

LETTRE
DE
TALLEYRAND
A
LA DUCHESSE DE COURLANDE
EN DATE DU
20 MARS 1814
20 mars 1814.
Chère amie, on croyait hier que les Anglais s’étaient retirés de Bordeaux, mais ce matin nous avons appris que ce bruit était des plus faux et qu’au contraire ils s’y établissaient. De plus, le congrès est ou va être rompu, c’est sûr : maintenant le dénouement ne peut se faire attendre, mais quel sera-t-il ? On parlait aujourd’hui d’une conspiration contre l’empereur et l’on nommait des généraux parmi les conjurés : tout cela va vaguement. Si l’empereur était tué, sa mort assurerait les droits de son fils, aujourd’hui aussi compromis que les siens par les événements de Bordeaux et par le mouvement général des esprits en France. Tant qu’il vit, tout reste incertain et il n’est donné à personne de prévoir ce qui arrivera.
L’empereur mort, la régence satisferait tout le monde parce que l’on nommerait un conseil qui plairait à toutes les opinions et que l’on prendrait des mesures pour que les frères de l’Empereur n’eussent aucune influence sur les affaires du pays.
M. de Ségur (Philippe) est arrivé fort blessé ; il a été devant Reims à l’affaire où M. de Belmont a été tué. Pourquoi madame de Talleyrand ne mande-t-elle pas que madame de Périgord va être de service ? Y a-t-il quelque chose de vrai à cela ? ou même probable ? je ne le crois pas ou du moins je ne crois pas que Dorothée le sache parce qu’elle me l’aurait mandé. Ce sera quelque correspondance de madame de Talleyrand (peut-être celle que vous appelez la blonde) qui le lui aura mandé. Voilà ce que je soupçonne. Du reste cela est pour vous seule.
J’espère que nous vous verrons à notre dîner de mercredi.
Madame de Luynes retourne demain.
Mille tendres hommages. C’est Macoucy qui vous porte cette lettre que vous brûlerez aussitôt que vous l’aurez lue. C’est essentiel. En général, chère amie, ne gardez point de lettres.
in TALLEYRAND INTIME - LA RESTAURATION EN 1814 - PARIS - ERNEST KOLB - S. D.





