Optimisé pour
Espace de téléchargement





TALLEYRAND D'APRES GERARD




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LETTRE

DE TALLEYRAND

A

BONAPARTE

EN DATE DU

30 FRUCTIDOR AN V

[16 SEPTEMBRE 1797]





30 Fructidor an V. [16 septembre 1797]

J'ajoute à ma dépêche de ce jour quelques éclaircissements sur des objets qui ne m'ont pas paru devoir faire partie des pièces officielles, et dont néanmoins il est bon que vous soyez instruit.

Le Directoire ne veut pas ratifier le traité avec le Roi de Sardaigne. Il y aurait de la contradiction à ce qu'il se liât par des traités solennels avec une monarchie dont la prochaine destruction pourrait être l'effet de tout ce qu'il a opéré en Italie ; on l'accuserait du machiavélisme avec lequel le roi de Prusse s'est conduit en Pologne. D'ailleurs l'article du traité auquel le Roi de Sardaigne tient le plus est celui par lequel la sûreté de son royaume est garantie ; or nous ne pouvons donner aux rois une garantie contre les peuples. Un tel engagement nous conduirait à faire la guerre aux mêmes principes pour lesquels nous avons combattu jusqu'à présent, et auxquels est due une grande partie de nos victoires. Le Piémont deviendra ce qu'il pourra entre la France et l'Italie, l'une et l'autre libres. Tout ce que nous pouvons faire dans ce pays, c'est de laisser les choses suivre leur cours naturel.

D'après cela, vous ne pouvez avoir les dix mille Piémontais qu'on avait promis ; mais rien n'empêche que vous n'ayez ce que vous voudrez de soldats de ce pays, il n'y manque pas d'hommes qui voudront combattre pour la liberté et sous vos ordres. Tout ce qu'il y aura de révolutionnaires s'empressera d'accourir ; il suffira que vous engagiez la Cisalpine à les enrôler, les solder et les équiper. De cette manière vous aurez la petite armée que le Roi de Sardaigne devait fournir, et nous n'aurons aucune obligation à un prince de la maison de Bourbon. Il est très croyable que la cour de Turin ne s'opposera nullement à ces enrôlements ; elle sera peut-être même fort aise qu'on la délivre de gens qui l'inquiètent, et cette mesure utile à nous retardera l'explosion chez elle : toute la difficulté consiste à les payer. Je comprends que la Cisalpine paie déjà beaucoup ; mais ce n'est que de l'argent, et la France a payé sa liberté bien plus cher qu'elle. Il y va d'ailleurs fortement de son intérêt, et si la campagne se rouvre, ce sera pour elle plus que pour nous.

Quant à M. de Thugut qui est le souverain de Vienne, et qui prêche la continuation de la guerre, malgré l'Empereur, malgré le vœu des peuples, c'est un homme que nous aurions dû perdre plus tôt. Il s'est toujours fait donner de l'argent pour entraîner ses maîtres dans des affaires détestables. Vous trouverez dans les instructions données à Clarke des renseignements sur une ancienne trahison dont il a déjà été fait communication au Grand-Duc de Toscane. Vous pourriez en faire placer dans les gazettes d'Italie qu'on lit le plus à Vienne quelques mots qui lui fissent craindre qu'on en dît davantage, et, s'il faut commencer la guerre, démasquer à plein le traître, publier les pièces officielles ; et qu'on sache à Vienne et par toute l'Europe, qu'il a anciennement reçu de l'argent, qu'il en reçoit encore, et qu'il est le seul auteur d'une guerre qu'il ne prolonge que pour favoriser l'Angleterre, et grossir le trésor qu'elle lui a fait passer.

Si l'on s'étonne de quelque chose, ce sera de ce que nous avons tardé si longtemps à publier de tels faits, et à la fin il faudra bien qu'ils parviennent aux oreilles de l'Empereur.

De notre côté nous travaillerons à tourner en notre faveur l'opinion de l'Europe, qui est déjà pour nous en grande partie : c'est un moyen ou plutôt une arme qu'il ne faut pas négliger. Nous comptons répandre des écrits où il paraîtra clairement que les cours de Vienne et de Londres étaient tout-à-fait d'accord avec la faction qui vient d'être abattue chez nous ; on verra à quel point les négociations de ces deux cours et les mouvements de l'intérieur allaient ensemble. Les membres de Clichy et le cabinet de l'Empereur avaient pour objet commun et manifeste le rétablissement d'un roi en France et une paix honteuse, par laquelle l'Italie devait être rendue à ses anciens maîtres.

Que si l'on vous parlait d'équilibre et de balance de l'Europe, que ne pourrez-vous pas dire sur la Pologne qui a apporté un si grand accroissement à la puissance autrichienne, et sur laquelle le Directoire a bien voulu s'abstenir de se prononcer pendant le cours de la négociation, malgré qu'il y fût perpétuellement sollicité par l'intérêt que lui inspirait le sort des Polonais et de leur patrie ?

Si vous trouvez que la négociation ne puisse être menée à bien, alors vous poursuivrez le plan d'expulser la maison d'Autriche, et vous sentez que la neutralité de la Toscane ne doit pas être écoutée.

Ch. M. TALLEYRAND.


**************************************

in DERNIERS MOMENTS DE NAPOLEON PAR LE DR. F. ANTOMMARCHI VOL. I - LONDRES & PARIS - COLBURN - 1825








RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement