

LETTRE
DE
TALLEYRAND
A
LA DUCHESSE DE COURLANDE
EN DATE DU
8 MARS 1814
8 mars 1814.
Si les armées françaises et les armées ennemies se rapprochent et qu’il doive y avoir une bataille près de Paris, il est probable qu’à la suite de l’affaire, il se répandra beaucoup de troupes dans les environs de Paris, et surtout du côté de Saint-Germain, Triel, Mantes parce que ces pays n’ont pas encore été dévorés par les armées. Alors il me paraîtrait prudent de s’éloigner : et je suis porté à croire que le côté d’Honfleur serait fort tranquille du moins pendant longtemps encore. Il ne faut pas trop se presser pour prendre aucune détermination à cet égard parce que l’on sera prévenu par l’arrivée des fuyards à Mantes.
Si l’on se bat dans Paris, c'est-à-dire si Paris entreprend de se défendre, je crois que Rosny est trop près pour ne pas être en danger d’y voir arriver des hommes de tous les partis qui, ou pour vivre ou pour voler, se jetteront dans tous les châteaux où ils supposeront que l’on n’est pas encore passé.
Si Paris se rendait aux ennemis par capitulation, je n’y vois aucun inconvénient à y venir après avoir appris comment et par qui l’autorité s’y exerce.
Si les ennemis venaient de Picardie, ou s’il y avait quelque descente des Anglais sur nos côtes, il serait prudent de ne pas rester à Rosny ; et peut-être Valençay serait-il le meilleur endroit où l’on pût aller.
Je suppose que les princes, comme on l’assure, en partent incessamment.
J’écrirai exactement ce qui se passera, de manière à ce que l’on soit prévenu. Madame la duchesse voudra bien communiquer tout ceci à madame de Périgord et à madame de Talleyrand.
in TALLEYRAND INTIME - LA RESTAURATION EN 1814 - PARIS - ERNEST KOLB - S. D.





