

LETTRE
DE TALLEYRAND
AU CITOYEN CACAULT
MINISTRE DE LA LEGATION A ROME
EN DATE DU
8 AVRIL 1803
CITOYEN,
Les circonstances actuelles relativement aux liens politiques et religieux qui unissent la France et la cour de Rome, ont paru exiger du gouvernement qu'il donnât à la légation de la république à Rome, le même appareil qu'elle avait avant la révolution, et en conséquence le premier consul a déterminé qu'elle serait remplie par un cardinal français. Il n'y avait qu'une considération de cette nature qui pût le décider à changer votre résidence en vous nommant un successeur. Mais en me donnant l'ordre de vous annoncer cette détermination, il m'a expressément chargé de vous marquer qu'il ne cessait pas d'être satisfait de vos services, et qu'un motif de gouvernement tel que celui que je viens de vous exposer, avait pu seul lui faire mettre un terme à la mission que vous avez, à son gré, si sagement et si honorablement remplie. Le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, a été nommé pour vous remplacer ; il doit partir avant le 1er floréal, et arriver à Rome avant le 20. En faisant part de cette nomination à la cour de Rome, vous lui ferez observer, sans qu'il soit besoin que je vous le recommande, qu'un tel choix, par les rapports qui unissent M. l'archevêque de Lyon au chef du gouvernement français, et par son mérite personnel, est un témoignage particulier de la considération que le premier consul a pour Sa Sainteté, et qu'il est charmé par cette espèce de profession publique de ses égards pour le Saint Siége, d'accomplir le grand et mémorable ouvrage de la réunion de la France à la Métropole de la catholicité.
L'intention du premier consul est que vous jouissiez de votre traitement jusqu'à ce que vous ayez été nommé à une autre légation. Mais il veut, avant d'avoir déterminé votre nouvelle résidence, que je puisse l'informer des motifs de préférence que vous pourriez avoir. Les principales légations d'Italie peuvent et doivent probablement être vacantes, d'une manière avantageuse pour ceux qui les remplissent. Je voudrais encore savoir si vous auriez formé le désir d'entrer dans le Sénat : mais de toutes les manières que le gouvernement de la république peut avoir de récompenser votre zèle, cette distinction ne serait pas celle qui me conviendrait le plus, parce qu'elle interromprait nécessairement le cours des services que vous rendez au département que je dirige, et le priverait d'un agent dont personne ne connaît et n'apprécie plus que je ne le fais, les talents, la prudence et l'habileté.
Recevez, je vous prie, Citoyen, l'assurance de mon sincère attachement.
Ch. Mau. TALLEYRAND.
in HISTOIRE DU PAPE PIE VII PAR LE CHEVALIER ARTAUD VOL. I
PARIS - ADRIEN LE CLERE - 1837





