

L. S.
DE TALLEYRAND,
AU COMTE AUGUSTE DE GOLTZ
MINISTRE DE PRUSSE
EN DATE DU
5 AOUT 1815
AU SUJET DE
M. FAUCHE BOREL
Paris, 5 août 1815.
Monsieur le comte,
J'ai reçu la nouvelle lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, relativement à M. Fauche Borel, et je me suis fait donner les renseignements que le département de la police générale avait pu recueillir sur lui.
Il résulte de ces renseignements que M. Fauche Borel s est habituellement montré dévoué à la cause du roi, qu'il a même souffert pour cette cause, puisqu'il a été détenu plusieurs années au Temple, par suite des démarches qu'il avait faites pour la défendre. Toutefois (et vous pourrez, monsieur le comte, en juger par l'extrait ci-joint des notes qui m'ont été transmises), sa conduite a pu paraître équivoque en plusieurs circonstances. Quoique la police n'en ait pas tiré contre lui une induction complètement défavorable, comme les points sur lesquels ont dû porter les soupçons intéressaient vivement les affections, aussi bien que le service du roi, il était naturel qu'il restât dans l'esprit de Sa Majesté des doutes à son égard. Ce sont probablement ces doutes qui ont donné lieu aux mesures prises envers M. Fauche Borel.
Il est certainement à regretter que le ministère de Sa Majesté ait omis, monsieur le comte, de vous prévenir de ces mesures et du motif qui les déterminait ; mais le gouvernement de Sa Majesté Prussienne comprendra facilement, sans doute, que, dans les circonstances, et au milieu des agitations qui ont accompagné le séjour du roi à Gand, la marche des affaires ait pu perdre quelque chose de sa régularité ; et que le ministère n'ait point mis, dans ses communications avec la légation prussienne, le soin que, dans une situation plus tranquille, il est et sera toujours empressé d'y apporter.
J'ai l'honneur d'être, monsieur le comte, etc., etc.
Signé : le Prince de TALLEYRAND.
in MEMOIRES ANECDOTIQUES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANCAISE TOME II
PAR LOMBARD DE LANGRES - PARIS - LADVOCAT - 1823





