

LETTRE
DE
TALLEYRAND
AU
CITOYEN BELLEVILLE,
COMMISSAIRE GENERAL
DES RELATIONS COMMERCIALES
EN TOSCANE
PARIS LE 4 NIVOSE AN IX - 25 DECEMBRE 1800
Paris, le 4 nivôse an IX de la République française, une et indivisible. [25 décembre 1800].
Le Ministre des relations extérieures,
Au citoyen Belleville, commissaire général des
relations commerciales, en Toscane.
Je vous transmets, citoyen, les journaux du jour. Vous y lirez avec horreur la nouvelle d'un attentat médité contre le Premier consul ; les circonstances du crime vous apprendront quelle vile et exécrable espèce d'hommes en ont été les instruments. Le génie de la France a encore une fois sauvé ses jours. Quelles que soient les conjectures que l'on formera sur la première impression, l'Europe, en apprenant que le forfait n'a pu être commis, se convaincra de plus en plus que la destinée d'un grand homme est sous la sauvegarde même du Ciel, qui l'a placé trop au-dessus d'une poignée de scélérats pour qu'il lui soit donné de l'atteindre et d'en interrompre le cours.
L'attentat n'a pas été imprévu, il a été médité par des hommes qui ont pris une part plus ou moins prédominante dans les horreurs de la Révolution, et qui toujours ont pris soin d'effrayer d'avance par l'annonce de leurs infernales entreprises. Celle-ci avait été annoncé il y a six semaines.
La voix publique réclame hautement un redoublement de précautions. Le Premier consul doit cette déférence à l'enthousiasme dont il est l'objet, de satisfaire la sensibilité nationale en autorisant, autour de lui, une plus active surveillance.
Je vous salue,
Signé : CH.-MAU. TALLEYRAND.
Extrait des Notes et correspondance du baron Redon de Belleville,
consul de la République française à Livourne et à Gênes,
Paris, Techener, 1893.





