré qu’il voulait protéger la Maison de Bavière ; il ne peut offrir une meilleure, une plus sûre garantie de la durée de ses sentiments pour l’Electeur. L’Empereur n’a point de prince de son nom qui puisse être établi. Le jeune Beauharnais peut l’être, et à cette occasion Sa Majesté fera pour lui tout ce qu’il ferait pour une personne de son nom. Elle a fait voir quelles étaient ses vues à l’égard de la succession au trône ; il n’y a personne en Europe qui n’ait vu d’une manière évidente dans le Senatus Consulte d’avènement que l’héritier présomptif était dans la bouche du prince Louis. Cette disposition prévue et bien écrite place le prince Beauharnais (car je puis lui donner déjà le titre) dans une position particulièrement avantageuse. Beau-frère d’un prince impérial, oncle de celui qui sera probablement appelé à la succession, beau-fils de l’Empereur qui règne, fils unique de l’impératrice.

Voilà pour la dignité. Les avantages seront tout ce que l’on voudra désirer.

Pour l’Electeur, une position assurée à jamais et embellie par la perspective la plus plausible de tous les degrés successifs d’agrandissement dont l’avenir pourra fournir l’occasion. Une sauvegarde puissante contre la jalousie et l’ambition des grandes Cours, des rivaux et des voisins. Tous les agréments qui doivent provenir d’une correspondance parfaite de destinée avec le premier empire de l’Europe, de confiance avec le premier souverain du monde et d’intérêts avec une nation que l’Electeur a toujours préférée à toutes les autres.

Pour la princesse, un état que le souverain le plus libéral qui existe se plaira à former avec une magnificence qui réponde à ses affections, un établissement pour lequel la convenance de la princesse et de l’Electeur seront consultés, soit pour les formes, soit pour la situation, soit pour l’étendue ; et enfin l’avantage d’arriver au moment où le goût, l’élégance, la dignité rappellent les Français à toutes les jouissances délicates de l’esprit, et de faire soi-même dans une Cour nouvelle le choix des personnes et des moyens les plus propres à en rétablir l’empire. Voila l’esprit du bon résultat de la négociation directe dont vous êtes chargé avec l’Electeur.

L’autre esprit est facile à présumer. Un refus et des marques même de répugnance sont la chose du monde la plus impossible à pallier et à réparer. Le prince le plus puissant de l’Europe est en même temps l’homme du caractère le plus élevé : magnifique dans ses affections, irréconciliable dans une disposition contraire ; ayant, comme cela est dans la nature de toutes les facultés humaines, plus de pouvoir encore pour nuire que pour servir, et ne connaissant guère d’obstacles : cette âme forte présente en même temps tous les avantages et tous les inconvénients du présent que la nature a faite aux hommes.

Je n’ai pas besoin d’en analyser les conséquences et d’en taire les applications pour être bien compris par l’Electeur de Bavière. Mais je dois particulièrement vous recommander d’arrêter son attention sur les suites inévitables d’une indiscrétion. Cette négociation doit être à jamais secrète : le succès seul doit la faire connaître. Le refus est un malheur que l’Electeur devrait désirer de se cacher à lui-même. Sa notoriété ne ferait qu’accélérer plus rapidement les maux qu’il ne peut manquer d’attirer sur sa Maison.

Je ne vois point d’inconvénient à ce que M. de Mongelas en soit instruit : faites-lui connaître votre demande avec détails et concertez-vous avec lui pour savoir s’il vaut mieux qu’il parle à l’Electeur avant ou après vous. C’est fortifier le secret que de l’y associer parce que plus qu’aucun autre, il en sentira l’importance.

Si les rapports directs et anciens de l’Electeur avec moi et dont à chaque occasion il aime à me prouver qu’il se souvient, pouvait donner à mon opinion personnelle une influence quelconque sur sa décision, servez-vous de moi à cet égard comme vous le voulez.

Quant à l’obstacle que vous avez prévu de la part de la Cour de Bade, il me semble qu’il est facile d’indiquer à l’Electeur de Bavière un moyen simple de le lever, ce serait d’engager l’Electeur de Bavière à donner sa cadette à l’Electeur de Bade.

Les âges ne s’opposeraient point à cet arrangement ; et, comme cela, tous les intérêts seraient d’accord. Si l’on vous proposait la cadette, vous direz que les âges s’y opposent, et vous déclinerez. Si vous pouvez parler ou faire part à la jeune princesse, mettez-la dans vos intérêts, en encourageant son goût pour la France. M. de Mongelas doit être informé de vos démarches et agir de son côté : dites-lui qu’il n’est pas impossible de former l’établissement de M. de Beauharnais avec d’anciennes terres de la Maison de Bavière de ce côté-là du Rhin.

J’ai l’honneur de vous saluer.



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Lettre copiée par M. de Marmont - Collection Philippe MAILLARD. Reproduction interdite




Voir la lettre







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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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