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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE MOLE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

6 OCTOBRE 1830







Londres, 6 octobre 1830

J'ai été reçu ce matin en audience particulière par le Roi. Sa Majesté était venue hier au soir de Brighton et y retourne aujourd'hui. Elle a vu également, ce matin, M. de Brunswick, qu'elle traite avec une grande froideur. Sa Majesté a reçu l'ambassadeur du Roi avec les formes les plus gracieuses et les plus bienveillantes. Elle a demandé avec empressement des nouvelles du Roi. Elle a parlé de son amitié pour lui, des circonstances difficiles au milieu desquelles il se trouvait, et le désir qu'elle lui connaissait que l'ordre établi ne fût troublé nulle part. Ces paroles avaient plus les formes d'une conversation que celles d'une réponse à un discours. Elle a mêle à d'autres sujets indifférents quelques réflexions sur la dissolution des sociétés populaires, qui indiquaient qu'elle avait vu cette mesure avec plaisir. Je lui ai adressé le discours que je vous envoie avec cette dépêche. Je ne le livrerai point ici à l'impression. Je crois plus convenable qu'il paraisse d'abord dans le journal français. Sa publication serait peut-être d'un bon effet. Il est tel que le Roi l'a lu et approuvé.

Nous ne devons pas reprocher à lord Aberdeen de ne m’avoir pas fait de communication sur une demande de secours qui lui aurait été adressée par le gouvernement des Pays-Bas. Je puis vous donner l’assurance qu’il n’y a pas eu telle chose qu’une démarche de cette nature. Il y a eu des craintes exprimées, des besoins montrés ; on m’a parlé des peines et des embarras de la circonstance ; mais aucune demande positive n’a été faite. La vraie demande d’appui et d’assistance m’est arrivée que cette nuit à minuit. Lord Aberdeen vient de me confirmer tout ce que je vous écris à ce sujet. Le gouvernement anglais ne répondra qu’après s’être entendu avec nous. Ce concert est aujourd’hui désiré vivement par le cabinet de Londres ; et il me semble que pour obtenir un pareil résultat, du 27 septembre au 3 octobre que je vous ai écrit, il n’y a pas eu de temps perdu. J’avais cru préférable que la proposition en vînt du gouvernement anglais ; je suis encore de cet avis, mais s’en y tenir beaucoup, puisque je vois par la lettre que vous avez écrite, soit dit en passant, sans m’en avoir prévenu, au duc de Wellington, qu’il y a des ouvertures faites de notre côté. Ce n’est point là, au reste, le point important. L’affaire est en bonne direction et les dispositions favorables ne font ici que se fortifier. L’on cherche avec bonne foi les moyens d’arriver à une solution. Vous rencontrerez le moins de difficultés possible de la part du gouvernement anglais. Celles qu’il ferait tiendraient à des engagements pris par des traités particuliers, et les objections de cette nature, quand un gouvernement puissant veut tout à fait, ne sont pas insurmontables. Les interprétations se présentent aisément à tous les gouvernements forts.

Lord Aberdeen m’a annoncé il y a plusieurs jours que nous aurions une conférence sur les affaires de Portugal mais en ajoutant qu’il n’y avait pas d’urgence. Je vous écrirai donc plus tard sur cette question. Il vous sera difficile d’établir près du gouvernement anglais, comme le portent mes instructions, que le gouvernement de Terceira est un gouvernement de fait : car ce qui est de fait, c’est qu’il émane de dom Pedro, qu’il est payé par lui et qu’il en nomme les membres. Quand vous voudrez traiter cette question, c’est probablement là l’objection qui nous sera opposée par l’Angleterre.

Le roi m’a dit en me quittant un « au revoir, à Brighton », qui m’y fera aller lorsque je jugerai que ma présence n’est point ici nécessaire aux affaires….

Ch. Mau. TALLEYRAND.







MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 10






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in MEMOIRES DE TALLEYRAND










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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