

L. S.
DE TALLEYRAND,
AU CARDINAL CONSALVI
EN DATE DU
15 MESSIDOR AN XIII
[4 JUILLET 1805]
LUI RECOMMANDANT UN NEVEU
DU CARDINAL MAURY
Gênes, 15 messidor [an XIII] [4 juillet 1805]
MONSIEUR LE CARDINAL,
Le voyage de Sa Majesté en Italie a procuré à plusieurs Français une occasion de voir Rome. Tous ceux qui ont eu l'honneur d'être présentés à Votre Eminence, se félicitent de l'accueil plein de bonté qu'ils en ont reçu, et me font partager leur plaisir, en me parlant des sentiments d'amitié que vous voulez bien me conserver. Je vois dans chaque occasion, monsieur le cardinal, que vos affections vous rappellent vers la France, et j'attache bien du prix à me retrouver toujours dans les souvenirs que votre voyage à Paris vous a laissés.
Votre Eminence a su que M. le cardinal Maury se rendait à Gênes : elle ne sera pas surprise d'apprendre que Sa Majesté à qui il a été présenté le 11 de ce mois, et qui aime à rapprocher tous les partis, dès qu'on se montre Français, l'a reçu avec beaucoup de bienveillance. Les événements qu'il a traversés et les honneurs qu'il a mérité d'obtenir du Saint-Siège, ne pouvaient que faire paraître encore plus recommandables les talents qu'il a constamment montrés. J'ai eu personnellement grand plaisir à me retrouver avec l'un des membres distingués d'une assemblée où la différence d'opinion n'a jamais empêché qu'on ne s'aimât et qu'on ne s'estimât.
C'est par une suite de cette bienveillance mutuelle, que je me permets, monsieur le cardinal, de recommander aux bontés de Votre Eminence un des neveux de M. le cardinal Maury, qui a été élevé à Rome au collège de l'Académie ecclésiastique. M. Maury est actuellement secrétaire de Monseigneur Tassoni, auditeur de Rote. Il jouit d'une excellente réputation sous le rapport des talents et de la conduite, et il pourra, monsieur le cardinal, vous paraître digne d'être placé d'une manière avantageuse et qui lui donne des espérances d'avancement, en lui tenant compte de cinq années d'études de droit, comme s'il les avait passées dans celui des tribunaux où les jeunes seigneurs Romains sont admis.
J'apprendrais avec grand plaisir, monsieur le cardinal, et je regarderais comme un premier témoignage des dispositions de Votre Eminence envers moi, tout ce qu'elle aurait bien voulu faire pour M. Maury. Je désire qu'il soit protégé auprès de vous par ses bonnes qualités, par les sentiments que je vous ai voués, et qui me portent à vous le recommander avec quelque confiance.
Agréez, monsieur le cardinal, les assurances de ma respectueuse considération.
Ch. Mau. TALLEYRAND.
in HISTOIRE DU PAPE PIE VII PAR LE CHEVALIER ARTAUD - PARIS - ADRIEN LECLERE - 1837





