

LETTRE
DE M. DE TALLEYRAND
A
L'ASSEMBLEE ELECTORALE
DE PARIS
19 JANVIER 1791
19 janvier 1791.
Monsieur le Président,
Quelque difficiles que soient les fonctions que mes concitoyens viennent de confier à mon zèle, je regarde les travaux qu'ils m'imposent comme la récompense de mes sentiments et la preuve que je reçois de leur estime est un motif de plus pour m'efforcer de la mériter. Dans toutes les parties de l'empire où mes devoirs m'auraient appelé, bon Français, je m'y serais livré sans réserve ; mais, je l'avouerai, mon coeur et ma pensée n'auraient point cessé d'habiter cette capitale, où j'ai reçu le jour, où j'ai puisé l'instruction qui rend le patriotisme plus cher, parce qu'il est plus éclairé, où l'amour de la liberté était un sentiment, avant que notre Constitution nous en fit un devoir. Dès l'instant où les premiers suffrages m'ont averti de sa bienveillance, je me suis empressé d'écarter les obstacles qui pouvaient en arrêter les effets et mon choix était fait lorsque j'ignorais encore si le vôtre me permettrait de le réaliser. Oui, Monsieur le Président, la conscience de Messieurs les électeurs a rendu justice à la mienne, s'ils ont pensé que le citoyen qui n'a dans tous les temps consulté que son âme et jamais sa position, qui a eu quelquefois le courage de devancer l'opinion et d'attendre la justice, que les passions refusent souvent et que la raison obtient toujours, que ce citoyen, dis-je, apporterait dans l'administration à laquelle il doit concourir, l'esprit d'ordre, vertu première de la liberté, l'impartialité, garant certain de l'égalité sociale, l'amour des arts, soutien et créateur de l'industrie, de cette industrie tutélaire, qui rendra cette grande cité la patrie adoptive des étrangers, qui y trouveront le spectacle et l'assurance de la paix, les grands talents et la liberté. Tels sont les sentiments dont je suis pénétré, dont je ne m'écarterai jamais et dont je vous supplie d'être l'interprète auprès de l'assemblée en lui présentant ma reconnaissance et mes hommages.
Je suis avec respect, Monsieur le Président, votre très humble et très obéissant serviteur.
TALLEYRAND-PERIGORD
ancien Evêque d’AUTUN





