


DISCOURS
DU PRINCE DE TALLEYRAND
AMBASSADEUR DU ROI DES FRANCAIS
AUPRES DU ROI D'ANGLETERRE
A L'OCCASION DE LA PRESENTATION
DE SES LETTRES DE CREANCES
EN DATE DU
6 OCTOBRE 1830
Sire,
Sa Majesté le roi des Français m’a choisi pour être l’interprète des sentiments qui l’animent pour Votre Majesté.
J’ai accepté avec joie une mission qui donnait un si noble but aux derniers pas de ma carrière.
Sire, de toutes les vicissitudes que mon grand âge a traversées, de toutes les diverses fortunes auxquelles quarante années, si fécondes en événements, ont mêlé ma vie, rien peut-être n’avait encore aussi pleinement satisfait mes vœux qu’un choix qui me ramène dans cette heureuse contrée. Mais quelle différence entre les époques ! Les jalousies, les préjugés, qui divisèrent si longtemps la France et l’Angleterre, ont fait place aux sentiments d’une estime et d’une affection éclairées. Des principes communs resserrent plus étroitement les liens des deux pays. L’Angleterre, au-dehors, répudie comme la France le principe de l’intervention dans les affaires intérieures de ses voisins, et l’ambassadeur d’une royauté votée unanimement par un grand peuple se sent à l’aise sur une terre de liberté, et près d’un descendant de l’illustre maison de Brunswick.
J’appelle avec confiance, Sire, votre bienveillance sur les relations que je suis chargé d’entretenir avec Votre Majesté, et je la prie d’agréer l’hommage de mon profond respect.
in MEMOIRES DE TALLEYRAND





