

3 LETTRES
DE TALLEYRAND,
ADRESSEE A
LA DUCHESSE DE COURLANDE
EN DATE DES
15, 23 ET 29 NOVEMBRE 1812
Paris, le 15 novembre 1812
Le bruit du Palais est que l’Impératrice espère voir l’Empereur dans les jours où l’hiver oblige à un repos forcé. Je ne sais si c’est le désir qu’elle en a qui donne lieu à ce bruit, ou s’il y a quelque fondement. On m’écrit de Varsovie toutes les peurs de l’archevêque de Malines qui avait déjà emballé tous ses effets. C’est un peu bête ! Il devait au contraire rassurer le pays, se montrer profondément tranquille, et bien dire que la surveillance de l’Empereur était telle que l’on pouvait avoir une confiance entière. C’est avec de bons propos, et l’air de parfaite sécurité que j’ai empêché il y a cinq ans qu’il y eût une seule femme qui quittât Varsovie lorsque les Russes n’en étaient plus qu’à quinze lieues.
Ch. Mau. Talleyrand.
Paris, le 23 novembre 1812
Le Paris qu’on appelle le faubourg Saint-Germain est en mouvement pour la noce de la fille de M. Léon, qui épouse M. de Gontaut. Toute la vanité et toute la petitesse de l’émigration viennent d’être dans leur grand jour. Parmi les détails curieux, en voici un : on a fait imprimer les billets de part, et dans ceux que j’ai reçus, comme attaché au gouvernement, on a ajouté à la main, après le nom de M. de Gontaut, chambellan de l’Empereur, et dans ceux qui ont été envoyés aux personnes que l’on suppose ne pas aimer le gouvernement, les billets ont été envoyés sans l’addition à la main. Quelle petitesse ! Quelle bassesse ! Et ces Messieurs s’appellent des conservateurs de l’honneur français. C’est du Léon tout pur. Son ami que vous connaissez en aurait fait tout autant. Mais il faut laisser tout cela à sa juste valeur, penser à autre chose et faire des vœux pour que le temps beau qu’il fait ici soit le même en Pologne, pour que l’hiver soit doux et que les Russes aient assez de bon sens pour faire la paix cet hiver et pour ne pas laisser détruire ce qui reste de leur pays.
Ch. Mau. Talleyrand.
Saint-Brice, le 29 novembre 1812
Un rapport du Roi de Naples dans lequel Edmond est très bien nommé et qui est dans le Moniteur, me met dans le cas d’écrire à l’Empereur, comme je vous l’ai mandé il y a quelque temps. Je suis bien aise que les miens le servent avec distinction, et cela m’autorise à faire ma demande. Si l’Empereur a la bonté d’ordonner à M. l’archichancelier de s’occuper de cette affaire, elle pourra être complètement terminér en peu de temps. Je serai charmé je vous assure, chère amie, d’avoir un lien de plus avec vous. Ne parlez de mes projets à personne ; il vaut toujours mieux que les choses ne soient connues que quand elles sont faites.
Ch. Mau. Talleyrand.





