

NOTE
DU
MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES
A
M. DE GRAVINA
AMBASSADEUR D’ESPAGNE EN FRANCE
EN DATE DU
26 THERMIDOR AN XII
[14 AOUT 1804]
Paris, le 26 thermidor an XII [14 août 1804].
Monsieur, j'ai mis sous les yeux de Sa Majesté l'Empereur la lettre que vous m'avez communiquée. L'officier Wright a été pris par nos croiseurs au moment où il débarquait sur la côte de Bretagne Jean-Marie et deux autres brigands. Cet officier a débarqué à la falaise de Biville sur la côte de Normandie, par trois fois consécutives, les brigands chargés d'assassiner le premier magistrat de la France. Par toutes les enquêtes qui ont été faites, nous avons acquis la preuve qu'il a été mis à la disposition de lord Hawkesbury par l'amirauté, sans qu'elle connût l'usage auquel il devait être affecté ; de braves militaires comme les lords de l'amirauté n'auraient pas souffert que le pavillon anglais et les officiers de la marine anglaise fussent déshonorés par un pareil service ; on a la conviction que cet acte déshonorant est personnel à l'officier Wright, à lord Hawkesbury, qui a lui-même tiré de la trésorerie les 40 000 livres sterling qu'il a livrées pour prix de ce crime. Toutefois, le ministre actuel des Affaires étrangères ayant réclamé par votre canal le capitaine Wright, Sa Majesté l'Empereur, toujours empressé de faire tout ce qui peut dépendre de lui pour diminuer les fléaux de la guerre, m'a ordonné de vous déclarer qu'il ne pouvait pas consentir à l'échange de M. Wright, ne pouvant échanger un criminel pour un brave et loyal officier ; mais qu'il ordonnerait qu'il fût remis à la disposition du gouvernement anglais, afin qu'il en soit usé par ce gouvernement comme il lui conviendra. C'est à la postérité à d'imprimer le sceau de l'infamie sur lord Hawkesbury et les hommes assez lâches pour avoir adopté comme moyen de guerre l'assassinat et le crime. Je désire, Monsieur, que vous voyiez dans cette disposition de Sa Majesté l'Empereur un désir de faire quelque chose qui vous soit personnellement agréable, et aussi une preuve de l'intention où il est de ne jamais confondre l'indignation qu'il peut éprouver d'attentats particuliers tramés contre sa personne avec les intérêts généraux de l'humanité et de la génération présente. J'attendrai donc, Monsieur, de connaître par votre canal le lieu où le gouvernement anglais désire que ce criminel soit remis.
Ch. Mau. TALLEYRAND.





