

LETTRE
DU PRINCE DE TALLEYRAND
A
LA PRINCESSE DE VAUDEMONT
EN DATE DU
30 SEPTEMBRE 1831
Londres, le 30 septembre 1831.
Lisez le Times d’aujourd’hui 30. Il faut le lire dans l’original parce que les journaux français le défigureront avec ou sans mauvaise intention. Lord Londonderry m’a attaqué sur l’influence que j’exerçais sur la conférence et sur le ministère anglais ; et tout cela avec des épithètes d’adresse et de finesse qui étaient plutôt malveillantes. Le duc de Wellington s’est levé et a vivement repoussé les attaques faites contre moi ; il a surtout insisté sur ce que je défendais avec fermeté les intérêts de la France, sans que jamais personne ait pu attaquer la loyauté et la franchise de mon caractère. (Cela vous apprendra que cet homme qui vous aime est très franc et très loyal.) Lord Holland a parlé après le duc de Wellington ; il a parlé dans le même sens et avec beaucoup de force. Ainsi tous les partis se sont réunis d’une manière très flatteuse pour moi.
A Paris pour lequel je me tue, personne n’imagine d’en faire autant. On se croit quitte de tout quand vous m’avez écrit quelques paroles douces et je suis porté à croire que l’on a raison.
Le sort du bill de réforme est encore incertain ; mais ce qu’il y a de sûr, c’est que, le bill adopté ou rejeté, les ministres resteront.
A présent, nous avons des conférences de cinq à six heures chaque jour ; nous voulons finir et nous finirons.
Le roi de Hollande n’attaquera pas, quoiqu’en disent tous les journaux et tous les messieurs de Celles et Cie. Si même il était nécessaire de prolonger de quelques jours l’armistice, je crois qu’il s’y prêterait.
Qu’on nous laisse faire et l’on finira suffisamment bien.
Adieu….
Ch. Mau. TALLEYRAND.
in MEMOIRES DE TALLEYRAND





