

L. S.
DE TALLEYRAND
A
JOSEPH BONAPARTE
SUR LA REMISE
DE LA TOISON D'OR ESPAGNOLE
A JOSEPH
[24 JUILLET 1805]
Monseigneur,
Sa Majesté l’Empereur m’a chargé d’annoncer à votre Altesse Impériale que son Excellence Monsieur le prince Masserano, ambassadeur de sa Majesté Catholique lui remettra la décoration de l’ordre de la Toison d’Or qui lui a été conféré par S. M. le Roi d’Espagne. Elle me permettra de lui observer que l’usage, en semblable circonstance, est, après avoir reçu cette décoration, de demander à sa Majesté l’Empereur l’autorisation directe de la porter.
Sa Majesté ayant crée la légion d’honneur pour récompenser et signaler à l’opinion publique les services rendus à la patrie par toutes les classes de ses sujets a eu la pensée de lier à cette institution toutes celles qui ont été fondées pour le même objet dans d’autres pays et principalement dans les états unis d’intérêt et d’affection avec la France.
Dans cette vue, elle a bien voulu accorder la grande décoration de la légion à des étrangers distingués par leur attachement au service de leur pays et à la gloire de leur prince ; et elle a été guidée dans ce choix par la faveur particulière dont ces personnes jouissent auprès de leurs souverains.
Ainsi, Monseigneur, la décoration qui vous est aujourd’hui accordée et l’autorisation que vous recevez de la porter ne changent rien aux rapports exclusifs de dépendance et de dévouement qui vous attachent à Sa Majesté. Elles ne feront que constater que les qualités qui vous distinguent ont une notoriété extérieure et qu’en Europe comme en France, votre Altesse Impériale est considérée comme étant au premier rang des personnes qui ont mérité par leur zèle et par leurs services d’obtenir l’estime publique et la bienveillance de leur souverain.
Sa Majesté m’a donné l’ordre d’observer à votre Altesse Impériale, qu’elle doit d’après l’usage établi, faire un présent à M. le prince Masserano.
Je m’applaudis, Monseigneur, d’avoir à vous transmettre ce témoignage honorable de l’opinion, des sentiments et de la faveur particulière de Sa Majesté et je vous prie en même temps d’agréer les assurances du respect avec lequel j’ai l’honneur d’être, de votre Altesse Impériale, le très humble et très obéissant serviteur.
Ch. Mau. Talleyrand.
Paris le 5 thermidor an 5 [sic] [an 13] [24 juillet 1805].
Archives Nationales - 400AP13





