

REPONSE DU MINISTRE
DES RELATIONS EXTERIEURES
A LA LETTRE
DE M. GERRY
DU 20 JUILLET 1798
22 JUILLET 1798
Trouvez bon, Monsieur, que je m’attache particulièrement aux deux derniers paragraphes de votre réponse du 2 de ce mois, à ma lettre du 24 messidor. Quelque facile qu’il soit de rectifier ceux qui précèdent, ce serait rentrer, sans utilité, dans le cercle des digressions.
Il m’appartient de sentir ce que dans l’état des choses vous croyez devoir à votre gouvernement, et cette considération suffirait seule pour m’arrêter, si je mettais moins de prix à la conciliation.
Vous me répétez que le gouvernement des Etats-Unis a toujours été disposé à terminer à l’amiable, les différends qui subsistent entre les deux Républiques. Cette assurance nouvelle, dans un moment où ses démonstrations sont hostiles, ne peut qu’en tempérer l’effet. Mais qu’un acte franc, loyal, vraiment amical, réalise donc promptement ces dispositions ! quoi qu’elles soient loin de se faire sentir dans les réponses du président aux adresses qui lui ont été présentées de différents ports des Etats-Unis, je me plais qu’à ne voir qu’un expédient politique dans ses expressions. Je n’en augure pas moins bien des intentions véritables que vous professez en son nom, et je ne vous aurais pas invité à garantir le succès de la première preuve qu’il en voudra donner, si le directoire exécutif, qui était prêt à vous recevoir, n’avait pas pris une détermination fixe à cet égard.
Une négociation peut donc être reprise à Paris même, où je me flatte que vous n’avez remarqué que des témoignages d’estime, et où ne peut manquer d’être bien accueilli tout envoyé qui réunira vos avantages.
J’ignore au surplus, Monsieur, pourquoi vous me dites qu’il faudrait élaguer de cette négociation tout préalable d’emprunt et d’explication sur les discours prononcés par le président. Veuillez bien relire les propositions que je vous ai transmise le 30 prairial ; elles contiennent toute la pensée du gouvernement français, et vous n’y trouverez pas un mot qui justifie votre retour sur ces deux questions. Une odieuse intrigue s’en est emparée ; la dignité du gouvernement n’a pu souffrir ce mélange, et il n’a point voulu que des vues pures comme les siennes pussent y être associées. Quant aux mesures préalables que vous suggérez, Monsieur, le gouvernement a déjà prévenu votre désir. Des informations qu’il vient de recevoir lui apprennent en effet que des violences ont été commises sur le commerce et les citoyens des Etats-Unis, dans les Antilles et sur les côtes. Rendez-lui la justice de croire qu’il n’a besoin que de connaître les faits pour désavouer tous les actes contraires aux lois de la République et à ses arrêtés. On s’occupe à y porter remède, et des ordres vont parvenir dans les Antilles, pour faire rentrer tout dans les limites légales, jusqu’au moment où un arrangement amical, entre la France et les Etats-Unis, les aura respectivement rétablis dans la jouissance de leurs traités.
Ce moment, Monsieur, ne peut être trop prochain. Je ne cesse de regretter que vous vous soyez refusé à l’accélérer, persuadé, comme je le suis toujours, que vous y étiez pleinement autorisé. Agréez mes vœux pour votre heureux passage, et l’assurance de ma parfaite considération.
Paris, le 4 thermidor an 6
Signé, TALLEYRAND.





