

LETTRE
DE TALLEYRAND
AU CARDINAL FESCH
MINISTRE DE LA LEGATION A ROME
EN DATE DU
15 THERMIDOR AN XII
[3 AOUT 1804]
Monsieur le cardinal,
Le culte a commencé à reprendre sa pompe extérieure par l'effet des lois qui la permettent et par les libertés particulières dont elle est l'objet. Toutes les institutions civiles ont été mises de nouveau sous le sceau de la religion. Les naissances, les mariages sont consacrés par ses solennités, et les pompes funèbres que l'on avait proscrites dans des temps où les usages les plus solennels et les plus touchants n'étaient plus respectés, ont été rétablies par la sagesse d'un gouvernement qui cherche des moyens d'émulation pour la vertu, jusque dans les derniers honneurs rendus à sa mémoire.
C'est dans ces circonstances où l'opinion publique s'épure et s'affermit de jour en jour, que la présence du Saint Père en France peut achever un changement que Sa Majesté impériale a si heureusement commencé. Le respect et la considération dont Sa Sainteté y jouit, lui rendent ce succès facile. Il le devient encore davantage par la tendance de tous les esprits vers un système qui offre plus de repos à la conscience, et plus de consolations au malheur. Tout, jusqu'à l'oubli de ces principes pendant dix ans, contribue à en faire mieux sentir la nécessité, et la génération même qui s'en était écartée désire que celle qui doit la suivre s'y attache plus étroitement et plus franchement.... La France est pour le Saint Père un pays nouvellement reconquis. Son influence personnelle y affermira mieux les principes religieux qui dirigent sa conduite, et que la pureté de sa vie ne peut que faire aimer davantage....
Agréez, monsieur le cardinal, l'assurance de ma plus haute considération.
Ch. Mau. TALLEYRAND.
in HISTOIRE DU PAPE PIE VII PAR LE CHEVALIER ARTAUD VOL. I
PARIS - ADRIEN LE CLERE - 1837





