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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE MOLE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

27 SEPTEMBRE 1830







Londres, le 27 septembre 1830

Monsieur le comte,

Lord Aberdeen étant rentré aujourd’hui en ville, j’ai chargé M. de Vaudreuil de le prévenir de mon arrivée et de lui demander l’heure à laquelle je pourrais le voir. Il m’a répondu avec empressement qu’il m’attendrait et qu’il ne sortirait pas. J’ai eu tout lieu d’être satisfait de cette première entrevue. Il m’a dit avec obligeance, qu’à la nouvelle de mon arrivée à Londres, il avait abrégé son séjour à la campagne et hâté son retour. Quoique ma visite se soit assez longuement prolongée, nous sommes restés comme je le désirais dans des généralités dans lesquelles j’ai pu placer naturellement les principes qui dirigent la politique de la France. Je n’ai eu, pour cela, besoin que de me rappeler les instructions que le roi m’avait données. Il m’a été facile de juger que le ministre de Sa Majesté britannique était plus disposé à y applaudir qu’à les combattre. Je n’ai pu qu’être content de ce qu’il m’a dit à cet égard.

En sortant de chez lord Aberdeen, je suis allé chez le duc de Wellington qui est aussi revenu ce matin. J’ai eu fort à me louer de l’accueil que le ministre du roi a reçu de lui. Tous les sentiments qu’il a exprimés sont favorables à l’ordre de choses qui, heureusement, règne aujourd’hui en France. Cependant, comme dans le cours de la conversation, il s’est servi du mot malheureuse, en parlant de la révolution amenée par les folles entreprises du dernier gouvernement, j’ai cru devoir relever cette expression, et dire que sans doute elle lui était inspirée par un sentiment de commisération bien naturel pour ceux que cette révolution avait précipités du trône, mais qu’il devait être bien convaincu qu’elle n’était un malheur, ni pour la France, retirée par elle de la funeste position où le système de gouvernement précédemment suivi l’avait placée, ni pour les autres Etats avec lesquels nous désirons rester dans de bons rapports, dont nous ne nous écarterons jamais, si, comme nous avons le droit de l’exiger, la dignité de la France est constamment respectée. Sur cette observation, faite un peu vivement, le duc a en quelque sorte rétracté l’expression dont il s’était servi, en s’empressant de la renfermer dans le sens que je lui donnais.

En tout, monsieur le comte, je crois pouvoir en toute assurance augurer de ces premiers entretiens que les dispositions personnelles des ministres anglais ne compliqueront pas les difficultés qui pourront sortir de la nature même des affaires que j’aurai à traiter avec eux.

Lord Aberdeen n’a pu me dire encore, quel jour le roi me donnerait audience, ni si ce serait à Londres ou à Brighton.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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in MEMOIRES DE TALLEYRAND










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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